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Jeunes et réseaux socionumériques au Cameroun

Youth and social networks in Cameroon

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Publié le mercredi 01 février 2017 par João Fernandes

Résumé

Cet appel à contribution pour un ouvrage collectif invite les chercheurs à questionner les rapports des jeunes camerounais aux réseaux sociaux. Il s’agit de voir comment se structurent leurs usages, identités, rapports, interactions, sociabilités, représentations, personnalités et quotidiens socionumériques, pris entre d’un côté leur engouement pour le numérique, et de l’autre côté leurs faibles conditions sociotechniques, économiques et politiques.

Annonce

Présentation

Cet appel à contribution pour un ouvrage collectif invite les chercheurs à questionner les rapports des jeunes camerounais aux réseaux sociaux. Il s’agit de voir comment se structurent leurs usages, identités, rapports, interactions, sociabilités, représentations, personnalités et quotidiens socionumériques, pris entre d’un côté leur engouement pour le numérique, et de l’autre côté leurs faibles conditions sociotechniques, économiques et politiques. Comment s’intègrent les réseaux socionumériques dans leurs quotidiens, pendant qu’en même temps qu’ils sont encouragés à les utiliser, le gouvernement tend à réguler cette utilisation? Dans quelles mesures les usages qu’ils en font, traduisent-ils leurs pratiques et relations hors-ligne? Quelles sont les conditions socioéconomiques, technologiques, politiques et réglementaires qui déterminent leur accès aux médias socionumériques? Qu’y cherchent-ils? Que font-ils effectivement avec et/ou sur ces médias? Quelles places ces derniers occupent-ils dans leurs vies quotidiennes, professionnelles, relationnelles, religieuses, éducatives et économiques? Comment définir l’expression et la construction identitaires de ces utilisateurs des réseaux socionumériques? Ce sont làautant de questions, non exhaustives, dont l’examen fait appel à une diversité de contributions. 

Argumentaire

L’essor technologique de ces dix dernières années est marqué par le développement des médias sociaux et l’intensification de leurs usages (Stenger, 2015). À cet effet, les récentes statistiques de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT, 2016)[1] montrent que plus de 68% des 3,5 milliards d’internautes dans le monde utilisent les réseaux socionumériques. Stenger et Coutant (2013), et Ellisen et Thierry (2011) les définissent comme des sites et applications web qui, reposant sur la technologie du web 2.0 et sur le principe d’expression, d’identification et de participation, permettent la création et l’échange des contenus générés par les utilisateurs. L’intérêt porté pour ces nouveaux médias ne se manifeste pas qu’au niveau des individus et collectivités, mais aussi dans la littérature, au point où les recherches sociologiques migrent vers les technologies socialisantes après avoir été longtemps centrées sur la socialisation technique (Amri et Vacaflor, 2010). Si dans la presse populaire, l’accent est mis sur les aspects négatifs des réseaux sociaux, leur dynamique constitue depuis le début des années 2000 un axe majeur de recherche en sociologie et en éducation, contribuant ainsi à renouveler plusieurs problématiques (Ferrary, 2010 ; Granjon Fabien, 2011).

