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Itinéraires culturels et représentations numériques

Cultural Routes and Digital Representations

Revue « Netcom »

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Publié le mardi 17 janvier 2017 par João Fernandes

Résumé

Ce numéro de Netcom se consacre aux représentations numériques des itinéraires culturels. Objet d'une patrimonialisation récente, les itinéraires ont joué un rôle clé dans l'histoire de l'humanité. Des voies de commerce aux chemins de pèlerinage, des sentiers naturels aux parcours urbains, ce phénomène a pris des formes différentes à travers les siècles et a révélé sa nature multiforme – sociale, politique, géographique, économique, religieuse, culturelle, etc. Récemment, les itinéraires sont également devenus des destinations touristiques importantes. De plus en plus de voyageurs choisissent ces options touristiques plus complexes qui permettent une combinaison non seulement de plusieurs destinations, mais aussi d’expériences diverses au cours d'un même voyage.

Annonce

Contexte

Ce numéro de Netcom se consacre aux représentations numériques des itinéraires culturels. Objet d'une patrimonialisation récente, les itinéraires ont joué un rôle clé dans l'histoire de l'humanité. Des voies de commerce aux chemins de pèlerinage, des sentiers naturels aux parcours urbains, ce phénomène a pris des formes différentes à travers les siècles et a révélé sa nature multiforme - sociale, politique, géographique, économique, religieuse, culturelle, etc. Récemment, les itinéraires sont également devenus des destinations touristiques importantes. De plus en plus de voyageurs choisissent ces options touristiques plus complexes qui permettent une combinaison non seulement de plusieurs destinations, mais aussi d’expériences diverses au cours d'un même voyage. De plus en plus de touristes préfèrent le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle ou la Route de la Soie à des vacances traditionnelles et stationnaires au bord de la mer.

Ces itinéraires partagent deux traits distinctifs : (i) le fait qu'ils génèrent des mouvements de personnes au-delà des frontières nationales, facilitant ainsi le partage des valeurs et le dialogue interculturel ; ii) le fait que les valeurs partagées sont généralement liées au patrimoine culturel, matériel et immatériel, présent le long du parcours. Les itinéraires sont alors des outils pour partager « les valeurs comme un patrimoine commun qui dépasse les frontières nationales » (ICOMOS, 2008). En effet, les itinéraires sont attirants principalement parce qu'ils sont des itinéraires culturels. Ce type d’itinéraires constitue aujourd'hui « un nouveau cadre d'interprétation du patrimoine » (Berti, 2015). Ce qui rend ce nouveau patrimoine vraiment intéressant est sa complexité : « le concept de route culturelle implique une valeur globale qui est supérieure à la somme de ses parties et donne à la route son sens » (ICOMOS, 2008). En outre, une telle complexité est enrichie par le fait que de nombreuses personnes, principalement des marcheurs et des habitants, participent à la redéfinition quotidienne de l'héritage symbolique représenté par ces objets culturels et que chacun participe en y apportant son interprétation personnelle.

Le succès récent des itinéraires culturels a incité plusieurs organismes internationaux à définir un cadre juridique pour les gérer et les protéger. Les itinéraires culturels ont acquis une importance particulière au niveau européen. Le Programme des itinéraires culturels du Conseil de l'Europe a été adopté en 1987. Depuis 1998, l'Institut européen des itinéraires culturels du Conseil de l'Europe joue le rôle d'organisme technique chargé d'appuyer, de coordonner et de promouvoir ce Programme. Selon la définition de l'Accord Partiel Elargi sur les itinéraires culturels (2010), ce label identifie « un projet de coopération culturelle, éducative et patrimoniale pour le développement et la promotion d’un itinéraire ou d'une série d'itinéraires basés sur une histoire, un concept culturel, une figure ou un phénomène ayant une importance et une signification transnationales pour la compréhension et le respect des valeurs européennes communes ». Jusqu'à présent, 33 itinéraires ont reçu ce label européen comme par exemple le Chemin de Saint-Jacques, la Via Francigena, la Via Regia, etc.

