AccueilPlurilinguisme et auto-traduction : langue perdue, « langue sauvée »

Plurilinguisme et auto-traduction : langue perdue, « langue sauvée »

Multilingualism and automatic translation - languages lost and found

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Publié le mardi 18 octobre 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Le colloque se propose d’interroger, dans une optique interdisciplinaire, les différents enjeux qu’implique le phénomène d’auto-traduction qui, en tant que pratique et domaine de recherche, installe au centre de la réflexion la question du sujet. À la fois auteur et traducteur, l’auto-traducteur occupe une position double qui modifie fondamentalement son rapport à l’écriture, instituant simultanément un point de vue intérieur et extérieur. Aussi la réflexion sera-t-elle menée sur un double front, en intégrant les approches traductologique, linguistique et sociologique d’une part et identitaires de l’autre.

Annonce

Argumentaire

Le colloque se propose d’interroger, dans une optique interdisciplinaire, les différents enjeux qu’implique le phénomène d’auto-traduction qui, en tant que pratique et domaine de recherche, installe au centre de la réflexion la question du sujet. À la fois auteur et traducteur, l’auto-traducteur occupe une position double qui modifie fondamentalement son rapport à l’écriture, instituant simultanément un point de vue intérieur et extérieur. Aussi la réflexion sera-t-elle menée sur un double front, en intégrant les approches traductologique, linguistique et sociologique d’une part et identitaires de l’autre.

L’auto-traduction constitue l’une des modalités de l’écriture par lesquelles se manifeste la multi-appartenance des auteurs plurilingues. Aussi peut-elle être envisagée comme conséquence des processus migratoires et leur reflet littéraire. Nous interrogerons donc les rapports entre langue et exil et aborderons la question du statut des langues mises en regard, de leur valeur sur les « marchés linguistiques » et du positionnement des auteurs, de la critique et du public lecteur face à la relation centre et périphérie, antinomie qui pour les aires culturelles qui nous intéressent, se pose avec une acquitté toute particulière. L’auteur a-t-il toujours le choix de confier la traduction de son œuvre à un traducteur ou de s’auto-traduire ? Au-delà̀ de l’écart de statut susceptible d’exister entre les langues, apparait ici la problématique de la distance interlinguistique et surtout de la distance interculturelle qui les sépare.

La narration dans une autre langue permet-elle de dépasser l’éclatement identitaire et peut-elle devenir le lieu de rencontre des deux facettes d’un même individu ? Ou conduit-elle à l’expérience de l’inquiétante étrangeté́, étrangeté́ à soi-même, déplaçant au-delà̀ des lignes familières, ce que Freud désigne comme heimat. Le phénomène se trouve décuplé́ s’il s’agit de la traduction des écrits à composante autobiographique. Si l’écriture autobiographique implique l’écriture de l’ipséité́, la traduction de cette écriture devient une expérience de l’altérité́.

La situation est encore différente pour les auteurs exophones qui traduisent leurs propres ouvrages. Il s’agit pour eux de traduire une deuxième facette de leur propre identité́, les conduisant dans certains cas à exprimer ce qui n’a pas pu l’être dans la première version. L’auto-traduction donne alors lieu à un ouvrage inédit (voir le cas emblématique de Vladimir Nabokov). De nombreuses problématiques relatives aux raisons et aux résultats de ces réécritures successives pourront être soulevées.

On intégrera également la perspective génétique, scrutant les états successifs des manuscrits en tant qu’ils portent la trace d’une dynamique, celle du texte en devenir, et constituent la trace visible du mécanisme créatif. Or dans quelle(s) langue(s) s’élaborent les textes des écrivains multilingues ? En quoi la mise à nu de leur atelier d’écriture (avant-textes, manuscrits, tapuscrits, variantes, insertions, ratures), accompagnée de la construction d’une série d’hypothèses sur les opérations scripturales inhérentes à l’auto-traduction, peuvent-elles ici ouvrir des nouvelles pistes de réflexion ?

