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Selfie(s)

Selfie(s) - a new plural image practice

Une nouvelle pratique imageante plurielle

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Publié le mardi 13 septembre 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Le selfie semble être aujourd’hui devenu incontournable. Que l’on soit pour ou contre, jamais pratique imageante n’a jusqu’alors rencontré un tel succès. Pourtant, que savons-nous et que faisons-nous de cette pratique ? Il convient donc d’interroger au pluriel le selfie. Philosophique, esthétique, artistique,  sociologique, psychanalytique… autant de regards qui permettront de rendre compte de la complexité de cette pratique auto-représentationnelle 2.0.

Annonce

Argumentaire

Le selfie semble être aujourd’hui devenu incontournable. Que l’on soit pour ou contre, jamais pratique imageante n’a jusqu’alors rencontré un tel succès. Pourtant, que savons-nous et que faisons-nous de cette pratique ? Il convient donc d’interroger au pluriel le selfie. Philosophique, esthétique, artistique,  sociologique, psychanalytique… autant de regards qui permettront de rendre compte de la complexité de cette pratique auto-représentationnelle 2.0.

Programme

  • 9h00 – 9h30 Ouverture
  • 9h30 – 10h15 Paul Ardenne Gloire de Matt Harding

Wikipedia présente ainsi Matt Harding : « Matthew Harding est un développeur de jeux vidéo américain, né le 27 novembre 1976 dans le Connecticut, aux États-Unis. Il est surtout connu pour s'être filmé en train de danser devant des monuments, lors de ses voyages autour du monde. »

Sans le savoir, avec sa série de vidéos Where the Hell is Matt, diffusées mondialement grâce à Youtube, Harding va inventer le proto-selfie et lui donner d’emblée un caractère absolu. Avec lui, ce n’est plus « moi quelque part dans le monde » mais « moi faisant tourner (en l’occurrence, danser) le monde ». Le corps d’un seul comme le Soleil autour duquel gravite la planète des corps autres, en tous lieux sur la Terre.

Paul Ardenne est écrivain, historien de l’art et commissaire d’exposition. Maître de conférences à l’UFR Arts d’Amiens, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’art et la culture actuels : Art, l’âge contemporain, L’Image Corps, Extrême-Esthétiques de la limite dépassée, Art, le présent… Dernière publication en date : Heureux les créateurs ?, La Muette/BDL, 2016.

  • 10h15 – 11h00 Pascal Bonafoux Du nombril considéré comme un horizon

Si je me fie à ce que rapporte un document trouvé sur la toile, c’est à un jeune homme ivre que l’on doit le mot selfie. Ce qui tient lieu d’étymologie à ce mot qui n’a pas vingt ans est la plus pertinente qui soit puisque, depuis 2002, l’ivresse du Moi ! – Encore Moi ! – Toujours Moi ! est devenue une épidémie, une pandémie. Le virus de cette contagion est le Smartphone. On s’est empressé de trouver à cette habitude de lui sourire béatement un arbre généalogique photographique, de convoquer parmi d’autres Cyrus Pringle (1838-1911) qui, égaré dans je ne sais trop quelle plaine rase d’Arizona, s’y est photographié grâce à un bout de ficelle. Il aurait été regrettable de ne pas aussitôt confondre le susdit selfie avec l’autoportrait. Et de ne pas permettre au premier quidam de se prendre pour Rembrandt. Lequel Rembrandt, dans sa tombe qui n’a pas été retrouvée, grogne : « Vous vous foutez de ma gueule ! »

Pascal Bonafoux est écrivain, historien de l’art et commissaire d’exposition. Professeur des Université à l’Université Paris 8, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’autoportrait comme Moi je, par soi-même, autoportraits du XXe siècle, Paris, Diane de Selliers éditeur, 2004. Grand Prix du Jury de La Nuit du Livre, Salon du Livre 2004, Prix Cercle Montherlant – Académie des Beaux-Arts 2004 et a organisé l’exposition « Moi ! Autoportraits au XXème siècle » en 2004 au musée du Luxembourg et en 2005 au Palazzo Strozzi à Florence. Il a récemment publié le Dictionnaire de la peinture par les peintres, Paris, Perrin, 2012 et a co-dirigé avec François Soulages Portrait anonyme en 2013 aux éditions L’Harmattan. 

  • 11h00 – 11h45 Bertrand Naivin Le regard de biais du selfiste

Du self-portrait au selfie, il n’y a qu’un regard. Un regard 2.0 qui ne nous fixe plus, qui ne se fixe plus lui-même, qui ne fixe rien d’ailleurs. Car il est un regard qui regarde l’écran sur lequel s’affiche le visage du selfiste. Ou plutôt une face qui recopie les codes selfiques pour mieux être « re-connu » par la communauté. Un avatar que nous nous empressons d’envoyer à nos « amis » afin qu’ils valident par un smiley, un « like », un commentaire ou un autre selfie notre « être-là », « être-avec », « être-nous ». Et par cela, baliser une tech-sistence qui se balaye aussi vite qu’un Mur Facebook.