L’une la plus étudiée est la notion d’identité, individuelle ou collective, que Coutant et Stenger (2010) envisagent sous l’angle de la mise en visibilité de soi, de l’expression d’une culture commune et de l’affichage des goûts et du capital social. C’est ce qu’Amri et Vacaflor (2010) désignent par l’« exposition technologique de soi ». Comme l’écrit Fluckiger (2010, p. 39) en effet, l’augmentation de l’utilisation des médias socionumériques induit aussi une « augmentation de l’autoproduction et de l’autopublication ». Ces médias deviennent ainsi des « scènes d’expression identitaire » (Amri et Vacaflor, 2010)[2], voire des « outils de re-construction identitaire » (Fluckiger, 2010, p. 40). Pour cela, les réseaux socionumériques jouent cinq fonctions identitaires : incorporation, communication, objectivation du capital relationnel, évaluation et affirmation identitaire (ibid.), qui sont mises en œuvre au sein de ce que Gallant et Friche (2010, p. 115) appellent la « sociabilité interactive ». Car en dehors du fait que les réseaux sociaux constituent des « catalyseurs relationnels » (Granjon, 2011, p. 100), le façonnage de l’expression identitaire est soumis à une reconnaissance sociale qui confirme ou non les singularités subjectives. Comme l’écrivent Granjon et Denouël (2010, p. 30), les « manifestations du soi qui se jouent [aux] frontières de la pudeur et de l’intime, du privé et du public, du contrôle et du décontrôle, de l’intime et de l’extime à des fins de reconnaissance et de construction positive de son identité, [dépendent] des conventions implicites et/ou explicites qui en règlent la mise en pratique ». Outre les règles implicites liées à la coprésence à distance, plusieurs processus sociaux sont au fondement de la dynamique des sociabilités numériques. Parmi ces facteurs, Forsé (2008) cite l’âge, le genre, la scolarité, les conditions socioéconomiques et la familiarité technologique. D’où des inégalités et disparités dans l’usage des médias socionumériques notamment chez les jeunes (Jouët et Pasquier, 1999). En tant que capital social, plusieurs recherches ont aussi conceptualisé les réseaux socionumériques en termes éducatifs. Pinte (2010, p. 84) les décrit comme des « formidables outils éducatifs » et « vecteurs d’apprentissage collaboratif ». Si les liens entre l’usage des réseaux socionumériques et les mouvements sociopolitiques sont avérés (Mercanti-Guerin, 2010; Béché, 2013), Coutant et Stenger (2011) en dressent une typologie globale d’usages chez les jeunes : retrouvaille entre amis, publication, partage et commentaire des photos, activités et événements, comparaison et évaluation de soi aux autres, jeux individuels et collectifs, messages instantanés, construction de son profil identitaire, édition des pages et groupes, et emails internes. À ces usages qui constituent l’« expression d’une culture juvénile » (Dagnaud, 2011, p. 25), deux enjeux majeurs sont liés : l’identité et la sociabilité (ibid.).

Qu’en est-il alors en ce qui concerne le contexte des jeunes camerounais, où pris entre plusieurs contraintes, leur engouement pour les réseaux socionumériques n’est pas suffisamment documenté et conceptualisé? Dans ce pays aux faibles conditions socioéconomiques et technologiques (Baba Wamé, 2005), 17% de la population accèdent à l’Internet (UIT, 2016). Plus de trois millions utilisent activement les réseaux sociaux, soit plus de la moitié des internautes[3]. Plus de la moitié de ces utilisateurs des réseaux socionumériques se connectent via leurs mobiles : tablettes et smartphones. Si 90% de jeunes possèdent un téléphone portable (INS, 2014), au moins 85% d’entre les utilisateurs des réseaux socionumériques sont des jeunes de moins de 30 ans. Selon le site web Histoiredecm.com[4], Facebook, WhatsApp, Twitter, Imo, LinkedIn, Skype, Pinterest et Instagram sont les sites de réseaux sociaux les plus utilisés dans ce contexte. Très présent dans le quotidien, leur usage intègre plusieurs aspects de la vie : communication, technologie, actualités, sexualité, éducation, économie, santé, société, religion et politique. Il devient ainsi un outil socio-relationnel, de conscientisation, d’information, de mobilisation sociopolitique, d’expression socio-identitaire, de liaison entre la diaspora et son pays, de participation aux débats politiques qui ont cours dans d’autres pays africains, etc., au point où dans un de ses discours, le Président de la République a qualifié les jeunes de « génération Android ». C’est d’ailleurs au regard de cet engouement juvénile pour les réseaux sociaux que ce dernier a invité les membres du Gouvernement et autres responsables publics à s’approprier les médias sociaux dans le cadre de la promotion de l’action gouvernementale. S’agissait-il de répondre aux attentes des jeunes? Ou au contraire était-il question de contraindre leurs actions socionumériques? Il reste que depuis l’affaire des faux comptes Facebook et Twitter au nom des personnalités de la République, l’affaire de l’hôpital La Quintini, l’accident d’Eséka, le Bidoung Challenge et le « problème anglophone », on constate une sorte de contre-attaque du Gouvernement à l’égard des réseaux sociaux. Dans ce sens, l’on peut évoquer le discours du Président de l’Assemblée Nationale[5] qui qualifie les réseaux sociaux « de véritables fléaux sociaux » et de « nouvelle forme de terrorisme », dont les utilisateurs sont des « internautes malveillants, félons du cyberespace, qui [les] utilisent pour de la désinformation, la manipulation et l'intoxication des consciences ». L’on peut aussi évoquer les SMS téléphoniques du Ministère des Postes et Télécommunications[6] qui soumettent l’usage des réseaux sociaux au code pénal et à la loi. L’on peut également évoquer la récente coupure de l’internet dans les deux régions anglophones du pays aux prises avec des journées villes mortes[7].

