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Le petit État en relations internationales

The small State in international relations - between vulnerability and aspiration to power

Entre vulnérabilité et aspiration à la puissance

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Publié le mardi 24 janvier 2017 par João Fernandes

Résumé

Dans la littérature des instances internationales, les États de petite taille, de faible superficie, parfois insulaires et souvent sans ressources naturelles, sont regroupés sous le label de « petits États ». Dans un monde d’inégalités, ils sont considérés comme des États vulnérables et voués à la disparition. La majorité des études insiste sur leur vulnérabilité, leur instabilité et leur situation structurellement difficile. La recherche existante se concentre donc presque exclusivement sur la vulnérabilité et l’instabilité des petits États. En revanche, les travaux sur la quête ou l’aspiration à la puissance régionale, voire internationale par les petits États sont largement négligés. Le but de cet ouvrage est de regrouper les chercheurs travaillant sur tous les aspects de la politique étrangère des petits États. Les contributions se basant sur les aspects théoriques et empiriques de la question des petits États sont la bienvenue.

Annonce

Argumentaire

La littérature des Relations Internationales s’intéresse de plus en plus aux petits États. Toute cette littérature n’est pourtant pas aussi unanime sur les critères de définition de ce qui est appelé petit État. Les économistes et les politistes ont consacré plusieurs études à l’analyse des petits États. Certains établissent une distinction entre micro-états et petits États en insistant sur leur classification (Gaïdz Minassian 2007), d’autres les assimilent tantôt à  des  États faibles, fragiles (Handel 1981 ; Guilbaud 2016 :11), entièrement dépendants des  dynamiques  extérieures,  tantôt  à  des États innovants, agiles et  dont  la  survie  n’est  plus  véritablement  menacée (Kalibataitė 2016).

La difficile définition du concept de petit État

Le classement des États dans la catégorie des « petits » répond régulièrement à deux critères, l’un qualitatif et l’autre quantitatif. Pour les critères qualitatifs, les chercheurs se focalisent régulièrement sur les travaux de John Stoessinger (1973) qui propose de considérer les ressources matérielles des États à travers le prisme psychologique de la motivation à les employer, et ce afin de mieux mesurer les ressources d’une politique étrangère. Selon les critères quantitatifs, les États sont classés en fonction de leur superficie territoriale, de leur population, de leur PNB, de leur PIB par habitant, de leurs dépenses militaires. D’autres auteurs utilisent plutôt une approche comparative en se focalisant sur le critère de puissance ou de superficie (Carlsnaes 2007, 10 ; Handel 1981:31). Cependant, les auteurs ne s’entendent pas sur le seuil considérable pour caractériser un petit État. Aujourd’hui, ces États jouissent d’une visibilité et d’un prestige international plus que par le passé.

Le petit État en Relations internationales

En dehors des travaux sur la définition des petits États, la littérature sur leur politique étrangère est abondante, mais aborde peu la question de leur quête de puissance dans le système international. Les études récentes sur les petits États examinent leur action dans le système multilatéral[1]. Pendant que certains attirent l’attention sur l’existence d’une politique étrangère des petits États en insistant sur leur vulnérabilité (Tonra 2002), d’autres s’attèlent à expliquer leur comportement sur la scène internationale (Hey 2003). Les chercheurs s’intéressent régulièrement à leur position asymétrique dans le système international (Keohane 1969 ; Inver Neumann, Sieglinde Gstohl 2006:14), à leurs stratégies de survie (Wright 2016 ; Alles 2016; Knudsen 1996) ou à leur capacité de faire face à des menaces militaires des voisins plus grands (Vital, 1972). D’autres auteurs s’interrogent sur la capacité des petits États à exercer une influence à un moment ou dans un domaine donné (Baldwin 1985).

Objectif de l’ouvrage

Les études récentes se focalisent sur les moyens développés par les petits États pour que leurs problèmes soient posés sur la table des grandes instances de décisions internationales à l’instar du Conseil de Sécurité des Nations Unies (Mélanie Albaret, Delphine Placidi-Frot 2016). Les petits États ont continué à être considérés comme instables, économiquement et militairement faibles (Thorhallsson et Bailes 2014:119).

