AccueilCheikh Anta Diop, Frantz Fanon et Jean-Marc Ela, des savants au service de L’Afrique contemporaine

Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon et Jean-Marc Ela, des savants au service de L’Afrique contemporaine

Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon and Jean-Marc Ela - scholars serving contemporary Africa

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Publié le vendredi 18 novembre 2016 par João Fernandes

Résumé

Dans une Afrique qui fait face à nombre de problèmes et qui cherche ses marques dans un monde dominé par la loi du plus fort, c’est-à-dire des plus riches, les pensées de Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon et Jean-Marc Ela semblent importantes et méritent encore plus d’attention. Même si beaucoup a été enseigné et écrit à propos d’eux, il reste cependant qu’ils méritent toujours d’être relus et d’attirer l’attention compte tenu de la richesse du corpus scientifique qu’ils ont élaboré et qui sont toujours d’un grand intérêt pour l’Afrique contemporaine. Lus entre les lignes, leurs travaux ne peuvent-ils pas inspirer et servir à l’élaboration d’un modèle de développement plus adapté aux réalités africaines ?

Annonce

Argumentaire 

 L’histoire de l’humanité abonde de personnalités qui ont marqué de façon toute particulière le cours de son évolution. Un tour d’horizon dans les annales de l’histoire universelle ou spécifiquement dans celles des pays, amène à se rendre compte que derrière les grands moments, les grands contextes, les grands tournants, se trouvent souvent des individus dont les actions ont été déterminantes dans le déroulement ou la dynamique de divers domaines. Généralement, les historiens utilisent la terminologie de « grandes figures de l’histoire » ou d’ « acteurs de l’histoire » pour les désigner, tandis que les philosophes parlent de « grand homme » ou de « héros ». Dans la plupart des travaux consacrés aux grands moments de l’histoire du monde, une attention toute particulière leur est toujours accordée.

En réalité, les « grandes figures de l’histoire » se retrouvent dans tous les domaines de la vie, à savoir l’économie, la politique, la culture, la diplomatie, les arts, les techniques, pour ne citer que ceux-là. Si certaines ont marqué de façon toute particulière le monde de la politique, d’autres ont par contre laissé des empreintes indélébiles dans l’univers des sciences et des techniques, à l’instar de l’astronomie, de la médecine, de la physique, du droit, etc. Les « grandes figures de l’histoire » ne se retrouvent pas uniquement dans les pays dits développés ou au sein des civilisations qui ont connu un rayonnement tout particulier, et auxquelles les historiens ont consacré de nombreux travaux (L’Egypte ancienne, la Mésopotamie, la Grèce, la Rome Antique, etc. Dans toutes les parties du monde, il a toujours existé ce type de personnes dont les noms sont restés gravés dans la mémoire collective. Le continent africain, comme le reste du monde, est riche en personnalités qui ont, à leurs façons, contribué à influencer le cours de l’histoire aussi bien des politiciens ou des bâtisseurs d’empires, des scientifiques, des hommes d’affaires, des grands acteurs du paysannat que des artistes, des religieux, des leaders d’opinion. A propos de ces hommes illustres, Sékéné Mody Cissoko écrit : 

Les grands hommes comptent beaucoup dans l’histoire de l’humanité, et particulièrement celle de l’Afrique. Symboles des aspirations de leurs peuples, héros mobilisateurs des forces profondes, ils constituent des valeurs indispensables au réveil des consciences et à l’enracinement dans les traditions culturelles[1]

Si on s’intéresse tout spécifiquement au domaine de la science, les noms de Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon et Jean-Marc Ela ne sauraient laisser indifférents les spécialistes des sciences sociales/humaines, surtout. Le premier, de nationalité sénégalaise est un pionnier de la lutte pour la renaissance africaine ; le second, d’origine martiniquaise, est une figure majeure du tiers-mondisme et de la guerre de libération nationale algérienne qu’il concevait comme une Révolution. Le troisième est camerounais de naissance, même s’il a passé une bonne partie de son parcours intellectuel en exil au Canada. Ces trois grands noms constituent des éminences grises atypiques, de par leurs productions et par les thèses qu’ils ont développées pour étudier les sociétés africaines. Il serait prétentieux de dresser ici la liste des travaux réalisés par ces intellectuels engagés. A travers les universités du monde, il est quasi-impossible de prétendre étudier l’histoire, la philosophie ou la sociologie de l’Afrique, sans toutefois se référer aux travaux de ces penseurs. Tandis que certains préfèrent utiliser le terme « savants » pour les désigner, d’autres par contre n’hésitent pas à les qualifier d’intellectuels qui ont le plus marqué l’histoire de la science en Afrique au XXè siècle.