Bien que des milliers de marcheurs soient attirés chaque année par ces destinations, les études scientifiques sur les itinéraires culturels ne se sont développées que très récemment et elles sont généralement disciplinaires. Certaines se concentrent sur les aspects religieux, notamment liés au pèlerinage. D'autres étudient le patrimoine culturel et naturel d’un itinéraire spécifique, en privilégiant le point de vue de l’histoire de l’art, de l’histoire ou de la géographie. Plus récemment, les chercheurs en économie et en tourisme se sont intéressés aux itinéraires culturels en analysant leur impact potentiel et réel sur le marché touristique. En outre, jusqu’à il y a peu, les études empiriques sur les itinéraires culturels étaient rares et se limitaient à un seul parcours ou à une portion de celui-ci. En effet, très peu de données empiriques furent rendues disponibles sur ces itinéraires et en particulier sur les comportements et les motivations des marcheurs. Cependant, aujourd’hui la disponibilité de nouvelles sources de données, notamment numériques, propose des pistes d'analyse novatrices de ces objets culturels. D’une part, la mise à disposition des jeux de données ouvertes concernant les territoires traversés par les itinéraires donne la possibilité de croisements intéressants avec des travaux de terrain plus classiques. D’autre part, puisque les marcheurs utilisent de plus en plus leurs téléphones portables et leurs tablettes pour partager leur expérience sur des plateformes de médias sociaux ou à l'aide d'applications ad hoc, l'analyse de leurs interactions sur le Web peut fournir une image en temps réel de ce qui se passe le long de ces parcours.

À travers ce volume de données maintenant disponible, les itinéraires culturels disposent désormais d’une présence numérique (Cameron et Kenderdine, 2010). D’une part, les institutions qui s’en occupent ont mis en place des procédures de numérisation et de partage d’information concernant les objets culturels qu’ils gèrent. Des bases de données du Ministère aux fonds d’archives, des catalogues des musées aux inventaires de l’Unesco ou d’autres institutions à toute échelle territoriale. Tous ces documents numériques facilitent aujourd’hui l’étude et la conservation du patrimoine. D’autre part, les porteurs du patrimoine peuvent s’appuyer sur les nouveaux médias pour partager leurs pratiques culturelles ou pour en créer des nouvelles en publiant leurs photos sur Instagram, en échangeant leurs expériences sur une page Facebook, en enrichissant une page Wikipédia, etc. Évidemment, ce phénomène ne concerne pas seulement les itinéraires mais touche le patrimoine culturel de manière générale.

Cette abondance des données numériques a produit une nouvelle effervescence vers les possibilités de représentation du patrimoine. Des projets comme la plateforme de l’Institut Culturel de Google ou le projet ORBIS de Stanford (Stanford Geospatial Network Model of the Roman World) ou les différents projets dans Europeana constituent de bons exemples d’une telle effervescence. La nouveauté la plus importante introduite par les nouvelles technologies dans le contexte de la gestion du patrimoine est sûrement le fait qu’elles permettent de créer un espace numérique unique (la base de données documentaire) où des documents physiquement dispersés sur le territoire sont rassemblés et mis à disposition indépendamment de leur nature culturelle originelle. Cette opportunité technique a ouvert des perspectives inattendues d’analyse et de représentation du patrimoine qui est aujourd’hui, entre autres, le terrain d’étude de l’analytique culturelle (Manovich, 2007) et des humanités numériques (Berry, 2012).

Cet enthousiasme se concrétise dans la recherche de nouvelles formes de représentation numérique de nos objets culturels. D’un côté, nous avons à disposition sur Internet des atlas et des systèmes d’information géographiques orientés Web (WebGIS qui nous permettent de naviguer entre les objets patrimoniaux de l’échelle locale à une échelle plus globale. Sur ces plateformes, le support cartographique classique de contextualisation du patrimoine d’un territoire devient interactif, multi-échelle, connecté et enrichi à de nouvelles sources et strates d’information. D’un autre côté, nous assistons à la diversification des nouvelles formes de représentation de l’information : des nuages de mots-clés aux graphes relationnels, en passant par des restitutions 3D et des plateformes plus complexes de visualisation qui intègrent ou interfacent plusieurs techniques de représentation.

