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« Compressed modernity » et temporalités chinoises

“Compressed modernity” and Chinese temporalities

Revue « Temporalités » n° 26 (2017/2)

"Temporalités" journal n°26 (2017/2)

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Publié le mardi 08 novembre 2016 par João Fernandes

Résumé

Les sciences sociales chinoises sont largement ignorées du monde occidental dans un moment où les savoirs scientifiques circulent le long de nouveaux axes épistémologiques en contexte globalisé. La pensée occidentale s’ouvre pourtant à la pensée chinoise, de nouveaux horizons apparaissent dans un contexte de globalisation culturelle où il est impossible d'ignorer la Chine continentale. Dans ce numéro nous analyserons en Chine les réalités sociétales produites par et avec les temporalités chinoises liées à une « compartmentalized compressed modernity ».

Annonce

Argumentaire

Les sciences sociales chinoises sont largement ignorées du monde occidental dans un moment où les savoirs scientifiques circulent le long de nouveaux axes épistémologiques en contexte globalisé. La pensée occidentale s’ouvre pourtant à la pensée chinoise, de nouveaux horizons apparaissent dans un contexte de globalisation culturelle où il est impossible d'ignorer la Chine continentale. Les sciences sociales en Chine ont été reconstruites depuis 1979 en rendant compte de vraies spécificités liées à une histoire de la pensée chinoise, à la complexité d’un contexte sociétal et à des proximités avec les sociologies européennes (Roulleau-Berger, Guo Yuhua, Li Peilin, Liu Shiding, 2008). Si, dans un premier temps, les influences des sciences sociales occidentales ont pu jouer sur les conditions de réinvention de la sociologie chinoise, les sociologues chinois se sont progressivement « émancipés » de ces pensées européennes en construisant des théories, des postures et des méthodes qui viennent s’inscrire à côté, avec, voire contre. Aujourd’hui s’entrecroisent des héritages intellectuels divers et des approches théoriques spécifiques dans les sciences sociales chinoises. Les déplacements et les hybridations de paradigmes s’organisent autour du refus de postures ethnocentriques, de la résistance à l’imposition de modèles intellectuels occidentaux et de l’affirmation d’une pensée « située », là où les sociologies européennes intègrent difficilement les pensées d’ailleurs (Roulleau-Berger, 2011, 2016).

Si nous considérons que des situations, des processus, des configurations sont situées dans certains espaces et certaines temporalités, elles informent toujours d’autres espaces et d’autres temporalités. Les processus de globalisation culturelle participent à une circulation irrégulière des savoirs scientifiques, notamment en sciences sociales, et ce type de démarche autorise une sociologie plus universelle, non-hégémonique, qui intègre les différents regards que les sociétés européennes, asiatiques, arabes, africaines… se portent entre elles. En Chine, des mobilisations d’intellectuels se sont organisées à partir de luttes pour la reconnaissance des productions scientifiques invisibilisées du fait des effets de dominations occidentales et jamais perçues comme ayant une valeur égale à celles produites en Occident. Des centres de production de la connaissance en sciences sociales ont donc émergé en Chine à partir d’une expérience sociétale singulière des temporalités.

De quelle expérience sociétale s’agit-il ? Dans l’expérience chinoise, en contexte de « compartmentalized compressed modernity » – au sens de Chang Kyung Sup (2010) – les processus d’industrialisation et d’urbanisation se sont fortement accélérés au cours de ces dernières années en provoquant des télescopages entre des séquences économiques et sociales pensées comme plus liées à une première modernité et d’autres représentées comme plus liées à une seconde modernité, pour reprendre les termes d’Ulrick Beck (1999). Dans ce numéro nous analyserons en Chine les réalités sociétales produites par et avec les temporalités chinoises liées à une « compartmentalized compressed modernity ». Chercheurs chinois, européens et internationaux sont invités à travailler sur les caractéristiques des temporalités à l’œuvre dans les métropoles, le travail, les mobilités, les migrations…

1. La fabrique des métropoles chinoises a provoqué des risques sociaux, écologiques et environnementaux qui provoquent des nouvelles inégalités (Sun Liping, 2003), des vulnérabilités, mais aussi des solidarités, plus ou moins contraintes, qui donnent lieu à des formes nouvelles d’action collective et des mouvements sociaux (Liu Neng, 2009 a et b). Comment se pose la question de la justice spatiale en Chine ? Comment l’État chinois fait-il face à ces risques urbains qui créent des peurs collectives dans les métropoles chinoises ? Où, comment, et selon quelles modalités temporelles se mobilisent des groupes sociaux vulnérabilisés et menacés par des risques sociaux, écologiques, sanitaires, alimentaires ?