La majorité des études insiste sur leur vulnérabilité et leur instabilité. En revanche, les travaux sur la quête ou l’aspiration à la puissance régionale, voire internationale par ceux-ci sont largement négligés. Deux articles (Wright 2016 ; Alles 2016) du numéro de Critique internationale consacré au petit État dans le multilatéralisme essayent à partir des exemples du Qatar et de Singapour de lancer le débat sur leur quête de puissance dans les relations internationales, mais le grand débat théorique autour de leur quête de puissance reste encore à (par)faire. Les petits États se sont de plus en plus présentés comme innovants, intelligents (smart) ou encore pouvant contribuer à l’édifice de la sécurité et de la paix internationales (Browning 2006; Cooper et Shaw 2012; Goetschel 2013). Ces États semblent réussir là où les grandes puissances ont échoué (Gaïdz Minassian 2007). La flexibilité et la capacité d’ajustement économiques, la médiation désintéressée dans les conflits internationaux ou encore l’engagement dans l’élaboration des normes internationales ont  majoritairement caractérisé les petits États dans la littérature académique de la fin du 20e siècle et au tout début du 21e siècle (Katzenstein 1985, 2003; Ingebritsen 2002; Thorhallsson  2012;). La petitesse semble alors se transformer en atout, plutôt qu’en handicap (Kalibataitė 2016).

Cette étude veut montrer que malgré leurs difficultés, certains petits États aspirent à la puissance tant sur leur espace régional que sur la scène mondiale. Elle est structurée autour des interrogations suivantes : les petits États sont-ils condamnés à la vulnérabilité et à l’instabilité sur la scène internationale ? Peuvent-ils aussi aspirer à la puissance dans un monde de compétition ? Si oui, comment défendent-ils leur intérêt national ? Comment se comportent-ils dans leur environnement régional ? Le but de cet ouvrage est de regrouper les chercheurs travaillant sur tous les aspects de la politique étrangère des petits États en relation avec leur désir de puissance et leurs stratégies de survie face aux menaces extérieures. Les contributions se basant sur les aspects théoriques et empiriques de la question s’articuleront sur deux axes à savoir :

  • La vulnérabilité et l’aspiration à la puissance des petits États en relations internationales,

Cet axe de recherche regroupera les travaux sur les stratégies de survie des petits États dans un monde de compétition. Il explorera les moyens qu’ils utilisent pour imposer leur point de vue aux États plus « grands » qu’eux sur la scène internationale. Il s’agira aussi de présenter des études de cas des petits États qui se sont démarqués sur la scène internationale en résolvant les grandes questions de politique internationale que les États plus grands et puissants n’ont pas pu résoudre à l’exemple de la résolution des conflits entre États à travers la médiation et la négociation. Le rayonnement international des États de petite superficie avec une faible population sera aussi important pour cet ouvrage.

  • Les petits États dans leur environnement régional.

Pour défendre leurs intérêts, les petits États s’appuient très souvent sur la coopération régionale. Ainsi, la sous-région constitue leur premier espace d’expression. Soutenus par l’ONU, qui multiplie les programmes d’assistance pour les petits États[2] et encourage l’intégration régionale, les États de petite taille trouvent dans la coopération la condition sine qua non de leur survie et le moyen de défendre leurs intérêts. Cet axe de recherche privilégiera les travaux sur la quête de puissance des petits États dans leur environnement immédiat. Il s’agit d’analyser le comportement des petits États dans les organisations d’intégration régionale auxquelles ils sont membres.

Certaines contributions qui meubleront cet ouvrage sont sélectionnées parmi les communications présentées en juillet 2016 lors du 24e Congrès Mondial de Science Politique tenu à Poznań en Pologne dans trois panels sur la politique étrangère des petits États.

Direction de l’ouvrage

  • Delmas Tsafack, Université de Dschang et Groupe de Recherches Administratives, Politiques et Sociales(GRAPS) de l’Université de Yaoundé 2, Cameroun.
  • Anna Konieczna, Université de Paris-Est Créteil

Calendrier de soumission des contributions

Les textes – en anglais ou en français - d’une longueur de 6000 à 8000 mots, références non comprises, doivent être envoyés

au plus tard le 19 février 2017

avec pour objet du message « Contribution ouvrage petits État » à l’adresse suivante : tsafackdelmas@gmail.com. Les auteurs des textes sélectionnés seront informés au plus tard le 26 février 2017. Tous les textes seront soumis à une évaluation en double aveugle. L’ouvrage pourrait paraître d’ici décembre 2017.

Protocole de rédaction des articles

Les articles doivent être en Times New Roman, 12 points (pour le texte, y compris les titres), interligne 1,5, justifié, avec un retrait de première ligne positif de 1,25 cm. Les marges seront de 2,5 sur tous les côtés (gauche, droite, bas, haut).

Citations : les citations sur plus de trois lignes sont rassemblée (Times new roman, 10 points avec retrait de 1,5 à droite).

Notes et Références

Nous recommandons l’utilisation des notes de fin de document. Les notes de bas de page sont à éviter. Disposez toutes les notes à la fin du document, avant la bibliographie ou la liste de références.

