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Watching music : cultures du clip musical

Watching Music: Music Video Cultures

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Publié le lundi 24 octobre 2016 par Elsa Zotian

Résumé

La tenue d’un colloque international, interdisciplinaire et inter-institutionnel sur les clips musicaux à l’ère numérique a pour but premier de faire l’état des lieux des recherches portant sur un objet touchant par définition à de nombreux champs disciplinaires. Si les études sur le sujet ont été nombreuses dans le monde anglophone (en particulier au sein des popular music studies), les analyses de langue française sont plus rares et confinées. Ces rencontres ont non seulement pour but d’interroger une éventuelle spécificité francophone dans l’analyse et l’interprétation des clips musicaux, et de la confronter à d’autres approches internationales, mais surtout de comprendre, à partir de cet objet situé à la croisée de nombreuses industries (de la musique, cinéma et vidéo, publicité), les mutations plus larges s’opérant dans divers secteurs à l’heure du numérique.

Annonce

Organisé avec le CEMTI (université Paris 8), la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord, la Philharmonie de Paris, l’INA et Volume ! la revue des musiques populaires.

Présentation

La tenue d’un colloque international, interdisciplinaire et interinstitutionnel sur les clips musicaux à l’ère numérique a pour but premier de faire l’état des lieux des recherches portant sur un objet touchant par définition à de nombreux champs disciplinaires. Si les études sur le sujet ont été nombreuses dans le monde anglophone (en particulier au sein des popular music studies), les analyses de langue française sont plus rares et confinées. Ces rencontres ont non seulement pour but d’interroger une éventuelle spécificité francophone dans l’analyse et l’interprétation des clips musicaux, et de la confronter à d’autres approches internationales, mais surtout de comprendre, à partir de cet objet situé à la croisée de nombreuses industries (de la musique, cinéma et vidéo, publicité), les mutations plus larges s’opérant dans divers secteurs à l’heure du numérique. Une telle rencontre (organisée en grande partie par des doctorants) serait ensuite une réelle opportunité pour des jeunes chercheurs issus de divers horizons, pays et institutions de confronter leurs approches théoriques et méthodologiques. Il s’agit également de mettre les recherches en perspectives avec les pratiques des professionnels qui auront eux-mêmes la possibilité de participer à ces réflexions. Ce colloque offrira enfin un espace pour des débats critiques et programmatiques sur un objet qui répond à la fois aux logiques des industries et marchés de la culture et à des préoccupations esthétiques, politiques ou sociales.

Le clip musical, en tant qu’artefact culturel et marchand d’abord au service de la promotion des productions musicales de vedettes – un dispositif médiatique « second », malgré des tendances à l’autonomisation relative – s’inscrit dans des logiques d’organisation de l’industrie musicale. Il convient donc d’interroger sa place, à la fois sur un plan international et au regard de l’histoire de ses développements, notamment depuis l’explosion commerciale de la forme avec les chaînes dédiées telles que MTV, jusqu’aux sites musicaux et aux pratiques amateures actuels. Ce colloque vise ainsi à comprendre les évolutions de la place du clip dans les stratégies de développement de l’industrie musicale. De même, les changements des structures de production appellent des analyses empruntant aux champs de l’économie politique de la communication, de la socioéconomie comme du droit. S’il s’agit ainsi de dégager des traits généraux de la production audiovisuelle au sein de l’industrie musicale, il faut néanmoins également considérer l’existence de modes de production « alternatifs », œuvrant dans une grande précarité matérielle, et déployant ainsi d’autres pratiques.

Cette échelle ouvre à l’analyse du contexte de production et de diffusion lui-même, et donc à l’analyse de ses médiations techniques, organisationnelles et sociales, par des perspectives inspirées tant des analyses interactionnistes (mondes de l’art) que du modèle de la « production de la culture ». Y a-t-il une culture professionnelle typique, peut-on faire l’histoire de ces pratiques professionnelles, prises individuellement ou collectivement comme « monde » ? Cette échelle invite bien sûr à l’analyse esthétique des clips, et ce qu’elle doit aussi bien aux conventions des professionnels de la production qu’à celles du « genre ». Comment se négocient les conventions hybrides et les pratiques professionnelles mêlées entre monde audiovisuel et monde musical ? Quels sont les outils méthodologiques disponibles ou à créer pour appréhender ces œuvres ? Comment envisager les rapports entre musiques et images ? Finalement, comment définir un clip ? Les analyses de terrain seront ici privilégiées, ainsi que celles croisant sociologie de l’art et esthétique. Les ressources de la sémiologie, des études cinématographiques auront ainsi toute leur place dans cet événement.

