AccueilSavoirs et pouvoirs pathogéniques et salutogéniques de l’éducation à la santé dans la normation des corps

Savoirs et pouvoirs pathogéniques et salutogéniques de l’éducation à la santé dans la normation des corps

Pathogenic and salutogenic power and knowledge in health education in the normalisation of bodies

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Publié le mardi 10 janvier 2017 par João Fernandes

Résumé

Lors de ce colloque, nous approfondirons deux questions principales : comment le discours pathogénique issu de savoirs épidémiologiques centrés sur la connaissance des maladies et leurs facteurs de risques a un effet de pouvoir de normation et de disciplinarisation des corps ; comment les pratiques éducatives salutogéniques favorables au développement de soi, à la santé et aux facteurs de protection ont un effet de pouvoir sur les processus de subjection et d’émancipation des individus et des populations. Des savoirs biopolitiques aux savoirs psychopolitiques, nous tenterons de saisir les enjeux de ces techniques de pouvoir considérant la psyché comme force productive transmis par l’éducation à la santé.

Annonce

Argumentaire

Les pratiques discursives en santé publique s’objectivent à travers diverses interventions sociales dont la prévention des maladies, l’éducation sanitaire, la promotion, la surveillance et la protection de la santé (Bury, 1998)[1]. L’éducation à la santé, qui a pour objectif de prévenir le développement des maladies, s’est développée à partir de savoirs épidémiologiques qui précisent non seulement les maladies mais les facteurs de risques et les populations vulnérables associées. Son but est de transmettre des savoirs légitimés par les normes scientifiques de la médecine à des groupes de populations ciblées pour modifier leur comportement à partir d’injonctions comportementales plus souvent basées sur la peur ou la culpabilisation (blam victim) que sur l’émancipation. L’éducation à la santé peut ainsi autant être lue comme une technologie de contrôle des individus (Foucault, 1988)[2], qu’une technologie éducative (Descarpentries, 2006)[3] ayant pour objectif de « normer » les corps à partir de dispositifs éducatifs fondés sur des modèles behavioristes et constructivistes visant le conditionnement individuel ou son bon sens, légitimé par l'évitement de toute forme de risque, mais aussi par la responsabilité et l’autonomisation(Shor, 1992)[4]et ce, quels que soient les espaces organisationnels de l’intervention de prévention (i.e. écoles, hôpitaux, société).

Ainsi, les connaissances propres à la santé publique, et ceux de l’épidémiologie en particulier, exercent un effet de pouvoir par la normativité biologique (Canguilhem, 2015)[5] sur la construction des pratiques discursives, sociales, politiques, éducatives et organisationnelles de l’éducation à la santé qui s’est structurée, non seulement dans l’épistémé de la médecine, mais dans la doxa santé publique, comme « un nexus de pouvoir-savoir-vérité » (Foucault, 2013)[6] universitaire médical induisant un effet de pouvoir de l’éducation à la santé comme une normativité sociale. L’ethos de la viedes corps en bonne santé et des corps malades (Mauer, 2015)[7] agit comme une structure de dispositions de domination qui donne une orientation à l’action étatique en matière d’éducation à la santé. Autrement dit, les processus de référenciation de la normalisation biologique pathogénique visent à gouverner les corps (Fassin & Memmi, 2004)[8], les disciplinariser (Foucault, 1975)[9] par des modèles de prévention(Dozon & Fassin, 2001)[10], pour les dresser ou redresser (Vigarello, 2001)[11]. De plus, force est de constater que l’éducation à la santé participe à la marchandisation du corps humain (Cayley, 1996[12], Boltanski, 2009)[13] qui se décline entre autre par la mesure de l’homme normal (Le Blanc, 2004)[14], des dispositifs d’autocontrôle, d’autoformation (Mezirow, 2001) [15], et d’auto-santé (Andrieu, 2012), voire d’hybridation de l’homme par la biotechnologie (Andrieu, 2008)[16], la multiplication de la biostatistique et de la biopharmacie (e.g. médecine 4P, Zergouni, 2011)[17]. La définition d’un corps idéal et d’autres formes de gouvernementalité du corps qui favorise bien plus la pathogenèse (Bacqué & Biewener, 2013)[18] que la salutogenèse (Lindström & Erickson, 2012)[19].

