AccueilMigrations en Méditerranée : une anthropologie de l’absence ?

Migrations en Méditerranée : une anthropologie de l’absence ?

Mediterranean migrations: Toward an Anthropology of absence

*  *  *

Publié le mardi 06 septembre 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Cet appel à contribution pour la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée se donne pour objectif de faire le point sur la place et le rôle de l'absent·e dans les sociétés méditerranéennes et plus largement de considérer l'absence comme un révélateur des transformations sociales à l'œuvre à différentes échelles d'analyse.

Annonce

Argumentaire

Depuis près de trois décennies, le modèle de la circulation renouvelle l’analyse des phénomènes migratoires en mettant en lumière la capacité des migrants à organiser leurs circulations et à entretenir des liens entre les pays d’où ils viennent et ceux où ils vivent et travaillent (De Tapia, 1998 ; Tarrius, 2002 ; Peraldi 2002 ; Urry, 2005 ; Levitt, 2007 ; Glick-Schiller, 2010). De cette prise en compte des investissements multi-situés a découlé une attention nouvelle pour les liens transnationaux, ce qui s’est traduit par une orientation conceptuelle, à la fois descriptive et interprétative, autour de ce que l’on a pu appeler la « double présence » (Diminescu, 2005 ; Wihtol de Wenden, 2009, 2014) ; celle-ci étant appelée à se substituer durablement à la « double absence » (Sayad, 1999) caractéristique des migrations fordistes, liées au contexte colonial et post-colonial. Si la fécondité de ces analyses a permis d’opérer un important changement paradigmatique dans le champ des migrations, c’est en faisant de l’absence un impensé des migrations et des circulations. Or, en définissant un nouveau mode de présence ici et là-bas, le modèle de la circulation occulte la production sociale, culturelle, politique et juridique que l’éloignement et l’absence peuvent susciter dans les sociétés de départ et dans celles d’installation.

Cet appel à contribution se donne ainsi pour objectif de faire le point sur la place et le rôle de l’absent(e) dans les sociétés méditerranéennes caractérisées par des formes de mobilités plurielles et, plus largement, de considérer l’absence comme un révélateur des transformations sociales à l’œuvre à différentes échelles d’analyse.

Axe 1 - Sciences de l’émigration depuis les sociétés de départ

Les questions migratoires constituent désormais un objet de recherche bien connu mais dont la connaissance privilégie comme cadre d’analyse le pays d’installation. Ce constat invite à porter l’attention sur les conséquences de l’absence sur les sociétés de départ. Comment celles-ci réorganisent-elle les relations sociales, les modes de vie ? Quels sont les effets de l’absence sur la division sexuée des rôles et leurs recompositions ? Comment et dans quel cadre sont mis en œuvre les retours – y compris le retour post-mortem – au pays natal ? Ce premier axe souhaite tout à la fois faire le point sur les connaissances relatives aux sociétés de départ et revisiter un certain nombre d’analyses en mettant au jour les impensés qui les structurent, et ce, dans une perspective moins critique qu’analytique. Il s’agira donc de proposer à partir de la prise en compte de l’absence dans les sociétés de départ une histoire certes décalée des grands paradigmes, mais centrale dans la compréhension du phénomène migratoire.

Axe 2 – Absence, communication et interaction

Les travaux de Sayad (1985) ont montré combien la communication avec l’absent témoigne de l’importance attachée aussi bien au message qu’au messager comme autant d’attestations de bonne moralité pour justifier l’éloignement, la promesse d’un retour imminent, ou les contraintes qui le font tarder. Avec l’introduction dans l’existence ordinaire d’espaces – publics ou privés – destinés à rendre opérationnelles les correspondances en tout lieu et à tout moment, les nouvelles technologies de communication participent à structurer l’expérience migratoire dans la mesure où l’absence de l’exilé(e) laisse des traces, offrant la possibilité d’être retracées par les correspondants lorsque l’absence jusque-là « remarquée », c’est-à-dire renseignée, cède à la disparition et au silence. Dans quelle mesure l’éloignement recompose-t-il les échanges entre membres éloignés dans un espace migratoire ou dans un cadre diasporique et influe-t-il sur la « présence » de l’absent(e) au sein de ses collectifs d’appartenance ? Les propositions s’inscrivant dans cet axe s’efforceront de mettre en évidence la façon dont l’expérience de l’absence confère aux échanges des caractéristiques différentes selon le statut de l’absent(e) (v.g. parent engagé dans la parentalité transnationale), le temps passé à l’étranger et les modulations du projet migratoire. Il s’agira également d’évaluer de quelle façon les nouvelles technologies permettent (ou pas) un gain conversationnel par rapport aux échanges épistolaires lesquels présentent souvent « un refoulement des aspects les plus dramatiques de l’expérience migratoire » (Albera, 2009) ? L’approche comparative sera la bienvenue.

