AccueilLa vie quotidienne dans le bassin du Lac Tchad à l’épreuve de Boko Haram

La vie quotidienne dans le bassin du Lac Tchad à l’épreuve de Boko Haram

Daily life in the Lake Chad basin and the challenge of Boko Haram

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Publié le mercredi 25 janvier 2017 par João Fernandes

Résumé

La montée en puissance du terrorisme est l’un des défis auquel certains pays africains font face de façon aigue depuis quelques années. Shebabs, Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI), Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et Boko Haram sont quelques-unes de ces organisations qui font la une de l’actualité. Leur simple évocation provoque la psychose. Une attention particulière au bassin tchadien permet de se rendre compte que Boko Haram en a fait son sanctuaire (Seignobos, 2015), provoquant des perturbations, des déséquilibres des plus extrêmes et rarement vécus par le passé. Nous voulons inviter les chercheurs intéressées à construire, dans une perspective transdisciplinaire, une intelligibilité de la manière dont la menace Boko Haram a été vécue, observée et comment elle est racontée par les différents témoins.

Annonce

Argumentaire

La montée en puissance du terrorisme est l’un des défis auquel certains pays africains font face de façon aigue depuis quelques années. Shebabs, Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI), Mouvement pour l’Unicité et le Djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et Boko Haram sont quelques-unes de ces organisations qui font la une de l’actualité. Leur simple évocation provoque la psychose. Une attention particulière au bassin tchadien permet de se rendre compte que Boko Haram en a fait son sanctuaire (Seignobos, 2015), provoquant des perturbations, des déséquilibres des plus extrêmes et rarement vécus par le passé. Le Nigeria d’abord, le Cameroun, le Tchad et le Niger ensuite, ont chacun enregistré des pertes importantes en vies humaines et matérielles ainsi que des sévices physiques et psychologiques. Des villages ont été détruits, des populations obligées de se déplacer pour l’ailleurs sous perturbation et traumatisme, des économies locales, nationales et sous-régionales affectées. Tout cela a donné lieu à des révisions des politiques publiques en matière de développement, et au déferlement des organisations humanitaires avec près de cent mille réfugiés dans des pays comme le Cameroun, sans toutefois oublier les déplacés internes (Saïbou, 2014).

A la lumière de ce qui précède, il ne fait aucun doute que Boko Haram est devenu l’une des plus grandes gangrènes, ayant laissé une marque indélébile sur le quotidien des populations, sur le paysage politique de même que sur la vie sociale et économique. Cette conjoncture a donné naissance à une effervescence sans précédent au sein des États concernés, des populations, des milieux médiatiques et religieux, de la société civile locale, nationale et internationale, et des milieux scientifiques. A propos justement du domaine scientifique, publications, conférences, séminaires, ateliers et projets de recherche ont été consacrés au contexte imposé par Boko Haram. Il est prétentieux de dresser un catalogue exhaustif des travaux sur la question tant ils sont nombreux à travers l'Afrique et dans d'autres pays du monde.

S’il est évident que les travaux y relatifs sont riches et denses à plusieurs égards, il reste cependant que la manière dont les États, les populations et les autres acteurs et structures ont vécu, observé et contribué à trouver des réponses au phénomène n’est pas encore assez documenté. L’immense majorité des travaux se sont davantage intéressés au groupe lui-même, c’est-à-dire à ses origine et évolution (p.e Loimeier, 2012; Higazi, 2013), à ses activités et mudus operandi (p.e Seignobos, 2014; Muhammad, 2014), à ses moyens de recrutement (p.e Hansen, 2016), à ses possibles connexions avec d’autres groupes terroristes (p.e Onapajo et Uzodike, 2012), ou encore à ses représentations dans les médias (p.e Popoola, 2012). D’autres auteurs ont focusé sur la nature de l’État et ses réponses pour contrer le phénomène (p.e Hansen, 2015). Certes, la dimension théorique de la question Boko Haram est assez analysée par différents spécialistes, mais il reste que la compréhension profonde de ce contexte passe nécessairement par la collecte des données empiriques auprès des différentes catégories sociales concernées. Les zones dans lesquelles Boko Haram a et continue de sévir constituent, dans ce sens, des cadres privilégiés d’investigation pour mesurer de façon pertinente le degré de ses effets. Un tel travail est utile dans la perspective de la constitution d’une base des données qui aideront grandement les recherches futures.

Ce projet de publication voudrait justement combler cet angle mort de la recherche sur Boko Haram en suscitant une lecture plurielle de la manière dont il a été vécu dans les pays du bassin tchadien. Ladite lecture permet de connaître et de faire connaître en quoi Boko Haram a touché les fondements même de la vie et de la sociabilité dans ces pays. Il s’agit là d’une approche par « le bas » du phénomène, une forme d’histoire au présent dont les sources sont davantage vivantes, fraîches et visibles. Comment les populations, les services publics, les armées, les confessions religieuses ont vécu/subi cette menace? Quels sont les faits, les éléments qui permettent de montrer le degré de perturbation des aspects de la vie quotidienne, et quelles sont les intelligences qui ont vu le jour pour échapper, résister ou juguler cette conjoncture particulière ? 

