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Espaces urbains et grands espaces

Urban spaces and huge spaces - the cartography of social relationships in the black Hispanic contemporary novel

Cartographie du lien social dans le roman noir hispanique contemporain

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Publié le mardi 24 janvier 2017 par João Fernandes

Résumé

Dans le prolongement de la collaboration fructueuse amorcée en 2016 avec le festival « Un aller-retour dans le Noir » et l’Instituto Cervantes de Bordeaux, le LLCAA organise les 29 et 30 septembre 2017 un colloque intitulé « Espaces urbains et grands espaces : cartographie du lien social dans le roman noir hispanique contemporain ». Ce colloque se propose d’aborder le roman noir hispanique à travers la catégorie de l’espace, particulièrement déterminante dans ce genre romanesque, et de voir dans quelle mesure l’espace y constitue une catégorie privilégiée pour mettre en scène les problématiques sociales propres à notre époque.

Annonce

Colloque international en collaboration avec le festival Un aller-retour dans le Noir et l’Instituto Cervantes de Bordeaux, Université de Pau et des Pays de l’Adour , 29 et 30 septembre 2017

Argumentaire

Dans le prolongement de la collaboration fructueuse amorcée en 2016 avec le festival « Un aller-retour dans le Noir » et l’Instituto Cervantes de Bordeaux, le LLCAA organise les 29 et 30 septembre 2017 un colloque intitulé « Espaces urbains et grands espaces : cartographie du lien social dans le roman noir hispanique contemporain ». Ce colloque se propose d’aborder le roman noir hispanique à travers la catégorie de l’espace, particulièrement déterminante dans ce genre romanesque, et de voir dans quelle mesure l’espace y constitue une catégorie privilégiée pour mettre en scène les problématiques sociales propres à notre époque. En d’autres termes, il s’agira de dresser une carte des espaces représentés dans le polar hispanique afin d’en proposer une lecture sociale, économique et politique en considérant, avec Jean-Paul Bord, que la carte n’est pas qu’une représentation conventionnelle d’une région ou d’un pays. Elle « a toujours participé à la construction des savoirs, tant en géographie que dans les autres sciences sociales. […] Elle constitue même l’un des savoirs essentiels à l’intelligibilité du monde »[1].

Rappelons que le roman noir, né aux Etats-Unis au cours des années 30 du siècle dernier, se situe dans un espace topologiquement et sociologiquement ouvert et s’oppose en cela au roman d’énigme. Le roman policier abandonne à ce moment-là les salons feutrés de la bourgeoisie pour investir l’espace de la grande ville. Pour reprendre l’expression de Raymond Chandler, il sort dans « la rue du colt qui crache » : Chicago, New York ou Los Angeles, villes à la croissance accélérée et incontrôlée, connaissent alors une période de forte recrudescence de la délinquance fournissant un terreau idéal à ce genre romanesque qui se propose de décrire les ruptures de l’ordre social. Depuis lors, cette tendance ne s’est jamais démentie : aujourd’hui encore, le polar, y compris dans le domaine hispanique, est un roman principalement urbain et les auteurs sont d’ailleurs le plus souvent liés à une ville, devenue elle-même véritable protagoniste de leur œuvre au même titre que leur détective : il s’agira de Barcelone dans le cas de Vázquez Montalbán ou González Ledesma, de La Havane dans celui de Leonardo Padura ou de México DF dans celui de Taibo II, etc…

Un premier axe de d’étude de ce colloque sera donc consacré à ce polar urbain. Il aura pour objet d’identifier les villes privilégiées par les auteurs espagnols et latino-américains pour mettre en scène leurs histoires criminelles et de dresser une cartographie des villes représentées dans le polar hispanique. Quelles sont-elles ? Où se trouvent-elles ? S’agit-il des grandes métropoles européennes et américaines ou au contraire de villes de province?

On s’intéressera, en outre, à l’espace interne de la ville afin dedresser une cartographie de l’espace urbain représenté dans le roman noir hispanique. Le crime est-il corrélé à un espace précis de la ville ? Le centre de la ville est-il perçu et décrit comme cet îlot traditionnellement protégé de la criminalité ou bien est-il gagné par la délinquance de la périphérie [2]? En somme, la marginalité spatiale est-elle corrélée à la marginalité sociale et économique ?