Le fait que Sénégal ait décidé de baptiser sa toute première université, (la toute première en Afrique francophone) du nom de Cheikh Anta Diop[2], montre tout le symbole qu’il représente tant pour son pays que pour l’espace francophone. Frantz Fanon représente également tout un patrimoine pour des pays comme l’Algérie ou la Martinique[3]. Pour ce qui est de Jean-Marc Ela, son séjour canadien lui a permis de produire une œuvre monumentale qui a fortement renouvelé la pratique des sciences sociales en général et de la sociologie africaine en particulier. Quoi qu’il en soit, les travaux de ce prêtre jésuite ont contribué de façon exceptionnelle, à porter à la face du monde les réalités sociales de l’Afrique profonde. Ce qui a fait de lui l’un des sociologues les plus réputés de ce continent[4].

Ces hommes, qui font partie de la première et de la deuxième génération de l’intelligentsia africaine, représentent des symboles forts de ce que l’Afrique a produit en termes d’éminences grises. Leurs travaux sont considérés sans conteste comme des références en matière de production des savoirs et d’élaboration des outils d’une révolution intellectuelle, politique, économique, culturelle africaines. La recherche des pistes pour solutionner les problèmes de fonds des sociétés africaines, et surtout les bénéfices que l’on peut encore aujourd’hui tirer de la fréquentation de leurs œuvres, sont incontestables.

On ne peut cependant oublier que Max Weber soutenait que le savant ne doit jouer que son rôle de producteur des connaissances, en évitant, autant que faire se peut, tout ce qui peut entacher ou nuire à son jugement, de manière à rester fidèle à ce qui fait la nature et l’essence même de la science à savoir, la recherche et l’exigence de rigueur et d’absolu. Bien qu’il soit citoyen et qu’il ait une activité y afférente, le chercheur doit veiller à ce que l’exercice de sa citoyenneté se fasse dans un cadre différent de celui de sa pratique scientifique afin d’éviter toute confusion des genres[5].

En réalité, la science met à la disposition de la société un stock de connaissances qui permettent de dominer techniquement la vie par la prévision, et fournit des instruments que l’homme ordinaire ne peut donner à savoir, des méthodes de pensée, c'est-à-dire des instruments et une discipline. Elle contribue également à procurer la clarté dans les situations sociales auxquelles les hommes doivent faire face. Mais il reste que les positions qu’adopte le chercheur lui sont inspirées par la démarche scientifique dont le professeur se limite à en montrer la nécessité. Dès lors, peut-on dire que Diop, qui est resté toute sa vie un chercheur de laboratoire et Ela qui a été prêtre, théologien et universitaire, que Fanon, qui a été psychiatre et théoricien de la révolution africaine, peuvent être rangés dans cette catégorie de savants ? Doit-on plutôt voir en eux ces « intellectuels organiques » dont parlait Gramsci[6] ? Pour ce dernier en effet, ces intellectuels ont un rôle déterminant à jouer dans la constitution et le maintien de toute forme d’hégémonie. Ce sont en effet eux qui, par leur travail de subversion des esprits, permettent de contrôler la culture, clé des valeurs et des idées.

En quels sens peut-on considérer qu’Ela, Diop et Fanon ont travaillé à saper les valeurs de la société coloniale pour faire naitre une société africaine moderne libre et indépendante ? Cette question est d’autant plus importante lorsqu’on se réfère à Gramsci pour qui, un intellectuel est toujours en contact avec la masse, et ne peut envisager de solutions que dans ce qui est concevable par cette masse. Autrement dit, toute grande révolution théorique ou scientifique requiert une évolution dans la conscience globale de cette masse.

Dans une Afrique qui fait face à nombre de problèmes et qui cherche ses marques dans un monde dominé par la loi du plus fort, c’est-à-dire des plus riches, les pensées de ces auteurs semblent importantes et méritent encore plus d’attention. Même si beaucoup a été enseigné et écrit à propos d’eux, il reste cependant qu’ils méritent toujours d’être relus et d’attirer l’attention compte tenu de la richesse du corpus scientifique qu’ils ont élaboré et qui sont toujours d’un grand intérêt pour l’Afrique contemporaine. Lus entre les lignes, leurs travaux ne peuvent-ils pas inspirer et servir à l’élaboration d’un modèle de développement plus adapté aux réalités africaines ? Dans un contexte caractérisé par une crise multisectorielle qui place l’Afrique en quelque sorte à la croisée des chemins, (crise des valeurs, crise économique, crise politique, crise de modèles), en quoi les œuvres de ces trois grandes figures peuvent-elles contribuer à former et à éveiller les consciences pour un développement endogène en Afrique ?

