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Érotisme et pornographie

Eroticism and pornography - images, bodies and eroticisation

Images, corps et érotisation

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Publié le vendredi 27 janvier 2017 par João Fernandes

Résumé

On entend habituellement par pornographie l’ensemble des représentations objectives de la sexualité en acte, et par érotisme ce qui est à même d’éveiller, chez un sujet, le désir sexuel. De cette distinction, notre époque fait volontiers, pour des raisons essentiellement morales, une opposition à l’intérieur d’un même genre : l’érotisme se contenterait de suggérer la sexualité, laissant ainsi libre cours à la construction individuelle du fantasme, là où la pornographie, dans son alliance avec l’industrie marchande, se complairait dans la mise en scène brute et obscène. Que dissimule ce glissement sémantique ? Qu’est-ce que cette alliance de deux catégories pourtant distinctes de phénomènes – l’une étant tournée vers le désir, l’autre vers la représentation de ce qui le suscite – a à nous apprendre concernant les modalités contemporaines de la sexualisation humaine ?

Annonce

Colloque organisée dans le cadre de l’Axe 3 de la MSHS : « L’Europe et ses autres », 6-8 avril 2017, Nice, MSH Sud-Est, Salle plate

Argumentaire

On entend habituellement par pornographie l’ensemble des représentations objectives de la sexualité en acte, et par érotisme ce qui est à même d’éveiller, chez un sujet, le désir sexuel. De cette distinction, notre époque fait volontiers, pour des raisons essentiellement morales, une opposition à l’intérieur d’un même genre : l’érotisme se contenterait de suggérer la sexualité, laissant ainsi libre cours à la construction individuelle du fantasme, là où la pornographie, dans son alliance avec l’industrie marchande, se complairait dans la mise en scène brute et obscène. Que dissimule ce glissement sémantique ? Qu’est-ce que cette alliance de deux catégories pourtant distinctes de phénomènes – l’une étant tournée vers le désir, l’autre vers la représentation de ce qui le suscite – a à nous apprendre concernant les modalités contemporaines de la sexualisation humaine ? En effet, le problème ne serait pas de savoir pourquoi l’une tend à se substituer à l’autre – comme si la pornographie n’était qu’une version « hard » de l’érotisme, et, corrélativement, l’érotisme une pornographie « soft » – mais de déterminer pourquoi l’érotisation contemporaine, c’est-à-dire l’ensemble des pratiques consistant à faire naître et à intensifier le désir, passe par la pornographie, entendue comme représentation objective et exhaustive de l’acte sexuel. De ce point de vue, l’explosion de l’industrie pornographique sur Internet, la représentation des corps dans les publicités ou encore la banalisation des scènes de sexe dites « crues » dans le cinéma depuis les années 2000, ne signeraient nullement la fin de l’érotisme, mais ne seraient qu’une réponse globale aux réquisits contemporains de l’érotisation – et ainsi son révélateur. Au lieu commun selon lequel nous habiterions une société hypersexualisée, une telle approche permettrait alors d’opposer l’hypothèse d’une désexualisation radicale du désir subjectif, que seules la violence et l’immédiateté d’une image objective – neutralisant les circuits longs et incertains de la narration, de la temporalisation, de la construction du fantasme – seraient à même de raviver. Ainsi, les individus contemporains, loin d’avoir acquis leur autonomie sexuelle, la maîtrise de leurs désirs, de leur jouissance, de leur excitation et de leurs fantasmes, manifesteraient au contraire une déficience érotique. Ils seraient devenus incapables de s’érotiser eux-mêmes, mais surtout devenus incapables de s’érotiser les uns les autres sans la médiation d’une représentation objective, matérialisée dans une séquence d’images immédiatement lisibles.

