AccueilQue sont devenues les Technologies de l’information et de la communication (TIC) ?

Que sont devenues les Technologies de l’information et de la communication (TIC) ?

What has become of Information and Communication Technologies?

*  *  *

Publié le vendredi 18 novembre 2016 par João Fernandes

Résumé

Interfaces numériques est la première revue scientifique francophone dédiée au design numérique. Née en janvier 2012, elle a pour objectif de faire coopérer des professionnels, des chercheurs universitaires et des chercheurs en école de design sur des problématiques liées au design numérique que les sciences humaines traitent avec une ouverture pluridisciplinaire réelle. Ce futur numéro souhaite proposer de façon explicite un questionnement sur le développement des TIC, les politiques d'usages et la croyance qu'elles vont permettre de relever les différents défis sociétaux à venir. Une approche critique qui amène aussi à se demander si les TIC ne font pas émerger à leur tour des défis à relever...

Annonce

Interfaces Numériques Volume 6, n° 3/2017, Parution en octobre 2017

Dirigé par Françoise Paquienséguy 

Argumentaire

Interfaces Numériques est la première revue scientifique francophone dédiée au design numérique. Née en janvier 2012, elle a pour objectif de faire coopérer des professionnels, des chercheurs universitaires et des chercheurs en école de design sur des problématiques liées au design numérique que les sciences humaines traitent avec une ouverture pluridisciplinaire réelle. Ce futur numéro souhaite proposer de façon explicite un questionnement sur le développement des Tic, les politiques d'usages et la croyance qu'elles vont permettre de relever les différents défis sociétaux à venir. Une approche critique qui amène aussi à se demander si les TIC ne font pas émerger à leur tour des défis à relever ...

L’expression « technologies de l’information et de la communication » a marqué toute une génération de chercheurs et d’étudiants, tout un univers de pratiques et de relations sociales mais aussi toute une gamme de production industrielle de façon forte et profonde. Utilisée dans des environnements et sens toujours renouvelés, bousculée autant par ses propres innovations techniques que par des pratiques différentes et parfois disruptives, elle s’en trouve quasiment polysémique ou vide de sens, aujourd’hui. Par contre, un simple regard vers les discours publics programmatiques (Cop21, Horizon 2020, Europe Créative, transition énergétique, etc.) révèle à quel point les TIC et leurs usages portent une idéologie, voire des croyances, qui pèsent sur les logiques sociales actives. Bref, l’acronyme TIC a certes changé mais aussi pris une place stratégique depuis son élaboration. L’étudier, s’en saisir -à nouveau ? -, se la réapproprier nous semble à la fois pertinent et nécessaire pour plusieurs raisons qui seront autant d’orientations pour répondre à cet appel à articles.

Premièrement, ses origines semblent perdues alors même qu’elles sont la caractéristique intrinsèque de ce que sont les Tic. En effet, ce numéro d’Interfaces Numériques sera l’occasion de se souvenir que l’expression TIC a été « inventée » pour distinguer des médias, le reste… Le reste est constitué de machines à communiquer, insaisissables à l’époque, indéfinissables encore ; certains chercheurs à l’oeuvre dès la fin des années 1980 anticipent l’importance de ces nouveaux objets (comme par exemple, Chambat, 1984 ; Jouët, 1987 ; Wolton, 1989 ; Perriault, 1989), de ces nouveaux outils qui s’intègrent marginalement dans la vie quotidienne, de façon très disparate selon les pays et les continents, sans pouvoir les nommer, ni même encore les caractériser. Le seul élément discriminant paraît résider dans leur étrangeté au regard des industries culturelles, des médias ou des télécommunications, qu’elles ne sont pas ou dont elles ne vérifient aucun modèle (Miège, Salaün & Pajon 1986), mais qu’elles perturbent. Ainsi les Tic sont-elles pensées initialement a contrario de l’existant familier, les mass-médias. En synthèse, nous dirions que dans les années 1980, sous le coup du succès du Minitel, de l’intrusion discrète du magnétoscope, de la domotique, de la banque à domicile, de la vidéo à la demande, du câble, etc. nos collègues de l’époque, sociologues pour la plupart, largement interpellés par l’innovation technique d’une part et par l’explosion de la communication de l’autre cherchent à désigner cet ensemble hétéroclite, encore analogique, d’outils et de réseaux par l’expression originelle de « nouvelles technologies de l’information et de la communication ».

Les considérer depuis ce point de leurs origines encourage à reprendre certaines interrogations qui n’ont rien à voir avec leur transformation, qui ne revient qu’à un tour de passe-passe (Paquienséguy, 2000) : nées nouvelles, les Tic se renouvelleront et se développeront à un tel rythme, dépendant de cycles plus économiques que sociaux, les NTIC deviennent simplement TIC. Elles seront ensuite numériques – TICN – sans que cela ne soit plus guère signifiant actuellement. Au final, reste TIC, ou ICT dans la version anglaise, bien plus stable et constante.

