AccueilLa place et le rôle des lieux de culte dans les agglomérations secondaires de l’Antiquité et les petites villes médiévales au sein du Massif Central

*  *  *

Publié le mercredi 16 novembre 2016 par Elsa Zotian

Résumé

La Jeune Équipe du CHEC (centre d'histoire « Espaces et Culture ») de Clermont-Ferrand propose cette année encore une journée d'étude aux jeunes chercheurs autour d'une thématique en lien avec un de ses axes de recherches. Cette journée portera cette fois-ci sur les lieux de culte et leur place au sein des agglomérations secondaires antiques et les petites villes médiévales.

Annonce

Argumentaire

À la lumière des nombreuses études anciennes et récentes sur les questions religieuses, nous proposons, non pas de réexaminer les croyances et les pratiques, mais de nous interroger sur la création des lieux de culte antiques et médiévaux, leurs dynamiques et leurs évolutions. Ce thème n’a rien de novateur lorsqu’il s’agit d’examiner les mutations cultuelles dans les chefs-lieux des cités romaines, ou dans les diocèses. Plusieurs études monographiques ou synthèses de topographie chrétienne décrivent le développement religieux dans les grandes villes pour l’époque romaine et le Moyen Âge. En revanche cette question n’a pas encore été abordée pour les agglomérations secondaires antiques (« tout site archéologiquement attesté qui se situe entre la ferme ou la villa isolée et la capitale de cité, c'est-à-dire du village de paysans et de la station routière modeste à l’agglomération dont le paysage est très proche de celui de la ville chef-lieu de cité[1] »), et les petites villes médiévales (localité avec « un statut juridique particulier, reconnu par les pouvoirs supérieurs [pouvant avoir] une capacité de gouvernement et d’exercice de la justice en première instance[2] » et capable à la fois d’exercer une attraction sur son « pays d’alentour » et de lui rendre des services).

Le panorama bibliographique portant sur les agglomérations secondaires ou sur les temples romains montre une orientation de la recherche portée sur le Haut-Empire – souvent en raison de la faiblesse des données pour les périodes plus récentes. Grâce à une documentation importante, les études se concentrent avant tout sur les agglomérations « urbaines », montrant la variété des formes des lieux de culte et les volontés de politiques d’aménagement, sans toutefois dresser de bilan. Nous disposons également d’un grand nombre de monographies, d’atlas et de travaux universitaires dont la lecture ne nous permet pas d’appréhender concrètement la place des lieux de culte et leur devenir dans les agglomérations.

Au sein de ces publications, l’Antiquité tardive reste souvent à la marge des interrogations. Contrairement aux idées reçues, les dernières études ont pu mettre en avant que très peu d’églises s’installent sur des lieux de culte païens[3]. En effet, les édifices chrétiens semblent réutiliser, dans le cas d’agglomérations romaines, plutôt d’autres bâtiments civiques. Lorsqu’ils s’implantent sur des villae, la priorité est donnée aux pièces ayant de solides fondations. Leur implantation, fixant par la suite un habitat aggloméré, répond donc à des logiques différentes : volonté politique, opportunisme socio-économique, recyclage matériel et/ou symbolique. Les recherches récentes montrent une diversité des formes antiques sur lesquelles s’appuient les nouveaux édifices chrétiens : villa, mausolée, thermes. L’Antiquité tardive se caractérise, en parallèle à l’évolution des agglomérations secondaires, par la création d’habitats groupés sur des espaces de hauteurs, fortifiés, dotés d’un lieu de culte chrétien. L’étude des premiers édifices chrétiens, qu’ils soient installés dans d’anciennes agglomérations ou dans de nouveaux habitats groupés, montre de nombreux réaménagements entre le Ve et le VIIIe siècle[4].

Pour les premiers temps du Moyen Âge, l’archéologie apporte son lot d’informations, les textes sont en revanche moins diserts pour l’histoire des lieux de culte. Si « la paroisse des campagnes n’est éclairée en ses débuts par aucun texte[5] », l’église des petites agglomérations peut parfois apparaître au détour d’annales ou de sources hagiographiques (vitae, translationes, miracula). Encore une fois, l’archéologie, mais aussi l’histoire de l’art, peuvent faire ressortir les caractères plus anciens dans certains édifices. Mais il faut attendre la fin du Haut Moyen Âge pour que les données manuscrites augmentent en nombre, en lien par exemple avec le développement de l’écrit au sein des grandes abbayes des ordres naissants (Cluny, La Chaise-Dieu) et des chapitres collégiaux ou régulier (Brioude). Dès lors, il devient possible de retracer, pour les églises des petites villes médiévales, leur évolution et leur développement, court ou long, au gré des événements de l’Histoire ou des courants artistiques.

L’apparition des ordres mendiants au début du XIIIe siècle occasionne des implantations nouvelles, qui vont modifier à nouveau la morphologie des relations entre lieux de culte et ville médiévale. Dans le même temps s’opère un certain renouveau autour des églises collégiales urbaines, avec de nouvelles fondations ou une augmentation de pouvoir pour les plus anciennes. Avec ces deux changements, le statut des lieux de culte dans la ville médiévale connaît de nouvelles modifications et surtout de nouvelles implications. Qu’il soit polarisant ou clivant, ils tiennent une place prépondérante dans l’organisation spatiale mais aussi sociale de la petite ville au Moyen Âge.

