AccueilLa relationnalité à l'aune de la vulnérabilité

La relationnalité à l'aune de la vulnérabilité

Relationality in the light of vulnerability

*  *  *

Publié le vendredi 06 janvier 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Le colloque international et pluridisciplinaire de l’école doctorale 58 « Langues, littératures, cultures, civilisations », tenu annuellement et pour la sixième fois en 2017, a pour but de réunir, autour de la thématique proposée, doctorant·e·s et jeunes chercheur·e·s travaillant dans diverses disciplines des sciences humaines et sociales. Nous accueillerons les propositions qui s’inscrivent dans les champs de recherche suivants : arts, littératures, philosophie, psychanalyse, éthique, esthétique, histoire, sciences du langage, sciences de l’éducation, langues et cultures étrangères, etc.

Annonce

Argumentaire

La reconnaissance de l’être relationnel dans l’homme, n’est-ce pas ce qui devrait corriger l’abstraction à l’origine de l’idée du sujet souverain, dans la mesure où la relationnalité viendrait briser le noyau qu’est le sujet en l’ouvrant à l’altérité d’autrui et à celle de son environnement ? Est-ce que cette ouverture suffit pour se détourner d’une telle abstraction ? Face à l’idéalisation du sujet comme autosuffisant et indépendant, la relationnalité elle-même risque d’être idéalisée, comprise à l’image d’un lien neutre, réciproque et volontaire, entre des individus égaux, autonomes et maîtres d’eux-mêmes. S’il est indispensable de problématiser la notion de relationnalité, en la délivrant de son carcan normatif, c’est qu’on en oublie souvent la nature asymétrique qui tient au caractère affectif, (inter)dépendant, inégal, non-réciproque ou involontaire des relations humaines. Cette nature asymétrique de la relationnalité implique fondamentalement la vulnérabilité, comme limite imposée à l’idée normative d’un rapport égal entre individus autonomes. D’où notre volonté de placer la question de la relationnalité à l’épreuve de la vulnérabilité, d’envisager l’être humain non pas seulement comme ouvert à toute sorte de relations, mais, dans cette ouverture, comme essentiellement vulnérable.

Tout en distinguant le sens « extensif » de la vulnérabilité - comme ce qui est commun à la condition humaine finie et dépendante – et son sens restreint qui se rapporte à des personnes particulièrement « vulnérables » (celles qui sont « plus vulnérables que d’autres »), on insistera toutefois sur la nécessité de penser la vulnérabilité comme un concept « fluide », comme un continuum qui s'échelonne d’une vulnérabilité « ordinaire » à laquelle tout être humain est confronté, qu’elle soit liée à notre dépendance par rapport aux relations sociales ou à des périodes particulières de la vie comme enfance ou vieillesse, ou encore maladie, vers une vulnérabilité plus « spécifique » - laquelle peut être permanente, irréparable, comme dans le cas des vies endommagées par des maladies ou handicaps incurables, ou relative à des conditions d’existence externes (précarité, chômage, situation illégale, etc.), mais qui peut tout autant affliger toute vie ordinaire.

À partir de ce continuum où se donnent les différents degrés et situations de la vulnérabilité, la perspective postdualiste se présente, comme dépassement du débat traditionnel où sujet autonome serait opposé à sujet vulnérable, en invitant à penser le sujet en tant que tel comme parti pris d’une configuration relationnelle plus complexe, « un sujet autonome relationnellement constitué » (Maillard, p. 67), et la relationnalité comme facteur essentiel qui permet la construction de l’individualité et de l’autonomie propres à l’être humain (cf. « relational autonomy », Mackenzie & Stoljar, 2000). Ainsi, l’idée d’une inégalité à l’œuvre dans toute relation asymétrique donne naissance à une « autre forme d’égalité », que Eva Feder Kittay appelle « égalité relationnelle »(« connection-based equality », Love’s Labor, p. 28) : c’est parce que nous sommes tous dans telle ou telle mesure vulnérables dans nos rapports aux autres, et nous nous trouvons tous, bien qu’à un degré différent, dans des situations de dépendance et d’inégalité, que cette vulnérabilité nous rend égaux (ce qu’illustre la formule de Kittay, selon laquelle chacun est « some mother’s child », ibid., p. 71). Penser la relationnalité à l’aune de la vulnérabilité permettrait enfin non seulement d’accéder à de nouvelles définitions de l’autonomie et de l’égalité, mais reviendrait à la mise en place des formes de la relationnalité et de l’être-avec (e.g. sollicitude, solidarité, communauté) autres que celles qui relèvent du paradigme individualiste de l’existence humaine.

