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Prescription et recommandation : agir et faire agir ?

Prescription and recommendation - acting and getting people to act?

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Publié le lundi 12 septembre 2016 par Céline Guilleux

Résumé

L'objectif de ce numéro d'études de communication est de remettre au centre des interrogations celle de la signification des pratiques analysées. Pourront ainsi être problématisées les questions suivantes : comment prescrire, recommander peuvent-ils faire connaître, faire savoir et faire agir ? De quelles formes de savoirs et de connaissances s’agit-il ? Quels processus de légitimation sont mis en œuvre ?

Annonce

Dossier thématique n° 49 -  Revue Etudes de Communication

Coordination

François Debruyne (GERiiCO, Université de Lille)

Fabrice Pirolli (CREN, Université du Maine)

Argumentaire

Prescrire une nouvelle organisation du travail, donner son avis sur un reportage télévisé, recommander un spectacle, préconiser l’usage d’une base documentaire et aider à s’y retrouver, conseiller sur la base d’une évaluation qualitative… Toutes ces activités concernent des acteurs, des pratiques plus ou moins équipées et des objets extrêmement différents ; elles s’appuient sur des formes relationnelles et d’échanges qui engagent des degrés de contrainte, de liberté d’action et de consentement à agir a priori peu comparables. Pour autant, d’une part, elles sont toutes plus ou moins orientées pour faire connaître, faire savoir et/ou pour faire faire. D’autre part, elles ne prennent sens et ne donnent lieu à connaissance, savoir et agir qu’au travers d’ajustements incertains entre la chaîne de ceux (acteurs et dispositifs socio-techniques) qui prescrivent ou recommandent et les pratiques de celles et ceux à qui ils s’adressent.

Dans des domaines comme ceux de la médiation des savoirs ou de la culture, les divers prescripteurs traditionnels, intermédiaires, « dispositifs de jugement » et autres gate-keepers, ont vu leur autorité mise à mal, leur place relative bouger, leurs métiers se transformer. En particulier, les dispositifs numériques de la recommandation ont installé des formats d’échange plus ou moins standardisés, où les usages et leur computation font partie intégrante des processus de prescription, d’évaluation, rendant techniquement équivalentes des traces de pratiques jusqu’alors incommensurables.

De même, les espaces de circulation et d’échange d’information ouverts par les applications du Web social contribuent à inscrire dans les pratiques informationnelles courantes des usagers l’identification et la reconnaissance – consciente ou non – de nouveaux prescripteurs au sein de communautés d’usagers. En simplifiant les processus de production d’information et en les inscrivant dans des jeux d’interactions sociales entre pairs, de tels espaces communautaires permettent l’établissement « d’affinités électives » qui valorisent l’émergence et la diffusion de savoirs profanes, eux-mêmes porteurs de formes spécifiques de prescription. À la confluence de ces diverses dynamiques, le développement du Web 2.0 et de dispositifs automatisés participe également d’une « mise au travail du consommateur », dans la mesure où son activité est « fortement prescrite ».

Enfin, dans diverses formes d’organisation du travail, l’introduction d’outils informatiques connectés, et des procédures de contrôle qui y sont associées, soutient des logiques d’encadrement des pratiques professionnelles, d’enrôlement et de prescription outillée de ce qu’« il y a lieu de faire ».

Dans de nombreux travaux portant sur les dispositifs numériques de prescription ou de recommandation (en sciences de l’information et de la communication, en sociologie, en sciences de gestion, en philosophie), l’analyse des transformations étudiées – celles du management au sein des organisations, des formes de médiation du savoir et de leurs métiers, des dispositifs d’évaluation des productions culturelles, des modalités d’échange du commerce, etc. – présume bien souvent tacitement d’une certaine efficacité : les dispositifs de prescription prescrivent, les dispositifs de recommandation recommandent, etc. Or, l’efficacité et l’effectivité de la prescription, ou de la recommandation, pour faire agir celles et ceux à qui elles sont adressées ne sont pas nécessairement avérées. Avec et au-delà de cette première piste de réflexion, le questionnement du sens des actions et des procédés de prescription et/ou de recommandation permet de mettre l’accent sur leurs spécificités, notamment d’un point de vue info-communicationnel.

Ainsi, l’objectif de ce numéro d’Études de communication est de remettre au centre des interrogations celle de la signification des pratiques analysées. Pourront ainsi être problématisées les questions suivantes : comment prescrire, recommander peuvent-ils faire connaître, faire savoir et faire agir ? De quelles formes de savoirs et de connaissances s’agit-il ? De quels genres de faire et d’agir sont composés ces échanges, au sein desquels les prescripteurs et dispositifs de prescription, les objets de la recommandation et les agents à qui elle s’adresse, sont embarqués dans des relations cadrées et souvent asymétriques ? Quels processus de légitimation sont mis en œuvre ?