Troisièmement, la question des usages, des pratiques signifiantes des publics doit être considérée, à l’aide des apports de la sociologie de la réception, des cultural studies, ou encore de la sémio-pragmatique. Les analyses prenant en compte la forme audiovisuelle étant encore rares dans le champ français (une des motivations de ce colloque), des propositions de cet ordre seront les bienvenues, à condition qu’elles s’affranchissent d’un cadre d’analyse purement sémantique et discursif. Les clips représentent aujourd’hui un terrain privilégié pour analyser les cultures populaires ; la question des représentations de classe, de genre, de race est centrale. Existe-t-il une « culture du clip » ? Quels sont les publics du clip ? Que nous apprennent-ils sur les processus de construction identitaire contemporains ? Suivant le travail d’Antoine Hennion sur la « passion musicale », on ne peut comprendre la réception en la considérant comme un moment séparé de la production musicale. Comme tout dispositif médiatique, le clip musical suit une chaîne de traductions, de sa conception à ses usages, et inversement, la forme ayant une histoire, et les producteurs et artistes étant à l’écoute des pratiques de réception.

Enfin, ces dernières années, la création, production, diffusion et valorisation des biens culturels ont été profondément modifiées. Comme le note Philippe Bouquillion, « grâce aux libéralisations, mais aussi aux innovations technologiques, en particulier la numérisation, les articulations entre industries de la culture et de la communication sous l’égide des industries créatives s’intensifient ». Le vidéoclip, comme produit culturel, est à la croisée de nombreuses industries (musique, cinéma et vidéo, publicité),il est donc à ce titre un objet parfait pour comprendre des mutations plus larges s’opérant dans divers secteurs. Le vidéoclip ne peut-il pas être appréhendé comme un cas révélateur du développement d’une culture entrepreneuriale indépendante ? Et comme un terrain d’études pour montrer le déplacement du caractère incertain de la valorisation des biens culturels vers les producteurs eux-mêmes ? Les sites du Web collaboratif deviennent des endroits clés dans la création, diffusion et promotion des contenus en ligne via une logique de user generated contents valorisés par les plateformes et les publicités sans que les producteurs ne soient eux-mêmes nécessairement rémunérés. Bien qu’il semble que la profusion de vidéoclips en ligne participe de leur valorisation culturelle, la question de leur valorisation économique reste encore aléatoire pour les producteurs.

Programme

Jeudi 1er décembre

Lieu : salle des colloques.

Nota bene : Cet événement n’est pas ouvert au public.

  • 14h : Table ronde « Le clip en pratique »
  • 16h30 : Workshop avec des étudiants

Vendredi 2 décembre

Lieu : salle de conférence.

  • 9h : Accueil
  • 9h30 : Introduction
  • 9h45 : Plénière 1 : Will Straw
  • 11h : Diffusion INA
  • 11h15 : Atelier 1 « Industries du clip »
  • 13h15 : Pause déjeuner
  • 14h : Plénière 2 : Warren Buckland
  • 15h15 : Diffusion INA
  • 15h30 : Atelier 2 « Pratiques et esthétiques »

Samedi 3 décembre

Lieu : salle de conférence.

  • 9h : accueil
  • 9h15 : Plénière 3 : Diane Railton
  • 10h15 : Diffusion INA
  • 10h30 : Atelier 3 « Performances et imaginaires »

Résumés des présentations

Table ronde et workshop

Cette table ronde ouvrira l’atelier dédié principalement aux étudiants en donnant la parole aux professionnels :

  • Dessil Basmadjian, réalisateur indépendant
  • Ophélie Beaurepaire, International Music Video Film Festival
  • Nicolas Domont (ou Autre) - MTV
  • Vivien Gouery – Dirigeant du label Yotanka
  • Julien Guicherd – Programmateur musical sur D17
  • Renan Cros – Journaliste en cinéma, animateur d’ateliers sur le clip

Le workshop consiste a réunir au sein de 3 ou 4 groupes des étudiants (de 1ère année au Master), des universitaires confirmés et des professionnels du secteur musical.

L’objectif est de faire travailler chacun des groupes sur des clips sélectionnés préalablement par le comité d’organisation pour laisser chacun des participants préparer leur analyse. Il s’agit ensuite de confronter les approches et de proposer au final une interprétation originale des clips visionnés par chacun des groupes.