Le caractère commun de ces nouvelles méthodes de visualisation du territoire culturel réside dans la contextualisation de l’information, notamment en combinant des éléments topographiques et des éléments topologiques. Nous entendons ici par topologie l’étude et la représentation des relations spatiales, telles que la discontinuité, la connexité et l’accessibilité, c’est-à-dire l’analyse de relations entre un groupe d’éléments. Cette approche, utilisée aujourd’hui dans plusieurs contextes, a été développée particulièrement pour l’analyse de graphes. Avec la notion de topographie, on parle toujours de relations spatiales, mais cette fois, celles-ci sont considérées en relation avec l’espace géographique. Si la carte topographique peut être définie comme un modèle « à échelle réduite représentant le relief déterminé par altimétrie et les aménagements humains d'une région géographique de manière précise et détaillée sur un plan horizontal » (IGN), construite en respectant des conventions qui en France sont établies par l’IGN, les nouvelles cartographies (Moretti, 2005) non seulement ne correspondent à aucun standard, mais se fondent sur la fusion d’éléments propres à différentes conventions sémiologiques (Bertin, 1973). La visualisation des informations numériques basée sur des graphes, comme une carte du web, sur un graphe d’amitiés Facebook ou sur des retweets, une carte d’acteurs sociaux ou un graphe de cooccurrences entre mots d’un corpus textuel mobilisent donc des éléments topologiques (relationnels) et topographiques (contextuels) dans une représentation spatiale (cartographie) de type numérique.

 Ce numéro de Netcom intitulé « Itinéraires culturels et représentations numériques » invite à une mise à jour des acquis scientifiques concernant les itinéraires culturels rendant compte d’une série de travaux récents fondés sur l’investigation de nouveaux corpus de données, notamment numériques. En particulier, nous invitons des contributions qui explorent les représentations numériques des itinéraires culturels générées par ces données. Des études empiriques seront privilégiées, même si des papiers avec une ouverture théorique sont également attendus.

Ces éléments de cadrage du présent appel à communication distinguent deux champs principaux :

1) Le premier explore l’objet « itinéraire culturel ».  Des études qui s’appuient sur de nouveaux corpus de données sont supposées éclaircir la compréhension de cet objet patrimonial complexe et récent. Des articles proposant une approche interdisciplinaire sont particulièrement bienvenus. Quels sont les éléments qui contribuent à créer la valeur d’un itinéraire ? Quelles sont les motivations des marcheurs qui entreprennent ce type de voyage ? Quels sont les éléments de ce système patrimonial complexe qui affectent l’expérience du marcheur et qui font l’objet de partage de valeurs ?

2) Le second questionne les nouvelles manières de représenter les itinéraires culturels à travers de données numériques. Seront particulièrement appréciées des contributions proposant d’approfondir les spécificités des deux approches topologique et topographique et les interconnexions existantes. lorsque cela est approprié, celles proposant une approche croisée adaptée à la compréhension des itinéraires culturels en prenant en compte en même temps leurs lien avec le territoire et les nouvelles connections générées par leurs présence numérique. 

Soumission d’articles scientifiques

Les articles, d’une longueur de 15 à 20 pages, doivent comporter, en première page, les coordonnées complètes de l’auteur (ou des auteurs), un titre, un résumé et des mots-clés en français et en anglais.

Les articles seront évalués en double aveugle. 

