AccueilThéorie mimétique et études littéraires

Théorie mimétique et études littéraires

Mimetic theory and literary studies

*  *  *

Publié le vendredi 23 septembre 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Cette journée d’étude se propose de réfléchir sur la position des études littéraires dans la théorie mimétique développée par René Girard. Professeur de littérature comparée, Girard a bâti une anthropologie du religieux sur le concept de désir mimétique qu’il décèle chez Cervantès, Stendhal, Flaubert, Proust, Dostoïevski, Shakespeare.

Annonce

Argumentaire

Cette journée d’étude se propose de réfléchir sur la position des études littéraires dans la théorie mimétique développée par René Girard. Professeur de littérature comparée, Girard a bâti une anthropologie du religieux sur le concept de désir mimétique qu’il décèle chez Cervantès, Stendhal, Flaubert, Proust, Dostoïevski, Shakespeare. Mais si la littérature constitue le point de départ de sa théorie et si l’analyse des textes, notamment bibliques et tragiques, n’a jamais cessé d’accompagner et de nourrir ses réflexions sur les rites et les phénomènes de foules, il est temps maintenant de penser la littérature comme point d’arrivée de la théorie mimétique en étudiant l’impact de celle-ci dans la théorie et la critique littéraires. Alors que l’œuvre de Girard est exploitée dans l’anthropologie, la sociologie, les sciences politiques, l’histoire, la psychologie, la philosophie, la théologie, il faut se demander quel est le potentiel de son appareil théorique et conceptuel et comment l’exploiter pour l’analyse et l’interprétation des textes littéraires.

Lieu privilégié de la rencontre entre anthropologie et études littéraires, la pensée de Girard propose des coordonnées pour un abordage innovateur de la littérature en tant que phénomène culturel, permettant de revisiter le rapport du littéraire au religieux, autrement dit le rapport des textes aux rites et aux mythes. René Girard nous explique d’abord que les rites et les mythes ne sont pas des formations symboliques et imaginaires mais des opérateurs réels de la sacralisation de la violence collective qui fonde et structure les groupes (le sacrifice étant l’institution matricielle de l’ordre humain) ; il nous explique ensuite que la violence fondatrice se perpétue mimétiquement grâce au mécanisme du bouc émissaire, et cela malgré la coupure anthropologique majeur que constitue le christianisme, religion qui a désacralisé et délégitimé la violence en révélant la vraie nature de persécution dudit mécanisme.

Sans aspirer à l’exhaustivité, nous proposons les axes de réflexion suivants :

Théorie mimétique et genres littéraires.

  • Le partage du champ religieux en deux matrices, le religieux archaïque et le religieux moderne, se déploie en deux régimes de la narrativité : le régime mythique, dont le principe de structuration est le bouc émissaire, ce qui fait que l’histoire est racontée du point de vue des persécuteurs (textes de persécution); et le régime évangélique, dans lequel le bouc émissaire se trouve thématisé, mis en récit, dénoncé, l’histoire étant ainsi racontée du point de vue de la victime. Comment ces deux régimes de la narrativité pourraient-ils s’articuler aux genres littéraires et contribuer à repenser, à redéfinir, à resituer leurs critères ? Ces catégories transversales – mythique, évangélique –  seraient-elles en mesure d’opérer une reformulation de la théorie des genres littéraires sur des bases anthropologiques ?
  • Quel est l’apport de la théorie mimétique au roman et à la tragédie, les deux genres littéraires que Girard a le plus étudiés ? Quelle est la contribution de la notion de désir mimétique pour la théorie du roman ? En quoi le postulat selon lequel la tragédie accomplit une transition entre le mythique et l’évangélique, contribue-t-il à l’élargissement de la connaissance de ce genre littéraire antique ?
  • Romantique et mythique d’une part, romanesque et évangélique de l’autre, sont des catégories de nature différente, littéraire et religieuse, auxquelles Girard fait jouer un rôle semblable. À l’encontre de la conviction tenace selon laquelle le mythe renferme la vérité sur le phénomène humain, Girard nous dit que romantique et mythique se trouvent du côté du mensonge, de la méconnaissance, de l’auto-aveuglement ; tandis que romanesque et évangélique se trouvent du côté de la vérité, du démontage, de la déconstruction, de la révélation. Quelles peuvent être les implications de ces rapprochements pour les catégories romantique et romanesque ? Sur quelles voies développer, par exemple, l’intuition que le romanesque démythifie, en dépit de la profusion des mythes littéraires et de l’inépuisable pouvoir remythologisant de la littérature ? N’y a-t-il pas des romans qui sont des textes de persécution tout comme les mythes ?
  • Quid des implications de la théorie mimétique pour d’autres genres, d’autres médias, d’autres arts ? (voir par exemple les essais de Bernard Lassablière, Yves Vaillancourt, Claude Forest, Olivier Pourriol).