Du self-portrait au selfie, il n’y a… qu’un regard.

Bertrand Naivin est philosophe des images et de la tech-sistence. Chargé de cours à l’Université Paris 8, chercheur associé au laboratoire AIAC, il a récemment publié Selfie, un nouveau regard photographique chez l’Harmattan en 2016.

  • 11h45 – 12h30 Mobile Camera Club Ceci n’est pas un selfie : du rapport entre art et représentation de soi à l’ère numérique 

Le selfie est un trou noir qui absorbe tout, s'imposant partout dans notre vie. A tel point qu’à notre époque, prendre une photo de soi avec un smartphone, c'est forcément faire un selfie. Mais quelle place le champ magnétique centrifuge du selfie laisse-t-il à l’expression artistique ?

Nombre de musées, galeries et festivals photo ont également succombé au phénomène selfie, en présentant des oeuvres ayant pour objectif d’analyser, voire de détourner ses codes visuels et documenter l’interaction générée par ce type d’images sur les réseaux sociaux, tant la diffusion de selfies et les réactions qu’ils suscitent font partie intégrante du phénomène.

Pourtant c'est avec ce même outil, en utilisant les mêmes canaux de diffusion et en photographiant le même sujet, que certains artistes revisitent le genre de l'autoportrait. Utilisant le smartphone non plus seulement pour s'inscrire dans un lieu ou dans un instant, mais pour élaborer une démarche artistique, construire une réflexion sur la mise en scène, l’identité et le travail de représentation.

Mobile Camera Club et sa galerie smart exposent des artistes utilisant les nouvelles technologies mobiles. Elle a notamment présenté « Avatars #Autoportraits » en 2015, en partenariat avec les cinémas MK2, et « Génies climatiques » en 2016 avec le réseau Friche.

  • Pause
  • 14h00 - 14h45 François Soulages Du self made man au selfie. Entre néolib & néocon

Le néolibéralisme s’appuie sur l’idéologie des self made men ; Vincent de Gaulejac montre que le « capitalisme est devenu paradoxant ».

L’idéologie du selfie cousine avec cette dernière : elle l’appuie, elle l’abreuve, elle est un de ces « pharmakon » (Platon, Phèdre , 274e-275a).

Aussi, sous sa doxa gnangnan, elle alimente néolib et néocon, deux courants idéologiques et financiers dont l’idéologie du sujet et de l’histoire n’est pas neutre ; c’est l’illusion du self, c’est le choix du serf.

Président-fondateur de RETINA.International(Recherches Esthétiques & Théorétiques sur les Images Nouvelles & Anciennes). Professeur des universités (Université Paris 8 / INHA), codirecteur de l’Axe TEPI (labo AIAC), directeur du projet Frontières 2012-7 et directeur de collection aux éditions Klincksieck et L’Harmattan. Depuis 30 ans, a écrit et publié à l’étranger et en France plus d’une soixantaine de livres personnels ou collectifs. Il a récemment co-dirigé Les frontières des écrans, publié chez l’Harmattan en 2015.

  • 14h45 – 15h30 Elsa Godart Selfie : vers de nouveaux paradigmes

Le selfie est une pratique qui n'a pu advenir qu'à la condition que le contexte sociétal ait pu le permettre. Pour cela, il a fallu qu'adviennent de véritables bouleversements paradigmatiques. 

De même, cette pratique est révélatrice de nouveaux comportements qui ne peuvent se penser qu'à partir de ces changements de paradigmes. 

Nous explorerons donc l'émergence de ces paradigmes ainsi que leurs effets sur la subjectivité à partir de la pratique du selfie. 

Elsa Godart est chercheur associé à Paris Est-Creteil, responsable du DU d'éthique de Ville-Evrard et psychanalyste.  Elle a récemment publié chez Albin Michel Je selfie donc je suis en 2016.

  • 15h30 – 16h15 Laurence Allard Le Selfie comme portrait de soi dans le monde

Contrairement à une représentation narcissante du selfie, nous montrerons notamment à travers un corpus de selfies mobilisés dans des actions de protestation collective comment ce genre scripto-visuel emblématique de la culture mobile peut être plus précisément décrit comme un portrait de soi dans le monde

Laurence Allard est sémiologue et sociologue des usages numériques. Maître de conférence à l’université Paris 3/Lille 3, elle est l’auteur d’une Mythologie du portable en 2009 aux éditions du Cavalier bleu et a co-dirigé en 2014 Téléphone mobile et création aux éditions Armand Colin. 