Trois axes peuvent alors se développer afin de questionner la relationnalité placée sous le signe de la vulnérabilité (sans que la question puisse s’y limiter) :

Axe 1. La relationnalité comme cause de la vulnérabilité

C’est d’abord comme source de la vulnérabilité que nous chercherons à interroger la relationnalité. Impliqués dans un contexte social toujours plus large qu’eux-mêmes, les individus subissent ses interdépendances et déterminations, que ce soit sur le plan moral ou psychologique - l’autre qui pour ainsi dire « justifie » mon existence, qui porte son regard - mais aussi sous l’influence des facteurs socio-économiques (c’est le cas de la « vulnérabilité sociale » ou « précarité », cf. Le Blanc, 2007). Une telle vulnérabilité résulte de la relationnalité qui a pour modalités l’exclusion, le mépris social (Honneth, 2006) ou l’invisibilité sociale (Le Blanc, 2009), lesquels, en dépossédant l’individu de ses capacités fondamentales (les « capabilities » : Sen & Nussbaum), portent atteinte à son bien-être et à son existence (qu’il s’agisse de la « mort sociale » ou de la mort biologique). Nous questionnerons cette vulnérabilité « intersubjective » telle qu’elle s’annonce dans des rapports de dépendance, là où la vie et le bien-être de l’individu, ainsi que son accomplissement comme tel, dépendent des autres.

Axe 2. La relationnalité comme remède à la vulnérabilité

Si l’être relationnel peut être source de notre vulnérabilité, la relationnalité peut aussi et inversement apporter un remède à la condition vulnérable de l’autre. Par-delà la constatation ou la description de la vulnérabilité relationnelle, nous serons intéressés à questionner les modalités d’établir une relation à celui qui est vulnérable, les outils qui offrent la possibilité d’agir et faire face, qui indiquent comment contourner l’asymétrie de la relation ou comment y remédier. Dans la mesure où, contrairement à l’abstraction des théories de l’individu indépendant et séparé, la vulnérabilité et la relationnalité asymétrique constituent des conditions effectives de la réalité humaine, à cette effectivité doit correspondre une façon d’agir aussi concrète et tangible, telle qu’elle est proposée par exemple par les éthiques du care (nées comme critique des « éthiques de l’autonomie »). Le care est « le travail qui consiste à se soucier des autres dans leur état de vulnérabilité » (Kittay, p. 31), et en cela implique une forme particulière de relationnalité « en action » qui, par-delà ses modalités affectives que sont responsabilité, attention ou reconnaissance, est avant tout travail effectif, activité concrète de soin. En ayant pour objet la souffrance et le mal-être d’autrui, l’attitude du care représente ainsi « la réponse à la vulnérabilité avérée, vise[...] à réparer et à maintenir des êtres humains - subjectivités en devenir et subjectivités blessées, corps en devenir et corps meurtris [...] » (Garrau et Le Goff, p. 83).

Axe 3. La relationnalité en question face à un travail sur la vulnérabilité

Cet axe propose d’interroger l’expérience du chercheur qui travaille sur les sujets dits « vulnérables ». De fait, la question de la vulnérabilité impose une série de négociations épistémologiques : soucis de positionnements, de postures, et de régulations subjectives. Il s’agit donc ici de mettre la lumière sur la dimension réflexive mais aussi affective relative à la recherche sur la vulnérabilité ; où le chercheur, confronté à des contextes d’étude particuliers, peut se trouver affecté, ému voire insensible. De plus, la proximité avec des personnes en situation de vulnérabilité extrême peut non seulement affecter le chercheur mais aussi orienter son travail, ce qui nous amène donc à un autre aspect de cette relationnalité : la dimension militante. Enfin, et cette interrogation n’est pas des moindres, nous pouvons questionner aussi les limites de cette relationnalité en abordant les « risques d’appropriation » que l’on pourrait trouver dans l’exemple de « l’énonciation ventriloque » que donne M.-A. Paveau (2016) avec cette façon de s’approprier la parole de l’autre, un autre qui se trouve justement en situation de vulnérabilité.

