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Place et incidence des animaux dans les familles

The role and incidence of animals in families

Revue « Enfances, familles, génération », numéro spécial

"Childhood, families and generation" special issue

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Publié le mardi 22 novembre 2016 par João Fernandes

Résumé

L’enjeu de ce dossier thématique consiste à interroger conjointement les transformations récentes de la famille et celles des rapports aux animaux, pour mieux comprendre la place des animaux et l’incidence de ces derniers dans la construction, la gestion et l’organisation familiale. Ce numéro propose ainsi de contribuer à une meilleure compréhension des mouvements de transformation et de complexification des relations entre familles et animaux. Il s’agira notamment, sur la base d’études empiriques, d’identifier la place des relations humains / animaux dans les processus de socialisation et de construction identitaire des familles.

Annonce

Argumentaire 

L’enjeu de ce dossier thématique consiste à interroger conjointement les transformations récentes de la famille et celles des rapports aux animaux, pour mieux comprendre la place des animaux et l’incidence de ces derniers dans la construction, la gestion et l’organisation familiale.

S’interroger sur la place des animaux dans la vie familiale n’est pas nouveau en sciences sociales (Hickrod et Schmitt, 1982; Katcher et Beck, 1983; Voith, 1985). Au cours des deux dernières  décennies, les recherches sur le sujet se sont en effet multipliées avec, notamment, l’essor des Animal Studies en particulier dans les pays anglo-saxons ( Greenebaum, 2004; Turner, 2005; Charles, 2014).

Si l’ensemble de ces recherches constitue une fresque intéressante et bien documentée de la place des animaux dans les familles occidentales, il reste encore beaucoup à dire sur le sujet. D’une part, les travaux existants sont très majoritairement centrés sur les animaux de compagnie, notamment sur les chiens et les chats. D’autre part, ces travaux, majoritairement anglophones, nous renseignent en définitive peu sur des réalités autres qu’anglo-saxonnes.

Ce numéro d’EFG propose ainsi de contribuer à une meilleure compréhension des mouvements de transformation et de complexification des relations entre familles et animaux. Il s’agira notamment, sur la base d’études empiriques, d’identifier la place des relations humains/animaux dans les processus de socialisation et de construction identitaire des familles. Alors que les travaux antérieurs se sont plutôt focalisés sur les raisons de l’insertion familiale des animaux dans une perspective fonctionnaliste - évoquant soit les vertus de la présence animale dans les familles (StaatsWallace et Anderson, 2008), soit au contraire l’interprétant comme le signe d’un dysfonctionnement social (Yonnet, 1983) - nous souhaitons adopter un autre angle dans ce numéro.

Les contributions attendues insisteront plutôt sur les modalités pratiques, symboliques et processuelles de l’insertion familiale des animaux, en évitant la polarisation sur les seuls animaux de compagnie comme catégorie naturalisée. Elles pourront en particulier se focaliser sur l’analyse des relations humains/animaux en déployant la diversité des situations dans lesquelles s’observent les interactions entre familles humaines et individus animaux.

Axes thématiques

Cette ambition générale pourra se traduire par plusieurs questionnements thématiques :

L’insertion familiale des animaux et la (re)définition sociologique de la famille

En raison notamment de leur flexibilité ontologique (quasi-humain/quasi-objet ; quasi-nature/quasi-culture, etc.) les animaux présentent un double intérêt pour la sociologie de la famille. Premièrement, sur le plan analytique, la prise en compte des relations humains/animaux permet de porter un regard original sur des questions majeures relatives à la (re)définition de la famille. Depuis les années 1970, celle-ci serait de moins en moins liée à la consanguinité et à l’alliance (Dandurand, 1990; De Singly, 1996; Déchaux, 1995). L’affect deviendrait l’un des principaux liants de la famille. Il apparait alors pertinent de se pencher sur la place des relations affectives aux animaux dans la construction des identités familiales contemporaines et leurs implications sur les manières d’envisager la famille comme « institution », comme « naturelle » ou « biologique », comme « humaine », « hybride » (Franklin, 2006) ou « post-humaine » (Power, 2008; Smith, 2003). Deuxièmement, sur le plan épistémologique, cette flexibilité ontologique des animaux constitue l’occasion d’un dialogue entre disciplines et sous-champs disciplinaires. Ainsi, l’usage des catégories de « bien de consommation » et de « compagnon » dans l’étude des animaux de compagnie relève par exemple d’enjeux de positionnement disciplinaire entre la sociologie de la famille et la sociologie de la consommation. La rencontre d’enjeux sociologiques et juridiques à l’occasion des discussions relatives à la garde de l’animal en cas de séparation (Despret et Gutwirth, 2009) préfigure également des collaborations fructueuses entre sociologie de la famille et sociologie du droit.

