AccueilQuestionner le tournant créatif : dispositifs, processus et représentations

Questionner le tournant créatif : dispositifs, processus et représentations

Questioning the creative twist - systems, processes and representations

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Publié le jeudi 02 février 2017 par João Fernandes

Résumé

L’objet du colloque est de questionner la référence créative, devenue depuis la fin des années 1990 un des maîtres mots des politiques publiques et des stratégies des entreprises. Mobilisée d’une manière confuse dans diverses sphères sociétales, souvent éloignées, elle est la résultante d’un processus d’affranchissement de la créativité vis-à-vis du champ artistique. L’image consensuelle portée par la référence créative prend appui sur la mobilisation de l’image prestigieuse associée à l’artiste et aux industries culturelles en faisant l’impasse sur l’organisation du travail et sur ses effets négatifs : précarité, individualisation du rapport au travail, renforcement de la compétition, dissolution des collectifs de travail. Comment s’opère ce tournant créatif ? Sur quels mécanismes s’appuie-t-il ? Est-il question d’une nouvelle idéologie ? S’agit-il plutôt d’une incantation pour « ré-enchanter » le travail ? 

Annonce

Argumentaire

Véritables socles des industries culturelles et créatives, tout autant qu’éléments constitutifs de leur définition, la créativité et l’innovation sont sollicitées, convoitées, réclamées au sein de contextes, métiers et secteurs d’activités relevant aussi des filières industrielles traditionnelles. L’extension de la référence créative à diverses sphères sociétales, souvent éloignées, est la résultante d’un processus d’affranchissement de la créativité vis-à-vis du champ artistique (Reckwitz, 2014). Comment s’opère ce tournant créatif ? Sur quels mécanismes s’appuie-t-il ?

L’objet de ce colloque est d’identifier les transformations actuelles du travail et de sa dimension créative dans des contextes différents, en analysant en parallèle les filières des industries culturelles et des mondes de l’art (Becker, 1988), celles des industries créatives et enfin des secteurs productifs traditionnels. Les activités créatives sont sensées être au cœur des métiers, issus du monde de la culture et de celui de « l’économie créative », en s’appuyant sur un rapprochement souvent confus (Bouquillion, Miège, Moeglin, 2013). Il s’agit souvent de masquer les profondes tensions au cœur de l’activité économique. Dans les organisations productives hors du champ des industries créatives, les injonctions créatives viennent se juxtaposer et bousculer les modèles traditionnels d’organisation du travail. Idéalisée, présentée comme un moyen inéluctable de la performance et comme un facteur concurrentiel, la créativité au travail s’inscrit dans un plaidoyer qui sert assurément le discours managérial en participant ainsi au processus d’enchantement de l’activité productive (d’Almeida, 2001). Elle renvoie à la dimension expressive du travail pour laquelle les attentes sont fortes, particulièrement en France (Méda, Vendramin 2016). La référence créative participe-t-elle à l’évolution du contenu et des formes du travail ? Quelles sont les nouvelles compétences recherchées et celles qui y sont réellement mobilisées ? L’incertitude associée aux usages des outils numériques fait porter aux individus et aux collectifs de travail l’obligation d’inventer de nouvelles façons d’interagir. Lesquelles ? Comment émergent-elles ?

La référence créative, devenue depuis la fin des années 1990 un des maîtres mots des politiques publiques et des stratégies des entreprises, est mobilisée d’une manière systématique et confuse : est-il question d’une nouvelle idéologie ? S’agit-il plutôt d’une incantation pour « ré-enchanter » le travail ? L’image consensuelle portée par la référence créative prend appui sur la mobilisation de l’image prestigieuse associée à l’artiste (Heinich, 2005) et aux industries culturelles en faisant l’impasse sur l’organisation du travail et sur ses effets négatifs : précarité, individualisation du rapport au travail, renforcement de la compétition, dissolution des collectifs de travail.

La créativité, au service de l’ensemble de l’économie, se traduit notamment dans les politiques d’aménagement des territoires par la mise en place de quartiers créatifs, clusters industriels et plates-formes d’intermédiation, alors que dans les politiques culturelles par l’encouragement d’une orientation marchande de la culture. Dans l’entreprise, la mise en œuvre de l’injonction créative se traduit par de nouvelles méthodes d’animation de réunions, des ateliers créatifs et de formations au management. L’objectif de cette créativité tant convoitée demeure souvent la quête d’innovation pour se maintenir sur des marchés très concurrentiels. La profusion d’agences de publicité, de consultants en communication, de designers et de coachs créatifs témoigne de l’engouement des entreprises pour ce phénomène.

La réflexion proposée dans cet Appel à communication s'inscrit dans une approche critique qui s’est construite depuis plusieurs années face aux mouvements d’industrialisation et de marchandisation de la culture et de la communication (Miège, 2004 ; Tremblay, 2008 ; Moeglin, 2010), à l’émergence des industries créatives (Garnham, 2005 ; Schlesinger, 2007, Bouquillion, 2012, Poirier, 2014) et face aussi aux inscriptions territoriales de l’injonction créative (Vivant, 2013).

Le présent colloque est le troisième volet d’un questionnement scientifique sur la référence créative, omniprésente dans les discours politiques, économiques et managériaux. Porteuse de multiples promesses, aussi bien dans le monde du travail artistique que dans celui du travail industriel, elle est mobilisée d’une manière assez confuse et comporte des risques multiples, passés souvent sous silence.

Etudier les injonctions à la créativité fut d’abord l’objet d’un colloque qui s’est tenu à Montréal, dans le cadre de l’ACFAS, au mois de mai 2014. Ce fut le premier volet d’un questionnement qui s’est poursuivi lors d’un deuxième colloque, à la Maison des Sciences de l’Homme Ange-Guépin à Nantes, au mois d’avril 2015.