Dans la réflexion sur la relationnalité à la lumière de sa condition vulnérable, nous sommes partis d’un contexte précis du discours éthique contemporain, que représentent la pensée féministe anglo-américaine et des théories du care. Cependant, notre entreprise ne saurait se limiter à ce contexte : d’où notre souci d’étendre le questionnement à l’ensemble des sciences humaines dans leur tâche de penser l’être humain à l’heure actuelle, et notre ouverture envers les diverses approches disciplinaires ou interdisciplinaires.

Le colloque international et pluridisciplinaire de l’École doctorale 58 « Langues, littératures, cultures, civilisations », tenu annuellement et pour la sixième fois en 2017, a pour but de réunir, autour de la thématique proposée, doctorant.e.s et jeunes chercheur.e.s travaillant dans diverses disciplines des sciences humaines et sociales. Nous accueillerons les propositions qui s’inscrivent dans les champs de recherche suivants : arts, littératures, philosophie, psychanalyse, éthique, esthétique, histoire, sciences du langage, sciences de l’éducation, langues et cultures étrangères, etc. Nous porterons une attention particulière à des propositions ayant une approche interdisciplinaire.

Les modalités de soumission

Les propositions doivent être envoyées avant le 14 février 2017

à l’adresse mail suivante : colloque.ed58.2017@gmail.com. Les formats acceptés sont .doc, .docx ou .pdf. Le descriptif (350 mots max.) sera précédé, dans l’ordre suivant : du nom et du prénom de l’auteur.e, ses coordonnées institutionnelles, de l’intitulé, des mots-clés (5 max.) et d’une brève bibliographie.

  • La notification d'acceptation sera envoyée en mars.
  • Les candidats doivent être doctorant.e.s ou jeunes chercheur.e.s ayant soutenu leur thèse il y a moins de 3 ans.
  • Le colloque se tiendra à l’Université Paul Valéry Montpellier 3 (site Saint Charles), le 23 et le 24 mai 2017, et sera suivi d’une publication en 2018.
  • Les frais d’inscription pour les communicant.e.s s’élèvent à 15€ et incluent les pauses cafés et les repas. (Inscription gratuite pour les membres du collège doctoral)

Date et lieu

23 et 24 mai 2017

Université Paul Valéry Montpellier III - Site Saint Charles

École doctorale 58 « Langues, littératures, cultures, civilisations »

Comité scientifique

Direction :

  • Pr. Anne-Marie Gonzalez Raymond (directrice de l’école doctorale 58)

Membres :

  • Yosra Ghliss (doctorante en sciences du langage, Praxiling - UMR 5267-CNRS) et Valeriya Voskresenskaya (doctorante en philosophie, CRISES - EA 4424)

Références citées

Marie GARRAU et Alice LE GOFF, Care, justice et dépendance. Introduction aux théories du care, Paris, PUF, 2010.

Axel HONNETH, La lutte pour la reconnaissance, Paris, Cerf, 2000.

-       La société du mépris, Paris, La Découverte, 2006.

Guillaume LE BLANC, Vies ordinaires, vies précaires, Paris, Seuil, 2007.

-       L’invisibilité sociale, Paris PUF, 2009.

Catriona MACKENZIE & Natalie STOLJAR (éd.), Relational Autonomy: Feminist Perspectives on Autonomy, Agency and the Social Self, Oxford/New York, Oxford University Press, 2000.

Nathalie MAILLARD, La vulnérabilité, une nouvelle catégorie morale ?, Genève, Labor et Fides, 2011.

Eva Feder KITTAY, Love’s Labor, New York/London, Routledge, 1999.

Martha C. NUSSBAUM, Capabilités : comment créer les conditions d’un monde plus juste ?, Paris, Flammarion, coll. « Climats », 2012.

Marie-Anne PAVEAU, Parler du burkini sans les concernées. De l’énonciation ventriloque, in « La pensée du discours » [carnet de recherche], http://penseedudiscours.hypotheses.org/4734, consulté le 30/11/16.

Lieux

  • Site Saint Charles, salle des colloques 001 - Rue du Professeur Henri Serre
    Montpellier, France (34080)

Dates

  • mardi 14 février 2017

Mots-clés

  • relationnalité, vulnérabilité, individu, autonomie

Contacts

  • Yosra Ghliss
    courriel : yosra [dot] ghliss17 [at] gmail [dot] com
  • Valeriya Voskresenskaya
    courriel : valeriya [dot] voskres [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Valeriya Voskresenskaya
    courriel : valeriya [dot] voskres [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La relationnalité à l'aune de la vulnérabilité », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 06 janvier 2017, http://calenda.org/389066