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Pratiques artistiques et tabous

Artistic practices and taboos

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Publié le mercredi 14 décembre 2016 par Céline Guilleux

Résumé

De par son origine et son histoire même, le terme tabou s'inscrit en premier lieu dans le large champ de l'anthropologie. Il se donne à comprendre comme une pratique sociale condensant à la fois interdit, impureté et sacré. Selon les usages et les mœurs, sa mise en œuvre se traduit le plus souvent par des injonctions réglementées proscrivant de toucher à la chose tabouée. Dans ce sens, l'exercice social du tabou peut peser non seulement sur la personne, son corps, ses gestes, sa parole mais peut également façonner, réglementer, determiner son mode de vie, voire mettre fin à sa vie.

Annonce

Argumentaire

Le tabou traverse les époques, s’adapte aux exigences sociales du moment.  Bref, il se renouvelle aussi bien dans ses formes que dans ses contenus. Chaque culture instaure ainsi ses propres critères pour juger ce qui est tabou et ce qui ne l’est pas et chaque tabou déclenche inéluctablement des transgressions qui, elles, génèrent châtiments, … , sanctions ou encore censure et autocensure.

Le tabou interpelle donc, provoque et suscite inévitablement débats et controverses.

Sexualité, religion, politique, morale, dignité humaine … autant de sujets/tabous touchant au plus profond de l’être humain, structurant sa façon de réfléchir et de vivre et qui, explorés par l’art, risquent de présager un cocktail intrépide.

De par leur nature même, diverses pratiques artistiques se sont trouvées, se trouvent encore confrontées à cette notion de tabou. L’art dit moderne n’est-il pas, selon Heinich, une succession de transgressions de tabous esthétiques bien établis notamment par les diverses académies en Occident.  Sous différentes formes, les dadaïstes n’ont-ils pas œuvré à remettre en question les valeurs dominantes de leur époque considérées comme intouchables ? En invitant à libérer son esprit, à cultiver un pouvoir créatif venu des rêves et des désirs, à dévoiler ses ressources les plus profondes pour rendre in fine la réalité conforme, du moins semblable à ses inspirations. .. les surréalistes n’ont-ils pas œuvré à briser les interdits et à mettre à mal les tabous ?

Par ailleurs et pour donner un exemple emprunté à l’univers institutionnel, les galeristes participant à Art Dubaï savent très bien qu’il y a trois « intouchables » à Dubaï : le sexe, la religion et la politique. Dubaï n’aime pas la provocation disent-ils et il faut savoir agir avec tact.

Les exemples, très nombreux, traversent l’art dit moderne comme celui dit contemporain, la littérature, le cinéma, la bande dessinée comme le dessin humoristique …

Bref, le tabou et sa transgression s’exhibent désormais sous différentes formes d’expressions critiques : gestes de défi, actes contestataires, actes de résistance et de création dont maintes pratiques artistiques se sont faites l’écho. Certains artistes en usent à souhait, pour faire scandale et attirer la lumière vers eux. Certains vont jusqu’à mettre en scène, de manière volontairement provocatrice, leur colère, leur révolte ou encore leur cri salvateur de délivrance et créent le choc avec des œuvres quasi sacrificielles. Selon eux, le jeu avec le tabou fait partie du petit plaisir, du petit frisson : « le plaisir, pour eux, n’est plaisir que lorsqu’il est interdit ». La transgression du tabou devient ainsi un but en soi, un médium privilégié de la « starisation »de l’artiste.

Les enjeux existants entre les notions de tabou et de transgression dans le monde de l’art seront au cœur de ce colloque.

A la rencontre du défendu, ce colloque mise sur les pratiques artistiques qui ont fait  face aux restrictions idéologiques et aux oppressions diverses ; aux pratiques éclectiques qui ont à leur manière posé  des questions sur des sujets ultra-sensibles ayant suscité de violentes polémiques orchestrées également par les clichés de la « bien-pensance ». Se donnant rendez-vous avec l’interdit, des artistes – aux ambitions démesurées - s’expriment sans tabou et d’autres expriment cent tabous ; des génies incontournables qui prennent à bras le corps le tabou sous toutes ses coutures.

Cet argumentaire s’adresse particulièrement aux chercheurs qui s’intéressent ou qui se sont intéressés à la notion de tabou notamment dans sa relation aux pratiques artistiques dans le monde et plus spécialement dans le monde arabe. 

