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Le statut littéraire de l’autofiction et ses enjeux transculturels

The literary status of autofiction and its transcultural issues

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Publié le jeudi 11 août 2016 par João Fernandes

Résumé

Face au refus des écrivains et théoriciens de défendre jusqu'au bout la légitimité de l'autobiographie, quelle pourrait être, finalement (finalement ?), la définition de l'autofiction ? La confrontation de la fiction et de la réalité met en crise le rapport des mots au monde. La littérature ne peut plus échapper à la querelle de deux pouvoirs : celui de la vérité que pourrait récuser la fiction et celui du mensonge fondateur de l'écriture. La problématique concerne la relation énigmatique qui lie (ou délie !) la pensée au langage. Les mots peuvent-ils dire la réalité ? Comment pourrait-on confier la reprise du vécu à un langage dont la quintessence est l'expression subjective des auteurs ?

Annonce

En hommage à Serge Doubrovsky et Omar Halli.

Argumentaire

 « Je suis un être fictif », annonce Serge Doubrovsky dans son Livre brisé. « Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman », déclare Roland Barthes dans son Roland Barthes par Roland Barthes. « Je m’appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction », dit Chloé Delaume dans La Règle du Je. « Mais est-ce vraiment une autobiographie ? » se demande Alain Robbe-Grillet dans le Miroir qui revient. La liste des citations est surement longue si l’on fait appel à des noms comme ceux de Christine Angot, Michel Butor, Colette, Annie Ernaux, Camille Laurens et bien d’autres.

Chloé Delaume, qui recommande « au lecteur de savoir où se situe son Je, et quels sont les moyens de le faire advenir », met en évidence le questionnement de la classification de la fiction par rapport à l’autobiographie. Celle-ci est-elle anti-fictionnelle lorsqu'elle n’admet pas l’implication de l’affabulation au sein de l’écriture ? À quel genre littéraire faudrait-il confier le « je » ? La problématique de l’autofiction est d’ordre imaginaire. Personne ne semble pouvoir fixer une fois pour toute l’emplacement du « je ». C’est ailleurs qui favorise une implication de l’écriture dans une perspective ludique : jeu du « je ». Seule cette ambivalence narrative est susceptible d’initier le lecteur à mieux se placer devant son propre moi.

Face au refus des écrivains et théoriciens de défendre jusqu’au bout la légitimité de l’autobiographie, quelle pourrait être, finalement (finalement ?), la définition de l’autofiction ? La confrontation de la fiction et de la réalité met en crise le rapport des mots au monde. La littérature ne peut plus échapper à la querelle de deux pouvoirs : celui de la vérité que pourrait récuser la fiction et celui du mensonge fondateur de l’écriture. La problématique concerne la relation énigmatique qui lie (ou délie !) la pensée au langage. Les mots peuvent-ils dire la réalité ? Comment pourrait-on confier la reprise du vécu à un langage dont la quintessence est l’expression subjective des auteurs ?

Au-delà des structures élémentaires du langage, le texte littéraire est d’abord un réceptacle de métaphores. Une image sous-entend une autre. Un mot n’a de sens que dans un réseau de synonymie bien précis. La description est sélective. L’exhaustivité n’est donc pas une valeur sûre et le choix d’une structure phrastique au lieu d’une autre creuse davantage le fossé qui sépare le monde des mots. Les frontières opaques entre la fiction et la réalité brouillent les pistes de lecture et engendrent un discours de la remise en question du pacte autobiographique classique. C’est dans ce contexte que l’autofiction gagne plus de terrain. L’évolution générique de l’autobiographie ouvre les perspectives de la littérature sur de nouvelles considérations de la fable. Le lecteur accepterait volontiers les paradoxes véhiculés par le mariage de l’autobiographie et de la fiction (que reprend, peut-on dire, la désignation  autofiction), mais il n’accepterait plus les contradictions contenues dans la prétention de dire objectivement une réalité qui échappe à la fantaisie du langage.

Axes thématiques

Les communications pourront aborder (à titre indicatif) les axes suivants :

1- Territoire et Frontières de l’autofiction 

- Comment gérer les frontières problématiques de l’autofiction en tant que genre littéraire ? Comment résoudre pour cette raison la question de la crise de la représentation que rencontre le texte littéraire ?

