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Des universités de proximité en quête d'identité ?

Local universities and the quest for identity?

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Publié le mardi 25 octobre 2016 par Céline Guilleux

Résumé

L’objectif de cette manifestation pluridisciplinaire est d’interroger le concept d’université de proximité à travers la construction des identités, dans le cadre des transformations qui affectent tant l’enseignement supérieur que les sociétés et leurs territoires.

Annonce

Argumentaire

L’objectif de cette manifestation pluridisciplinaire est d’interroger le concept d’université de proximité à travers la construction des identités, dans le cadre des transformations qui affectent tant l’enseignement supérieur que les sociétés et leurs territoires.

Depuis plus de deux décennies, l’enseignement supérieur a été confronté à des changements multiples, en Europe plus généralement, et en France tout particulièrement (Revue du MAUSS, 2009). La démocratisation de l’enseignement supérieur, qui a commencé dès les années 1960, résulte d’une volonté politique, celle d’accroître le niveau de formation des individus afin de pouvoir répondre aux besoins d’une économie où les exigences en termes de qualification n’ont cessé de se renforcer. L’université est devenue un pôle de formation alors qu’elle se considérait avant tout comme un lieu de transmission des savoirs. La massification est susceptible de générer des frustrations, ce qui peut créer un sentiment de déclassement : dans un contexte de chômage massif, il faut disposer d’un niveau de diplôme supérieur à ses parents pour pouvoir atteindre le même niveau social qu’eux (Lemière, 2015). D’autre part, les grandes problématiques de recherche s’inscrivent de plus en plus à l’échelle du monde : les pouvoirs publics comme les institutions universitaires encouragent les chercheurs à se positionner dans des cadres internationaux en répondant à des appels d’offre, en montant des projets et en développant des partenariats avec des centres étrangers. La science s’inscrit dans une logique avant tout utilitaire et à court terme, ce qui réduit les formes de désintéressement, et remet en cause la place de la recherche fondamentale et les sciences humaines et sociales dont les résultats ne sont pas immédiatement applicables. La lisibilité est essentielle pour obtenir des financements et une crédibilité dans une logique de compétition (Cyterman, 2011). Parallèlement, la mise en place du système ‘Licence-Master-Doctorat’ résulte d’une volonté de disposer d’un système harmonisé de formation à l’échelle de l’Union Européenne afin de favoriser les échanges tant des étudiants que des enseignants. Cette volonté de créer un cadre général à l’échelle européenne a conduit les enseignants-chercheurs à réinterroger leurs pratiques d’enseignement (Rege Colet & Romainville, 2006 ; Bertrand, 2014 ; Béjean, 2015). La mondialisation de la recherche et l’européanisation des systèmes de formation ont ainsi affecté conjointement, mais de manière différenciée les établissements universitaires. En France plus particulièrement, la loi relative aux Libertés et aux Responsabilités des Université (LRU) du 10 août 2007 dont l’objet était de renforcer l’autonomie des universités, a eu pour effet, pour ces dernières, de devoir gérer leur masse salariale et de s’interroger sur leur rôle dans un cadre multi-scalaire, à la fois régional, national et international. L’autonomie qui devait ouvrir des perspectives se révèle également source de nouvelles tensions (Beaud et alii, 2010). Enfin, l’accès démultiplié et ubiquiste aux savoirs grâce aux outils d’information et de communication remet en cause la place des universités en tant que lieu de concentration de la connaissance (Caillé, 2015). Ces transformations ont accru le sentiment de dévalorisation symbolique de l’Université, qui apparaît dès lors comme une « variable d’ajustement » sans lien véritable avec ses missions.

