AccueilLe mensonge

Le mensonge

Lying

*  *  *

Publié le jeudi 01 décembre 2016 par João Fernandes

Résumé

Ce colloque sera l’occasion d’examiner diverses occurrences pertinentes du mensonge dans la littérature, la BD, le cinéma (particulièrement des films dont la diégèse est issue d’un discours mensonger, tel Usual Suspects de Bryan Singer), la vie politique ou les médias des pays anglophones, et nous chercherons à en analyser les intentions et les stratégies diverses, mais aussi l’intérêt ou la pertinence. 

Annonce

Argumentaire

Si l’on s’en réfère au dictionnaire Littré, le mensonge est un discours contraire à la vérité, tenu dans l’intention de tromper. Comme l’ironie, le mensonge est affaire de perception et d’interprétation, et il existe dans un espace de virtualité : s’il n’est pas signalé ou nommé par un co-locuteur, il peut ne pas être perçu et demeurer à jamais une intention non concrétisée. Contrairement à l’ironie, en revanche, il n’est pas défini comme une figure de rhétorique. Il ne désigne pas la position particulière d’un énonciateur par rapport à son propre discours mais bien une position déviante vis-à-vis de faits.

Le mensonge conteste le réel et la vérité, les déforme, soit qu’il serve les intérêts de celui ou de celle qui le produit, soit qu’il puisse les desservir en advenant de manière compulsive ou pathologique. Il peut ainsi signifier un dessein ou une stratégie radicalement différents : mécanisme de défense (de soi ou d’autrui), jeu plus ou moins pervers, structure pathologique, intérêts politiques, effet hyperbolique, omission pudique ou protectrice, refus d’une certaine tyrannie de la vérité ou de la transparence…

Il n’a pas non plus l’apanage de l’écart par rapport à la vérité ou au réel. S’il est délibéré, le discours erroné, lui, ne l’est pas : il marque souvent un état d’ignorance ou des connaissances défaillantes. Quant au fabulé, il provient du travail imaginaire dont la fiction ou nos confabulations quotidiennes sont issues. La différence entre le mensonger et le fabulé réside à la fois dans l’objectif intersubjectif que l’énonciateur s’est fixé et dans la vraisemblance affichée du discours.

De manière spécifique, le mensonge déstabilise les aspirations à la véracité, ou tout simplement les récits référentiels. Il n’a pas la même fonction selon les genres ou les grands mouvements littéraires. Dans le roman réaliste, par exemple, son destin est souvent d’être démasqué, et de venir finalement renforcer une logique de stabilisation du réel et un discours de la vérité. Dans le roman moderniste, en revanche, il marque la perte de confiance d’une époque dans ces repères traditionnels que sont vérité et réalité, en particulier. Plus que tout autre genre, c’est l’autobiographie sans doute qui en subit le plus régulièrement les affronts, précisément parce qu’elle repose sur une convention de fidélité au réel : en témoignent les scandales littéraires récents (Frey, Defonseca, Mortenson…). Ces autobiographes malhonnêtes (dishonest memoirists) retirent un intérêt personnel, souvent pécuniaire, de leurs fabulations. Jusqu’au « illness memoir » qui se trouve contaminé, comme l’illustre, en particulier, Lying. A Metaphorical Memoir (2000) de Lauren Slater.

Les pratiques mensongères peuvent être particulièrement subtiles et élaborées – Françoise Lavocat parle notamment dans Fait et Fiction de « fictionnalité imparfaite ou [de] factualité abusive » – mais l’actualité politique récente (élections américaines ou campagne autour du Brexit, par exemple) démontre à quel point elles peuvent aussi être grossières, et relever d’un mode agonistique de rapport au discours. Le mensonge qui se revendique comme tel sans pour autant se juger disqualifié, version moderne presque glorifiante du mensonge éhonté, est alors une arme rhétorique désarmante, violente dans son paradoxe. Il n’est alors plus réellement lié au réel ou à la vérité. Désincarné, il devient pure idéologie, ou pure stratégie discursive. Dès 2004, Ralph Keyes, dans son ouvrage The Post-Truth Era: Dishonesty and Deception in Contemporary Life, officialisait notre entrée dans une ère de relativité, signalant un nouveau rapport décomplexé au mensonge.

Ce colloque sera donc l’occasion d’examiner diverses occurrences pertinentes du mensonge dans la littérature, la BD, le cinéma (particulièrement des films dont la diégèse est issue d’un discours mensonger, tel Usual Suspects de Bryan Singer), la vie politique ou les médias des pays anglophones, et nous chercherons à en analyser les intentions et les stratégies diverses, mais aussi l’intérêt ou la pertinence. Nous nous demanderons si le mensonge existe différemment en contexte, si certaines périodes historiques, certains genres, certains contextes géographiques, sociaux, politiques ou personnels sont plus ou moins propices au mensonge, et pourquoi. Nous essaierons de repérer les mensonges iconiques, les grands mensonges historiques, les menteurs superbes ou pitoyables qui jalonnent la culture anglophone ; nous nous intéresserons au mensonge quand il devient stratégie de communication ; nous verrons qu’il peut aussi être convoqué comme argument de disqualification, et devenir l’outil d’un certain révisionnisme, la base fantasmée d’un contre-discours paranoïaque – les Américains n’auraient pas marché sur la lune en 1969, par exemple. Enfin, dans le sillage du colloque organisé par CLIMAS en 2012 sur les « narrateurs fous », nous aimerions poursuivre le travail entamé sur la non-fiabilité des narrateurs de fiction et étudier ces narrateurs/personnages qui nous mentent, mais surtout la façon dont les auteurs qui les créent utilisent le mensonge pour établir avec le lecteur ce que Wayne Booth a appelé « une communion secrète dans le dos du narrateur » (« secret communion of the author and reader behind the narrator’s back »), « communion » longuement étudiée par Jim Phelan, notamment dans Living to Tell About It.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Le colloque est organisé par l'E.A. CLIMAS. Il aura lieu à l'Université Bordeaux Montaigne les 9 et 10 novembre 2017.

Les propositions sont à adresser avant le 30 janvier 2017 à :

Pascale Antolin, Pascale.Antolin@u-bordeaux-montaigne.fr, Arnaud Schmitt, arnaud.schmitt@u-bordeaux.fr ou Nathalie Jaëck, nathalie.jaeck@u-bordeaux-montaigne.fr

Comité scientifique

  • Nathalie Jaëck, professeur de littérature britannique, Université Bordeaux Montaigne
  • Pascale Antolin, professeur de littérature américaine, Université Bordeaux Montaigne
  • Arnaud Schmitt, professeur de littérature américaine, Université de Bordeaux

Lieux

  • Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine, Université Bordeaux Montaigne
    Bordeaux, France (33)

Dates

  • lundi 30 janvier 2017

Mots-clés

  • mensonge, littérature, civilisation, cinéma, anglophone

Contacts

  • Nathalie Jaëck
    courriel : nathalie [dot] jaeck [at] u-bordeaux-montaigne [dot] fr

Source de l'information

  • Nathalie Jaëck
    courriel : nathalie [dot] jaeck [at] u-bordeaux-montaigne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le mensonge », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 01 décembre 2016, http://calenda.org/386235