Pour ce faire, trois perspectives, non exclusives les unes des autres, peuvent être envisagées pour les propositions d’articles :

  1. catégories d’usages et concepts d’analyse des phénomènes étudiés : il apparaît important de comprendre et de distinguer, à la fois ce qui constitue (ou non) une trame commune à ce que nous qualifions deprescription comme à ce qui est rangé sous le terme de recommandation, et ce qui (continue de) différencie(r) des pratiques, usages et dispositifs, dont le sens social n’est pensable qu’à partir des mondes concernés. Si la prescription fait plutôt partie des ressources notionnelles pour analyser certains dispositifs socio-techniques et phénomènes socio-culturels, la terminologie de la recommandation trouve d’abord son ancrage comme catégorie d’usage des mondes du Web. Il s’agit de se donner les moyens d’une analyse ajustée aux phénomènes réels, ce qui requiert vraisemblablement de réouvrir le champ des catégories de description : prescrire, recommander, donner son avis, apprécier, conseiller, préconiser, informer, etc. ;

  2. continuités et discontinuités, régularités et transformations de la prescription / recommandation : une mise en perspective sociale-historique, à tout le moins sur un temps long, des différentes formes deprescription et de recommandation, dans les sphères étudiées, semble nécessaire. Elle permettrait à la fois d’éviter de présumer que tout a changé (ou que rien n’a changé) et de repérer les habitudes mises à mal (ou transfigurées ou continuées, etc.), ainsi que les diverses temporalités tant du côté des acteurs et dispositifs de prescription et de recommandation, que des pratiques des destinataires concernés ;

  3. place, rôle et sens des prescriptions / recommandations dans l’ensemble des pratiques situées des destinataires : l’insertion des formes étudiées dans l’ensemble des pratiques et des cadres de médiation, de celles et ceux à qui sont adressées les prescriptions et recommandations, offre un autre type de focalisation. Il permettrait lui aussi de situer la place, la force, le pouvoir (ou l’absence de pouvoir) relatif des modes de faire analysés, et, peut-être, d’aider à clarifier les conditions de l’efficacité et de l’effectivité relatives des prescriptions et recommandations.

Ainsi, sont attendues pour ce numéro d’Études de communication, des approches longitudinales et transversales. Dès lors que le fil problématique correspond aux thématisations particulières de cet appel, les propositions d’articles pourront s’intéresser à des objets, des formes, des pratiques et usages très divers, qu’ils concernent ou non des dispositifs numériques : les mondes du travail, ceux de la culture, du savoir, de la science, les pratiques de consommation, les pratiques éducatives, les usages amateurs, etc.

Comité scientifique

  • Nathalie Casemajor Loustau, Université du Québec en Outaouais, Canada
  • Brigitte Chapelain, Université Paris-Nord
  • Pierre Delcambre, Université Lille 3
  • Marie Despres-Lonnet, Université Lille 3
  • Sébastien Févry, Université Catholique de Louvain, Belgique
  • Gérald Kembellec, INTD, CNAM
  • Susan Kovacs, Université Lille 3
  • Hervé Glévarec, LCP-CNRS
  • Romain Huet, Université Rennes 2
  • Joëlle Le Marec, CELSA Université Paris Sorbonne
  • Dominique Pasquier, Telecom Paris Tech, CNRS
  • Bernhard Rieder, University of Amsderdam, Pays-Bas
  • Sarah Sepulchre, Université Catholique de Louvain, Belgique
  • Christine Servais, Université de Liège, Belgique
  • Matteo Treleani, Université Lille 3

Sélection des propositions

La sélection des propositions de contribution se fait en deux temps :

  • sur la base d’un résumé de 1 500 à 2 000 mots qui présentera les objectifs, l’argumentation et l’originalité de la proposition ainsi que quelques orientations bibliographiques ;

  • pour les résumés retenus, une seconde évaluation sera réalisée sur la base des articles définitifs. Aucun engagement de publication n’est pris avant l’évaluation du texte complet.

Les instructions aux auteurs sont disponibles sur le site de la revue : http://edc.revues.org/

L’évaluation sera assurée de manière anonyme par au moins deux lecteurs du comité.

L’envoi des résumés au format Word (.doc) ou PDF se fait aux deux adresses suivantes :

  • francois.debruyne@univ-lille3.fr
  • fabrice.pirolli@iut-dijon.u-bourgogne.fr

Les propositions d’articles peuvent être soumises en français ou en anglais. Les articles définitifs sont en français.

Calendrier

  • 15 octobre 2016 : soumission du résumé

  • fin novembre 2016 : notification de l’acceptation ou du refus du comité de lecture aux auteurs
  • 15 mars 2017 : remise de la version complète des articles
  • 15 juin 2017 : réception des versions définitives après le retour des évaluateurs
  • Mi-décembre 2017 : publication du numéro (version papier et version électronique)

Dates

  • samedi 15 octobre 2016

Mots-clés

  • prescription, recommandation, dispositif

Contacts

  • Fabrice Pirolli
    courriel : fabrice [dot] pirolli [at] univ-lemans [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Fabrice Pirolli
    courriel : fabrice [dot] pirolli [at] univ-lemans [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Prescription et recommandation : agir et faire agir ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 12 septembre 2016, http://calenda.org/377092