Dans ce contexte, la stratégie des pouvoirs publics consiste à créer des pôles universitaires lisibles à l’échelle du monde et à favoriser les fusions, les rapprochements entre des établissements existants. Le paysage universitaire français se recompose autour de  pôles métropolitains, localisés dans les grandes agglomérations. Offrant une large diversité disciplinaire, ces pôles sont censés disposer d’une masse critique qui leur permet de se rendre lisible dans un contexte de renforcement de l’esprit de compétition. La concentration semble garantir les innovations qui sont considérées comme étant indispensables pour assurer une croissance économique durable. Dans le même temps, les étudiants inscrivent leurs parcours de formation dans le cadre d’une perspective de mobilité et n’hésitent pas à chercher des formations qui correspondent le mieux à leurs objectifs professionnels (Neyrat, 2010). L’offre de formation et la localisation des chercheurs et des centres de recherche montrent cependant une répartition bien moins polarisée que ne le laisserait supposer les discours.

Nombreuses sont ainsi les universités qui ne remplissent pas les caractéristiques des pôles universitaires métropolitains et qui présentent des formes très contrastées (Lévy, Soldano, Cuntigh, 2015). Parmi ces dernières, les Universités dites « de proximité » attirent notre attention : dotées d’effectifs réduits sans qu’on puisse toutefois déterminer un seuil, elles ont été créées dans le cadre d’une logique d’aménagement du territoire et de démocratisation de l’enseignement supérieur. Souvent localisées dans des agglomérations de taille moyenne, ces universités s’inscrivent dans une problématique de lien social s’ancrant sur un territoire. Ce concept de proximité, parfois considéré de manière péjorative, mérite toutefois d’être interrogé et décliné. La proximité est en premier lieu géographique et elle renvoie à la faible distance physique qui sépare un établissement de la population qui est censée la fréquenter. Pour une université, le concept de proximité, renvoie ainsi irrémédiablement à un bassin de recrutement étroit, peu étendu, ce qui signifierait des effectifs réduits, tant des étudiants que des enseignants-chercheurs. La proximité, associée à la faiblesse des effectifs, irait alors de pair avec une offre restreinte de formations notamment en master et l’idée que la recherche serait moins développée et n’offrirait pas les garanties d’excellence des universités métropolitaines. Dans le même temps, la proximité est aussi synonyme de rareté : en général, l’établissement d’enseignement supérieur est le seul à être présent dans l’agglomération urbaine et à proposer une offre de formation, alors que dans les métropoles plusieurs établissements se côtoient, y compris des grandes écoles et des écoles d’ingénieurs (Lévy, Soldano, Cuntigh, 2015). La proximité se décline également de manière fonctionnelle qualifiant alors l’intensité des relations entre les acteurs qui peuvent parfois se formaliser dans des cadres institutionnels. Cette proximité avec le territoire est notamment mise en avant pour valoriser la professionnalisation des formations et vanter l’implication des collectivités territoriales qui perçoivent souvent les universités comme un élément essentiel de leur développement. Enfin, la proximité peut prendre une dimension cognitive : l’émergence d’une compréhension mutuelle entre les acteurs du territoire reposerait sur la perception de partager des références communes.

Notre principale hypothèse est que la proximité, déclinée selon ces différentes approches, est un marqueur de la construction des identités de ces universités et une ressource pour ces dernières dans le contexte de recomposition du paysage universitaire. En quoi la proximité apparaît-elle comme révélatrice de pratiques scientifiques et pédagogiques, mais aussi comme un levier pour élaborer une stratégie pour l’institution ?

L’Université d’Artois constitue un bon exemple pour tester ces hypothèses. Si l’on considère l’identité comme un processus de définition de soi qui se réalise au croisement de plusieurs appartenances collectives, l’hypothèse est que l’Université d’Artois se présente indéniablement comme un système de signification collective auquel un individu pourra se référer. Créée en 1992 dans une région confrontée à une grave crise industrielle afin de faciliter l’accès des populations à l’enseignement supérieur dans une région caractérisée par un niveau de qualification largement inférieur à la moyenne nationale, l’université, compte environ 10000 étudiants répartis en six sites spécialisés qui sont localisés dans cinq villes différentes dont chacune présente une taille modeste (entre 25000 et 42000 habitants). Une forte polyvalence caractérise également cet établissement polycentrique, même si toutes les disciplines ne sont pas représentées.