La participation des animaux à l’identité et à la socialisation des groupes familiaux

En tant que ressources de médiation (Tannen, 2004), les animaux peuvent participer pleinement à la constitution et à la cohésion interne d’un groupe familial. Ils peuvent aussi être une source de conflit entre les membres de la famille (Walsh, 2009). Les animaux peuvent également participer aux processus de socialisation et de construction de l’identité familiale vis-à-vis de l’extérieur. Ils participent à l’inscription sociale de la famille dans son environnement en facilitant par exemple certaines relations de voisinage, en en compliquant d’autres, en rendant visible aux autres certains traits de caractère et de fonctionnement de la famille. Ils peuvent ainsi être analysés comme des révélateurs et des opérateurs de distinctions sociales des familles  (Héran, 1988; Roche, 2011).

La description des familles animales dans la construction d’une éducation familiale

Les références aux animaux sont fréquentes dans l’éducation sexuelle et morale des enfants et l’on peut se demander plus largement comment les animaux participent aux stratégies éducatives des familles (Kellerhals et Montandon, 1991) et des institutions. Un tel questionnement pourra être abordé de différentes manières. D’une part, les récits sur les sociétés animales (des documentaires naturalistes à la littérature jeunesse) regorgent de références aux valeurs familiales qui mériteraient d’être analysées dans leurs dimensions historiques et contemporaines : instinct maternel, division genrée des tâches, solidarités entre les familles, etc. D’autre part, les zoos, les ménageries, les parcs animaliers constituent autant de dispositifs de socialisation des familles qui reposent en partie sur une mise en scène de la rencontre entre des familles humaines et des familles d’animaux dont il s’agirait par exemple de mieux comprendre les tenants et les aboutissants. On pense également au rôle de l’adoption d’animaux de compagnie dans les processus de construction familiale et d’éducation.

Pour aborder ces questionnements, et d’autres, nous encourageons une approche par la diversité des terrains, qui permettrait d’élargir la question des relations entre animaux et familles au-delà de la thématique des « animaux de compagnie » et des contextes anglo-saxons. Nous pensons notamment à la place des animaux dans les rapports familiaux des éleveurs, ou des chasseurs, à la fréquentation d’espaces zoologiques et/ou de réserves naturelles par les familles, aux animaux d’assistance et de thérapie. Nous serons également attentifs aux contributions qui rendent compte de l’évolution historique de ces formes d’insertion.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les propositions (résumés) doivent être déposées sur le site de la revue pour

le 3 février 2017.

Pour ce faire, les auteurs doivent se créer un compte d’usager en tant qu’auteur en cliquant sur l’onglet s’inscrire. La proposition doit comprendre un titre provisoire, un résumé (1 500 à 2 000 caractères, espaces compris) et les coordonnées de tous les auteur-e-s. Les auteur-e-s des propositions retenues devront remettre leur manuscrit (50 000 à 60 000 caractères, espaces compris, excluant le résumé et la bibliographie) au plus tard le 16 juin 2017. Ils/Elles sont prié-e-s de se conformer aux règles d’édition de la revue : www.efg.inrs.ca/index.php/EFG/about/submissions#authorGuidelines. Les manuscrits sont acceptés ou refusés sur la recommandation de la direction de la revue et des responsables du numéro après avoir été évalués à l’aveugle par deux ou trois lecteurs externes.