Qui sont donc Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon et Jean-Marc Ela ? Dans quels contextes ont-ils évolué ? Quels sont les parcours académique, scientifique et idéologique de ces éminences grises ? Quels sont les grandes questions abordées dans leurs différentes productions scientifiques ? Quelle place occupent leurs travaux dans la connaissance et la reconnaissance de la civilisation négro-africaine ? Quels ont été, l’écho et l’impact de leurs travaux dans le monde scientifique hier et aujourd’hui ? En quoi leurs productions scientifiques, leurs pensées sont-elles intéressantes, fonctionnelles pour l’Afrique contemporaine ?

C’est autour de ce questionnement que devront s’articuler les différentes contributions de ce projet dont l’objectif est de faire connaître ces grands penseurs africains et de susciter à nouveau un débat autour de leurs parcours, de leurs œuvres et des fonctionnalités de leurs pensées, dans une Afrique qui semble n’avoir pas encore trouvé un modèle de développement à même de lui permettre de sortir véritablement de l’ornière.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Le présent appel est ouvert à toutes les personnes qui voudront bien formuler des propositions de contribution abordant divers aspects de la vie, de l’héritage, de l’évaluation de la fonctionnalité multisectorielle des œuvres de ces penseurs pour l’Afrique contemporaine. Philosophes, sociologues, anthropologues, paléontologues, historiens, politologues, égyptologues, chimistes, physiciens, mathématiciens et bien d’autres spécialistes de diverses autres disciplines sont ainsi vivement encouragés à soumettre un résumé d’une page maximum en précisant les éléments suivants : titre du projet d’article, nom, prénom et coordonnées du/des auteurs 

au plus tard le 02 janvier 2017 

aux adresses suivantes : fogou_ana@yahoo.fr ; wassounifrancois@gmail.com.

Les auteurs des propositions retenues seront informés au plus tard le 31 janvier 2017. Les textes définitifs devront être envoyés aux mêmes adresses au plus tard le 30 avril 2017. La période envisagée pour la parution de l’ouvrage collectif est la fin d’année 2017. 

N/B : Une fois les propositions retenues, le guidelines (instructions aux auteurs) sera aussitôt envoyé pour la production de l’article final. 

Coordination scientifique

  • Dr/HDR Anatole FOGOU (Université de Maroua/Cameroun, Ecole Normale Supérieure/Département de Philosophie)
  • Dr François WASSOUNI (Université de Maroua/Cameroun, département d’histoire).

[1]Voir la revue Afrique et histoire, N° 1, Janvier-février, 1981, p. 45.

[2]Obenga Th., Cheikh Anta Diop, Volney et le Sphinx, Contribution de Cheikh Anta Diop à l'historiographie mondiale, Paris, Présence Afrique, 2000.

[3]La découverte (éd.), Frantz Fanon. Œuvres (préface d’Achille Mbembé/Introduction de Magali Bessone), Paris, La Découverte, 2011 ; Fanon F.,Pour la révolution africaine. Écrits politiques, Paris, Éditions La Découverte, 2001.

[4]L’on voudra lire Yao Assogba, Jean-Marc Ela. Le sociologue et le théologien africain en boubou, Paris, L’Harmattan, 1999, Collection Etudes Africaines ; Nga Ndongo V., Jean Mfoulou, Jean Marc Ela, deux baobabs de la sociologie camerounaise, Paris, L’Harmattan, 2010 ; Motazé Akam, La sociologie de Jean-Marc Ela. Les voies du social, Paris, L’Harmattan, 2011.

[5]Weber M., Le savant et le politique, Enag édition, sl. Il écrit : « Le professeur qui se sent la vocation de conseiller la jeunesse et qui jouit de sa confiance doit s’acquitter de ce rôle dans le contact personnel d’homme à homme. S’il se sent appelé à participer aux luttes entre les conceptions du monde et les opinions des partis, il lui est loisible de le faire hors de la salle de cours, sur la place publique, c'est-à-dire dans la presse, dans les réunions publiques, dans les associations, bref, partout où il le voudra. Il est en effet par trop commode de montrer son courage de partisan en un endroit où les assistants et peut-être les opposants, sont condamnés au silence »,p. 40.

[6]Voir Gramsci A., Écrits politiques (1914-1926), Textes choisis, Paris, Gallimard, 1980, 3 volumes ; Cahiers de prison, Paris, Gallimard, 1977 ; Lettres de prison, Paris, Gallimard, 1971.

Dates

  • lundi 02 janvier 2017

Mots-clés

  • Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon, Jean-Marc Ela, Afrique contemporaine

Contacts

  • Anatole Fogou
    courriel : fogou_ana [at] yahoo [dot] fr
  • Francois Wassouni
    courriel : wassounifrancois [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Anatole Fogou
    courriel : fogou_ana [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon et Jean-Marc Ela, des savants au service de L’Afrique contemporaine », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 18 novembre 2016, http://calenda.org/384394