Depuis janvier 2015, un groupe pluridisciplinaire de chercheurs a entrepris une série d’études pour explorer les hypothèses présentées. Dans ce cadre, trois champs ont été explorés. La première piste consiste à interroger le personnel de l’université et notamment les enseignants à travers la pédagogie universitaire. Observe-t-on l’émergence de nouvelles pratiques pédagogiques chez les enseignants et si oui, sont-elles liées à des conditions spécifiques que permettrait la proximité ? Des dispositifs innovants ont-ils été instaurés par les équipes pédagogiques ou par les instances universitaires ? Des formes originales de transmission des savoirs ont-elles été élaborées ? Comment la tension entre enseignement et recherche est-elle vécue ? Une deuxième piste explore la vie étudiante. En quoi, l’université permet-elle aux étudiants d’acquérir leur autonomie ? Quels types de relations les étudiants établissent-ils avec l’ensemble des acteurs au sein de l’établissement et en dehors de ce dernier ? Comme est vécue la tension entre le temps consacré à leur formation et le temps dévolu aux autres activités (loisirs, emplois, etc.) ? Enfin, un troisième point concerne plus particulièrement les clusters et les partenariats de recherche. Quels liens ont été développés entre les laboratoires de recherche, les chercheurs et les acteurs du territoire ? De quoi ces derniers sont-ils le révélateur ? Comment les chercheurs vivent-ils et gèrent-ils la tension entre recherche appliquée et recherche fondamentale ? De manière plus générale, certaines questions se posent pour l’ensemble des trois pistes évoquées. D’une part, existe-t-il un sentiment d’appartenance à l’égard de l’université d’Artois et si oui, comment s’exprime-t-il ? D’autre part, quelle lisibilité présente l’établissement et comment est-il identifié par les acteurs du territoire, par les étudiants et par le personnel ? Dans ce contexte, la stratégie de l’université contribue-t-elle à fédérer l’ensemble des acteurs autour d’un projet commun ?

Chaque champ a fait l’objet d’une réflexion spécifique en articulation avec le cadre général. Plusieurs ateliers (workshops) impliquant des chercheurs de l’université ont été organisés entre avril et septembre 2015 afin de définir une problématique se déclinant dans les 3 champs évoqués tout en conservant une cohérence d’ensemble. Trois questionnaires ont également été élaborés, chacun s’inscrivant dans un champ. Chaque questionnaire est indépendant des autres, mais certaines questions sont récurrentes et sont insérées sous la forme de questions miroir. Ces questionnaires ont été diffusés chacun pendant deux mois de manière successive entre novembre 2015 et Avril 2016. Les questionnaires ont été majoritairement remplis en ligne, à l’exception du questionnaire destiné aux étudiants. Pour ce dernier, des étudiants de master ont été recrutés pour faire remplir des formulaires papiers afin de disposer d’une bonne représentativité au sein de l’établissement et au sein du territoire.

L’objectif de cette manifestation scientifique est par conséquent de produire les premiers résultats des analyses entreprises, mais aussi de les mettre en perspective et de voir quels enseignements pourraient être tirés de manière plus générale.

Programme

  • 8.30 – 9.00 Accueil Ouverture par le président de l’Université d’Artois
  • 8.45 – 9.00 Bernard Reitel, Professeur de géographie, Université d’Artois, ‘Discontinuités’ EA2468 « Introduction »

9.00 Keynote speakers

  • 9.00 – 9.40 Jean-François Condette, Professeur d’histoire, ESPE-Université d’Artois, EA4027 « La construction de l’Université d’Artois : une perspective historique »
  • 9.40 – 10.20 Catherine Soldano, Maître de conférences en sociologie, Université Toulouse 2 Jean-Jaurès, UMR 5044, CERTOP « Paysage universitaire en mouvement : la place des universités de proximité. Problématiques et enjeux »
  • 10.20 – 10.40 Discussion
  • 10.40 – 11.00 Pause

