AccueilLa clandestinité comme stratégie politique. Modalités, discours et dynamiques sociales du XIXe siècle à nos jours

La clandestinité comme stratégie politique. Modalités, discours et dynamiques sociales du XIXe siècle à nos jours

Living underground as a strategy for political struggle. Modes, discourses and social dynamics from the 19th century until today

La clandestinità come strategia di lotta politica. Modalità, discorsi e dinamiche sociali dall'Ottocento ad oggi

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Publié le mardi 04 octobre 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Cette journée d'études doctorale internationale a pour objectif de questionner la clandestinité en tant que catégorie d'analyse : au-delà de la dissimulation qui caractérise la plupart des actes illégaux ou transgressifs, quelles sont les caractéristiques des luttes politiques qui choisissent de s'organiser dans une illégalité prolongée ? Quels parallèles peut-on tracer, quelles oppositions et quelles évolutions depuis le XIXe siècle ? La variété des situations interroge la valeur heuristique du concept lui-même.

Annonce

Argumentaire

Des premiers chrétiens peuplant les catacombes aux FARC dans les forêts colombiennes, de multiples acteurs, mus par la volonté de s'opposer à un pouvoir constitué, ont fait le choix de se cacher pour résister. Cette journée est le second volet d’un programme de recherche inauguré par une journée d’étude tenue en octobre 2015 à l’Université Paris 8, qui a permis de mettre en lumière la grande variété des configurations, des pratiques, des trajectoires de la clandestinité au cours de l’histoire1. À l’origine de notre réflexion se trouve le constat que les travaux des historiens sur les organisations clandestines se sont concentrés sur les raisons, politiques ou religieuses2 de ce choix radical, sur les pratiques de dissimulation3, sur certaines périodes clé – et singulièrement celle de la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale4 – mais la clandestinité n’a pas été considérée comme une catégorie d’analyse permettant de mettre en lumière des caractéristiques communes à des groupes nés dans des contextes différents.

Une évolution s'est produite, semble-t-il, à partir du XIXème siècle : des groupes organisés dans le but de résister ou de conquérir le pouvoir commencent à revendiquer le caractère dissimulé de leur stratégie politique. La clandestinité ne s’entend plus seulement comme une conséquence des persécutions, mais désormais également comme un choix, qui contribue à cimenter une identité de groupe, tels les carbonari et autres nombreuses sociétés secrètes en lutte contre les monarchies européennes, mais aussi les anarchistes, dont l’action conduit aux premières formes de « terrorisme » revendiquées5 à la fin du siècle. Les liens entre clandestinité et violence se redéfinissent donc progressivement. Au siècle suivant, sur lequel notre projet de recherche se focalise plus précisément, les cas de figures se multiplient : groupes politiques subversifs, luttes de libération en contexte colonial, résistance à une occupation étrangère en sont autant d’exemples. La perspective comparatiste que nous cherchons à initier vise à construire des liens entre des aspects développés dans des champs séparés, en tenant en particulier compte de l'apport de la sociologie politique6.

Nous entendons par « lutte clandestine » l'action conduite par des groupes qui agissent dans un statut d'illégalité prolongée. Nous excluons donc l'acte isolé accompli dans l'illégalité, même à des fins politiques. Le rôle de l'organisation se trouve donc au cœur du questionnement : en situation de clandestinité, elle seule permet de poursuivre des objectifs politiques dans la durée. Cette définition de travail implique cependant une réflexion sur la validité du concept de clandestinité, puisque d'une part, la clandestinité n'est jamais absolue (elle a besoin d'un réseau de soutien logistique7) et que, d'autre part, la différence entre ce qui est politique et ce qui ne l'est pas n'est pas jamais évidente : un migrant, par exemple, qui traverse les frontières de manière illégale n'est pas nécessairement motivé par une volonté de contestation politique, mais il se trouve de fait en état de clandestinité, transgressant les lois de l’État ; autre cas limite, l'avortement clandestin, qui peut être considéré comme un acte privé, mais qui peut, lorsqu'il brise l'interdit légal, être transformé en acte militant. Il nous semble ainsi opportun d'interroger les différentes réalités du combat politique clandestin, y compris à travers les ambivalences du concept de clandestinité, qui reste toutefois moins connoté que ceux de « résistance », « lutte armée » ou « terrorisme ».

Cet appel à communication est destiné aux doctorants et jeunes chercheurs, qui sont invités à proposer des communications selon les axes suivants :