Par ailleurs, on se demandera si cette métaphore du centre et de la périphérie, repérable au sein de l’espace urbain, ne peut pas être étendue à l’ensemble de la catégorie de l’espace dans le polar[3]. En effet, on voit émerger dans le domaine hispanique, comme dans le reste du monde, un nouveau type de polars que nous qualifierons de « décentralisés », délaissant clairement l’espace de la ville pour la campagne et les grands espaces : aux Etats-Unis, des auteurs comme Ron Rash ou Tony Hillerman situent leurs intrigues au cœur des Appalaches, ou en territoire Navajo. En France, des écrivains comme Pascal Dessaint ou Bernard Minier emmènent leurs lecteurs dans les montagnes de l’Ariège. En Espagne, on pense aux romans de Domingo Villar, situés dans les Rías Baixas de Galice, mais c’est sans aucun doute la série à succès de Dolores Redondo qui constitue l’exemple le plus éloquent de cette tendance. L’auteure situe l’action de sa trilogie dans la vallée du Batzán, une vallée isolée du Pays basque espagnol, devenue véritable protagoniste de son œuvre au même titre que son inspectrice Amaia Salazar.

Il sera pertinent de s’interroger sur ce déplacement de la ville vers la campagne et les grands espaces. Que nous dit cette « décentralisation » sur un plan purement géographique mais aussi social et politique ? Comme pour l’espace urbain, on pourra se demander dans quelle mesure l’antinomie centre/périphérie mise en œuvre sur le plan spatial impose une lecture sociale, économique, politique et idéologique.

Enfin, il est indéniable que dans le polar contemporain, l’espace n’est pas seulement le lieu dans lequel se situe l’intrigue romanesque : il n’est pas rare qu’il devienne l’enjeu même de l’acte criminel. En effet, à une époque marquée par une croissance démographique exponentielle et une raréfaction des ressources naturelles, où les questions environnementales sont plus que jamais cruciales et où la distribution des espaces devient problématique voire conflictuelle, l’espace est devenu le lieu d’enjeux économiques et environnementaux tels qu’il engendre une nouvelle forme de criminalité. Il suffit de penser à l’un des romans emblématiques du genre en Espagne, Los mares del sur, dont l’intrigue criminelle, autour de la spéculation immobilière, est intimement liée à la question de l’espace. Le dernier axe de travail de ce colloque sera donc consacré à cet aspect : on se demandera selon quelles modalités et dans quelles perspectives le polar investit ces nouvelles problématiques environnementales liées à la question de l’espace dans les différents pays de l’aire hispanique.

Organisation

  • Emilie Guyard - LLCAA (Langues, littératures et civilisations de l’arc atlantique - Université de Pau et des Pays de l’Adour)

Comité scientifique 

  • Felipe Aparicio Nevado (Université de Haute-Alsace),
  • Alex Martín Escribà (Universidad de Salamanca),
  • Paula Martínez (Université de Tours),
  • Catherine Orsini (Université de Bourgogne),
  • Myriam Roche (Université Savoie-Mont-Blanc),
  • Javier Sánchez Zapatero (Universidad de Salamanca).

Information sur les propositions de communication

Les propositions (titre de la contribution et résumé de 20 à 30 lignes) sont à envoyer à emilie.guyard@univ-pau.fr 

avant le 30 mars 2017.

Elles seront accompagnées d’une notice biobibliographique de cinq à six lignes (noms, prénom, affiliation universitaire, les éléments marquants de votre production scientifique). Les communications (25 minutes) pourront être prononcées en langue française ou espagnole.

Frais d’inscription

40 euros


[1] Jean-Paul Bord, « La carte et la construction des savoirs en géographie et dans les sciences sociales », in Jean-Paul Bord et Pierre-Robert Baduel (eds), Les cartes de la connaissance, Paris, Karthala, 2004, p. 17.

[2] C’est dans son double sens géographique mais aussi sociologique que nous concevrons cette opposition entre le centre et la périphérie. Comme le rappelle le géographe Christian Grataloup, « la métaphore géométrique du centre et de la périphérie est souvent utilisée pour décrire l’opposition entre les deux types fondamentaux de lieux dans un système : celui qui le commande et en bénéficie, le centre, et ceux qui le subissent, en position périphérique », Christian Grateloup, « Centre/périphérie », http://www.hypergeo.eu/

[3] A cet égard, Nadine Cattan explique que l’antinomie centre/périphérie est une «métaphore puissante ; elle est déclinée à toutes les échelles territoriales pour décrire, par exemple, les liens entre une ville et son espace environnant, entre une métropole et les autres villes du même Etat, ou entre les différents pays du monde», Nadine Cattan. « Centre-Périphérie », in Cynthia Ghorra-Gobin, Dictionnaire des mondialisations, Armand Colin, 2006, p. 47-49.

Lieux

  • Université de Pau et des pays de l'Adour - Avenue du Doyen Poplawski
    Pau, France (64013)

Dates

  • jeudi 30 mars 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • roman noir, hispanique, cartographie, lien social

Contacts

  • Emilie Guyard
    courriel : emilie [dot] guyard [at] univ-pau [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Emilie Guyard
    courriel : emilie [dot] guyard [at] univ-pau [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Espaces urbains et grands espaces », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 24 janvier 2017, http://calenda.org/391325