Séances plénières

L’ensemble des événements des 2 & 3 décembre se tiendront à la salle de conférence.

Will Straw (McGill University), « Intrications audiovisuelles : le vidéoclip comme cadre »

Dans les années 1980, au sein de la première vague d’écrits sur le vidéoclip, il était commun de penser que la vidéo arrachait la musique à son aire traditionnelle. Les textures musicales, ont disait à l’époque, ont été reconfigurées en profondeur à mesure que la musique était aspirée dans le flux audiovisuel permanent et indéfiniment changeant qui constitue la matière-type de la postmodernité. La vidéo, en ce sens, a agi comme une force d’accélération qui a précipité la dissolution de l’œuvre musicale dans cette nouvelle matière-flux. En 2016, cependant, il semble que les choses se soient inversées. Ce n’est plus par le visuel mais par l’audio que la musique s’intègre à des flux (comme Spotify, Pandora ou Apple Music) où l’unité discrète de la chanson a tendance à se perdre. Si bien que, dans des plateformes comme YouTube (actuellement la plus populaire des sources d’accès à la musique), la persistance d’un accompagnement visuel fournit un cadre et des bornes aux morceaux de musique, garantissant ainsi leur identité discrète même si les séquences vidéo qui les présentent ne cessent de changer. Mon article examinera la relation son/image dans le vidéoclip, et offrira une perspective historique sur la manière dont cette relation a renforcé ou miné la cohérence du texte musical.

Diane Railton (Teeside University), « It’s the real thing : Lemonade de Beyonce, les vidéoclips et l’authenticité »

Beyonce Knowles-Carter est l’une des artistes les plus expérimentées et populaires au monde dans le domaine des clips musicaux : elle a participé à une centaine de clips au cours de sa carrière au sein de l’industrie musicale. Ses vidéos n’ont pas seulement suscité des débats sur les représentations du corps féminin noir, elles ont aussi soulevé des questions sur ce qu’est un clip vidéo et ce qu’il peut faire. Elle s’est servi de ces supports pour affirmer des principes politiques et promouvoir des causes humanitaires. L’un de ses albums a plus de vidéos que de pistes. Les performances live de certains morceaux sont devenues plus emblématiques que leur version audiovisuelle. Cette Ce processus a culminé avec son dernier album Lemonade. Cette présentation va explorer certaines des questions soulevées par cet album : comment décrire cette œuvre – ce machin d’une heure conclu par une vidéo musicale ? Qu’est-ce qu’elle nous dit de la forme du clip, comment déploie-t-elle ce que celle-ci peut produire ?

Warren Buckland (Oxford Brookes University), « Les mondes narratifs impossibles des clips vidéo de Michel Gondry »

Cette présentation commencera par une analyse des figures de style centrales dans l’œuvre vidéo de Gondry, avant de se focaliser sur « Bachelorette », à l’aide d’une étude plan par plan de la manière dont cette œuvre élabore un monde narratif structuré par la mise en abyme, une forme récursive de duplication qui ouvre à un espace non linéaire au sein d’un texte, un microcosme enchâssé qui répète l’histoire à une plus petite échelle. En principe (mais ce n’est pas le cas dans ce clip), la duplication peut se reproduire sans fin, à la manière de miroirs qui se réfléchissent, et esquisser un monde qui revient sempiternellement à son point de départ pour redémarrer. « Bachelorette » met également en scène l’équivalent de ce que Merleau-Ponty a appelé, dans sa Phénoménologie de la perception, la « parole parlante » : dans la vidéo, les événements ne sont pas simplement chantés par Björk et décrits par les images, ils sont également accompagnés d’un texte qui les écrit pendant leur déroulement. Si de nombreux clips vidéo utilisent ces figures de style, cette présentation va souligner que ceux de Gondry emploient une combinaison spécifique de telles structures rhétoriques pour créer des mondes narratifs sophistiqués, complexes et impossibles.