Entre encouragement à utiliser les réseaux sociaux et régulation de cette utilisation, comment se construisent les usages socionumériques des jeunes camerounais? Comment se structurent-ils au regard de l’enchevêtrement de leurs conditions sociotechniques, socioéconomiques et sociopolitiques? Comment définir l’expression identitaire des jeunes camerounais utilisateurs des réseaux socionumériques? Comment se présente la typologie des usages qu’ils font avec ces médias sociaux? Ce sont là autant de questions, non exhaustives, dont l’examen invite à faire appel à une diversité de contributions. Celles-ci peuvent porter sur l’un ou l’un des thèmes ci-dessous, qui sont aussi loin d’être exhaustifs.

Axes thématiques

  • Identité socionumérique, construction identitaire, repli identitaire et identité nationale
  • Accès aux médias socionumériques, leur diffusion, adoption et appropriation
  • Usages des réseaux socionumériques en éducation, politique, économie, santé, etc.
  • Mobilisation, militantisme et revendications sociopolitiques via les réseaux socionumériques
  • Usages des médias sociaux et mutations sociopolitiques et scolaires
  • Sociabilité numérique et médiatique
  • Communautés de pratiques ou d’apprentissage
  • Les réseaux sociaux numériques vus par les politiciens et éducateurs au Cameroun
  • Distance et présence dans l’usage des médias socionumériques
  • Collectivisation et individualisation dans l’usage des médias socionumériques
  • E-réputations : profils, statuts, Like, Commentaires
  • Le soi et autrui sur les réseaux socionumériques
  • Relations sociales réelles au prisme des réseaux socionumériques
  • Politique et religion sur les réseaux sociaux
  • Les amitiés sur les réseaux sociaux
  • Amitié et sexualité sur/via les réseaux sociaux
  • Les interdits et tabous dans l’usage des réseaux sociaux
  • Le communautarisme sur les réseaux sociaux
  • Usages non usages des médias sociaux
  • Vie privée vie publique sur les réseaux sociaux
  • Les échanges sur les réseaux sociaux
  • Genre, âge, origines socioéconomiques et médias sociaux
  • Que cherchent les jeunes sur les réseaux sociaux?
  • Mobiles, facteurs, objets et finalités de la présence sur les réseaux sociaux
  • Effets de masse et effet de quartier en lien avec les réseaux sociaux
  • Addictions aux médias sociaux
  • L’éducation aux médias sociaux

Modalités de soumission

Les propositions de chapitres (titre, résumé et mots-clés, ne dépassant pas 400 mots, + plan provisoire et bibliographie) en Times New Roman, taille 12, format .doc ou .docx, précisant l’auteur, l’affiliation institutionnelle et les coordonnées téléphoniques et électroniques, doivent être adressées en attachement à un courriel, à chacune des deux adresses suivantes : beche.emmanuel@gmail.comzambobelinga@yahoo.fr,

Avant le 31 mai 2017

L’acceptation des propositions sera communiquée par voie électronique le 30 juin 2017 aux auteurs, qui devront envoyer les textes des articles au plus tard le 30 octobre 2017.

Direction scientifique de l'ouvrage

Jeunes et réseaux socionumériques au Cameroun, sous la direction de Joseph Marie Zambo Belinga et Emmanuel Béché 

