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"Us" - next issue of "Missile" journal, the journal of the Association des Têtes chercheuses

Prochain numéro de « Missile », le journal de l'association des Têtes chercheuses

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Publié le mercredi 18 janvier 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Qu’est-ce que dire « nous » ? L'association de doctorant·e·s pluridisciplinaire les Têtes chercheuses invite les doctorant·e·s et les post-doctorant·e·s à réfléchir aux enjeux politiques, linguistiques, ou encore sémantiques cachés derrière les usages du pronom « nous ».

Annonce

Argumentaire

Et M. de Favergues en disant : « Nous voulons, nous ferons, nous comptons bien » représentait un groupe.
Flaubert, Bouvard et Pécuchet.

Qu’est-ce que dire « nous » ? Employer le pronom « nous » revient à créer une fiction énonciative : celle d’un groupe qui affirmerait « vouloir » et « faire » par la bouche d’un seul personnage.

On pourrait distinguer trois principaux types d’emploi du pronom : soit le locuteur unique d’une phrase qui contient « nous » énonce, avec sa voix singulière, une parole collective (la sienne et celle d’au moins un autre) ; soit il exprime la parole d’un « je » à travers un « nous » de convention qui lui confère un statut de légitimité ou d’autorité (« nous » de majesté, « nous » de modestie) ; enfin, et c’est un cas paradoxalement plus rare, plusieurs locuteurs peuvent porter à l’unisson une parole collective (chœur antique, manifeste publié dans la presse).

L’émergence d’un « nous » dans un discours se fait presque nécessairement en rapport avec un « vous » ou un « eux », avec lesquels le « nous » forme un système dynamique. Posant des démarcations, créant des identités, incluant des personnes dans une parole plurielle ou les en excluant, un « nous » participe de reconfigurations du réel. Autrement dit, le « nous » agit dans un « partage du sensible » tel que le définit Jacques Rancière1. Ce que propose le philosophe est de porter attention aux mécanismes corrélés de partage et d’exclusion (quelles personnes le « nous » inclut-il et exclut-il ?), de visibilité et d’invisibilité (qui le « nous » rend-il visible ?), afin d’analyser les conditions de la prise de parole « au nom du commun ».

L’énonciation d’un « nous », toujours révélatrice d’un positionnement du locuteur, mérite d’être analysée dans ses effets littéraires et esthétiques, dans ses implications politiques ainsi que dans ses enjeux éthiques.

D’un point de vue littéraire et esthétique, le « nous » permet les nuances d’expression les plus diverses. Il peut relever de l’atténuation, comme dans l’aveu du poème « Amours » d’Henri Michaux : « Je me suis abandonné à un nouveau ″nous″ »2. Et à l’inverse, un « nous » peut porter la plus franche emphase, ainsi l’utopie universaliste de la chanson L’Internationale : « Groupons-nous, et demain / L’Internationale / Sera le genre humain »3.

En s’intéressant aux rhétoriques politiques, aux groupes qu’elles visent et construisent, on cerne différents critères idéologiques du « commun ». Ainsi Maurice Barrès utilise abondamment le « nous » pour faire du nationalisme français une évidence naturelle, dans sa conférence « Les Traits éternels de la France »4 : « c’est vrai, nous sommes la nation qui, la première de toute l’Europe, a eu l’idée qu’elle formait une patrie ». Et avec un projet bien différent, Edwy Plenel, dans l’ouvrage-manifeste Dire nous5, estime que cette énonciation particulière peut redonner confiance en un système démocratique qui ne reposerait pas uniquement sur le « je » présidentiel.

En termes d’éthique, le pronom « nous » implique à la fois l’expression subjective et la prise en compte d’une altérité. Du point de vue de l’individu donc, qu’est-ce qui pousse à dire « nous » ou à se reconnaître dans un « nous » ? L’usage du « nous » permet à un énonciateur de porter une parole plurielle, et en cela, d’être véritablement « porte-parole ». Tous les individus impliqués dans le « nous » peuvent avoir le sentiment de renforcer leur pouvoir, ou au contraire d’être dépossédés de leur parole. Ainsi, dans certains cas, rompre avec le « nous » ne s’éprouve-t-il pas comme une nécessité ?

Ces problèmes éthiques de représentation et de légitimité, pensés ou impensés, trouvent dans les œuvres artistiques (littéraires, cinématographiques, scéniques, plastiques, musicales…) un lieu privilégié de mise en tension.

Nous invitons les auteur.e.s à centrer leur réflexion sur la spécificité de l’acte d’énonciation du « nous », dans la variété de ses contextes d’apparition, genres de discours, formes d’expression.

Références

Le Partage du sensible, Paris, La Fabrique éditions, 2000, p. 12 13.

La Nuit remue, « Amours », Paris, Gallimard, 1987, p. 174.

3 Eugène Pottier, 1871.

La Revue des Deux Mondes, t. 34, 1916, p. 482.

Dire nous, Paris, Don Quichotte, 2016.

Responsables du numéro

Comité éditorial du journal

  • Lauralie Chatelet (Lyon 3)
  • Zoé Commère (Lyon 2-Laval)
  • Hélène Lannier (Lyon 2)

Comité scientifique du numéro

  • Pierre Causse (Lyon 2)
  • Aurore Desgranges (Lyon 2)
  • Charlotte Triou (Lyon 2)

Modalité de soumission

Voici les quatre conditions de publication qui rendent éligibles les auteur.e.s :

  • être inscrit.e en doctorat ou être jeune docteur.e (ayant soutenu dans les 5 ans) ;
  • ne pas dépasser 14 000 signes, notes de bas de page et espaces compris ;
  • respecter les normes de mise en forme, détaillées dans la charte du journal Missile à l’adresse suivante : http://teteschercheuses.hypotheses.org/missile-le-journal-des-tetes-chercheuses/charte-du-journal ;
  • les auteur.e.s retenu.e.s pour ce numéro devront adhérer à l’association doctorante les Têtes Chercheuses. Ils et elles se donnent ainsi la possibilité d’être informé.e.s et de participer à ses nombreuses activités. Les frais de cotisation annuelle s’élèvent à 10 euros.

Les auteur.e.s enverront leurs articles finalisés avant le 13 février 2017

au format .PDF et au format .doc(x) au comité éditorial à l’adresse électronique : teteschercheuses.journal@gmail.com. Le comité se tient à votre disposition pour toute question et information complémentaires.

Pour plus de détails concernant l’adhésion et l’association

À propos des Têtes chercheuses

Et pour découvrir les numéros précédents de Missile :

Missile, notre journal

Les auteur.e.s recevront un courrier électronique de la part du comité éditorial pour les informer des choix du comité scientifique en février 2017.

Dates

  • lundi 13 février 2017

Mots-clés

  • pronom, groupe, collectif, individu, fiction

Contacts

  • Hélène Lannier
    courriel : teteschercheuses [dot] lyon [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Hélène Lannier
    courriel : teteschercheuses [dot] lyon [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« « Nous » », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 18 janvier 2017, http://calenda.org/390603