AccueilLes subalternes, peuvent-elles/ils (parler) être écouté·e·s ?

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Publié le mercredi 18 janvier 2017 par João Fernandes

Résumé

En s'appuyant sur le séminaire du groupe de recherche FIRA-MSH Paris Nord (2015-2017) -axés sur la décolonisation de toutes perspectives de connaissance euro-centrées- nous nous proposons dans cette journée d'études de continuer à réfléchir et à élargir nos recherches vers une géopolitique des connaissances (E. Dussel). Il s'agit de saisir le projet d'actualisation du lieu d'énonciation, des récits historiques et culturels, de la pensée et de la production du savoir. Dans ce sens, le défi du tournant de la décolonialité s'inscrit sur la critique et la reconstitution des espaces interstitiels du cadre conceptuel hybride des différences coloniales (W. Mignolo).

Annonce

Journée d’études organisée par le groupe de recherche FIRA-MSH Paris Nord, UFRGS/Brésil et l’Université Nationale de Colombie, Le 15 juin 2017 – 9h/18h, MSH Paris Nord - 20, avenue George Sand – 93210 La Plaine Saint Denis

Argumentaire

En s’appuyant sur les travaux des séminaires du groupe de recherche FIRA-MSH Paris Nord (2015-2017) ̶ axés sur la décolonisation de toutes perspectives de connaissance euro-centrées ̶  nous nous proposons dans cette journée d’études de continuer à réfléchir et à élargir nos recherches vers une géopolitique des connaissances (E. Dussel). Il s’agit de saisir le projet d’actualisation du lieu d’énonciation, des récits historiques et culturels, de la pensée et de la production du savoir. Dans ce sens, le défi du tournant de la décolonialité s’inscrit sur la critique et la reconstitution des espaces interstitiels du cadre conceptuel hybride des différences coloniales (W. Mignolo).  

Repenser les catégories de domination n’implique pas seulement la formulation d’un contre-discours, il s’agit plutôt de créer la possibilité d’un nouveau registre de l’expérience vécue et du savoir situé comme pratique de l’objectivité subalterne/objectivité incarnée (D. Haraway)  ̶ à partir des terrains de recherche. Le terrain, conçu comme un horizon de sens (E. Husserl) dévoile des nouveaux discours qui cherchent à dépasser la structure dialectique faussée du discours dominant. Dans le flux des cultures et des sociétés contemporaines, globalisées et de masse, définies comme paradoxales (S. Hall), émergent de nouveaux cadres théoriques et de nouvelles méthodologies qui défient les structures socio-économique et politique dominantes, ainsi que les prérogatives à caractère normatif de l’académie. Des pratiques en sciences sociales telles les récits de terrain, les récits biographiques, les observations participantes, les auto-ethnographies, les performances queer, les enactement artistiques  ̶ ou encore les études des citoyennetés multiples et des sexualités divergentes au cadre hétéronormatif ̶  permettent alors de re-situer/repositionner et de questionner les catégorisations réductionnistes et/ou binaires (L. Tuhiwai Smith ; J. Butler ; D. Haraway ; S. Hall ; A. Honneth ; W. Mignolo). 

En suivant l’avertissement de Audre Lorde : « the master tools will never dismantle the masters’ house », cette journée d’étude se propose d’identifier et d’explorer les contre-discours capables de basculer, traverser et pervertir les centres et les bords du discours impérialiste en proposant un savoir nomade et contingent (A.C. Hostert ; W. Mignolo ; A. Quijano ; E. Dussel). En somme, ceci est une tentative de dépasser l’état de zombification (A.Mbembe) postcolonial en se demandant non seulement si le subalterne peut parler (G.C.Spivak), mais aussi comment et surtout qui veut et peut l’écouter (L.Tuhiwai Smith) ? Autrement dit, nous nous proposons de nous demander non seulement si le subalterne peut parler mais aussi s’il arrive à interpeller concrètement les destinataires de son discours, c’est à dire, qui est-il prêt à l’écouter ?

Axes thématiques

Deux axes sont proposés :

Axe 1 - Invertir, subvertir : dévoilement de la dialectique faussée du registre dominant

  • Quels outils analytiques des pratiques sociales sont-ils capables de déstabiliser et déconstruire la restauration dialectique des hiérarchies et des récits dominants : delinking (W. Mignolo) ; disidentification (J. E. Munoz) ; subjectivation (M. Foucault) ; desubjectivation (G. Agamben) ; savoir situé (Haraway) ; codage/décodage (S. Hall) ? 
  • Quel rôle pour le chercheur : peut-on être chercheur-e et militant-e ? Quelles sont les implications académiques/politiques et/ou personnelles de cet engagement ? A quel point et dans quelles conditions est-il envisageable/permis aux chercheur-e-s de parler à la place des subalternes ? Car, laisser parler, écouter et entendre, consiste tout d’abord à ne pas parler à la place des autres. 
  • Quelles sont les limites, les tensions et les conditions symboliques et matérielles de la prise de parole des subalternes ? Les subalternes, sont-elles/ils vraiment écouté-e-s et entendu-e-s ? Qu’en est-il de la capacité d’agir et de la puissance d’agir de l’expression autonome des subalternes ? Quels risques pour cette prise de parole (violence, répression, etc.) : quelle cadre de légitimité réelle au niveau des représentations, de la reconnaissance et du leadership (dirigeant, intellectuel, etc.) ; quelle performativité capable de déconstruire les épistémologies et les pratiques sociales, culturelles et politiques déterminées par la performativité normative des régimes dominants et impérialistes ? 

