AccueilLa fabrique transnationale de la « science nationale » en Italie (1839 –fin des années 1920)

La fabrique transnationale de la « science nationale » en Italie (1839 –fin des années 1920)

Italian National science and its transnational building (1839-1920s)

La fabbrica transnazionale della “scienza nazionale” in Italia (1839-fine degli anni 1920)

Appel à contributions pour les Mélanges de l’École française de Rome – Italie et Méditerranée

Call for articles in the Mélanges de l’École française de Rome – Italie et Méditerranée

Call for papers per i Mélanges de l’École française de Rome – Italie et Méditerranée

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Publié le vendredi 28 octobre 2016 par Elsa Zotian

Résumé

Le renouveau qu’a connu l’histoire des sciences en Italie et l’intérêt particulier qui a été porté à leurs interactions avec le politique ont permis de réintégrer la science à l’histoire de la construction nationale italienne au cours du XIXe siècle. Le dossier des Mélanges de l'École française de Rome Italie-Méditerranée a vocation à poursuivre ce mouvement en s’interrogeant sur les dynamiques transnationales à l’œuvre dans la construction d’une « science nationale ». En quoi la circulation de savants italiens à l’étranger, d’étrangers en Italie, de savoirs sur la nature, sur l’Italie ou sur l’étranger ont-ils contribué à faire émerger et à construire une science italienne ? Dans un pays en cours d’unification politique et en quête de reconnaissance internationale, la science est en élément fondamental de l’image que l’Italie a d’elle-même et qu’elle projette à l’étranger. Le projet entend donc éclairer le rôle des circulations transnationales – de savants, d’étudiants, de livres, d’idées – dans la construction nationale italienne.

Annonce

Argumentaire

L’histoire des savoirs en Italie a été profondément renouvelée par l’histoire sociale et culturelle du Risorgimento, qu’elle a contribuée en retour à refonder. Ainsi les travaux de Mauro Moretti et d’Ilaria Porciani ont-ils contribué à rendre son importance à l’université comme facteur d’intégration de la nouvelle nation et à la science comme ciment de l’unité nationale, tout en pensant la constitution d’un champ académique national dans le nouvel État italien. Ces développements s’inscrivaient dans un renouveau plus vaste de l’histoire des savoirs, sur le plan international. Dans le même temps, en effet, de nouveaux horizons s’ouvraient pour cette historiographie avec l’essor considérable des études transnationales, qui proposaient plus généralement une relecture du nation building. Or l’historiographie italienne des savoirs est restée relativement à l’écart de ce mouvement. La science et ses praticiens ne sont certes pas complètement absents de ces études, mais l’articulation entre l’intensité précoce de leurs circulations transnationales et l’émergence de la science nationale comme vecteur d’intégration et de rayonnement national mérite d’être mieux connue.

En effet, l’Italie, construction nationale récente, qui doit intégrer des traditions scientifiques hétérogènes, constitue un cas particulièrement intéressant : ses savants se sont bien souvent formés à l’étranger, en exil d’abord, puis à l’occasion de séjours d’échanges. Plus généralement, les Italiens entendent donner à leur nation toute sa place sur la scène scientifique internationale, dans une perspective d’échanges et de rivalités. Nous proposons de nous interroger sur les dynamiques transnationales à l’œuvre dans l’élaboration de la science nationale italienne dans le long Risorgimento. L’objectif n’est pas de remplacer un paradigme par un autre, mais bien plutôt d’enrichir notre compréhension du phénomène de nationalisation de la science italienne, tout en contribuant par l’analyse du cas italien à la remise en question du « nationalisme méthodologique » dans l’histoire des sciences et des savoirs et en situant les Italiens sur la carte des échanges scientifiques internationaux.

La question sera abordée à partir de 1839, date de la première réunion des scientifiques italiens, tenue à Pise. Ce congrès, qui rassemble des savants originaires des différents États de la péninsule, a longtemps été considéré comme une étape importante du Risorgimento, et de la « renaissance » de la science italienne. L’étude prend pour terminus ad quem la fin des années 1920, temps de nationalisation de la science italienne, voulue par les autorités fascistes. Elle se traduit par la création de la Reale Accademia d’Italia en 1929, institution qui absorbe et reformule l’Accademia dei Lincei, et par l’utilisation des congrès internationaux comme vitrine de la science italienne – ainsi du Congrès des mathématiciens à Bologne, en 1928, ou de celui des physiciens à Côme un an plus tard. À Rome, à Bologne ou à Côme, l’objectif est le même : promouvoir le « génie » italien, et partant, le régime. La périodisation choisie enjambe volontairement deux transitions politiques fortes – l’Unité italienne, la naissance du régime fasciste, de manière à interroger l’entrelacs des enjeux nationaux et transnationaux en amont et en aval de la construction de ces deux césures fortes de l’histoire politique italienne.