 Coordination du numéro 

  • Antoine Doré ; INRA - UMR 1248 Agir, Toulouse, France ; Michigan State University, Department of Sociology, East Lansing, USA ; dore.antoine@yahoo.fr
  • Jérôme Michalon ; Labex Intelligences des Mondes Urbains/Centre Max Weber (UMR 5283), Lyon/Saint Etienne – France ; jerome.michalon@gmail.com
  • Teresa Líbano Monteiro ; Centre de Recherche pour la Communication et la Culture, Université Catholique du Portugal – Portugal ; tlibano@netcabo.pt

Références

  • Charles, N. (2014). ‘Animals Just Love You as You Are’: Experiencing Kinship across the Species Barrier. Sociology.
  • Dandurand, R. B. (1990). Peut-on encore définir la famille ? In F. Dumont (Ed.), La société québécoise après 30 ans de changements. Québec: Institut québécois de recherche sur la culture pp. 49-66.
  • De Singly, F. (1996). Le Soi, le couple et la famille. Paris: Nathan.
  • Déchaux, J.-H. (1995). Orientations théoriques en sociologie de la famille : autour de cinq ouvrages récents. Revue française de sociologie, 525-550.
  • Despret, V. et Gutwirth, S. (2009). L'affaire Harry. Petite scientifiction. Terrain, 52 (1), 142-151.
  • Franklin, A. (2006). “Be[a]ware of the Dog”: A Post‐Humanist Approach to Housing. Housing, Theory and Society, 23 (3), 137-156.
  • Greenebaum, J. (2004). It’s a Dog’s Life: Elevating Status from Pet to "Fur Baby" at Yappy Hour. Society & Animals, 12 (2), 117-135.
  • Héran, F. (1988). Comme chiens et chats: Structures et genèse d'un conflit culturel. Ethnologie française, 18 (4), 325-337.
  • Hickrod, L. J. H. et Schmitt, R. L. (1982). A Naturalistic Study of Interaction and Frame: The Pet as "Family Member". Journal of Contemporary Ethnography, 11 (1), 55-77.
  • Katcher, A. H. et Beck, A. M. (Eds.). (1983). New Perspectives in Our Lives with Companion Animals). Pennsylvania: University of Pennsylvania Press.
  • Kellerhals, J. et Montandon, C. (1991). Les stratégies éducatives des familles : milieu social, dynamique familiale et éducation des préadolescents). Genève: Delachaux et Niestlé.
  • Power, E. (2008). Furry families: making a human–dog family through home. Social & Cultural Geography, 9 (5), 535-555.
  • Roche, D. (2011). La culture équestre de l'Occident, XVIe - XIXe siècle, l'ombre du cheval : Tome 2 : La gloire et la puissance, essai sur la distinction équestre): Fayard.
  • Smith, J. A. (2003). Beyond Dominance and Affection: Living with Rabbits in Post-Humanist Households. Society & Animals, 11 (2), 181-197.
  • Staats, S., Wallace, H. et Anderson, T. (2008). Reasons for Companion Animal Guardianship (Pet Ownership) from Two Populations. Society & Animals, 16 (3), 279-291.
  • Tannen, D. (2004). Talking the Dog : Framing Pets as Interactional Resources in Family Discourse. Research on Language and Social Interaction, 37 (4), 399-420.
  • Turner, W. G. (2005). The Role of Companion Animals Throughout the Family Life Cycle. Journal of Family Social Work, 9 (4), 11-21.
  • Voith, V. L. (1985). Attachment of people to companion animals. Vet Clin North Am Small Anim Pract, 15 (2), 289-295.
  • Walsh, F. (2009). Human-Animal Bonds II: The Role of Pets in Family Systems and Family Therapy. Family Process, 48 (4), 481-499.
  • Yonnet, P. (1983). L'homme aux chats. Zoophilie et déshumanisation. Le Débat, 27 (5), 111-126.

Dates

  • vendredi 03 février 2017

Mots-clés

  • famille, animal, enfance, famille, éducation familiale

Contacts

  • Béatrice Lefebvre
    courriel : efg [at] ucs [dot] inrs [dot] ca

URLS de référence

Source de l'information

  • Jérôme Michalon
    courriel : jerome [dot] michalon [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Place et incidence des animaux dans les familles », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 22 novembre 2016, http://calenda.org/386131