En effet, la salutogenèse (et la perspective qui en découle) privilégie de nouvelles stratégies éducatives pour fabriquer de la santé, des environnements favorables au développement durable et à la paix et des dispositifs éducatifs favorables au corps capacitaire (Andrieu, 2017)[20]. La salutogenèse ne peut toutefois être réduite au seul jeu de contre-pouvoir aux intérêts économiques et politiques de la pharmacologie, de la marchandisation des corps, ni de la critique de domination des savoirs rawlsiens (Rawls, 1971)[21] qui s’établissent par les pouvoirs disciplinaires et les technologies de gouvernementalité d’auto-surveillance des corps. Elle nous oblige à penser de nouvelles formes d’éducation à la santé qui renvoie à un ensemble de questions sur le corps humain et les postures des bio-conservateurs (Habermas, 2002)[22], des post- (Besnier, 2014)[23] et trans-humanistes (Laurent, 2012)[24], au développement du biologisme (Lemerle, 2014)[25] et à la transformation du corps par la biotechnologie et la médecine prédictive. Quelle sera la fabrique d’une éducation à la santé basée sur la salutogenèse ? Comment construire des dispositifs de prévention et d’éducation à la santé par cette approche positive ? Comment miser sur les forces, atouts, capacités et ressources pour que les individus et populations créent de la santé et du bien-être ? Comment les acteurs de santé publique peuvent créer des dispositifs basés sur la salutogenèse ? Et, par-delà ces questions, est-ce que la salutogenèse participe à la libération des corps favorisée par le changement éthique de soi ? Est-ce une condition de résistance à la domination pathogénique ? Est-elle un contrepouvoir à la pathogénèse ? Si oui quels sont les modèles de santé et d’éducation qui sont à favoriser pour l’émancipation du sujet ? Comment la salutogenèse peut être source de productions de subjectivité ?

Appel de résumé pour communication

Ce colloque franco-québécois vise à mettre l’accent sur les effets de savoirs et de pouvoirs de la pathogénèse et de la salutogenèse sur les pratiques discursives de l'éducation à la santé. Au moment où les acquis de la promotion de la santé se fragilisent dans le monde et où la médecine prédictive modifie les pratiques préventives, ce colloque a pour ambition de créer un espace de réflexion pour ceux et celles qui œuvrent à la mise en place d’une éducation à la santé incluant la critique de la normativité sociale des corps. À ce titre, les contributions attendues insisteront sur les modalités pratiques, méthodologiques et épistémologiques de l'éducation à la santé en précisant soit :

-la polarisation sur les savoirs pathogéniques issus des savoirs biomédicaux à transmettre aux populations. Elles pourront être axées sur l’analyse de résultat de recherche déployant la diversité de situations dans lesquelles s’observent l'éducation à la santé que ce soit à l'école, à l'hôpital ou dans le cadre du travail social.

-la polarisation des savoirs salutogéniques issus des savoirs de la psychopolitique visant à dégager les conditions de la production de vie plus vivable, plus désirable par différents dispositifs de développement personnel comme nouvelle technique de pouvoir

  Ce colloque qui s'inscrit dans une démarche indissociablement théorique et pratique vise à développer une analyse critique et réflexive des résultats de la recherche en sciences humaines et sociales pour comprendre ce qui caractérise des pratiques éducatives pathogéniques ou des pratiques éducatives salutogéniques et les formes de normalisation du corps associées. Par cette critique de la normation des corps, nous chercherons à mettre en évidence les contradictions auxquelles ceux et celles qui s'efforcent de penser et transformer l'éducation à la santé quand il s'agit de maximiser les chances de vie et de minimiser la possibilité d'une crise de la liberté.

Différentes questions peuvent être formulées et plusieurs thèmes peuvent être exploités. Notamment :

(1) la mesure des maladies de l’homme et la fabrique d’un corps normal

(2) les dispositifs éducatifs favorables au corps capacitaire

(3) les dispositifs éducatifs d’autocontrôle, d’autoformation, d’auto santé dans la salutogenèse

(4) l’incorporation de la biotechnologie dans la fabrique du corps normal

(5) la multiplication des pratiques de santé et de bien-être

(6) les dispositifs d’émancipation qui dépasse la conscientisation des aliénations normatives des représentations d’un corps sain, en bonne santé et performant

(7) la gouvernementalité du corps qui favorise la pathogenèse au détriment de la salutogenèse

(8) la fabrique de santé par la salutogenèse, ses modèles et pratiques

(9) les techniques de pouvoir de la psychopolitique et crise de la liberté

Le résumé et projet de publication

  Les contributions attendues sont un résumé d’une communication orale. Ces résumés d’une seule page en format word (caractère 12) préciseront le titre de la communication, une introduction, l’objectif, la méthode, la mise en discussion. Sur cette page, les auteurs indiqueront leurs affiliations académiques.

 La date limite de dépôt des résumés pour une communication est le 10 février 2017.