Réservez les notes aux explications qui développent une idée ou commentent une citation, dans le cas où elles risqueraient de déséquilibrer le corps de texte. Lorsque vous fournissez des références, ayez recours au système Harvard (auteur-date). Nous recommandons vivement le système de références de Harvard. Il vous faut citer le nom de famille de l’auteur, l’année de publication de l’ouvrage, ainsi que la page de référence à la suite de la citation, ex :

« Outre cette perspective normative qui souligne le rôle central de l’Occident dans la formation de la modernité, il existe des approches alternatives au concept de modernité » (Kane 2003:5).

Il n’y a pas de virgule après le nom de l’auteur (n’écrivez pas ‘Kane, 2003’). Ne pas mettre d’espace avant, ni après le deux-points qui annonce la page de référence. Séparez à l’aide de points-virgule les publications écrites par différents auteurs (Amin 2002 ; Diaw 1994) ; séparez à l’aide d’une virgule les différentes publications d’un même auteur (Mkandawire 1999, 2002). Lorsque vous employez ce système, vous devrez noter dans la bibliographie ou les références tous les travaux que vous aurez cités dans le texte. Lorsque vous avez deux ou plusieurs ouvrages écrits par un auteur dans la même année, différenciez les en utilisant des lettres alphabétiques (ex : Olukoshi 1998a, 1998b, etc.).

Bibliographie ou liste des références

Saisissez la bibliographie ou la liste de référence dans l’ordre suivant : Nom de l’auteur, initiales du prénom, date, titre, lieu de publication, éditeur.

-Livres

Exemple : Tshibaka, T., 1998, Structural Adjustment and Agriculture in West Africa, Dakar, CODESRIA.

Thioune, Ramata, ed., 2003, Technologies de l’information et de la communication pour le développement en Afrique. Volume 1 : Potentialités et défis pour le développement communautaire, Ottawa et Dakar, CRDI et CODESRIA.

-Revues

Fournissez l’intégralité des références pour les citations extraites de revues, de publications périodiques ou par séries.

Exemples : Adam, L. et Wood, F ., 1999, ‘An Investigation of the Impact of Information and Communication Technologies in Sub-Saharan Africa’, Revue des Sciences de l’Information, Vol. 25, N° 4, p. 307-318.

Rashid, Ishmail, 1997, ‘Subaltern Reactions: Lumpens, Students and the Left’, Africa Development, Vol. XXII, Nos. 3&4, p. 19-43.

-Citation de travaux en ligne

Outre les informations portant sur les ouvrages écrits, vous devez également ajouter l’adresse URL complète, ainsi que la dernière date de consultation de l’ouvrage.

Adeya, N., 2001, Information and Communication Technologies in Africa: A Review and Selective Annotated Bibliography. (http://www.inasp.org.ik/pubs/ict/index.html). 30 mai 2003.

Lorsqu’une publication est disponible à la fois sous une forme imprimée et électronique, fournissez tous les éléments relatifs à l’édition, et ajoutez ceci : « Disponible en version électronique à l’adresse suivante : [URL]’.

Exemple :

Moudileno, L., 2003, Littératures africaines francophones des années 1980 et 1990, Dakar : CODESRIA. Disponible sur: http://www.codesria.org/Links/Publications/monographs/Moudileno.pdf