Plusieurs thèmes ont été identifiés, déclinés dans les rubriques suivantes pressenties pour le dossier :

1/ Lieux de savoir

  • congrès nationaux et internationaux : l’historiographie des congrès a eu tendance à dissocier artificiellement l’âge des congrès nationaux de la première moitié du XIXe siècle et celui des congrès internationaux, qui s’ouvre à la fin du siècle. Or les premiers, longtemps étudiés à l’aune du politique - comme autant d’étapes dans l’unification - présentaient un caractère ouvert, à l’image de leurs équivalents nationaux en Europe : environ 10 % des participants étaient étrangers, tandis que les Italiens se rendaient en nombre aux congrès allemands, français, anglais ou encore suisses. Il paraît donc important de remettre en avant la dimension transnationale de ces premiers congrès, tout en revenant sur le rôle des congrès internationaux dans la construction de la science nationale.
  • les institutions savantes, et leurs collaborateurs étrangers
  • la circulation des modèles institutionnels : en quoi les universités et institutions savantes italiennes s’inspirent-elles de leurs voisins européens, avec lesquels elles entendent dialoguer et rivaliser ? Les emprunts aux systèmes allemands, français et plus généralement européens ont été bien étudiés, dans une perspective essentiellement comparatiste : on cherchera ici à mettre l’accent sur les vecteurs concrets de circulation de ces modèles.
  • les revues savantes italiennes : quelle était la part de collaborateurs étrangers, et comment fonctionnaient ces collaborations ? S’inspiraient-elles de revues non-italiennes ? Quelle était leur diffusion hors d’Italie ?

2/ Les pérégrinations scientifiques

  • les mobilités savantes : on sera attentif à la circulation des savants (et des artefacts) et aux réseaux. Plusieurs types de mobilité pourront être envisagés : contraintes (exil) ou volontaires (voyage, séjour d’études, mission) ; fruit d’initiative individuelles ou organisées par l’État (à travers l’octroi de bourses d’études, par exemple) ou par d’autres organismes. On s’interrogera sur l’institutionnalisation – étatique ou non – des circulations transnationales.
  • Ces pérégrinations seront envisagées dans les deux sens : les Italiens hors d’Italie, les savants étrangers en Italie – on y ajoutera, pour la période pré-unitaire, les déplacements de savants originaires des différents États italiens dans la péninsule même.

3/ Savoirs sur l’étranger et construction nationale

Dans quelle mesure les savoirs sur l’étranger participent-ils de la construction nationale italienne ? À travers l’histoire, l’anthropologie ou encore les langues et littératures étrangères, on réfléchira au rôle des connaissances sur les cultures étrangères – qu’elles aient été ou non en interaction avec les Italiens – dans le façonnement d’une histoire de la nation italienne.

Ces propositions ne prétendent pas à l’exhaustivité : tout thème connexe permettant de traiter la problématique proposée sera pris en considération ; les rubriques elles-mêmes peuvent être matière à débat.

Modalités de soumission

Les propositions d’articles, présentées sous la forme de résumés de 5000 signes environ, précisant les sources utilisées et les liens avec la problématique et les thèmes exposés, devront être envoyées à Marie Bossaert (Marie.Bossaert@gmail.com) et Antonin Durand (Antonin.Durand@ens.fr)

avant le 1er décembre 2016.

Elles pourront être rédigées en français, en italien ou en anglais.

Calendrier

  • 1er décembre 2016 : Soumission des résumés

  • 15 décembre 2016 : Sélection des propositions
  • 2-3 mars 2017 : atelier fermé à l’École française de Rome.
  • 31 juillet 2017 : Remise des articles pour expertise en vue d’une parution fin 2018.

Évaluation

Le présent appel vise à rassembler des propositions de contributions qui seront sélectionnées par un comité scientifique composé des deux coordinateurs et de Fabrice Jesné, directeur des études de l’École française de Rome. Les propositions retenues seront ensuite discutées lors d’un atelier fermé qui se tiendra à l’École française de Rome les 02 et 03 mars 2017, ayant vocation à préparer un numéro thématique des Mélanges de l’École française de Rome

Les frais de transport et d’hébergement des intervenants seront pris en charge par les organisateurs. L’atelier aura également pour objet de discuter l’architecture de ce dossier et son introduction générale, afin de favoriser sa cohésion scientifique et éditoriale. A l’issue de l’atelier, le dossier sera soumis à la procédure d’évaluation normale des MEFRIM (expertise anonyme).

Coordinateurs scientifiques

  • Marie Bossaert, doctorantes à l'École pratique des hautes études
  • Antonin Durand, ATER à l'ENS

Catégories

Lieux

  • École fraçaise de Rome, Piazza Navona, 62
    Rome, Italie

Dates

  • jeudi 01 décembre 2016

Mots-clés

  • histoire des savoirs, histoire transnationale, Risorgimento

Contacts

  • Antonin Durand
    courriel : Antonin [dot] Durand [at] ens [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Antonin Durand
    courriel : Antonin [dot] Durand [at] ens [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La fabrique transnationale de la « science nationale » en Italie (1839 –fin des années 1920) », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 28 octobre 2016, http://calenda.org/381474