11.00 Session 1 – Expériences au sein de l’Université : vie étudiante et pratiques enseignantes

  • Renaud Maes, Enseignant-chercheur, Université Libre de Bruxelles, Faculté des Sciences psychologiques et de l’éducation / Centre de recherche en psychologie des organisations et des Institutions « Expériences et vécus des étudiants à l’Université libre de Bruxelles », 
  • Bernard Reitel, Professeur de géographie, Sylvie Coupleux, Maître de conférences de géographie, Université d’Artois, ‘Discontinuités’ EA2468 « La vie étudiante dans une université de proximité, l’Université d’Artois : une valorisation de l’autonomie et de la socialisation ? »
  • Marie-Laure Viaud, Maître de conférences en Sciences de l’éducation, ESPE-Université d’Artois, RECIFES EA4520 « Les pratiques pédagogiques à l’université en France : une évolution à la conjonction de trois facteurs »
  • Catherine Couturier, Directrice du SUPArtois, Viviane Boutin, Directrice-adjointe du SUPArtois, Université d’Artois, RECIFES, EA4520, Johanne Masclet, Maître de conférences en psychologie, ESPE-Université d’Artois, RECIFES EA4520 « Les pratiques d’enseignement à l’Université d’Artois : un processus d’ajustement en fonction des besoins des étudiants ? »
  • Judith Barna, Maître de conférences en Sciences de l’éducation, ESPE, Université d’Artois, RECIFES EA4520 « L’identité professionnelle face à l’innovation »

Discussion : 20 mn

13.00 – 14.20 Repas

14.20 Session 2 – Réseaux et territorialités : partenariats de recherche et stratégies

  • Cécile Carra, Professeure de sociologie, Université d’Artois, Lille Économie Management (LEM UMR9221) « Ancrage territorial, mise en réseau des acteurs, et identité des universités de proximité : le cas de l’Université d’Artois »
  • Philippe Duez, Maître de conférences HDR, Université d’Artois, LEM UMR9221 « Un panorama des options stratégiques des universités du Nord-Pas de Calais en matière de formation »
  • Bénédicte Jamin, doctorante, Université d’Artois, LEM UMR9221 « Relations Université-Territoire et évolution d’une identité collective »
  • Charles Coutel, Professeur émérite de philosophie, Université d’Artois, CDEP EA2471, GIS ‘Institut d’Étude des Faits Religieux’ « Mettre en place un GIS (Groupement d'intérêt scientifique) : l’articulation de la multipolarité et de l’interdisciplinarité. Le cas de l’IEFR »

Discussion : 20 mn

16.00 – 16.20 Pause

16.20 Mises en perspectives. Deux expériences dans des « territoires étrangers de proximité », le Québec et la Belgique

  • 16.20 – 16.50 Christelle Lison, Professeure en éducation, Université de Sherbrooke, « Transformation des relations enseignants/étudiants au moyen des pratiques d'enseignement, une mise en perspective »
  • 16.50 – 17.20 Jean-Emile Charlier, Professeur de sociologie, Université Catholique de Louvain « Un enseignement supérieur sous tension en Belgique francophone entre logique philosophique et logique territoriale »
  • 17.20 – 17.40 Rachel Lévy, Maître de conférences en sciences économiques, Université Toulouse 3, EA4212, LEREPS « Synthèse et perspectives »
  • 17.40 – 18.10 Discussion
  • 18.10 Cocktail dînatoire

Catégories

Lieux

  • Amphi Jacques Sys - Université d'Artois, 9 rue du temple
    Arras, France (62)

Dates

  • jeudi 01 décembre 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • université, proximité, identité, territoire

Contacts

  • Bernard Reitel
    courriel : bernard [dot] reitel [at] univ-artois [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Olivier Rota
    courriel : olivier [dot] rota [at] univ-artois [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Des universités de proximité en quête d'identité ? », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 25 octobre 2016, http://calenda.org/381093