2. Les violences physiques et morales sur les marchés du travail chinois locaux et globaux où une majorité de travailleurs est contrainte à des situations de stress, de disqualification sociale (Shen Yuan, 2011), de non-reconnaissance, créent des fragmentations, des souffrances et des ruptures identitaires mais aussi des mobilisations collectives de plus en plus répétées et organisées. Pourquoi une catégorie de travailleurs chinois accepte-t-elle ces situations de violences au travail aujourd’hui ? Comment l’individuation des rapports de travail change-t-elle les relations professionnelles et interpersonnelles temporelles en défaisant des solidarités traditionnelles et des guanxis d’hier (Yang Yiyin, 2012) au nom du culte de l’excellence et de la réussite ?

3. L’accélération des temps économiques et sociaux produit aussi des circulations spatiales via la pluralisation et la différenciation de migrations internes et internationales aujourd’hui (Li Peilin et Roulleau-Berger, 2013). Les injonctions à la flexibilité sur les marchés du travail chinois s’accompagnent de mobilités intracontinentales nombreuses qui prennent appui sur des capacités d’aspirations et de fortes compétences, notamment chez les jeunes générations. En contexte de « compartmentalized compressed modernity » les migrations internes et les migrations internationales en Chine donnent à voir des processus de « globalisation par le bas » et de « globalisation par le haut ». Comment les temporalités liées à cette modernité « orientale » produisent-elles des individus multisitués dans une pluralité d’espaces économiques, sociaux et symboliques ?

À partir de l’analyse des « compressed modernities » et des temporalités chinoises sur ces thématiques, l’enjeu est bien celui de la question de la reconnaissance internationale de savoirs non-hégémoniques. Nous verrons alors comment de nouveaux centres et de nouvelles périphéries de savoirs liés à la sociologie chinoise se forment, comment de nouvelles hiérarchies apparaissent discrètement qui produisent des compétitions et des concurrences de connaissances dans un contexte globalisé.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les auteurs devront envoyer leur proposition d’article aux coordinateurs du numéro Laurence Roulleau-Berger (Laurence.Roulleau-Berger@ens-lyon.fr) et Liu Neng (liun@pku.edu.cn) — avec copie au secrétariat de rédaction de la revue (temporalites@revues.org).

Cette proposition, composée d’un titre et d’un résumé d’une page en français et en anglais du projet d’article (5 000 signes maximum), ainsi que du nom, des coordonnées et de l’affiliation institutionnelle de l’auteur, pourra être envoyée

jusqu’au 15 décembre 2016.

Procédures : https://temporalites.revues.org/683

Consignes aux auteurs : https://temporalites.revues.org/684

Calendrier

  • Réception des propositions (résumés de 5 000 signes maximum) : 15 décembre 2016
  • Réponse des coordinateurs : 15 janvier 2017
  • Réception des articles (50 000 signes maximum) : 15 avril 2017
  • Retour des expertises des évaluateurs : 1er juin 2017
  • Version révisée : 1er septembre 2017
  • Remise des version définitives : 15 octobre 2017
  • Sortie du numéro : décembre 2017

Coordinateurs du numéro

  • Laurence Roulleau-Berger (Laurence.Roulleau-Berger@ens-lyon.fr)
  • Liu Neng (liun@pku.edu.cn)