Axe 2 – Pratiques discursives et colonialité(s) du pouvoir, du savoir et de l’être 

  • Identification multi-située des espaces de superposition, d’intersection et de transversalité des pratiques discursives décoloniales dans l'analyse des catégories de genre, de sexe, de sexualité, de race, de classe sociale, d’ethnicité et de citoyenneté à l’intérieur des groupes sociaux subalternisés. Quels registres sont-ils possibles pour les pensées et les savoirs frontaliers/borders des expériences vécues dissidentes capables effectivement de déplacer la matrice coloniale en [re]situant et en transformant la colonialité du pouvoir, du savoir et de l’être ? 
  • Critique appuyée sur des liens étroits entre les pratiques genrées et le system patriarcal afin de repérer les cadres normatifs déterminés par les idéologies patriarcales de contrôle et de domination capitaliste euro-centrée/impérialiste dans le contexte décolonial. Critique de la perspective moderne [inter]subjective du « sujet » (raison/âme/esprit) et du « corps » (object) comme territoire de domination capitaliste d’une part, et de résistance et de lutte d’autre part. Comment développer une conscience discursive éthique, émancipatrice, trans-moderne et responsable du vivre ensemble global-local (glocal) à la fois créative et pédagogique ? 
  • Dans un contexte de transformation des relations de pouvoir et de crise civilisatrice, quels discours et contre-discours peuvent-ils être identifiés, construits ou déconstruits vis-à-vis des pouvoirs hégémoniques ? Quelle généalogie hégémonique, anti-hégémonique ou contre-hégémonique dans l’espace-temps culturel, territoriale et sociopolitique dans la construction de nouvelles rationalités souhaitables et opérationnelles ?

Calendrier 

  • Réception des résumés/date limite : 15 avril 2017

  • Résultat de la sélection des propositions : 30 avril 2017
  • Réception des communications : 30 mai 2017

Modalités pratitques d'envoi des propositionsLes propositions de communication doivent être envoyées en français ou anglais (max.une page), avec une brève biographie indiquant le centre de rattachement et les recherches en cours. Les communications portant sur des données empiriques sont particulièrement les bienvenues, ainsi que les matériels audio-visuels et/ou performances.

Contact 

Lenita Perrier lperrier@msh-paris.fr

Organisateurs

  • Marion BOTTERO (Paris X, MSH) ;
  • Francesca DI LEGGE (Paris 8, MSH) ;
  • Maica GUGOLATI (EHESS/IMAF, MSH) ; 
  • Roque Urbieta HERNANDEZ (EHESS/CERMA) ;
  • Henrique NARDI (UFRGS/Brésil, IRIS-EHESS, MSH) ;
  • Lenita PERRIER (EHESS, MSH) ;
  • Oscar QUINTERO (Universidad Nacional de Colombia, IRD-URMIS, MSH).

Comité Scientifique

  • Rachele BORGHI (Sorbonne, Paris IV) ;
  • Marion BOTTERO (Université Paris X, MSH),
  • Philippe COLIN (Université de Limoges) ;
  • Pascale GRUSON (EHESS/CEMS) ;
  • Sébastien LEFÈVRE (Université Gaston Berger Saint Louis/Sénégal) ;
  • Henrique NARDI (UFRGS/Brésil, IRIS-EHESS, MSH) ;
  • João Pacheco de OLIVEIRA (Museu Nacional, UFRJ, Brésil) ;
  • Lenita PERRIER (EHESS, MSH),
  • Oscar QUINTERO (Universidad Nacional de Colombia, IRD-URMIS, MSH) ;
  • Lionel SAPORITI (Université de Strasbourg).                         