Pour tout renseignement complémentaire et dépôts des textes, vous êtes invité-es à écrire à l’ adresse internet suivante : ColloqueACFAS14@gmail.com

A l’issue du colloque, un appel à contribution sera lancé pour la rédaction d’un article à publier dans la collection Mouvements des savoirs dirigé par Bernard Andrieu chez l’ Harmattan (Paris).

Comité scientifique

  • Jacqueline Descarpentries  Enseignante-chercheure, Laboratoire Experice Paris 8 Vincennes, Paris Lumières, Saint-Denis, France
  • Mélissa Généreux, chercheure,  Université de Sherbrooke, Faculté de médecine et des sciences de la santé; Département des sciences de la santé communautaire Québec – Québec,  Canada
  • Olivia Gross  Post-doctorante, Université Paris 13, Laboratoire  LEPS, Bobigny, France
  • Mélanie Levasseur Chercheure, Université Sherbrooke, Faculté de médecine et des sciences de la santé; École de réadaptation, Québec –Québec,  Canada
  • Rémi Richard  Enseignant-chercheur, Département STAPS,  Université de Montpellier, Montpellier, France
  • Mathieu Roy, chercheur, Université de Sherbrooke, Faculté de médecine et des sciences de la santé; Département des sciences de la santé communautaire, Québec –Québec, Canada

[1] Bury, J. A. (1988) Education pour la santé, concepts, enjeux, planification. Bruxelles, De Boeck

[2] Foucault, M. (1988) Les mots et les choses, Paris, Gallimard

[3] Descarpentries, J. (2006) L’intervention éducative dans le champ de la santé publique, Habilitation à diriger des recherches, Université de Lille 3

[4] Shor, I.(1992) Empowerning education, Critical teaching of social change. Chicago, University of Chicago Press

Canguilhem, G( 2015) Résistance philosophie biologique et histoire des sciences 1940-1965, Paris, Vrin

[6] Foucault, M. (2013) Qu’est ce que la critique ? suivi de La culture de soi, Paris, Vrin

[7] Mauer, M. (2015) Foucault et le problème de la vie, Paris, Publications de la Sorbonne

[8] Fassin, D & Memmi, D. (2004) Le gouvernement des corps, Paris, La Découverte

[9] Foucault, M. (1975) Surveiller et Punir, Paris, Gallimard

[10] Dozon, J.P.&Fassin, D. (2001) Critique de la santé publique, Paris, Balland

[11] Vigarello, G. (2001). Le corps redressé. Paris : Armand Colin

[12] Cayley, D. (1996) Les entretiens avec Ivan Illich, Québec, Bellarmin

[13] Boltanski, L. (2009) De la critique, précis de sociologie de l’émancipation, Paris, Gallimard

[14] Le Blanc, G (2004) Les maladies de l’homme normal, Paris, Editions du Passant

[15] Mezirow, J. (2001). Penser son expérience, développer l'autoformation. Lyon, Chronique Sociale.

[16] Andrieu, B. (2008) Devenir Hybride, Presses universitaires de Nancy

[17] Zerhouni, E. (2011) Les grandes tendances de l’innovation médicale au XXIème siècle. Leçon inaugurale au Collège de France. 18 mai 2011

[18] Bacqué, M.H & Biewener, C. (2013) L’empowerment, une pratique émancipatrice, Paris, La découverte

[19] Lindström, B & Erickson, M. (2012) La salutogenèse, Petit guide pour promouvoir la santé, Québec, Presses Universitaires de Laval

[20] Andrieu, B. (2017) Le corps capacitaire, Revue, Recherches&Educations, Hors Série (à paraitre)

[21] Rawls, J. ( 1971) A Theory of Justice, Harvard, HUP

[22] Habermas, J. (2002) L’Avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ? Paris, Éditions Gallimard.

[23] Besnier, J-M. (2011) Le post-humanisme. Qui serons-nous demain ?".Paris, De Vive Voix

[24] Laurent, A. (2012) Trans-humanisme versus bio-conservateurs, Paris, Editions sciences politiques.

[25] Lemerle, S. 2014) le singe, le gène et le neurone, Paris, P.U.F

Lieux

  • Université de Mc Gill
    Montréal, Canada

Dates

  • vendredi 10 février 2017

Mots-clés

  • éducation à la santé, pathogenèse, salutogenèse

Contacts

  • Jacqueline Descarpentries
    courriel : jacqueline [dot] descarpentries [at] wanadoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Jacqueline Descarpentries
    courriel : jacqueline [dot] descarpentries [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Savoirs et pouvoirs pathogéniques et salutogéniques de l’éducation à la santé dans la normation des corps », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 10 janvier 2017, http://calenda.org/389460