Atelier 1 : Industries du clip

Audrey Orillard (Paris 1), « Le scopitone est-il un ancêtre du clip ? »

Peut-on comparer vidéoclips et scopitones, pour en faire les lointains parents d’un même genre audiovisuel ? C’est ce que pensent les producteurs de télévision dès les années 1980, en plaçant les scopitones – ces chansons filmées des années 1960 diffusées sur des juke-boxes à écran dans les cafés – comme ancêtres du clip, qui déferle alors sur le petit écran. Inscrite dans une perspective d’histoire des techniques, l’étude des conditions de production et de diffusion des scopitones permet de questionner la construction de la généalogie scopitone-clip et notamment de mettre au jour l’évolution significative de la place de la chanson filmée dans les pratiques commerciales de l’industrie musicale. Chemin faisant, l’histoire de la production audiovisuelle musicale permet d’ancrer le clip dans une histoire plus vaste des cultures populaires du xxe siècle, à la croisée du cinéma et de la télévision.

Antoine Gaudin (Paris 3), « L’art du vidéoclip et le marketing de l’industrie musicale : le cas des clips autoréflexifs critiques »

Cette communication prend pour objet ce que je propose d’appeler les « clips autoréflexifs critiques » : cette appellation désigne les clips qui investissent un registre discursif consistant à se désigner eux-mêmes (en tant que genre audiovisuel) comme les fers de lance d’une industrie culturelle dont le fonctionnement est présenté dans ses conséquences négatives sur la création musicale. Ce registre métacritique n’est certes pas l’apanage du vidéoclip, mais on peut être frappé par la récurrence avec laquelle il se manifeste tout au long de l’histoire de ce secteur audiovisuel. Afin d’en rendre compte, cette communication reviendra sur trois moments-clés (l’apparition de MTV dans les années 1980, la « politique des auteurs » des années 1990, le moment Internet dans les années 2000) où se reconfigurent les relations entre l’art du clip et le marketing de l’industrie musicale, appelant à chaque fois de nouvelles formes de clips autoréflexifs critiques. Il s’agira de montrer en quoi ces clips particuliers ont bien davantage travaillé à la consolidation de l’institution vidéoclip (jusque dans sa fonction promotionnelle) qu’ils n’en ont contesté les fondements – comme une lecture limitée à leur contenu discursif manifeste pourrait à première vue le laisser penser.

Fabian Holt (Université de Roskilde), « Vendre l’outil et la technologie culturelle. Leçons de l’explosion du marketing vidéo de la musique live »

Cette présentation s’ouvre par une histoire technologique et économique des clips vidéo. Pendant des décennies, les vidéos musicales furent produites pour promouvoir des enregistrements, et opéraient par conséquent au sein de l’économie des médias musicaux. Le système technologique actuel a encouragé l’utilisation de la vidéo au sein de l’économie de la performance musicale, permettant aux promoteurs de diffuser les concerts qu’ils organisaient directement aux publics, au sein d’une sphère médiatique plus globale. Dans l’économie actuelle, la vidéo est en général considérée comme nécessaire pour créer du lien avec les publics, et ainsi, festivals, salles de concert et opéras composent avec toute une variété de genres et d’archives vidéo. La vidéo est également soumise à l’hégémonie des valeurs quantitatives au sein du marketing numérique, dans lequel le nombre de vues, de clics, de « likes » et d’abonnés ont un impact sur les ventes et les sponsors. Nous pouvons par conséquent comprendre comment les promoteurs de musique live se sont emparés de ce support pour susciter de l’enthousiasme au sein des médias sociaux et parfaire l’expérience proposée par le concert. À la faveur de tels processus, ces pratiques marketing ont fini par faire part de la réalité des événements, au même titre que la scénographie ou le choix du site. La vidéo a transformé les concerts et les festivals en spectacles multimédias, dans lesquels ces technologies non seulement altèrent les modalités de l’expérience du live, mais œuvrent aussi à la transformation de l’espace, de la conception et de l’oralité. Paradoxalement, en amplifiant les attentes suscitées par ces événements, les médias minent certaines de leurs valeurs plus profondes, une condition nouvelle qui semble désormais irréversible. Néanmoins, la vidéo et certaines pratiques de marketing peuvent être améliorées, précisément en regardant au-delà des conceptions unitaires et étroites de la vidéocomme outil de promotion. En explorant son potentiel en tant que technologie culturelle dans des économies de la performance plurielles, la vidéo peut non seulement produire du pouvoir médiatique et de la valeur commerciale, mais également donner forme à des dynamiques sociales, des horizons culturels et de nouvelles esthétiques.