Axe 3 – Le genre de l’absence au prisme de l’art et de la culture

Si les liens entre membres de collectifs dispersés structurent l’expérience de l’exil(e) dans un espace, un temps et un univers des sensibles, moins courantes sont les recherches qui ont interrogé l’expérience migratoire et ses effets à partir de ses formes artistiques et culturelles. Elles sont cependant révélatrices d’une économie morale des sentiments et des affects qui affleure dans la relation entre membres géographiquement éloignés. Il s’agira donc ici de documenter dans les domaines littéraire, musical, urbanistique et architectural les productions de l’absence au prisme du genre et de rendre compte, dans le temps et l’espace, de leurs évolutions et manifestations.

Axe 4 - Politiques d’Etats vis-à-vis de leurs ressortissants

La circulation des hommes et des marchandises longtemps « silencieuse et continue » (Aymard, 1986) a assuré l’unité de cet espace méditerranéen en permettant un redéploiement des activités commerciales ou autres. Les migrations se heurtent désormais à des modalités accrues de contrôle migratoire qui reconfigurent les expériences et les profils. Nous souhaitons donc promouvoir les contributions à deux niveaux : Premièrement, au niveau des politiques d’Etat qui officialisent l’absent(e) en lui accordant un statut (cas emblématique des Marocains résidant à l’étranger : MRE), en lui reconnaissant ou refusant la double nationalité. Ce faisant, quels rapports au pays d’origine et au pays d’installation, ces politiques d’Etat développent-elles ? Quelles conceptions d’une « communauté nationale » façonnent-elles entre présents et absents ? Deuxièmement, au niveau des temporalités spécifiques, qui structurent les déplacements des migrant(e).s particulièrement en cas de situation irrégulière, lesquelles ralentissent ces mobilités (camps de « transit », lieux d’assignation) voire les interrompent (expulsion). Ces inégales capacités de mobilité ont des effets directs sur les liens avec les collectifs restés au pays : comment donc penser l’absence et comment signifier à l’entourage l’interruption – ou la mise en suspens – du projet migratoire ?

Dans ce contexte, le couple présence/absence nécessite une analyse renouvelée attentive à l’interpénétration des logiques globales à une échelle locale. Sont attendues des contributions pluridisciplinaires centrées sur les effets de l’absence sur le vivre-ensemble des sociétés méditerranéennes.

Directeurs scientifiques

  • Kamel Chachoua, Aix-Marseille Univ, CNRS, IREMAM (UMR 7310), Aix-en-Provence, France
  • Constance De Gourcy, Aix-Marseille Univ, CNRS, LAMES (UMR 7305), Aix-en-Provence, France.

Calendrier

  • 5 novembre 2016 : Envoi des propositions aux directeurs scientifiques du numéro : Kamel Chachoua (chachoua [at] mmsh.univ-aix.fr) et Constance De Gourcy (constance.degourcy [at] univ-amu.fr).

  • 5 janvier 2017 : Réponse aux auteurs
  • 5 juin 2017 : Envoi des articles aux directeurs scientifiques du numéro
  • Automne 2018 : Publication du numéro

Dates

  • samedi 05 novembre 2016

Mots-clés

  • migration, absence, représentation, genre, communication, politique d'État, culture

Contacts

  • Constance De Gourcy
    courriel : constance [dot] degourcy [at] univ-amu [dot] fr

Source de l'information

  • Constance De Gourcy
    courriel : constance [dot] degourcy [at] univ-amu [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Migrations en Méditerranée : une anthropologie de l’absence ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 06 septembre 2016, http://calenda.org/376621