AccueilComment identifions nous, décrivons nous et nommons nous les rapports de domination ?

Comment identifions nous, décrivons nous et nommons nous les rapports de domination ?

How we identify describe and name relations of domination?

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Publié le mardi 15 novembre 2016 par João Fernandes

Résumé

Quels que soient les champs relationnels et les pratiques qui constituent leur objet, les chercheurs sont amenés à prendre en compte les rapports de domination qui contribuent à modeler les configurations sociales observées. Comment identifions-nous les objets que nous privilégions à ce stade, et comment nommons-nous les relations observées ? Le privilège accordé à un registre de vocabulaire assigne au chercheur un point de vue particulier sur les rapports sociaux. L'un des thèmes de réflexion proposés dans le cadre de ce colloque concerne la genèse de ces « outils du regard », leurs trajets, leurs usages contemporains. Selon une perspective plus empirique, certaines contributions présenteront un travail de terrain et les questionnements qu'il suscite.Les débats nous permettront de confronter nos usages des catégories d'observation et d'analyse.

Annonce

Argumentaire

Quels que soient les champs relationnels et les pratiques qui constituent leur objet, les chercheurs sont amenés à prendre en compte les rapports de domination qui contribuent à modeler les configurations sociales observées. Ils doivent alors sélectionner les relations d'interdépendances, les institutions, les conflits qui leur permettront d'appréhender les formes singulières sous lesquelles ces rapports se manifestent ainsi que les stratégies sociales auxquelles ils donnent lieu. Comment identifions-nous les objets que nous privilégions à ce stade, et comment nommons-nous les relations observées ?

Intériorisation/négociation; consentement/résistance ; légitimation/coercition ; contraintes/ autonomie ; subordination/émancipation ; aliénation/prise de conscience, agency… : les catégories dont nous disposons pour nommer etdécrire les rapports de domination (et plusgénéralement les rapports de pouvoir) appartiennent au vocabulaire commun de nos sociétés d'appartenance. C'est le cas de la plupart des notions que nous utilisons dans des disciplines relevant des sciences sociales. Ce problème a déjà fait l'objet de larges débats. Cependant, le vocabulaire sociologique du pouvoir et de la domination présente des caractéristiques particulières, qu'il partage avec quelques autres répertoires, celui du religieux par exemple. Il se distingue par son « foisonnement sémantique ». Chacun des « mots-clé » qui le composent condense une multiplicité d'expériences et de débats sociaux ainsi que de constructions théoriques. L'usage de ces « formules » conduit les chercheurs à réactualiser dans un nouveau contexte les conflits qui ont traversé les champs politique et théorique.

 1 - Le privilège accordé à un registre de vocabulaire assigne ainsi au chercheur un point de vue particulier sur les rapports sociaux – point de vue explicité ou non, selon les cas. L'un des thèmes de réflexion proposés dans le cadre de cet appel à contributions concerne la genèse de ces « outils du regard », leurs trajets, leurs usages contemporains.

 2 - Selon une perspective plus empirique, cette journée d'étude devrait nous permettre de confronter nos propres usages des catégories d'observation et d'analyse. Comment évaluons-nous leur apport sur le terrain et lors de l'analyse des matériaux recueillis ? Quels sont les problèmes liés au choix de certaines notions ? Les contributions attendues présenteront un travail de terrain et proposeront au débat les questionnements qu'ils suscitent.

 Les entrées possibles sont nombreuses, nous n'en mentionnons ici que quelques-unes :

 - Les notions que nous privilégions peuvent impliquer une échelle d'observation particulière. Analyse des stratégies d'autonomie développées localement dans le cadre des contraintes économiques et politiques qui caractérisent une configuration sociale particulière ; analyse macro sociale des conditions d'exercice de la domination et des contraintes qu'elles imposent aux pratiques et aux représentations des populations dominées … Les paysages sociaux qui se dessinent alors sont bien différents. Comment parvenons-nous à articuler ces deux perspectives ?

 - Les multiples situations que nous pouvons observer sur notre terrain semblent relever tantôt de constructions pratiques et symboliques autonomes, tantôt d'une intériorisation des rapports de domination (thématique du « consentement à la domination »). Comment rendre compte de ces apparentes contradictions ?

 - Nous sommes amenés à recueillir sur le terrain le vocabulaire local concernant les rapports de domination, à appréhender les valeurs et les normes qui légitiment les pratiques observables. Quel statut leur accordons-nous, comment les intégrons nous à l'analyse ?

 Historiens, sociologues, anthropologues et économistes sont invités à confronter leurs expériences de recherche, leurs questionnements et les perspectives qu'ils préconisent.