Atelier 2 : Pratiques et esthétiques

Jérôme Rossi (Université de Nantes), « “L’homme au bouquet de fleurs” de Maxime Le Forestier : le clip comme approfondissement de la chanson »

En s’octroyant les services d’un acteur emblématique du cinéma français, Daniel Auteuil, le chanteur Maxime Le Forestier, filmé par Jean Sacudo, a cherché à mettre en scène dans le clip de sa chanson « L’homme au bouquet de fleurs » le processus d’espionnage auquel se livre l’artiste quand il prend son inspiration dans l’homme de la rue : « Où va donc cet humain qui porte un bouquet d’fleurs ? ». Au-delà de l’intrigue, ce sont les procédés issus du cinéma comme ceux plus spécifiques au clip qui retiennent ici notre attention : en brouillant les frontières entre la réalité et la fiction, ils proposent un approfondissement de la chanson, qui devient une réflexion sur l’acte créateur lui-même.

Maxime Boidy (institution à définir), « Corps visibles et corps sonores : iconographies politiques du format clip »

L’iconographie politique se définit comme la description et l’interprétation de l’imagerie politique, notamment celle des entités collectives et des « corps multiples ». Non seulement le clip musical confronte ce champ d’analyse à un vaste corpus issu de la culture populaire, mais il en interroge l’épistémologie dans la mesure où certaines approches intellectuelles tendent à marginaliser les corpus audiovisuels et l’image mouvante. À travers des études de cas inscrites dans le contexte politique global du tournant des années 2000, cette intervention entend questionner ce que le format clip fait à l’iconographie des corps multiples, et comment cette imagerie permet de réinvestir les enjeux esthétiques et politiques des corps sonores, musiciens et auditeurs.

Henry Keazor (Université de Heidelberg), « Des clips vidéo portables ? L’esthétique des clips pour les dispositifs mobiles »

Cette présentation se propose d’examiner l’approche et les résultats d’un projet de recherche de trois ans, qui considéra les transformations des clips musicaux à l’heure de leur consommation croissante sur des dispositifs portables. Dans la mesure où ceux-ci s’accompagnent de conditions spécifiques concernant la taille et le son, les clips doivent s’adapter, tant du point de vue de leur esthétique visuelle que de leurs principes de montage acoustique. En suivant le propos de Jean-Luc Godard selon lequel « une innovation technique est sans valeur si elle ne s’accompagne pas d’une innovation formelle correspondante, leur association forgeant ce que l’on appelle le “style” », ce projet ne se contenta pas d’examiner des clips musicaux, mais analysa aussi la réception de projets tels que l’app-album de Björk Biophila (2011).

Julien Péquignot (Université de Franche-Comté), « Des slide songs à YouTube, réflexions sur la spectature de la musique vidéalisée »

Le clip, de l’ère vidéo à l’ère Internet en passant par l’ère de la télévision musicale, s’est imposé comme le parangon contemporain de la musique mise en image. Cette communication propose, en mobilisant le concept de musique vidéalisée, de replacer le clip dans une perspective plus ample, tant historique que technique et esthétique. L’idée défendue ici est que le clip n’est qu’une incarnation parmi d’autres – certes majeure – d’une structure audiovisuelle ô combien fonctionnelle, comme l’illustre sa pérennité, depuis les balbutiements de l’image animée et sonorisée jusqu’à l’ère numérique, connectée et « participative ». Pour soutenir cette thèse, le clip et plus largement la musique vidéalisée seront abordés d’abord selon l’angle pragmatique de leur spectat.eurs.trices, ce qui n’implique en rien de négliger les approches esthétiques, techniques ou encore socio-économiques, toutes nécessaire dans le cadre d’une réflexion sur la spectature de la musique vidéalisée.

Atelier 3 : Performances et imaginaires

Églantine Gauthier (EHESS), « La mise en scène audiovisuelle de l’identité mauricienne à travers les vidéoclips de séga »

D’origine inconnue, le séga mauricien prendrait ses racines dans les pratiques musicales, chantées et dansées des esclaves africains et malgaches présents au fondement colonial de la nation mauricienne et se trouve aujourd’hui parmi les musiques les plus populaires de l’île Maurice. À la croisée de l’imaginaire national et de plusieurs industries (musicale, touristique), le séga permet l’analyse de l’identité mauricienne à travers plusieurs questions, notamment de classe et de race mais aussi nationale et de genre. À quelles identités renvoient les catégories de séga visuellement mises en scène ? Quelles esthétiques sont privilégiées par la production pour la mise en scène de ces identités ? Comment intervient la danse ? Dans cette présentation j’interrogerai la mise en scène audiovisuelle de l’identité mauricienne en explorant plus particulièrement le rôle de la danse au sein de la production et de la réception des clips de séga. Je me baserai sur les témoignages recueillis à l’île Maurice autour de la production de quelques clips vidéo datant de la fin des années 1990 au début des années 2010.