  • Les discours qui justifient le choix de la clandestinité, qui se présente la plupart du temps comme un refus absolu de l'autorité existante. Comment se construit la légitimité de la lutte clandestine ? Quels sont les références au passé et le rôle des références symboliques dans la construction d'une mythologie ? Au contraire, quel discours public est mobilisé pour lutter contre l'organisation clandestine ? Cette dernière se trouve en effet souvent à l'origine de peurs et est représentée comme un ennemi intérieur à éliminer. Il y a donc une bataille symbolique pour délégitimer l'adversaire, tant du côté de l’État que des organisations clandestines. De plus, il nous semble fondamental d'étudier les organisations clandestines dans leur rapport au pouvoir : lutter contre une dictature, un pouvoir colonial ou une démocratie conduit à des situations fondamentalement différentes qui influencent les discours et les formes concrètes d'opposition.
  • Les formes d'organisation clandestine, c'est-à-dire le fonctionnement interne des groupes clandestins et les pratiques que la clandestinité impose. La nécessité de se cacher, d'éviter les infiltrations par la police ou les services de sécurité, conduit à une organisation souvent fragmentée et compartimentée, accentuant parfois un fonctionnement hiérarchisé et autoritaire, ce qui peut être analysé comme une conséquence parfois non prévue du choix d'agir en clandestinité. Mais, malgré leur nécessaire discrétion, les groupes clandestins ont aussi pour but de toucher « l'opinion publique », à travers une stratégie médiatique pensée pour donner le maximum de visibilité à une action. Cette stratégie, qui s'est perfectionnée au cours des âges, est une constante de l'action de ces groupes, depuis les tracts jusqu’à la diffusion de vidéos par internet. Comment s'opère donc concrètement cette action politique clandestine, selon quels objectifs, dans quels lieux particuliers, et selon quelle évolution ? Comment le rapport au pouvoir politique et notamment au niveau de répression fait-il également évoluer les formes de lutte ? Quel est le rapport entre clandestinité et usage de la violence armée ? Par exemple, l'African National Congress, le Front de Libération Nationale algérien et le Parti Communiste Italien ont mené des activités clandestines à des degrés divers, selon des objectifs et dans des conditions différentes, rendant utile une clarification sur les choix de lutte opérés par les groupes organisés en clandestinité.
  • Enfin, il serait intéressant d'interroger le rapport à la société qu'entretiennent ces groupes clandestins. Ceux-ci apparaissent d'une grande variété, et il semble que l’on puisse raisonner en termes de gradient de clandestinité, depuis un modèle de clandestinité « absolu » jusqu’à un modèle de semi-clandestinité comme celle de certaines organisations qui conservent une vitrine légale (comme le PKK kurde) ou des groupes dont les militants dissimulent leur activité de lutte armée derrière un style de vie en apparence normal et socialisé (comme ceux de l'organisation italienne Prima Linea dans les années 1970). Il faut en effet considérer que les organisations clandestines ne se placent presque jamais totalement en-dehors des sociétés dans lesquelles elles plongent leurs racines, mais entretiennent des rapports variables avec les réalités sociales : appuis externes parfois jusqu’à l’étranger, consensus minimal ou étendu...

Notes

1 Les résumés des principaux comptes rendus sont disponibles en ligne à l'adresse https://cpup.hypothese.org. Une troisième journée d'études est prévue à Paris en avril 2017, dans une optique élargie aux conspirations et aux complots.

2 Revue de l'histoire des religions: « Religion, secret et autorité. Pratiques textuelles et cultuelles en clandestinité », 2011.

3 Frédéric Monier, « Le secret en politique, une histoire à écrire », Matériaux pour l'histoire de notre temps, I-58, 2000, pp. 3-8, http://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_2000_num_58_1_404244

4 Laurent Douzou, "L'entrée en résistance", Le Mouvement social, 1997 / 3.

5 Gilles Ferragu, Histoire du terrorisme, Paris, Perrin, 2014.

6 Donatella della Porta, Clandestine political violence, Cambridge, Cambridge University Press, 2013.

7 M. Gotor, « La zona grigia. I fiancheggiatori, gli amici e i padroni di casa delle Br », in Diario, n°25, 2009, pp. 81-86.

Modalités de soumission

Nous invitons les doctorants et jeunes chercheurs à envoyer leur proposition de communication, d'environ 4 000 caractères, en italien, français ou anglais, ainsi qu'une brève biographie, aux adresses suivantes :

virgile.cirefice@gmail.com

glequang@gmail.com

tullio.ottolini@unibo.it

avant le 15 novembre 2016.

Les langues de travail de cette journée d'études seront l'italien, le français et l'anglais.

Les résultats seront communiqués fin novembre.

Objectif

L'objectif principal de cette journée d'études est de favoriser la discussion, le dialogue et l'échange entre doctorants et jeunes chercheurs de différentes nationalités, laissant une part importante à la discussion autour des problématiques identifiées.

Prise en charge

Les dépenses d'hébergement à Bologne (une nuit) seront prises en charge par les organisateurs. Les frais de déplacements ne sont pas couverts, mais en cas de difficulté, merci de prendre contact avec les organisateurs.

La journée d'études se déroulera les jeudi 9 février et vendredi 10 février 2017 au département d'histoire de l'Université de Bologne, 2 place San Giovanni in Monte, en Italie.

Comité organisateur

  • Virgile Cirefice, doctorant (Université Paris 8 – Università di Bologna) virgile.cirefice@gmail.com
  • Grégoire Le Quang, doctorant (Université Paris 8 – Università di Macerata) glequang@gmail.com
  • Tullio Ottolini, doctorant (Università di Bologna) tullio.ottolini@unibo.it

Pour toute demande complémentaire, merci de vous adresser aux organisateurs.

Comité scientifique

  • Paolo CAPUZZO, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Bologne.
  • Patrizia DOGLIANI, professeure d'histoire contemporaine à l'Université de Bologne.
  • Marie-Anne MATARD-BONUCCI, professeure d'histoire contemporaine à l'Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis.
  • Marica TOLOMELLI, professeure d'histoire contemporaine à l'Université de Bologne.
 

Lieux

  • Dipartimento di Storia Culture e Civiltà - 2 place San Giovanni in Monte
    Bologne, Italie

Dates

  • mardi 15 novembre 2016

Mots-clés

  • clandestinité, résistance, terrorisme, société secrète, répression, lutte armée, violence politique

Contacts

  • Grégoire Le Quang
    courriel : glequang [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Grégoire Le Quang
    courriel : glequang [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La clandestinité comme stratégie politique. Modalités, discours et dynamiques sociales du XIXe siècle à nos jours », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 04 octobre 2016, http://calenda.org/378768