Nous voulons inviter les chercheurs intéressées à construire, dans une perspective transdisciplinaire, une intelligibilité de la manière dont la menace Boko Haram a été vécue, observée et comment elle est racontée par les différents témoins. Loin d'être un simple catalogue des témoignages, ce travail se veut une approche socio-anthropologique de la question Boko Haram, laquelle est novatrice et d'un grand intérêt scientifique. L’objectif est de mesurer, sur la base des différents matériaux, ses effets sur la vie quotidienne dans les pays tels que le Nigéria, le Cameroun, le Tchad et le Niger. Ces matériaux peuvent être des témoignages, des récits de vie, des images, des traces, des rapports (administratifs, militaires, des organisations internationales et de la société civile, des leaders d’opinion, etc.), des données médiatiques (radio, télévision, réseaux sociaux) et issues des observations, des chansons, des spots, des tracts, des affiches, des statistiques, des actions concrètes déployées, entre autres. Les personnes intéressées sont ainsi invitées à mettre un accent sur les données de première main, qui sont les seules à même de rendre compte de façon pertinente de la question Boko Haram actuellement. 

Calendrier et modalités de soumission

Veuillez fournir une proposition d’un maximum de 300 mots de votre soumission

avant le 20 mars 2017.

Les soumissions peuvent être envoyées aux adresses suivantes:

wassounifrançois@gmail.com; chetima.melchisedek@unibas.ch

Les auteurs des propositions retenues seront informés au plus tard le 1er avril 2017.

L’ensemble des propositions sélectionnées sera ensuite soumis à la Revue Canadienne d’Études Africaines/Canadian Journal of African Studies pour un numéro spécial, sous réserve de l’acceptation du projet par les éditeurs de la revue. Si votre proposition est acceptée, le manuscrit final devra nous parvenir avant le 30 juin 2017.

Coordination scientifique

  •  François WASSOUNI (Université de Maroua/Cameroun, Département d’Histoire).
  •  Melchisedek CHETIMA (Université de Bâle/Suisse, Centre d’Études Africaines).
  •  Paul E. Lovejoy (York University/Canada, (Department of History). 

Références citées

  • Hansen, William. "Boko Haram: Religious Radicalism and Insurrection in Northern Nigeria," Journal of Asian and African Studies (2015), 1-19.
  • _____. "Poverty and 'Economic Deprivation Theory': Street Children, Qur'anic Schools/almajirai and the Dispossessed as a Source of Recruitment for Boko Haram and other Religious, Political and Criminal Groups in Northern Nigeria," Perspectives on Terrorism 10:5 (2016), 83-95.
  • Higazi, Adam "Les Origines et la Transformation de l'Insurrection de Boko Haram dans le Nord du Nigeria," Politique Africaine 130 (2013), 137-164. 
  • Loimeier, R. "Boko Haram: The Development of a Militant Religious Movement in Nigeria," Africa Spectrum 47:2 (2012), 137–155.
  • Muhammad, Kyari. "The Message and Methods of Boko Haram," in Perouse de Montclos MA (ed.) Boko Haram: Islamism, Politics, Security and the State in Nigeria. Leiden/Ibadan: African Studies Centre/French Institute for Research in Africa, 2014, 9–22.
  • Onapajo, Hakeem, Uzodike, Ufo Okeke and Whetho, Ayo. “Boko Haram Terrorism in Nigeria: The International Dimension,” South African Journal of International Affairs 19: 3 (2012), 337-57.
  • Pérouse de Montclos, Marc-Antoine. "Boko Haram et le Terrorisme Islamiste au Nigeria: Insurrection Religieuse, Contestation Politique ou Protestation Sociale?" Questions de Recherches (CERI) 40 (2012), 4-31.
  • Popoola, I.S., "Press and Terrorism in Nigeria. A Discourse on Boko Haram," Global Media Journal 6.1 (2012), 43-66.
  • Saïbou Issa (dir.). (2014). Effets économiques et sociaux des attaques de Boko Haram dans l’Extrême-Nord du Cameroun, Kaliao, Revue pluridisciplinaire de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de l’Université de Maroua, Numéro Spécial.
  • Seignobos, Christian. “Boko Haram: Innovations Guerrières depuis les Monts Mandara. Cosaquerie Motorisée et Islamisation Forcée,” Afrique Contemporaine 4, 149 -169.

Dates

  • lundi 20 mars 2017

Mots-clés

  • Boko Haram, bassin du Lac Tchad, vie quotidienne, données empiriques

Contacts

  • Francois Wassouni
    courriel : wassounifrancois [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Francois Wassouni
    courriel : wassounifrancois [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La vie quotidienne dans le bassin du Lac Tchad à l’épreuve de Boko Haram », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 25 janvier 2017, http://calenda.org/391476