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Les sens du rite

Meanings of rituals - incense and religion in ancient societies

Encens et religion dans les sociétés anciennes

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Publié le mercredi 28 septembre 2016 par João Fernandes

Résumé

L’objectif du workshop sera de croiser les approches et les méthodes (archéologie, anthropologie, histoire, philologie, histoire de l’art, histoire des religions), pour cerner le rôle joué par l’encens dans les religions antiques. L’approche comparatiste permettra de dépasser le constat d’une forme d’universalisme des pratiques rituelles : si nous souhaitons interroger les usages et significations de l’encens sur le temps long, c’est aussi pour mieux souligner les éventuelles spécificités propres aux différents contextes historiques et traditions locales.

Annonce

Argumentaire

La rencontre se propose de mettre au cœur de l’étude un medium rituel bien connu pour la tradition judéo-chrétienne, à savoir l’encens[1]. Cette substance aromatique est devenue un marqueur olfactif de la religion orthodoxe à l’époque byzantine, comme l’a souligné Margaret E. Kenna en 2005, dans un article au titre évocateur : « Why does incense smell religious ? »[2]. Une telle question pourrait s’appliquer aux sociétés polythéistes antiques. En effet, en Mésopotamie, en Grèce ou à Rome, l’un des gestes de dévotion les plus fréquents consistait à offrir/faire brûler des grains d’encens en l’honneur des dieux. Les volutes odorantes montant vers le ciel matérialisaient le lien entre les hommes et les puissances immortelles, contribuant à définir le paysage sensoriel du sanctuaire.

Si plusieurs études ont souligné de façon ponctuelle le rôle de l’encens comme ingrédient du rituel et agent de communication entre les hommes et les dieux, aucune recherche d’envergure n’a encore proposé de comparer les usages et les significations dévolues à l’encens dans les mondes anciens. Or les fonctions qui lui ont été attribuées au cours du temps et suivant les espaces sont multiples et se combinent souvent : agent de purification, signal odorant destiné à appeler la divinité, source de contentement et « nourriture » pour les Immortels,… De plus, les progrès des analyses archéométriques[3] offrent aujourd’hui des données intéressantes qui méritent d’être confrontées aux témoignages littéraires, épigraphiques et iconographiques. Il apparaît clairement que derrière le mot générique « encens », thumiama en grec ou tus en latin, se cachent une large variété de substances odorantes – résines et gommes végétales – destinées à être brûlées.

Au cours des deux journées de la rencontre, l’encens sera envisagé comme un objet historique total. Il s’agira bien évidemment de questionner sa matérialité et les modalités de son insertion dans les différents rites méditerranéens et leur signification, dans la lignée des études de N. Massar et D. Frère[4], mais aussi de considérer les routes et les acteurs de son acheminement[5] et de sa distribution dans les différents espaces. Les valeurs associées aux substances aromatiques désignées par le mot « encens » seront interrogées, dans le sillage des travaux de M. Detienne[6] : qu’est-ce qui leur confère une forme d’efficacité, lors du rituel ? Dans quel type de dispositif prennent-elles place ? La perception de l’encens par les divers participants du rite, divinités, prêtres, auxiliaires, spectateurs, fera l’objet d’une attention toute particulière, en accord avec les problématiques actuellement travaillées par les organisateurs. M. Bradley vient en effet de coordonner un ouvrage sur l’odorat, dont les contributions serviront de cadre de réflexion aux participants de la rencontre[7]. A. Grand-Clément et A.-C. Rendu-Loisel dirigent pour leur part le programme de recherche toulousain Synaesthesia qui place au centre de ses questionnements la polysensorialité dans les pratiques religieuses anciennes, à travers une approche interdisciplinaire et comparée[8]. A. Vincent, enfin, a réfléchi sur la place de la sensorialité (auditive) dans les rituels romains tant dans ses travaux personnels que collectif, au sein du programme Paysages sonores.

L’objectif du workshop sera de croiser les approches et les méthodes (archéologie, anthropologie, histoire, philologie, histoire de l’art, histoire des religions), pour cerner le rôle joué par l’encens dans les religions antiques. L’approche comparatiste permettra de dépasser le constat d’une forme d’universalisme des pratiques rituelles : si nous souhaitons interroger les usages et significations de l’encens sur le temps long, c’est aussi pour mieux souligner les éventuelles spécificités propres aux différents contextes historiques et traditions locales.