- Comment peut-on distinguer le terme d'autofictiond'autres termes qui confinent au même domaine (la littérature personnelle), notamment la non-fiction, la surfiction, l'autonarration, l'autofabulation?

- Comment peut-on délimiter les frontières entre autofiction, roman autobiographique et récit personnel?

2- Variations autofictionnelles

-L’autofiction relèverait-elle de la légitimité romanesque ou serait-elle une manifestation de ce qu’engendreraient les dérives théoriques de la critique littéraire ? L’autofiction n’est-elle pas un « essai autofictionnel » où se développe une digression sur les figures multiples du moi ?

- L’instance narrative « je » peut-elle renoncer à ses liens avec la réalité au profit des fantaisies fictionnelles de l’auteur ? Dans ce cas, l’autofiction pourrait-elle relever de la fictionnalisation du moi ou se contenterait-on de la considérer comme une simple fiction romanesque ?

3- Culture(s) et Autofiction(s) 

- L’autofiction est-elle une spécificité européenne ou universelle ?

- Comment se manifestent les conditions esthétiques adoptées par Serge Doubrovsky dans d’autres cultures ?

- Pourquoi le terme « autofiction » ne cesse de susciter des controverses et, par conséquent, d’être un lieu d’incertitude ?

- Le terme est utilisé en guise  de mode dans d’autres espaces de communication (presse, cinéma, télévision, bande dessinée… etc.). Est-ce que son entrée en usage pourrait finir par le détériorer à force de s’en servir démesurément ?

4- Autofiction et postmodernisme 

- Avec l’autofiction, il ne s'agit plus d'imitation, ni de redoublement, mais d'une substitution au réel des signes du réel, d’une copie sans original tout en brouillant les repères entre  l’image, ce qu’elle représente et ce qu’elle simule. Quel rapport pourrait-on donc établir entre l’autofiction et la postmodernité ? L’écriture fictionnelle du moi, est-elle une réécriture de l’autobiographie ou un travail de désécriture ?

Comité scientifique

  • Abderrahmane Tenkoul,
  • Philippe Lejeune,
  • Said Yaktine,
  • Mhamed Dahi,
  • Charbal Dagher,
  • Farida Bouhassoune,
  • Karima Yatribi,
  • Isabelle Grell,
  • Sanae Ghouati,
  • Philippe Forest,
  • Sidi Omar Azeroual,
  • Mounir El Baskri,
  • Ibrahim Nadine,
  • Driss El Khadraoui,
  • Abdelaziz Amraoui,
  • Abdellah Azeroual. 

Comité d’organisation

  • Mhamed Dahi,
  • Mounir El Baskri,
  • Ibrahim Nadine,
  • Driss El Khadraoui,
  • Sidi Omar Azeroual,
  • Mohamed Oublouhou,
  • Abdelaziz Amraoui,
  • Abdellah Azeroual,
  • Abdelaziz Astar. 

Délai d’envoi des propositions

Les propositions de communication (d'environ 300 mots), accompagné de votre biobibliographie, sont à adresser à l’adresse : « colloque.autofiction2017@gmail.com »,

avant le 15 décembre 2016.

Les interventions orales ne dépasseront pas 20 minutes. 

Date limite de réponse et de confirmation : 15 janvier 2017 

Remise des articles : 1 avril 2017 (Outre les normes scientifiques requises, prière de bien vouloir respecter le nombre de mots : entre 5000 et 6000 mots) 

Lieu : Faculté Polydisciplinaire de Safi, les 26 et 27 avril 2017 

N.B. : Nous prendrons en charge seulement l’hébergement et la restauration du 25 au 27 avril 2017. 

Responsable

Laboratoire Culture et Représentation

Université Cadi Ayyad – Faculté Polydisciplinaire de Safi – Maroc

Catégories

Lieux

  • Faculté Polydisciplinaire de Safi - Université Cadi Ayyad
    Safi, Maroc (46 000)

Dates

  • jeudi 15 décembre 2016

Mots-clés

  • autofiction, autobiographie, statut littéraire, postmodernisme, codes génériques

Contacts

  • Sidi Omar Azeroual
    courriel : philosophie [dot] safi2017 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Sidi Omar Azeroual
    courriel : philosophie [dot] safi2017 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Le statut littéraire de l’autofiction et ses enjeux transculturels », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 11 août 2016, http://calenda.org/375010