Théorie mimétique et humanimalités

La notion de désir mimétique établit la nature et la portée intra-humaine de la violence collective ritualisée, mais Girard n’en exclut pourtant pas le monde animal, d’autant plus qu’il pense le processus d’hominisation de façon radicale à partir de l’animalité et prône l’intercompréhension de l’ethnologie et de l’éthologie. Mimétisme animal et mimétisme humain, sacrifice chez les animaux, chasse et sacrifice, domestication des animaux et substitution de la victime humaine par la victime animale, « penchant thériomorphe de la mythologie » sont des motifs girardiens à exploiter notamment dans le cadre des Human and Animal Studies et de l’éco-critique, courants en plein essor dans les Études littéraires et les Études culturelles.

Théorie mimétique et écriture

Les Écritures occupent une place centrale dans la pensée de Girard, mais l’écriture elle-même, le fait écrit, le fait de lettre, ne semble pas avoir mérité son attention, notamment pour ce qui est de la rupture que les Évangiles, précédés d’autres écrits comme l’Ancien Testament et les tragédies grecques, représentent pour le religieux archaïque. On est donc en droit de se demander si l’écriture n’y est pas pour quelque chose dans la déconstruction du mythique et de la mise en lumière du meurtre fondateur que le rite sacrificiel répète et que la rhétorique du mythe voile. L’épisode évangélique où Jésus se met à écrire dans le sable, se détachant ainsi de la foule hystérique qui s’apprêtait à lapider la femme adultère, n’indique-t-il pas la portée anti-mimétique de l’écriture qui dé-vocalise, désactive et désarticule le groupe ? La théorie mimétique est-elle susceptible de prolongements avec Derrida, Goody, Quignard ?

Théorie mimétique et littérature contemporaine

L’une des caractéristiques de la littérature contemporaine est le dialogue qu’elle entretient avec les sciences sociales et humaines. Qui sont les écrivains/écrivaines contemporains/contemporaines qui dialoguent avec Girard, qui reprennent son lexique, ses topiques, ses spéculations ? Le discours girardien est-il implicite ou explicite ? Dans quels cadres thématiques ou scénarios est-il convoqué ? Quelles sont les voies et les formes de sa réappropriation et de sa transformation dans la littérature d’aujourd’hui ? Y a-t-il une réorientation ou une redéfinition des concepts et des postulats majeurs de Girard ? Quelles sont les critiques, formulées ou sous-entendues, adressées à la théorie mimétique ?

Théorie mimétique et autres perspectives anthropologiques de la littérature

Quels rapports de convergence et de divergence peut-on établir entre la théorie de Girard et d’autres théories anthropologiques s’impliquant dans la littérature, comme la théorie de l’imaginaire de Gilbert Durand, la théorie du sacré de Roger Caillois ou la théorie des rites de Victor Turner, entre autres.

Modalités de soumission

Afin de soumettre votre proposition de communication, sous forme d’un résumé de 200-300 mots accompagné d’une brève notice biobibliographique, nous vous prions de nous joindre à l’adresse électronique suivante : calvares@ilch.uminho.pt

Intitulé du courriel :  Théorie mimétique Braga 2017.

 Les propositions de communication devront nous parvenir jusqu’au 5 novembre

 Les communications ne dépasseront pas 20 minutes.

Les textes des communications seront soumis à révision par les pairs (peer review). Ceux qui seront sélectionnés feront objet d’une publication.

Inscription

65,00€ sur place et en espèces ; un montant qui assure l’inscription, le dossier, le certificat, les pauses café et le déjeuner du 13 février.

Langues de communication et des démarches

  • Français,
  • Portugais,
  • Anglais 

Calendrier

  • 5 novembre 2016 :date limite pour présenter des propositions de communication (20 minutes maximum) (résumé de 200-300 mots).
  • 15 novembre 2016 : date limite pour la réponse de l’Organisation.
  • 1 décembre 2016 : programme définitif.
  • 13 février 2017 : Journée d’Étude..

Organisation

  • Cristina Álvares
  • Maria do Rosário Girão

(Département d’Études Romanes)

URL de référence / sponsors

Lieux

  • Bâtiment 05, auditorium de l'Institut de lettres et sciences humaines - Universidade do Minho, Campus de Gualtar
    Braga, Portugal (4710-052)

Dates

  • samedi 05 novembre 2016

Mots-clés

  • René Girard, mimétique

Contacts

  • Cristina Alvares
    courriel : calvares [at] ilch [dot] uminho [dot] pt
  • Rosario Girao
    courriel : rosario [at] ilch [dot] uminho [dot] pt

Source de l'information

  • Cristina Alvares
    courriel : calvares [at] ilch [dot] uminho [dot] pt

Pour citer cette annonce

« Théorie mimétique et études littéraires », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 23 septembre 2016, http://calenda.org/377850