Un réseau de chercheurs issus de différentes disciplines scientifiques (sciences de l’information et de la communication, sociologie, économie, gestion, esthétique et sciences de l’art) s’est structuré autour de l’analyse des injonctions à la créativité en établissant un rapprochement entre industries culturelles et industries créatives d’une part, et monde du travail industriel d’autre part. Les contributions issues de ces échanges fructueux ont fait l’objet d’Actes (Andonova et al., 2014) et d’une publication dans la revue Les Enjeux de l’information et de la communication (Andonova, 2015). Elles demandent à être poursuivies et élargies notamment dans une perspective internationale.

Axes thématiques

Quatre axes sont proposés pour analyser le tournant créatif qui s’opère dans différents domaines des économies contemporaines :

Axe 1 : Le design, pour accompagner la transformation des filières

Axe 2 : Le management de la créativité, la nouvelle marotte des entreprises

Axe 3 : La créativité au travail, revisitée par le numérique

Axe 4 : L’évolution des formations pour développer une "compétence créative"

Les propositions attendues doivent explorer l’une ou plusieurs de ces questions, soit à partir de travaux empiriques permettant d’analyser les dispositifs, les processus et/ou les représentations liés au tournant créatif, soit à partir de réflexions théoriques s’inscrivant dans une approche critique.

Soumission d’une proposition

Toute proposition de communication devra être envoyée au plus tard le 15 février 2017, aux deux adresses suivantes : yanita.andonova@gmail.com et anne-france.kogan@univ-rennes2.fr

L’objet du courriel sera intitulé : « Proposition colloque Varna 2017 »

Les propositions de communication feront l’objet d’une évaluation en « double aveugle » par les membres du comité scientifique. Elles devront être rédigées en français ou en anglais et comporteront les éléments suivants :

Première page

  • titre de la communication
  • résumé (15 lignes maximum) en format Times New Roman, caractère 12, interligne simple
  • 5 mots-clés
  • nom et prénom du/des auteur(s), institution de rattachement, adresse postale, numéro de téléphone, courrier électronique

Pages suivantes (anonymes)

  • le texte de la proposition (hors bibliographie) doit comporter 8 000 caractères, espaces compris, en Times New Roman, caractère 12, interligne simple. Y seront clairement exposés : le sujet de la proposition et son adéquation avec la thématique du colloque, la problématique, les cadres théorique et méthodologique, le terrain et les principaux résultats de l’analyse
  • un plan de communication
  • une bibliographie

Calendrier

  • Date limite d’envoi des propositions: 15 février 2017

  • Décision du comité scientifique : 31 mars 2017
  • Programme définitif du colloque: 15 avril 2017
  • Tenue du colloque : 7-9 juin 2017 

Responsables scientifiques

  • Yanita ANDONOVA, LabSIC, Université Paris 13
  • Anne-France KOGAN, PREFIcs, Université Rennes 2

Comité d’organisation

  • Yanita ANDONOVA, LabSIC, Université Paris 13
  • Philippe Bouquillion, LabSIC, Université Paris 13
  • Tania DABEVA, Université d’économie de Varna (Bulgarie)
  • Anne-France KOGAN, PREFIcs, Université Rennes 2
  • Emmanuelle Savignac, CERLIS, Université Paris 3 

Comité scientifique

  • Chambat-Houillon Marie-France, CEISME, Université Paris 3
  • Constantopoulou Christiana, Université Panteion (Grèce)
  • D’Almeida Nicole, GRIPIC, Université Paris-Sorbonne
  • Dabeva Tania, Université d’économie de Varna (Bulgarie)
  • Fourmentraux Jean-Paul, EHESS, Université Aix-Marseille
  • Jeantet Aurélie, Laboratoire Travail et Mobilités, Université Paris 3
  • Krastanova Krassimira, Université de Plovdiv (Bulgarie)
  • Krasteva Anna, Nouvelle Université Bulgare de Sofia (Bulgarie)
  • Legendre Bertrand, LabSIC, Universités Paris 13
  • Lénel Pierre, LISE, Conservatoire national des arts et métiers
  • Lucchini Françoise, IDEES, Université de Rouen
  • Miguel de Bustos Juan Carlos, CRICIS, Université du Pays Basque (Espagne)
  • Moeglin Pierre, LabSIC, Université Paris 13 / Institut Universitaire de France
  • Petit Laurent, GRIPIC, Université Paris-Sorbonne
  • Poirier Christian, Centre Urbanisation Culture Société, INRS (Canada)
  • Rouet Gilles, LAREQUOI, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
  • Thévenin Olivier, CERLIS, Université Paris 3
  • Tremblay Gaëtan, GRICIS, Université du Québec à Montréal (Canada)
  • Vacher Béatrice, MICA, Ecole des Mines d’Albi
  • Vivant Elsa, LATTS, Université Paris-Est Marne-la-Vallée
  • Vovou Ioanna, CEISME, Université de Panteion (Grèce)
  • Wilhelm Carsten, CRESAT, Université de Haute Alsace

Lieux

  • Université d'économie de Varna (Bulgarie)
    Varna, Bulgarie

Dates

  • mercredi 15 février 2017

Mots-clés

  • travail, créativité, industrie culturelle, communication des organisations, numérique

Contacts

  • Yanita Andonova
    courriel : yanita [dot] andonova [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Yanita Andonova
    courriel : yanita [dot] andonova [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Questionner le tournant créatif : dispositifs, processus et représentations », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 02 février 2017, http://calenda.org/392736