Colloque réalisé avec le soutien financier du CESSMA (Centre d'études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques), de l'IRD (Institut de Recherche pour le Développement) et de l'AUF (Agence Universitaire de la Francophonie)

Programme

Lundi 28 novembre

8H 30 - 12H 30

8H 30 – 9H - Accueil des participants

9H – 12H 30 – Interventions et débats

« concepts et terrain »

  1. Introduction. La définition et l'analyse des rapports de domination : l'évolution des débats au tournant des années 1980 (Pascale Absi, Françoise Bourdarias et Isabelle Guérin)
  2. Monique Sélim (anthropologue, IRD/CESSMA), « De l'accusation à la soumission conceptuelle »
  3. Christian Papinot (sociologue, Gresco/Université de Poitiers), « La relation d'enquête comme relation (de domination) sociale :un impensé paradoxal (et persistant) dans les sciences sociales françaises »
  4. Isabelle Guérin, (économiste, IRD/CESSMA), « L’ambiguïté de la dette, entre domination et émancipation »

14 – 17H30

« les relations de domination, ambiguïtés et stratégies »

  1. Alexis Roy, anthropologue, postdoctorant à l'Université Paris 1 (IEDES/UMR Devsoc), « Dominer par consensus? De l’oxymore politique au Mali »
  2. Alix Philippon, (MCF Sociologie, CHERPA, IEP Aix). « la relation maître/disciples du soufisme pakistanais comme relation de domination ».
  3. Françoise Bourdarias anthropologue, (CESSMA), « Aînés et cadets sociaux au Mali. Les formes de lutte pour la maîtrise des rapports de domination et les définitions locales de l'autonomie »
  4. David Picherit (anthropologue, CNRS, CEIAS), « L’art d’être dominé et dominer : Hommes de main de chefs de faction politique et petits leaders Dalits en Inde du sud ».
  5. Cecile Guillaume-Pey (anthropologue, labex HASTEC, CESOR), « Résistance et conflits autour de l’usage des « lettres-esprits » chez les Sora (Inde)»

Mardi 29 novembre

9H30 – 12H 30

« lire et décrypter les rapports de domination » (1)

  1. Alexandra Galitizine-Loumpet (anthropologue, CESSMA) « Penser les rapports de domination dans les camps de réfugiés : l’exemple de Calais »
  2. Naffet Keita (anthropologue, FSHSE/Université de Bamako, Mali), « Terrain en friche ou nouvelles traces de dépendance dans le Mali contemporain »
  3. Antoine Heemeryck. (CESSMA, Université de Bucarest, Roumanie) Domination, altérité et niveaux de pertinence. Réflexions à partir de deux quartiers de Bucarest.
  4. Kaveri Haribas (CPH, Manipal University, Inde), « Mobiliser l’ethnographie dans le contexte des nouveaux paradoxes de l’inégalité dans l’Inde postcoloniale »

14H – 17H30

« lire et décrypter les rapports de domination » (2)

  1. Maïmoua Ndoye (Juriste, FHI 360, Dakar, Sénégal), « Peut-on dire oui à l’excision sans acquiescer à la domination ? ».
  2. Pascale Absi (anthropologue, IRD/CESSMA), « Le concept de consentement au prisme de la prostitution »
  3. Frederic Mertens de Wilmars (juriste, Universidad Europea de Valencia, Espagne), “Le vocabulaire pénal dans la lutte contre les relations de domination basées sur le genre. Une approche spatio-temporelle »
  4. Collectif « Antropos » (Anthropologues - ENS Lyon), « L’audience comme performance : domination structurelle et rapports de force en chambres correctionnelles » ( participation de Leo Magnin, Marine Fauché, Romain Piketty)

Mercredi 30 novembre

9H 30 – 12H 30

« A une autre échelle d'observation, réflexions sur les reconfigurations des champs politique et économique »

  1. Patrick Pillon (Anthropologue, IRD, CESSMA) « Sens, non-sens, complicité : de la menace de faim pour domination, à la "sécurité alimentaire" en connaissances de "Presque rien" »
  2. Bernard Castelli. (Économiste, IRD/CESSMA), « Est-il réaliste de vouloir réduire la domination de la finance en Amérique Latine »
  3. Luc Ngwé (Politiste) « Des revendications indépendantistes aux mobilisations démocratiques. Le rapport ambigu à la « civilité » coloniale au Cameroun ».

Débats concernant l'ensemble des journées

Les séances du colloque se dérouleront dans les locaux de l'Université Paris Diderot

Bâtiment Olympe de Gouges, salle M019
rue Albert Einstein, Paris 13
IRD/CESSMA (UMR 245)
Université Paris Diderot, Paris

Contacts

pascale.absi@ird.fr ; francoise.bourdarias@univ-tours.fr ; isabelle.guerin@ird.fr

Lieux

  • Université Paris Diderot, Bâtiment Olympe de Gouges, salle M019 - rue Albert Einstein
    Paris, France (75013)

Dates

  • lundi 28 novembre 2016
  • mardi 29 novembre 2016
  • mercredi 30 novembre 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • rapports de domination, autonomie, stratégies, observation, concepts

Contacts

  • Françoise Bourdarias
    courriel : bourdarias [at] univ-tours [dot] fr
  • Isabelle Guérin
    courriel : isabelle [dot] guerin [at] ird [dot] fr

Source de l'information

  • Françoise Bourdarias
    courriel : bourdarias [at] univ-tours [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Comment identifions nous, décrivons nous et nommons nous les rapports de domination ? », Colloque, Calenda, Publié le mardi 15 novembre 2016, http://calenda.org/383174