Autrement dit, que sont les Tic aujourd’hui, au regard des médias devenus sociaux ? des communautés de pratiques qui se sont formées et démultipliées ? des imaginaires ou des représentations pris dans des tensions hypermodernes ? Quelle est leur place, coincées entre ces mass-médias et industries culturelles qui les ont vu naître et les objets connectés qui les remplacent ? Les remplacent-ils d’ailleurs ?

Deuxièmement, les Tic ont vécu un double mouvement paradoxal qui les a vues à la fois se déployer avec une puissance inégalée et s’appauvrir jusqu’à devenir un simple terminal de connexion. La première dynamique s’est appuyée sur l’informatisation de la société et la numérisation des TIC et le second sur leur capacité de connexion sans cesse accrue par les performances des acteurs des secteurs de l’informatique et des télécommunications. C’est bien ce mouvement qui forge une autre de leur caractéristique car « si les nouvelles techniques s’apparentent à bien des égards aux autres équipements du ménage, audiovisuels en particulier, elles s’en distinguent aussi car elles font passer le foyer de l’ère de l’électronique à l’ère informatique1 ». Yves Jeanneret les considèrera plus tard comme des « médias informatisés », marquant là un tournant franchi, jusqu’à ce que des expressions intermédiaires (smartphones, écrans, box, cloud, ENT, etc.) viennent témoigner, chacune différemment, de leur développement et de leur présence dans tous les secteurs d’activité sociale (Beuscart & Parasie, 2009). Cette profusion de services, de biens médiatiques, d’information s’accompagne cependant de risques, liés à l’identité numérique, aux données personnelles qui montrent bien la face technique, automatique, algorithmique des TIC, devenues objets connectés. Ainsi tous les discours marketing, politiques les mobilisent, les plaçant au coeur des défis sociétaux leur prêtant des vertus qui réclament distance critique et analyses.

Les considérer de ce point de vue de leur caractère technique, informatique et connecté encourage à s’interroger à la fois sur leur place, empreinte et leur rôle dans nos vies quotidiennes et pas seulement dans nos pratiques communicationnelles. Cheval de Troie du numérique auprès de l’usager, elles savent se rendre « user friendly », intuitives, synchrones, etc. pour coller aux modes de vie contemporains.

Autrement dit, qu’ont fait les Tic à l’usager qui les a tant aimées2 ! Comment les pratiques, les communautés, ont-elles évolué à leur contact ? La nature technique des TIC, sa filiation avec l’informatique, les interfaces, l’interactivité, la connexion, entre autres, ont-elles contribué à forger des compétences nouvelles chez l’utilisateur, à construire une littéracie numérique ? Quels référentiels, quels cadres socio-techniques les Tic ont-elles construits ? Quels cadres de pensée structurent-elles lorsqu’elles sont instrumentalisées par les discours publics ou industriels ?

Troisièmement, leur omniprésence dans tous les secteurs économiques et leur participation à la création de valeur ne se discutent plus. En effet, les Tic constituent selon la commission européenne (2015) « un segment majeur de l’économie des principaux pays industrialisés avec une contribution directe de 5,9 % du PIB en Europe (et 7,5 % aux États-Unis). » Au-delà du secteur lui-même, nous savons qu’elles contribuent au développement de tous les autres secteurs économiques, les TIC représentant plus de 50 % de la croissance de la productivité en Europe.

Le développement des TIC correspond à une généralisation de pratiques professionnelles fondées sur des protocoles et régulations organisationnelles qui d’une part renforcent la formalisation de « bonnes pratiques » à étudier et de l’autre augmentent la porosité des sphères professionnelles et privées, largement constatée par ailleurs. Ces processus pèsent sur les logiques sociales à l’oeuvre et méritent qu’on s’y arrête. En effet, la communication digitale, les réseaux de télécommunications, les Tic participent de tous des grands défis de société promus par les politiques : qu’il s’agisse par exemple, des smart cities (Atour & Rallet, 2014) ; des industries créatives (TIC&Société, volume 4, n°2, 2010) ou de la démocratie participative (Cahiers français n°356). Ainsi devons-nous porter regard attentif et distancié sur le rôle des usages et des TIC dans ces stratégies qui en font l’élément central de nouveaux modèles sociétaux ou sociaux.

Autrement dit, quelles places et rôles ont-elles dans les industries de la culture, de la communication ou dans les secteurs de l’art, de la création ou de l’éducation ? Au regard de quels critères discriminants ou de quels traits saillants sont-elles à considérer, et le sont-elles pour elles-mêmes ou bien en relation avec les usages, pratiques et logiques sociales que nous étudions tous de façon différenciée ? En quoi les concepts qu’elles sous-tendent (usages, pratiques, appropriation, etc.) forgent-ils de nouvelles représentations de modèles économiques et sociaux ?