Les différentes interventions essayeront de consolider les interrogations suivantes :

  • Quelle est la fonction du tabou dans l’art ? Comment l’art parvient-il à « passer à la moulinette » différents dogmes considérés comme intouchables ?
  • Comment des pratiques apparemment sans concessions lèvent-elles le voile aussi bien sur le sacré et l’objet prohibé que sur l’interdit et l’impur … ?
  • L’art doit-il tenir compte des repères, des limites et des frontières des valeurs communes?
  • Les œuvres révélatrices des tabous de la société sont-elles forcément « blasphématoires » et tombent-elles unanimement sous le coup de la censure ?
  • Comment les institutions et les galeries récupèrent-elles la transgression du tabou et encouragent-elles tout ce qui fait bondir les frontières d’acceptations culturelles ?
  • Dans quelle mesure, le tissu des institutions artistiques manifeste-t-il son goût pour l’abominable ? Rompre avec le conformisme est-il du sort ou du devoir de l’artiste ?
  • Quel est le rôle de l’artiste dans l’évolution libérale-libertaire de la société ?
  • L’artiste peut-il prendre en charge la régulation des sens du tabou et toucher, tout de même, un public avide de sensations fortes ?
  • Comment peut-on appréhender la question du tabou dans le « monde arabo- musulman » et à l’ère de la mondialisation et des réseaux sociaux ?
  • Doit-on l’affronter avec les mêmes concepts et outils méthodologiques qu’en Occident ?

Ces interpellations permettent de rassembler des contributions issues de plusieurs disciplines. Par ailleurs, étant au confluent du domaine de l’art et du social, ce sujet offre une transversalité et laisse une porte ouverte à des éclaircissements extra artistiques.

Les communications proposées pourront concerner un des quatre axes suivants :

Axe 1. Création artistique et tabou:

Cet axe réunira les interventions traitant de la fonction sociale du tabou, de sa dimension psychanalytique … en rapport avec les spécificités de la création artistique d’une manière générale.

Axe 2. Art et censure et/ou autocensure:

Cet axe rassemblera les communications problématisées autour de l’instrumentalisation politique du tabou, de sa violation par l’artiste ainsi que les débats qui peuvent en découler.

Axe 3. Tabou, art et institutions (musée, galerie, revue d’art, ….):

Cet axe sera consacré aux réflexions articulées autour des effets pervers de la transgression et du pouvoir récupérateur des institutions.

Axe 4. Pratiques artistiques dans le monde arabe (dessins, caricatures, photographies, ….) à l’heure d’internet:

Cet axe englobera les interventions traitant particulièrement des pratiques artistiques dans le monde arabe qui se déjouent des tabous à travers les réseaux sociaux.

Ces quelques idées ne constituent en rien un cadre rigide de réflexion.

Conditions de participation

Abstract de 500 mots maximum (en français ou en arabe) devant parvenir à cette adresse : maftouha.ed.isbat@gmail.com 

au plus tard le 15 Janvier 2017.

Acceptation de principe notifiée au plus tard le 15 Février 2017.

Confirmation après réception du texte définitif de la communication (entre 8 et 10 pages maximum, Times new roman 12, interligne 1,5) au plus tard le 20 Mars 2017.

Les communications retenues feront l’objet d’une publication

Les participants dont les communications auront été acceptées seront pris en charge pour l’hébergement et la restauration

21 au 23 avril : colloque

Comité scientifique

  • Habib BIDA, professeur à l’ISBAT
  • Aïcha FILALI, professeur à l’ISBAT
  • Imen BEN YOUSSEF, maître de conférences à l’ISBAT
  • Nadia JELASSI, maître de conférences à l’ISBAT
  • Moez SAFTA, maître de conférences à l’ISBAT

Comité d’organisation

  • Lynda ABDELLATIF, assistante à l’ISBAT, docteure en Sciences et pratiques des arts
  • Sarra BEN ATTIA, assistante à l’ISBAT, docteure en Sciences et pratiques des arts
  • Mohammed BEN SOLTANE, maître assistant à l’ISBAT
  • Myriam ERRAIS BORGES, maître assistante à l’ISBAT
  • Emna GHEZAIL, assistante à l’ISBAT, docteure en Sciences et pratiques des arts
  • Besma HLEL, maître assistante à l’ISBAT
  • Kaouther JELLAZI, maître assistante à l’ISBAT

Contact et informations

maftouha.ed.isbat@gmail.com

Lieux

  • Hôtel Les orangers, BP7 Rue de Never
    Hammamet, Tunisie (80)

Dates

  • dimanche 15 janvier 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • art, tabou, transgression, censure, monde arabe, religion, politique, social

Contacts

  • Nadia Jelassi
    courriel : njelassi [at] yahoo [dot] fr
  • Emna Ghezaiel
    courriel : maftouha [dot] ed [dot] isbat [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Emna Ghezaiel
    courriel : maftouha [dot] ed [dot] isbat [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Pratiques artistiques et tabous », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 14 décembre 2016, http://calenda.org/387392