AccueilL’odyssée des mots du patrimoine

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Publié le mardi 08 novembre 2016 par João Fernandes

Résumé

Le patrimoine recouvre des notions et des pratiques, associées à des objets, dont « [la] perte constitue un sacrifice et [dont la] conservation suppose des sacrifices » (Babelon & Chastel 1980). Ces notions et les désignations des objets qui leur sont associés, comme les concepts qu’ils infèrent, diffèrent selon les univers linguistiques, géographiques et temporels, alors que des processus de normalisation, dans un contexte mondialisé, tendent à unifier le vocabulaire du patrimoine, à l’instar des concepts insufflés par l’UNESCO qui, dans un même mouvement, postule des valeurs universelles et menace toute pratique alternative. Les propositions de contributions à cet ouvrage collectif étudieront la nature et la vitalité du lien entre langues et patrimoine.

Annonce

Présentation

Le patrimoine recouvre des notions et des pratiques, associées à des objets, dont « [la] perte constitue un sacrifice et [dont la] conservation suppose des sacrifices » (Babelon & Chastel 1980). Ces notions et les désignations des objets qui leur sont associés, comme les concepts qu’ils infèrent, diffèrent selon les univers linguistiques, géographiques et temporels, alors que des processus de normalisation, dans un contexte mondialisé, tendent à unifier le vocabulaire du patrimoine, à l’instar des concepts insufflés par l’UNESCO qui, dans un même mouvement, postule des valeurs universelles et menace toute pratique alternative. La diversité des formes et des modes de production des mots du patrimoine, reflets d’univers spécifiques, culturels et identitaires, est alors négligée, voire reléguée dans l’espace masqué ou lointain des langues régionales, vernaculaires, autochtones, locales ou minoritaires. Or, les concepts et les objets constitutifs du patrimoine varient d’une culture à l’autre, d’une langue à l’autre ; un arasement culturel est à l’oeuvre sous la pression d’un algorithme postulant des valeurs universelles (Merleau-Ponty 1969), ressort du soft power des diplomaties culturelles déployées au XXe siècle (Bondaz, Graezer Bideau, Isnart & Leblon 2014).

Sous la pression des langues internationales véhiculaires et des matrices conceptuelles qu’elles diffusent – le patrimoine mondial, le développement durable, la diversité culturelle, … – la pluralité des mots pour nommer, sélectionner, reconnaitre ou labelliser le patrimoine, de même que les valeurs et les usages patrimoniaux, sont minorés ou mis à distance. La langue idiomatique internationale du patrimoine surplombe les langues nationales dont elle tend à inspirer les modes de conceptualisation et de désignation des objets patrimoniaux ; cette uniformisation des registres linguistiques entre également en résonnance avec la modélisation des régimes juridiques de protection du patrimoine. Ces circulations des mots du patrimoine questionne la traduction des lexiques patrimoniaux régionaux, vernaculaires, autochtones, ou locaux vers l’anglais, l’espagnol et le français – langues internationales véhiculaires et matrices « du dire et du définir occidental » (Cassin & Wozny 2014) – et inversement.

A ces différents registres linguistiques correspond la variabilité du sens d’un mot ou d’une expression dans la langue, autrement dit, les régimes d’indexicalité (Silverstein 2003) conçus comme toutes les déterminations qui s’attachent, simultanément, à un mot et à une situation (Coulon 1987). Autrement dit, la portée signifiante d’un mot du patrimoine à destinée générale, globale ou universalisante est dédoublée par des significations distinctes qui varient en fonction de la qualité de l’émetteur – locuteur – et de celle du récepteur, ainsi que du moment ou de la situation particulière dans laquelle le mot est émis, et des différences de rationalités des producteurs. Se joue ainsi une compétition entre la maîtrise d’une indexicalité officielle ou internationale correspondant à un pouvoir hiérarchique de produire de la connaissance, d’agir sur le patrimoine et de normer sa conservation, d’une part, et des usages non-officiels de la langue – sources de pratiques territorialisées infranationales ou transnationales – potentiellement mis à l’écart ou ignorés dans et par les politiques patrimoniales car relevant d’une indexicalité inférieure, d’autre part. Dans ce rapport dialectique, les mots du patrimoine sont investis de forces et de pouvoirs symboliques, symptômes des tensions pour faire reconnaître ces pratiques territorialisées comme fondatrices d’un patrimoine national, et donc, à élever le statut du langage qui les décrit. Il n’en demeure pas moins que « l’unité linguistique sur la base d’une langue étrangère, sous quelque angle qu’on l’envisage, est un avortement culturel » (Cheikh Anta Diop 1974 [1960]).

Sur le terrain du droit, la qualité institutionnelle d’une langue en commande les usages, en prédétermine les fonctions, en conforte les prescriptions (Koubi & Romy-Masliah 2012). Dès lors, le discours juridique tend à enfermer la reconnaissance de la diversité des pratiques linguistiques – pour nommer, voire normer le patrimoine – dans une rationalité déterminée par des enjeux identitaires, sociologiques et politiques.

Axes thématiques

Les propositions de contributions à cet ouvrage collectif étudieront la nature et la vitalité du lien entre langues et patrimoine, à partir de l’une ou l’autre ou de plusieurs des thématiques suivantes :

  • les régimes d’indexicalité des mots du patrimoine, les écarts et les points de rencontre entre un registre et un autre, entre une langue et une autre, sur les modes de désignation du patrimoine et des projets de conservation ou de valorisation du patrimoine,
  • les conflits, les médiations et les résonnances qui se jouent autour de la variabilité des modes de désignation et de définition du patrimoine et de l’action patrimoniale,
  • les processus qui conditionnent les échanges entre les régimes d’indexicalité et entre les langues, ainsi que les modalités de transition et de traduction des mots du patrimoine, comme les difficultés et les herméticités entre régimes d’indexicalité ou langues, symptômes apparents ou avérés d’intraduisibles,
  • les rapports entre ordres culturels et ordres juridiques dédiés au patrimoine, symptômes de registres sémantiques divergents ou convergents, assemblés dans un pluralisme normatif ou maintenus dans des sphères distinctes,
  • les corrélations ou les diffractions entre des aménagements linguistiques et des modélisations juridiques pour nommer, sélectionner, reconnaitre, labelliser ou normer le patrimoine.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

 Les propositions d’articles doivent comprendre :

  • un résumé d’environ 500 mots précisant le titre de l’article et les points forts de leur argumentaire,
  • une courte présentation biographique de l’auteur (500 signes) précisant le nom, un courriel et l’affiliation institutionnelle,
  • les propositions sont à adresser conjointement à Vincent Négri (vincent.negri@cnrs.fr) et à Nathalie Lancret (nathalie.lancret@wanadoo.fr

Coordination

Vincent Négri (ISP) et Nathalie Lancret (AUSser)

 Calendrier

  • envoi des résumés, assortis d’une courte présentation bio-bibliographique, avant le 15 décembre 2016,
  • réponse aux auteurs le 15 janvier 2017,
  • pour les propositions sélectionnées, envoi de l’article complet le 31 mars 2017 au plus tard.

L’ouvrage sera publié aux Presses de l’Université du Québec.

Catégories

Dates

  • jeudi 15 décembre 2016

Contacts

  • Nathalie Lancret
    courriel : nathalie [dot] lancret [at] wanadoo [dot] fr
  • Vincent Négri
    courriel : vincent [dot] negri [at] cnrs [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Pascal FORT
    courriel : fort [dot] ensapb [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« L’odyssée des mots du patrimoine », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 08 novembre 2016, http://calenda.org/381862