Bibliographie 

  • Beck, U, 1999. World Risk Society, Polity Press
  • Beck, U., Grande, E, 2010, Varieties of second modernity: the cosmopolitan turn in social and political theory and research. The British Journal of Sociology. 61(3) : 409-444
  • DOI : 10.1111/j.1468-4446.2010.01320.x
  • Bhargava, R., 2013, « Pour en finir avec l’injustice épistémique du colonialisme », Socio, n° 1, mars 2013, pp. 41-77.
  • DOI : 10.4000/socio.203
  • Caille, A., Dufoix, S., 2013, Le tournant global des sciences sociales, Paris, La Découverte.
  • Chang Kyung-Sup. 2010. “The second modern condition? Compressed modernity as internalized reflexive cosmopolitization”. The British Journal of Sociology. 61 (3) : 444-465.
  • Han, S.-J., Shim, Y.-H. 2010. “Redefining second modernity for East Asia: a critical assessment”. The British Journal of Sociology, 61(3) : 465-488.
  • DOI : 10.1111/j.1468-4446.2010.01322.x
  • Li Peilin, 2008, Zhongguo Shehuixue de chansheng (La production de la sociologie chinoise ), in Li Peilin, Li Qiang, Ma Rong (eds) : Shehuixue he zhongguo shehui, Sociologie et sociologie chinoise, Pékin, Shehui kexue wenxian chubanshe.
  • Li, Peilin, Roulleau-Berger, L. 2013. China’s internal and International Migration, Oxon and New York: Routledge Publishers.
  • Liu Neng,. 2009a. “Collective Actions in Changing Contemporary Chinese Society: An Overview of Three Waves of Collective Actions in the Last Three Decades”. Academia Bimestris. 2009 (4): 146-152.
  • Liu Neng 2009b. “Social Movements Theory: Paradigmatic Shifts and Its Relevance with Contemporary Chinese Field of Social Research”. The Journal of Jiangsu Administration Institute. 2009 (4): 76-82.
  • Patel, S., 2013, Towards Internationalism: Beyond Colonial and Nationalist Sociologies, in Kuhn, M., Yasawa, S., Theories about and stratégies against hegemonic social sciences, Center for glocal Studies Seijo University, Seijo, pp 119-133.
  • Roulleau-Berger, L., Guo Yuhua, Li Peilin, Liu Shiding, 2008, La nouvelle sociologie chinoise, Editions du CNRS, Paris.
  • Roulleau-Berger, L., 2011, Désoccidentaliser la sociologie : l’Europe au miroir de la Chine, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube.
  • Roulleau-Berger, L. and Li Peilin (eds), 2012, European and Chinese Sociologies. A new dialogue, Brill Publishers, Leiden and Boston.
  • Roulleau-Berger, L., 2016, Post-Western Revolution in Sociology. From China to Europe, Brill Publishers, Leiden and Boston.
  • Shen Yuan, 2011. Nonmingong jeiju de lishi mongyun ( Historic destiny of migrant workers’s class) pp. 109-116 in Jiangang: Xingounren jieji: guanxi, zuzhi yu jiti xindong, New Working class: relationship, organizing and collective actions, eds. G.H. Zheng and J. A. Zhu. Guangzhou: Zhongshan University.
  • Sun Liping. 2003. Duanlie: Er shi shiji jiushi niandai yilai de Zhongguo shehui (Fractures: Chinese society since the 1990’s). Beijing: Shehui kexue wenxian chubanshe.
  • Yang Yiyin. 2012. “Guanxilization and Categorization: Theoretical Considerations Based on Two Case Studies”, in Roulleau-Berger, L., Li, Peilin, European and Chinese Sociologies. A new dialogue, Leiden, Boston : Brill Publishers, p. 163-177

Dates

  • jeudi 15 décembre 2016

Mots-clés

  • compressed modernity, temporalités, Chine, accélération, mondialisation, mobilité, ville, marché, savoir non-hégémonique

Contacts

  • François Théron
    courriel : francois [dot] theron [at] uvsq [dot] fr

Source de l'information

  • François Théron
    courriel : francois [dot] theron [at] uvsq [dot] fr

Pour citer cette annonce

« « Compressed modernity » et temporalités chinoises », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 08 novembre 2016, http://calenda.org/381824