Ouvert à plusieurs aires linguistiques – russe, polonaise, serbe, ukrainienne, yiddish et plus généralement centre-européenne, auxquelles s’ajoutent celles des langues cibles que sont le français, l’anglais et l’allemand –, le colloque se propose d’embrasser les champs connexes de la littérature générale et comparée, de la littérature en langue minorée et postcoloniale, de la sociologie de la littérature et de la traduction, de la sociolinguistique et des études (inter) culturelles comme de la théorie de la traduction et de la théorie génétique. Dans ce contexte, il a pour ambition de questionner les multiples enjeux d’ordre conceptuel, phénoménologique et ontologique, lies à la pratique et à l’étude du plurilinguisme et de l’auto-traduction.

Programme

Sous réserve de modification

Vendredi 21 octobre 2016

LIEU : Salle des Actes, 54, rue Saint Jacques, 75005 Paris

9h30 - 10h

  • Ouverture du colloque par Alexis Tadié, directeur de l’École doctorale IV (Paris-Sorbonne)
  • Mot de bienvenue du directeur de l’Unité de recherche, Xavier Galmiche (Paris-Sorbonne / EUR’ORBEM)
  • Introduction par les organisatrices Malgorzata Smorag-Goldberg et Anna Lushenkova Foscolo (Paris-Sorbonne / EUR’ORBEM)

10h - 11h15

Auto-traduction : cadre théorique, pistes de réflexion

Président de séance : Jean-René Ladmiral, (Paris-Ouest Nanterre-La-Défense) 

  • Peeter Torop (Université de Tartu, Estonie / CECT), « La sémiotique de l’auto-traduction »
  • Olga Anokhina (ITEM CNRS / ENS), « L’auto-traduction ou comment annuler la clôture du texte ? »
  • Rainier Grutman (Université d’Ottawa), « La dynamique de l’auto-traduction verticale »

Discussion et pause café

11h45-13h00

Poètes régionaux : centre et périphérie

Président de séance : Régis Gayraud (Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand / CELIS)

  • Jean-Yves Masson (Paris-Sorbonne / CRLC), « Considérations sur le phénomène de l’auto-traduction chez les poètes de langues régionales »
  • Christine Lombez (Université de Nantes / IUF, L’AMo) « Régionalisme et auto-traduction pendant l’Occupation (1940-44) : la poésie d’Oc et ses enjeux »
  • Yana Egorova-Moral (doctorante / CELIS, Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand), « Guennadi Aïgui (1934-2006) : entre traduction et création »

Discussion suivie de la pause déjeuner 13h15-14h30

14h30-15h45

Auteurs exophones qui traduisent leurs propres ouvrages : enjeux identitaires ?

Président de séance : Carole Matheron (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 / CERC)

  • Sabine Haupt (Université de Fribourg, Suisse / Institut de littérature générale et comparée), « "Mein französisches Hirn" et "le nègre dans ma tête". Auto-traduction et auto-aliénation chez l’écrivaine franco-allemande Anne Weber »
  • Iryna Dmytrychyn (INALCO / CREE), « L’auto-traduction comme un geste politique : Olha Kobylianska (1863-1942), entre l’allemand et l’ukrainien »
  • Michèle Tauber (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 / CEAO), « Le yiddish sauvé par l’hébreu : le cas Yos’l Birsteyn »

Discussion et pause café

16h15-17h30

Table ronde animée par Jean-Yves Masson (Paris-Sorbonne / CRLC) :

Auto-traduction de la poésie ou transgression du point final

  • Stanley Bill (Université de Cambridge),
  • Jean-Gaspard Páleníček (poète, chercheur indépendant),
  • Michèle Tauber (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 / CEAO),
  • Xavier Galmiche (Paris-Sorbonne / EUR’ORBEM) : poésie polonaise, tchèque, allemande, yiddish. 