  • 16h15 – 17h00 Pauline Escande Gauquié Quand le selfie s’écranalyse

L’écran se présente avant tout comme l’autre du miroir, et réfracte d’un bloc tout ou partie des questions macrosociales que posent la mondialisation, la société du spectacle et ce que Daniel Bougnoux appelle la « crise de la représentation »( Bougnoux Daniel, 2006, La Crise de la représentation, La Découverte, Paris). Précisément du fait que ce que d’aucuns appellent la « société des écrans » ou l’« écran global », entérine à la fois la dimension oculo-centrée de nos prothèses et de nos machines diverses, et la dimension personnalisée et identificatrice de la « relation » de communication. Tant et si bien qu’à un niveau actantiel individuel, de même que collectif, un autre grand partage  est en train de s’effriter peu à peu, héritage structuraliste de la réflexion sur les images et les rôles : l’opposition entre « agent » et « spectateur », entre regardant et regardé. Les selfie comme acte individuel où l’individu est à la fois agent et spectateur de soi, il permet de sortir de l’aporie des paradigmes: opposition entre « passivité » et « participation », opposition entre voyeurisme et narcissisme, opposition entre médias anciens et médias nouveaux, notamment. Le selfie n’est pas seulement objet de projection extérieure mais également processus d’internalisation et d’incorporation. Avec le selfie se pose la question d’une surdétermination de la question de l’identité, du fonctionnement psychique et de ce que les chercheurs américains (après Donald Winnicott ou Charles Taylor) appellent traditionnellement le « Self ». L’ergonomie de la majorité des sites de partage favorise une omnipotence d’un individu qui se met en scène  s’écranalyse. Dans la société des écrans, le « self selfié » est toujours à la recherche d’un regard, le sien, le tien, celui de l’Autre. Dans la pensée du self, les écrans favorisent ce « bal des egos » dont parle le psychiatre Laurent Schmitt, devenu un langage commun dans lequel l’individu exprime sa personnalité de manière hypertrophiée, démesurée même. Le cadre social contemporain gratifie cette mise en scène de soi et la récompense constamment par le système des likes et autres. Cette hyper-performativité numérique expose bien ce qui est au cœur de ce concept d’écranalyse que je présenterai (que je développe avec le chercheur Olivier Aïm) : une surdétermination de la question de l’identité, du Self, via des représentations en termes de projection, d’introjection, d’introspection, de déploiement, et redéploiement, de « multiplicité ». Parmi les discours écraniques qui portent cette réflexivité en acte sur le selfie, j’ai choisi de prendre le genre clip musical. J’étudierai cette capacité auto-réflexive des écrans sur eux-mêmes via  des clips qui mettent en scène le phénomène du selfie comme Selfie de Vald ou les vidéos parodiques #selfie de Chainsmokers, etc.

Pauline Escande Gauquié est sémiologue et journaliste. Maître de conférence à l’Université Paris IV-Sorbonne, elle a récemment publié Tous selfies ! aux éditions François Bourin en 2015.

  • 17h00 – 17h45 Sarah Lepetit Quand le selfie rencontre le marketing : mode, gloire et publicité


La course à l'innovation marketing et la recherche perpétuelle d'audience ont fait du selfie, en un laps de temps très court, une arme dans l'air du temps, redoutablement efficace et adaptable à souhait. Outil de communication d'un nouveau genre, comment le selfie se met au service des individus et des marques afin de les promouvoir ?

Sarah Lepetit est rédactrice et community Manager pour le groupe Zannier. Elle a souteu en 2016 un Master Mode et création à l’université de la mode de Lyon portant sur le selfie et la mode.

  • 17h45 – 18h30 Sébastien Appiotti Interroger la place du selfie au Musée du Louvre : #SelfieSaly, entre opération de communication et campagne de crowdfunding

Cette communication vient rendre compte d’un terrain mené au Musée du Louvre autour de la campagne de crowdfunding “Tous Mécènes de l’Amour” en 2016. Hybridation entre des problématiques liées aux mutations du financement et du modèle économique du musée comme à la valorisation des pratiques visuelles des publics par l’institution, #SelfieSaly est un prisme singulier qui permet aujourd’hui d’analyser les rapports entretenus entre le “Soi” visitant et le patrimoine. En tant qu’opération de communication en ligne et dispositif in situ de médiation de l’œuvre, #SelfieSaly interroge à la fois les formes et les figures de la mise en exposition contemporaine du patrimoine et les représentations liées aux pratiques des publics.

Sébastien APPIOTTI est doctorant en Sciences de l’Information et de la Communication CEMTI, Université Paris 8.

  • 19h00 Fin.

Lieux

  • Salle des conseils - Université Paris 8, 2 Rue de la Liberté
    Saint-Denis, France (93526)

Dates

  • vendredi 04 novembre 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • selfie, autoportrait, photographie, réseau social, web, internet, 2.0, art, hypermodernité

Contacts

  • Bertrand Naivin
    courriel : naivinber [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Bertrand Naivin
    courriel : naivinber [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Selfie(s) », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 13 septembre 2016, http://calenda.org/377151