Voilà pourquoi nous accueillerons également des contributions émanant de byzantinistes, de spécialistes de l’époque médiévale et des historiens d’autres traditions religieuses, afin de fournir des matériaux comparatistes susceptibles d’éclairer les usages et les valeurs associées à l’encens dans l’Antiquité. L’originalité de la rencontre scientifique résidera aussi dans l’attention portée à la matérialité de l’encens. Le cadre romain devrait offrir l’occasion d’étudier des traditions relatives à l’utilisation de substances aromatiques dans le rite catholique romain. Un atelier expérimental permettra en outre de procéder à la fabrication de mélanges de résines odorantes, afin d’expérimenter directement leurs multiples propriétés sensibles, qui dépassent le registre strictement olfactif. L’atelier pratique sera animé par Amandine Declercq, médiatrice scientifique et membre de l’équipe toulousaine Synaesthesia[9]. Les résultats de la rencontre seront mis à profit lors de l’exposition prévue au Musée Saint-Raymond de Toulouse de novembre 2017 à février 2018, « Rituels grecs, une expérience sensible ».

Modalités pratiques d'envoi des propositions 

Les communications dureront une vingtaine de minutes, et devront être en anglais, italien ou français. Elles devront présenter une recherche originale et inédite, n’ayant pas déjà fait l’objet d’une communication orale importante ou d’une publication scientifique. Un titre provisoire accompagné d’un résumé d’environ 300 mots sont attendus

avant le 31 octobre 2016.

La rencontre pourra donner lieu à la publication d’un volume.

Comité d'organisation

  • Mark Bradley, Associate Professor of Ancient History, University of Nottingham
  • Béatrice Caseau, Professeure d'histoire byzantine, Université Paris-Sorbonne
  • Adeline Grand-Clément, Maîtresse de conférences en histoire grecque, Université Toulouse Jean-Jaurès
  • Anne-Caroline Rendu-Loisel, Chercheuse post-doctorante en assyriologie, Université Toulouse Jean-Jaurès
  • Alexandre Vincent, Maître de conférences en histoire romaine, Université de Poitiers

Références

[1] "L'Eternel dit à Moïse: Prends des aromates, du stacté, de l'ongle odorant, du galbanum, et de l'encens pur, en parties égales." (Exode 30:34).

[2] M.E. Kenna, “Why incense does smell religious? Orthodoxy and the Anthropology of Smell”, Journal of Mediterranean Studies, 15/1, 2005, p. 51-70.

[3] Citons les apports du programme ANR MAGI (2013-2016) http://www.bioarchaeo.net, ou encore la publication récente : J.-P. Brun et X. Fernandez, Parfums antiques. De l’archéologue au chimiste, Silvana Editoriale, 2016.

[4] D. Frère, N. Massar, A. Verbanck-Piérard, Parfums de l’Antiquité : la rose et l’encens en Méditerranée, Morlanwelz, 2008 ; L. Bodiou, D. Frère et V. Mehl (dir.), Parfumsetodeurs dans l'Antiquité, Rennes, 2008.

[5] Cf. D.P.S. Peacock and D.F. Williams, Food for the gods: new light on the ancient incense trade, Oxford, Oxbow Books, 2006.

[6] M. Detienne, Les jardins d’Adonis. La mythologie des aromates en Grèce ancienne, Paris, 1989.

[7] M. Bradley (ed.), Smell and the Ancient Senses, Londres-New York, 2015.

[8] http://synaesthes.hypotheses.org/

[9] Cf. http://lesfeesbottees.com/

Lieux

  • Rome, Italie

Dates

  • lundi 31 octobre 2016

Mots-clés

  • histoire de l'Antiquité, histoire des sens, anthropologie des sens, rites, encens

Contacts

  • Adeline Grandclément
    courriel : adelinegc [at] yahoo [dot] fr
  • Béatrice Caseau
    courriel : beatrice [dot] caseau [at] college-de-frqnce [dot] fr
  • Alexandre Vincent
    courriel : alexandre [dot] vincent [at] univ-poitiers [dot] fr

Source de l'information

  • Alexandre Vincent
    courriel : alexandre [dot] vincent [at] univ-poitiers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les sens du rite », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 28 septembre 2016, http://calenda.org/378365