Références

Quelques références non exhaustives ayant orienté notre refléxion :

  • AGAMBEN, Giorgio (1995) Homo sacer. Il potere sovrano e la nuda vita, Torino: Einaudi
  • ANZALDUA, Gloria (1981) Borderlands / La Frontera, The New Mestiza, San Francisco, Aunt lute books.
  • APPADURAI, Arjun (2009)) Géographie de la Colère. La violence à l’âge de la globalisation, Paris, Éditions Payot & Rivages.
  • APPIAH, Kwame A.; GATES Jr. Henry Louis (1999) Africana: The Encyclopedia of the African and African-American Experience, Basic Civitas Books.  
  • BHABHA, Homi K. (1994) The Location of Culture, Routledge, London and NY.
  • BORGHI, Rachele, « Post-Porn », Rue Decartes, 3/2013 (N° 79), p.29-41.
  • BOTTERO, Marion (2015) Tourisme sexuel et relations conjugales en Thaïlande et en Malaisie, Paris : Éditions L’Harmattan.
  • BUTLER, Judith (2005) Humain, Inhumain : Le travail critique des normes, Paris, Éditions Amsterdam, 154 p.
  • COLIN, Philippe (2014) « Penser l’envers obscur de la modernité : une anthropologie de la pensée décoloniale latinoaméricaine », EHIC-Espaces Humaines et Interactions Culturelles, Université de Limoges.  
  • CORNWALL Andrea, EDWARDS, Jenny (2010) “Introduction: Negotiating Empowerment”, IDS Bulletin, Vol.41, Inst. of Development Studies, Blackwell Publishing Ltd., Oxford.
  • DIJK, van Teun, (2002) “Discourse and Racism”, in David T. Goldberg & John Solomos (EDS.) A companion to racial and ethnic studies, Oxford: Blackwell, pp.145-159.
  • DUSSEL, Enrique (1977) Filosofia ética latinoamericana, Vol. 1, Editorial Edicol.
  • FOUCAULT, Michel (1994). L’éthique du souci de soi comme pratique de la liberté, in Defert, D. & Ewald, F. Dits et Ecrits, Vol. IV. Paris : Gallimard, pp. 708-729.
  • GOFFMAN, Erving (1968) Stigma: Notes on the management of spoiled identity, Harmondsworth (Mddx.), USA, Penguin Books.   
  • HADOT, Pierre (1981) Exercices Spirituelles et Philosophie Antique, Paris : Etudes augustiniennes.
  • HALL, Stuart (1992) “What is This ‘black’ in Black Popular Culture?”, edited by Gina Dent, Black Popular Culture, 20–333. Seattle: Bay Press.
  • HARAWAY, Donna (1998) “Situated Knowledges: The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective”, Feminist Studies, Vol. 14, No. 3. (Autumn, 1988), pp. 575-599.
  • HONNETH, Axel (2008 [2006]) La société du mépris : vers une nouvelle théorie critique, Paris : Éditions La Découverte.
  • HOSERT, Anna Camaiti (2007) Passing. A Strategy to Dissolve Identities and Remap Differences, Madison, Farleigh Dickinson University Press.
  • HUSSERL, Edmund (1907) L’idée de la Phénoménologie : Cinq leçons, Paris : PUF, 1970.
  • LORDE, Audre G. (1984) “The Master’s Tools Will Never Dismantle the Master’s House”. Sister Outsider: Essays and Speeches. Ed. Berkeley, CA: Crossing Press. 110- 114. 2007.
  • MBEMBE, Achille (2001) On the Postcolony, University of California Press.
  • MIGNOLO, Walter (2011) Geopolitics of Sensing and Knowing, Transversal, Vol. 08, See: http://eipcp.net/transversal/0112/mignolo/en
  • MUNOZ, José Esteban (1999) Disidentifications: Queers Of Color And The Performance Of Politics, (Cultural Studies of the Americas, Vol 2) Minneapolis, London: University of Minnesota Press.
  • NARDI, Henrique C. (2006) Ética, Trabalho e Subjetividade : trajetórias de vida no contexto das transformações do capitalismo contemporâneo. Porto Alegre : Editora da UFRGS.
  • PERRIER, Lenita (2016) Couleur de peau et reconnaissance sociale. L’expérience vécue des Afro-brésiliens émigrés à Paris, Paris : Éditions L’Harmattan.
  • QUIJANO, Anibal. ([1992]2007) “Coloniality and Modernity/Rationality”, Cultural Studies 21(2): 168-78.
  • QUIJANO, Anibal (2000) “Coloniality of Power, Eurocentrism and Latin America” Nepantla: Views from South 1.3, Duke Univeristy Press.
  • SAID, Edward W. (1980 [1997]) L’Orientalism. L’Orient créé par l’Ocident, Paris : Éditions du Seuil.
  • SPIVAK, Gayatri Chakrovorty (1988) Can the Subaltern Speak? Macmillan.
  • STOLER, Ann Laura (2002) Carnal Knowledge and Imperial Power: Race and the Intimate in Colonial Rule. Berkeley, Los Angeles, London: University of California Press.
  • TUHIWAI SMITH, Linda (2012) Decolonizing Methodologies, Research and Indigenous People, London, New York: Zed Books.   

Lieux

  • Saint-Denis, France (93)

Dates

  • samedi 15 avril 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • subalternes, borders, décolonialité, contre-discours, subvertir

Contacts

  • Lenita Perrier
    courriel : leniperrier [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Lenita Perrier
    courriel : leniperrier [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les subalternes, peuvent-elles/ils (parler) être écouté·e·s ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 18 janvier 2017, http://calenda.org/390687