Soumission de notes scientifiques

En complément des articles scientifiques, cette rubrique contient des notes de recherches qui n’ont pas le statut d’article évalué en double aveugle mais qui présentent tout de même un intérêt pour leur caractère novateur ou pour la qualité de la problématique posée et des pistes envisagées. Ce sont des textes plus courts que les articles (5 à 10 pages), soit entre 10000 et 15000 caractères qui doivent apporter un complément utile à la thématique de ce numéro spécial. Ce type de contribution est également souhaité pour permettre au lecteur de comprendre les enjeux ou l’intérêt de prolonger la réflexion dans le cadre d’une future recherche. 

Instructions aux auteurs

Articles scientifiques et notes scientifiques peuvent être publiés en français et/ou anglais.

Les contributions sont à envoyer à Marta Severo, Guest Editor (marta.severo@u-paris10.fr)

Les modalités de mises en forme sont disponibles sur : http://netcom.revues.org/956

Plus d’informations sur la revue : http://netcom.revues.org/

Calendrier indicatif

Envoi des propositions d’articles : 31 aôut 2017

Bibliographie

  • Berry, D. M. (Ed.). (2012). Understanding digital humanities. London : Palgrave Macmillan.
  • Berti, E. (2012). Itinerari culturali del consiglio d'Europa tra ricerce di identità e progetto di paesaggio (Vol. 123). Florence : Firenze University Press.
  • Berti, E. (2015) The cultural context : fundamental resolutions and conventions at the European and international level ». In Council of Europe, Cultural Routes Management: from theory to practice. Strasbourg : Council of Europe Publishing.
  • Bertin, J. (1973). Sémiologie graphique: Les diagrammes-Les réseaux-Les cartes. Paris-La Haye : Mouton and Co.
  • Cameron, F., et Kenderdine, S. (Eds.). (2007). Theorizing digital cultural heritage: A critical discourse. Cambridge, MA: Mit Press.
  • Connor, S. (2004). Topologies: Michel Serres and the Shapes of Thought. Anglistik, 15, 105-107.
  • Council of Europe (2010) Resolution CM/Res(2010)53 establishing an Enlarged Partial Agreement on Cultural Routes.
  • Council of Europe (2011) Impact of European cultural routes on SMEs’ innovation and competitiveness, provisional edition, Strasbourg : Council of Europe Publishing.
  • Council of Europe (2015). Cultural Routes management: from theory to practice, Strasbourg : Council of Europe Publishing.
  • Eade, J. & Albera, D. (2015). International Perspectives on Pilgrimage Studies: Itineraries, Gaps and Obstacles, London : Routledge.
  • Ghitalla, F. (2008). La « Toile Européenne » Parcours autour d’une cartographie thématique de documents web consacrés au thème de l’Europe et à ses acteurs sur le web francophone. Communication & langages, 158, 61-75.
  • ICOMOS (2008) Charter of Cultural Routes.
  • Manovich, L. (2007). Cultural analytics. Software Studies Initiative, 30.
  • Majdoub, W. (2010) Analyzing cultural routes from a multidimensional perspective. Almatourism-Journal of Tourism, Culture and Territorial Development, 1(2), 29-37.
  • Martorell Carreño, A. (2003) Cultural routes: Tangible and intangible dimensions of cultural heritage. In 14th ICOMOS General Assembly and International Symposium: ‘Place, memory, meaning: preserving intangible values in monuments and sites’, 27 – 31 oct 2003, Victoria Falls, Zimbabwe.
  • Moretti, F. (2005). Graphs, Maps, Trees, London : Verso.
  • Timothy, D. J., & Boyd, S. W. (2015) Tourism and trails: Cultural, ecological and management issues, 64, Channel View Publications.

Dates

  • jeudi 31 août 2017

Mots-clés

  • itinéraire culturel, culture, tourisme, patrimoine, représentation numérique, TIC, données numériques, visualisation des données

Contacts

  • Marta Severo
    courriel : marta [dot] severo [at] u-paris10 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Sabrina Mommolin
    courriel : sabrina [dot] mommolin [at] univ-lehavre [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Itinéraires culturels et représentations numériques », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 17 janvier 2017, http://calenda.org/390487