Anna Cuomo (EHESS), « Se mettre en image. La circulation de mondes imaginés dans les clips de rap burkinabè »

Cette communication sera axée sur une « analyse des symboles et autres motifs récurrents afin d’explorer les stratégies que les artisans de la musique populaire utilisent pour interpeller différentes catégories de mélomanes ». Elle se base sur des données de terrains ethnographiques recueillies principalement à Ouagadougou depuis 2010 dans le cadre d’une thèse en cours sur la fabrique d’un rap africain. À partir de plusieurs extraits de clips vidéo, je montrerai les manières dont les rappeurs « brouillent les pistes » en revendiquant à la fois une vie urbaine « moderne » et une vie au village, une vie dans le ghetto comme une vie luxueuse, réussie, ou encore une vie dans le respect des traditions locales, etc. ; ces différentes manières de se « rendre visible » seront analysées comme des processus de subjectivation, qui évoluent toujours en fonction de contextes, de situations et de publics différents.

Elina Djebbari (King’s College), « Danse et vidéoclips au Mali : vidéochoréomorphose et nouvelles esthétiques »

Cette communication aborde la création de nouvelles esthétiques chorégraphiques au Mali en lien avec le développement des vidéoclips. Que ce soit par la création de la « danse de clip » ou par la transmission de chorégraphies spécifiques pour promouvoir une nouvelle chanson, la danse joue un rôle essentiel dans de nombreux clips produits aujourd’hui au Mali et dans la diaspora. Afin d’appréhender ce phénomène, la notion de vidéochoréomorphose est proposée comme outil analytique pour comprendre comment le matériau dansé est transformé tant par le format du clip que les techniques audiovisuelles qui lui sont liées, ainsi que les changements en termes de pratiques, de modes de transmission et de consommation des danses qui en découlent.

Organisation

Comité d’organisation

  • Direction : Marc Kaiser, maître de conférences, CEMTI (Paris 8)
  • Alix Bénistant, doctorant, SIC, CEMTI (Paris 8)
  • Florence Nowak, jeune docteure, anthropologie, CEIAS (EHESS)
  • Jedediah Sklower, doctorant SIC/histoire culturelle, CIM (Paris 3)/CHS-20e s. (Paris 1)
  • Michael Spanu, doctorant, sociologie, 2L2S (Université de Lorraine)
  • Jérémy Vachet, doctorant, media studies, School of Media and Communication (Leeds)
  • Arnaud Baubérot (UPEC)
  • Philippe Bouquillion (Paris 13)
  • Jim Brogden (Leeds)
  • Line Grenier (Université de Montréal)
  • Gérôme Guibert (Paris 3)
  • David Hesmondhalgh (Université de Leeds)
  • Marc Kaiser (Paris 8)
  • Martin Lussier (Université du Québec à Montréal)
  • Tristan Mattelart (Paris 8)
  • Emmanuelle Olivier (EHESS)
  • Emmanuel Parent (Rennes 2)
  • Bruno Péquignot (Paris 3)
  • Christophe Pirenne (Université de Louvain)
  • Diane Railton (Teesside University)
  • Franck Rebillard (Paris 3)
  • Vincent Rouzé (Paris 8)
  • Catherine Rudent (Paris 4)
  • Dominique Sagot-Duvauroux (Angers)
  • Will Straw (Université McGill)
  • Florence Tamagne (Lille 3)

Comité scientifique

Liens

Retrouvez-nous sur:

Lieux

  • Philharmonie de Paris Cité - 221 Avenue Jean Jaurès
    Paris, France (75019)

Dates

  • jeudi 01 décembre 2016
  • vendredi 02 décembre 2016
  • samedi 03 décembre 2016

Mots-clés

  • musiques populaires, vidéoclips, industrie du disque, production, réception

Contacts

  • Jedediah Sklower
    courriel : jedediah-sklower [at] hotmail [dot] com
  • Marc Kaiser
    courriel : marc [dot] kaiser [dot] 1 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Jedediah Sklower
    courriel : jedediah-sklower [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Watching music : cultures du clip musical », Colloque, Calenda, Publié le lundi 24 octobre 2016, http://calenda.org/380616