Cette journée d’étude n’a pas l’ambition de dresser un bilan, à l’échelle des Gaules ou du royaume de France, des différentes modalités d’implantations des lieux de culte dans les agglomérations, de leurs persistances ou de leurs fins, sur une temporalité aussi longue. Une synthèse pour un tel sujet est pour l’heure impossible à établir. Il s’agira, lors de cette journée, de mettre l’accent sur des études de cas limités au Massif Central[6] afin de répondre, par exemple, aux problématiques suivantes :

  • Y-a-t-il une spécificité des lieux de culte en milieu urbain par rapport au milieu rural ?
  • Selon les époques, dans quelles mesures les lieux de cultes structurent-ils la topographie des villes ? Quelle est la place des lieux de culte dans les dynamiques des agglomérations et des petites villes ? Quelle place concrète (architecture, ensemble ecclésial) et/ou symbolique peuvent-ils occuper, et dans quel intervalle de temps (notions de temps long/temps court) ?
  • Quel est le devenir des lieux de culte païens dans les agglomérations à partir du IIIe siècle ? Sur quelles bases se fondent les édifices chrétiens dans les agglomérations antiques ? Selon quelles modalités les nouveaux lieux de culte agglomérant un habitat groupé sont-ils implantés ? Quel est le devenir des premières églises de l’Antiquité tardive au cours du Moyen Âge ?

[1] M. Mangin, B. Jacquet, J.-P. Jacob, Les agglomérations secondaires en Franche-Comté romaine, Paris, Annales littéraires de l'Université de Besançon, 1986, p. 18.

[2] A. Millán da Costa (éd.), Petites villes européennes au bas Moyen Âge : perspectives de recherche, Lisbonne, Instituto de Estudios Medievais, 2013, p. 147.

[3] W. Van Andringa, La fin des dieux : les lieux de culte du polythéisme dans la pratique religieuse du IIIe au Ve siècle après Jésus-Christ (Gaules et provinces occidentales), Paris, Éditions du CNRS, 2014.

[4] Y. Codou, M.-G. Colin, « La christianisation des campagnes (IVe-VIIIe s.) », Gallia, n°64, 2007, p. 57-83.

[5] M. Aubrun, « A l’origine de la paroisse rurale : lieu de culte et culte du lieu », in C. Delaplace (dir.), Aux origines de la paroisse rurale en Gaule méridionale (IVe-IXe siècles), [Actes du colloque international, Toulouse, 21 – 23 mars 2003], Paris, Éditions Errance, 2005, p. 33-34.

[6] Le Massif Central est compris dans son sens géographique le plus large.

Conditions de soumission

Cette journée d’étude est ouverte aux jeunes chercheurs (doctorants et jeunes docteurs) en histoire, histoire de l’art et/ou archéologie, ou toutes autres disciplines pouvant contribuer à la réflexion.

Faire parvenir les propositions à Thomas.Areal@univ-bpclermont.fr ou à Maxime.Calbris@univ-bpclermont.fr, avec un résumé d’environ 2500 signes

avant le 18 décembre 2016.

Une réponse sera envoyée au début du mois de janvier.

Comité d'organisation

  • Thomas AREAL (doctorant en histoire médiévale, Université Clermont Auvergne)
  • Maxime CALBRIS (doctorant en archéologie antique, Université Clermont Auvergne)
  • Marion MONIER (doctorante en histoire de l’art médiéval, Université Clermont Auvergne)
  • Émeline RETOURNARD (doctorante en archéologie médiévale, Université Clermont Auvergne)

Comité scientifique

  • Olivier BRUAND (Professeur d’Histoire médiévale, Université Clermont Auvergne)
  • Damien CARRAZ (Maître de Conférences en Histoire médiévale, Université Clermont Auvergne)
  • Pascale CHEVALIER (Maître de Conférences en Histoire de l’Art médiéval, Université Clermont Auvergne)
  • Jean-Luc FRAY (Professeur d’Histoire médiévale, Université Clermont Auvergne)
  • Blaise PICHON (Maître de Conférences en Histoire et Archéologie romaines, Université Clermont Auvergne)
  • Frédéric TRÉMENT (Professeur d’Antiquités Nationales, Université Clermont Auvergne)

Lieux

  • Clermont-Ferrand, France (63)

Dates

  • dimanche 18 décembre 2016

Mots-clés

  • lieux de culte, milieu urbain, milieu rural, habitat

Contacts

  • Thomas Areal
    courriel : Thomas [dot] Areal [at] univ-bpclermont [dot] fr
  • Maxime Calbris
    courriel : Maxime [dot] Calbris [at] univ-bpclermont [dot] fr

Source de l'information

  • Thomas Areal
    courriel : Thomas [dot] Areal [at] univ-bpclermont [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La place et le rôle des lieux de culte dans les agglomérations secondaires de l’Antiquité et les petites villes médiévales au sein du Massif Central », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 16 novembre 2016, http://calenda.org/383515