Références citées

  • Amri M. et Vacaflor N. (2010). Téléphone mobile et expression identitaire : Réflexions sur l’exposition technologique de soi parmi les jeunes. http://lesenjeux.u-grenoble3.fr/2010/Amri-Vacaflor/Amri-Vacaflor.pdf.
  • Béché, E. (juin, 2013). L’Internet en politique au Cameroun : Usages, cyberprésence et enjeux démocratiques. Communication présentée au Colloque international : Les médias en Afrique sub-saharienne et au Maghreb : Formes discursives, publics et enjeux démocratiques, Berne, Suisse, http://hdl.handle.net/2268/151255
  • Coutant A. et Stenger T. (2010). Processus identitaires et ordre de l’interaction sur les réseaux socionumériques. Les Enjeux de l’Information et de la Communication, 1, http://lesenjeux.u-grenoble3.fr/2010/Coutant-Stenger/index.html.
  • Coutant A. et Stenger T. (2011) Les activités quotidiennes des jeunes sur les réseaux socionumériques : Typologie et enjeux. Réel/Virtuel : Enjeux du numérique, 2, http://reelvirtuel.univ-paris1.fr/index.php?/revue-en-ligne/a-coutant---s-thomas/2/
  • Dagnaud M. (2011). Génération Y, les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion. Paris : Les presses de Sciences-po.
  • Ellisen N. et Thierry A. (2011). Réseaux sociaux, numérique et capital social. Entretien réalisé par Thomas Stenger et Alexandre Coutant. Hernès, 59, 21-23.
  • Ferrary M. (2010). Dynamique des réseaux sociaux et stratégies d’encastrement social. Revue d'Économie Industrielle, 129-130, http://rei.revues.org/4153
  • Fluckiger C. (2010). Blogs et réseaux sociaux, outils de la construction identitaire adolescente ? Diversité, 162, p. 38-43.
  • Forsé M. (2008). Définir et analyser les réseaux sociaux. Les enjeux de l'analyse structurale. Informations Sociales, 3(147), 10-19.
  • Gallant N. et Friche C. (2010). Être ici et là-bas tout à la fois : Réseaux sociaux en ligne et espaces d’appartenance chez les jeunes immigrants au Québec. Lien Social et Politiques, 64, 113-124.
  • Granjon F. (2011). Amitiés 2.0. Le lien social sur les sites de réseaux sociaux. Hermès, 1(59), 99-104.
  • Granjon F. et Denouël J. (2010). Exposition de soi et reconnaissance de singularités subjectives sur les sites de réseaux sociaux. Sociologie, 1(1), 25-43.
  • Jouët J. et Pasquier D. (1999). Les jeunes et la culture de l'écran. Enquête nationale auprès des 6- 17 ans. Réseaux, 17(92-93), 25-102.
  • Mercanti-Guerin M. (2010). Facebook, un nouvel outil de campagne : Analyse des réseaux sociaux et marketing politique. La Revue des Sciences de Gestion, 2(242), 17-28.
  • Pinte J.-P. (2010). Vers des réseaux sociaux d’apprentissage en éducation. Les Cahiers Dynamiques, 47, 82-86.
  • Stenger T. (dir) (2015). Digital natives: Culture, génération et consommation. Cormelles-le-Royal : Éditions EMS.
  • Stenger T. et Coutant A. (2013). Médias sociaux : clarification et cartographie. Pour une approche sociotechnique. Décision Marketing, 70, 107-117.

[1] http://www.itu.int/en/ITU-D/Statistics/Documents/facts/ICTFactsFigures2016.pdf

[2] http://lesenjeux.u-grenoble3.fr/2010/Amri-Vacaflor/Amri-Vacaflor.pdf

[3] https://histoiresdecm.com/2016/02/03/etats-des-lieux-dinternet-et-des-reseaux-sociaux-au-cameroun-2016/

[4] https://histoiresdecm.com/2016/02/03/etats-des-lieux-dinternet-et-des-reseaux-sociaux-au-cameroun-2016/

[5] http://www.ticmag.net/cavaye-yeguie-djibril-les-reseaux-sociaux-sont-devenus-au-cameroun-de-veritables-fleaux-sociaux/#.WITWHBvhDIU

[6] https://www.minpostel.gov.cm/index.php?option=com_content&view=article&id=590%3Adeclaration-du-ministre-des-postes-et-telecommunications-dans-le-cadre-de-la-campagne-de-sensibilisation-a-lutilisation-responsable-des-reseaux-sociaux&catid=49%3Aactualites&Itemid=27&lang=fr

[7] http://www.cameroon-info.net/article/cameroun-crise-anglophone-voici-la-preuve-que-le-gouvernement-a-ordonne-la-coupure-dinternet-279891.html

Dates

  • mercredi 31 mai 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • réseaux socionumériques, jeunes, Cameroun,

Contacts

  • Emmanuel Béché
    courriel : beche [dot] emmanuel [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Emmanuel Béché
    courriel : beche [dot] emmanuel [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Jeunes et réseaux socionumériques au Cameroun », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 01 février 2017, http://calenda.org/392379