Ce numéro de la revue Interfaces Numériques interrogera donc l’histoire des technologies de l’information et de la communication selon trois axes fédérateurs : 1/la nature et la persistance des TIC de leurs origines à aujourd’hui, point de vue qui ouvre à la fois une réflexion épistémologique et une mise en perspective chronologique ; 2/ leur intégration progressive de la connexion, de la mise en réseau, de l’algorithmie, du design d’interfaces puis d’objets, évolutions qui leur ouvrent les portes de nos vies quotidiennes et de leurs routines, en mobilité, en ubiquité, en dyschronie, etc ; 3/le levier économique qu’elles représentent et l’impact de celui-ci sur les industries de l’information, de la communication ou de la culture bien sûr mais aussi dans les secteurs de l’art, de la création ou de l’éducation.

Cet appel à articles cherche à susciter des réponses d’horizons disciplinaires variés, comme par exemple et sans exhaustivité aucune, la sociologie, les sciences de l’information et de la communication, la sémiotique, l’histoire ou l’histoire des techniques, l’économie, l’ergonomie, le design, des sciences de l’éducation, les sciences politiques, l’anthropologie ou l’informatique. De préférence, elles mettront l’accent sur une réflexion théorique, sur un état de l’art, sur une bibliographie raisonnée ou dans le cas de propositions liées à un terrain ou à une TIC. Dans tous les cas, elles témoigneront d’une posture critique à propos des TIC, prises comme notion ou artefact.

Organisation scientifique

La réponse à cet appel se fera via deux fichiers,

- Article complet (nom du fichier = nom de l’auteur.e - au format .doc, .docx, .odt ou .pdf)

Ce fichier comporte le titre et le texte complet de 25000 signes (espaces et bibliographie inclus), anonymé et respectueux de la feuille de style disponible sur le site de la revue,

- Métadonnées (nom du fichier = MD + nom de l’auteur.e – au format .doc, .docx, ou odt)

Ce fichier comporte un résumé de l’article de 4 500 signes maximum, espaces compris et une courte biographie (5 lignes max) de l’auteur.e ou des auteur.e.s, incluant le statut, le positionnement scientifique (discipline dans laquelle la chercheuse ou le chercheur se situe), l’institution et l’unité de recherche de rattachement.

Les articles complets et métadonnées seront envoyés à

Francoise.paquienseguy@sciencespo-lyon.fr avant le 25 février 2017.

La réception de chaque proposition donnera lieu à un accusé de réception.

Calendrier du volume 6, n°3/2017

  • 25 février 2017 : date limite de réception des textes complets et des métadonnées

  • mars - avril 2017 : expertise en double aveugle
  • 30 avril 2017: réponses aux auteurs des articles
  • mai-juillet 2017 : navette ou reprise du texte, le cas échéant
  • 10 juillet 2017 : remise des articles définitifs, levant l’anonymat et respectueux de la feuille de style
  • 1-15 septembre 2017 : dernière relecture/navette au besoin
  • 31 octobre 2017 : sortie prévisionnelle du numéro

Comité de lecture du numéro

  • Badillo Patrick-Yves – Université de Genève
  • Bouchardon Serge – Université Technologique de Compiègne
  • Collet Laurent - Université Toulon - Var
  • Idelson Bernard - Université de La Réunion
  • Le Crosnier Hervé - Université de Caen
  • Paquienséguy Françoise – SciencesPo Lyon
  • Schafer Valérie - Institut de la communication du CNRS
  • Vidal Geneviève – Université Paris Cité Sorbonne

Modalités de sélection

Le comité scientifique de ce numéro travaillera en double aveugle uniquement sur article anonymé et complet de 25 000 signes maximum (espaces et bibliographie inclus), exclusivement rédigé en français, et rendra réponse motivée aux auteurs le 30 avril 2017 au plus tard.

Le texte définitif devra être renvoyé avant le 10 juillet 2017.

Les articles qui ne respecteront pas les échéances ou les recommandations présentées ci-dessus ne pourront malheureusement pas être pris en compte.

Contact

francoise.paquienseguy@sciencespo-lyon.fr

Interfaces Numériques est une revue scientifique publiée par les Editions Design numérique sous la direction de Benoît DROUILLAT et Nicole PIGNIER.

Présentation de la revue : http://editions-design-numerique.fr/

Lieux

  • Lyon, France (69)

Dates

  • mercredi 15 février 2017

Mots-clés

  • information, communication, économie, histoire, design

Contacts

  • Françoise Paquienséguy
    courriel : francoise [dot] paquienseguy [at] sciencespo-lyon [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Françoise Paquienséguy
    courriel : francoise [dot] paquienseguy [at] sciencespo-lyon [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Que sont devenues les Technologies de l’information et de la communication (TIC) ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 18 novembre 2016, http://calenda.org/384250