Bibliographie indicative

  • Albaret Mélanie, Placidi-Frot Delphine, 2016, « Les petits États au Conseil de sécurité des strapontins à l’avant-scène », Critique internationale 2016/2 (N° 71), p. 19-38.
  • Alles Delphine, 2016, « L’identité de petit État sans la condition de faible puissance ? Le répertoire d’action multilatérale de Singapour », Critique internationale 2016/2 (N°71), p. 39-54.
  • Baldwin David Allen, 1985, Economic Statecraft, Princeton, Princeton University Press.
  • Browning Christopher S., 2006, « Small, Smart and Salient? Rethinking Identity in the Small States Literature », Cambridge Review of International Affairs 19 (4): 669‑84
  • Carlsnaes Walter, 2007, « How Should we Study the Foreign Policies of Small European States? », Nação e Defesa, n° 118: 7‑20.
  • Cooper Andrew F., & Timothy M. Shaw, 2012, The Diplomacies of Small States: Between Vulnerability and Resilience, International Political Economy, Palgrave, Macmillan.
  • Goetschel Laurent, 2013, « Introduction to Special Issue: Bound to Be Peaceful? The Changing Approach of Western European Small States to Peace », Swiss Political Science Review 19 (3): 259‑78.
  • Guilbaud Auriane, 2016, « L’engagement multilatéral des petits États : pratiques, usages et trajectoires ». Critique internationale, n°71 (mai), pp. 9‑18.
  • Handel Michael I., 1981, Weak states in the international system, London, England ; Totowa, N.J: F. Cass.
  • Hey Jeanne A.  K., (éd.), 2003, Small States in World Politics:  Explaining Foreign Policy Behavior, Boulder, Lynne Rienner Publishers.
  • Ingebritsen Christine, 2002, « Norm Entrepreneurs Scandinavia’s Role in World Politics », Cooperation and Conflict 37 (1): 11‑23.
  • Kalibataitė Živilė, 2016 (23-28 juillet), « Traiter de la petitesse en Relations internationales : État faible, petite puissance ou petit État ? », Communication présentée lors du 24e congrès mondial de Science Politique, Poznan, Pologne.
  • Katzenstein Peter J., 1985, Small States in World Markets: Industrial Policy in Europe, Cornell Studies in Political Economy, Ithaca, New York, Cornell University Press.
  • Keohane Robert O, 1969, « Lilliputians’ Dilemmas: Small States in International Politics », International Organization 23 (02): 291.
  • Knudsen Olav F., 1996, « Analysing Small-State Security: The Role of External Factors », in Werner Bauwens, Armand Clesse, Olav F. Knudsen (eds), Small States and the Security Challenge in the New Europe, New York, Brassey’s.
  • Minassian Gaïdz, 2007, "« Micro-État », « mini-État » : essai de classification", Annuaire français des relations internationales (AFRI), volume 8, Bruylant, pp. 329-338.
  • Neumann Inver, Gstohl Sieglinde, 2006, « Lilliputians in Gulliver’s World ? », in Christine Ingebritsen, Neumann Iver, Gstohl Sieglinde, Jessica Beyer (eds), Small States in International Relations, Seattle, University of Washington Press.
  • Nsah-Voundy Paul Gérard, 1990, « Le petit État dans les relations internationales : la Guinée Équatoriale et ses voisins », Thèse de doctorat troisième cycle, Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC), Yaoundé.
  • Orvik Nils, 1968, “NATO, NAFTA and the Smaller Allies”, Orbi, n° 12, Spring.
  • Rothstein, 1968, Alliances and Small powers, New York, Colombia university Press.
  • Steinmetz Robert & Anders Wivel, 2010, « Introduction », In Robert Steinmetz & Anders Wivel (eds.), Small states in Europe. Challenges and Opportunities, Ashgate, pp. 3‑14.
  • Stoessinger John, 1973, The Might of Nations, 4th edition, New York, Random House.
  • Thorhallsson, Baldur, & Alyson J. K. Bailes, 2014. « “Small States”: a Theme in Icelandic Political Science and Politics ». Nordiques, n°27: 117‑31.
  • Thorhallsson, Baldur, 2012, « Small States in the UN Security Council: Means of Influence? », The Hague Journal of Diplomacy 7 (2): 135‑60.
  • Tonra Ben, 2002, « Les petits pays ont aussi une politique étrangère… », in Fréderic Charillon (dir.), Politique Étrangère. Nouveaux regards, Paris, Presses de Sciences Po, pp. 331.359.
  • Vandenbosh Amry, 1964, “The Smaller States in international politics and organization”, The Journal of politics, n°26.
  • Vital David, 1972, The Inequality of States: A Study of the Small Power in International Relations, Oxford, Clarendon Press.
  • Wolfers Arnold, 1962, Discord and collaboration, Baltimore, John Hopkins University Press.
  • Wright Steven, 2016, « Un « petit État » accède à la scène internationale la trajectoire du Qatar », Critique internationale2016/2 (N° 71), p. 73-88.


[1] La dernière étude en date (2016) en français a été publiée par la revue Critique Internationale de Sciences Po Paris. Le numéro spécial de la revue portant sur « Les petits États au prisme du multilatéralisme » a été coordonné par Auriane Guilbaud. Les auteurs y ont analysé le déploiement des petits États dans le multilatéralisme à partir de l’étude de quelques cas.

[2] Plusieurs résolutions ont été adoptées par l’Assemblée générale de l’ONU, portant sur le Programme d’action pour le développement durable des petits États insulaires en développement : résolution 49/122, 19 décembre 1994; résolution 55/203, 20 décembre 2000; résolution 55/198, 15 février 2002; résolution 57/262, 28 février 2003; résolution 59/311, 14 juillet 2005.

Dates

  • dimanche 19 février 2017

Mots-clés

  • petit État, puissance, vulnérabilité

Contacts

  • Delmas Tsafack
    courriel : tsafackdelmas [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Delmas Tsafack
    courriel : tsafackdelmas [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Le petit État en relations internationales », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 24 janvier 2017, http://calenda.org/391180