Sensibles, à cet égard, à l’importance manifeste du statut de l’image et de l’imaginaire dans la description et la compréhension de tels phénomènes, nous nous proposons donc de nous concentrer sur trois thèmes :

- Image et fantasme : il s’agirait ici d’analyser le rapport entre image et érotisation, en essayant de retracer, au moyen d’une phénoménologie de l’excitation sexuelle et de son inscription charnelle, la construction subjective du désir dans les cinémas érotique et pornographique. Est-il évident que le cinéma pornographique ne laisse aucune place à la possibilité de s’identifier à ce qui est représenté ? Comment expliquer alors le succès des vidéos « amateurs » sur les sites pornographiques ? Plus généralement, n’existe-t-il plus que des fantasmes marchands, produits de l’industrie du sexe, et dont notre excitation serait aujourd’hui entièrement tributaire ?

- Image et récit : comment expliquer la disparition progressive de la narration dans les films pornographiques ? Est-elle synonyme d’une disparition corrélative de l’érotisme dans ces films, entendu comme éveil progressif du désir sexuel exigeant un temps de l’excitation plus long, permettant au spectateur de s’identifier progressivement à ce qui lui est montré, de devenir sujet de son désir ? Ou doit-on plutôt relier cette disparition à la médiation d’impératifs techniques et utilitaires dans la relation à notre propre désir ?

- Image et critique sociale : il nous semble également nécessaire de conduire une critique sociale des phénomènes que nous nous proposons d’étudier. L’industrie pornographique, comme l’a d’ailleurs suggéré Axel Honneth dans La Réification, a profondément modifié notre manière de nous rapporter à notre corps et à celui d’autrui, a sensiblement modifié le contenu de la relation sexuelle. Nous jugeons en effet de plus en plus notre performance et celle de notre partenaire en fonction des images pornographiques que nous avons contemplées dès le plus jeune âge, au moment où nous nous éduquons sexuellement. S’il ne s’agit pas ici d’opérer une condamnation morale de ces phénomènes, il s’agit au moins de les rapporter à une marchandisation progressive du sexe et à un assistanat croissant en matière de construction des désirs et des fantasmes.

Une approche pluridisciplinaire sera privilégiée. La collaboration entre philosophes, sociologues, historiens, sexologues, psychiatres ou encore historiens du cinéma nous semble en effet constituer la condition sine qua non pour une analyse approfondie de ce thème.

Modalités de soumission

Les propositions, rédigées en français, doivent comprendre :

  • Le nom de l’auteur
  • Une présentation succincte de l’auteur (100 mots maximum)
  • Le titre
  • Un résumé d’environ 500 mots

Elles seront envoyées au format pdf à gregori.jean@unice.fr et bertrand.cochard@unice.fr

Les propositions de contribution seront examinées et sélectionnées par le comité scientifique du colloque.

Les communications, d’une durée de 30 à 40 minutes, seront tenues en français.

Calendrier

  • Date limite d’envoi des propositions : 20 février 2017

  • Retour des avis : 10 mars 2017

Les frais de transport, contrairement aux deux nuitées (6 et 7 avril), ne seront pas pris en charge.

Comité scientifique

  • Pierre-Yves Beaurepaire (Pr., Université de Nice Sophia-Antipolis, CMMC)
  • Céline Borello (Pr., Université du Maine, CERHIO)
  • Bertrand Cochard (AM, Université de Nice Sophia-Antipolis, CRHI)
  • Elsa Dorlin (Pr., Université Paris 8, CRESSPA)
  • Grégori Jean (MC, Université de Nice Sophia-Antipolis, CRHI)
  • Pierre-Yves Quiviger (Pr., Université de Nice Sophia-Antipolis, CRHI)

Catégories

Lieux

  • Maison des Sciences de l'Homme et de la Société Sud-Est, Salle plate - 24 avenue des Diables Bleus
    Nice, France (06300)

Dates

  • lundi 20 février 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • érotisme, pornographie, image, corps, désir

Contacts

  • Bertrand Cochard
    courriel : bertrand [dot] cd [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Bertrand Cochard
    courriel : bertrand [dot] cd [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Érotisme et pornographie », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 27 janvier 2017, http://calenda.org/392256