Fin de la journée

Samedi 22 octobre 2016

LIEU : Maison de la Recherche, 28, rue Serpente, 75006 Paris

9h30 - 10h45

Processus migratoires et leur reflet littéraire : rapports entre langue et exil

Président de séance : Luba Jurgenson (Paris-Sorbonne /EUR’ORBEM)

  • Alexandre Prstojevic (INALCO / CERLOM / EHESS-CRAL), « Danilo Kis ou la vie entre les langues »
  • Atinati Mamatsashvili (Université d’État Ilia Chavchavadzé, Tbilissi, Géorgie), « Écrire en exil : choix de langues, choix idéologiques et esthétiques. Les écrivains géorgiens exilés en France (1939-1945) »
  • Magda Renouf (Paris-Sorbonne / EUR’ORBEM), « Czeslaw Milosz : auteur, traducteur, traductologue,  et sa poésie en français »

Discussion et pause café

11h15- 12h30

Pratique du bilinguisme ou changement de langue : où s’arrête la réécriture ?

Président de séance : Malgorzata Smorag-Goldberg (Paris-Sorbonne / EUR’ORBEM)

  • Michaël Oustinoff (Université de Nice-Sophia Antipolis / LIRCES), « Imaginaire des langues et hétéronomie de l'œuvre auto-traduite : le cas de Vladimir Nabokov »
  • Tatiana Ponomareva (Musée Nabokov, Saint Petersburg), « Vladimir Nabokov: Translating for “an Unborn Reader” »
  • Juliette Vion-Dury (Université Paris 13 / CENEL), « “Le dernier démon” : Isaac Bashevis Singer, entre le yiddish et l’anglais »

Discussion suivie de la pause déjeuner 12h45-14h00

14h00-15h45

Etre son propre traducteur : transposition ou réinvention

Président de séance : Anne Coldefy-Faucard (Paris-Sorbonne / EUR’ORBEM)

  • Anna Lushenkova Foscolo (Paris-Sorbonne / EUR’ORBEM), « L’auto-traduction chez Marina Tsvetaeva : le “désenvoûtement” par la re-création »
  • Heinz Wismann (EHESS, Berlin, Allemagne) « Le poème et son double »
  • Stanley Bill (Université de Cambridge), « Traductions du Monde : Milosz en anglais »
  • Vladimir Feshchenko (Académie des Sciences de Russie, Institut de linguistique, Moscou), « Self-Translation of Poetry as the Search for a Universal Language »

Discussion et pause café

16h15 – 17h45 Rencontre avec des auteurs qui réfléchissent sur le multilinguisme modérée par Malgorzata Smorag-Goldberg (Paris-Sorbonne / EUR’ORBEM)

Participants : Luba Jurgenson, Nurith Aviv, Eva Hoffman

17h45- 18h Discussion et conclusions du colloque

Réception de fin de colloque

Organisation

Malgorzata Smorag-Goldberg et Anna Lushenkova Foscolo (Paris-Sorbonne / EUR’ORBEM)

Coordination & renseignements

Aurélie Rouget-Garma (Paris-Sorbonne / EUR’ORBEM), tel : 01 43 18 41 93, Aurelie.Rouget-Garma@paris-sorbonne.fr

Soutiens

  • Programme ACCES
  • CREE.

Comité scientifique

  • Bernard Banoun,
  • Anne Coldefy-Faucard,
  • Xavier Galmiche,
  • Ewa Hoffman,
  • Luba Jurgenson,
  • Jean-René Ladmiral,
  • Anna Lushenkova Foscolo,
  • Jean-Yves Masson,
  • Alexandre Prstojevic,
  • Malgorzata Smorag-Goldberg

Accès et sécurité

En raison des mesures de sécurité renforcées, l’entrée des bâtiments universitaires est contrôlée : nous vous invitons à vous munir du programme imprimé du colloque et d’une pièce d’identité.

Lieux

  • Salle des Actes, 54 rue Saint Jacques | Maison de la Recherche, 28 rue Serpente
    Paris, France (75005 | 75006)

Dates

  • vendredi 21 octobre 2016
  • samedi 22 octobre 2016

Mots-clés

  • auto-traduction, plurilinguisme, langue, identité

Contacts

  • Aurélie Rouget-Garma
    courriel : Aurelie [dot] Rouget-Garma [at] paris-sorbonne [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Aurélie Rouget-Garma
    courriel : Aurelie [dot] Rouget-Garma [at] paris-sorbonne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Plurilinguisme et auto-traduction : langue perdue, « langue sauvée » », Colloque, Calenda, Publié le mardi 18 octobre 2016, http://calenda.org/381248