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La réforme religieuse, la démocratie chrétienne et l’islam politique

Religious reform, Christian democracy and political Islam - comparisons, debate and prospection

Comparaisons, débat et prospection

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Publié le mardi 07 février 2017 par João Fernandes

Résumé

Cette année coïncide avec le cinquième centenaire du mouvement religieux réformateur (octobre 1517-octobre 2017) initié en Europe par le théologien allemand Martin Luther et qui avait eu progressivement un important impact en dehors de son pays d’origine. Pourtant, quelques siècles après, ces reformes accompagnées par de multiples changements, restent d’une grande  actualité. Le monde arabo-musulman a connu lui aussi d’importantes expériences initiées par des mouvements réformateurs et ce depuis la fin du 18ème siècle. Dans le sillage de ces efforts réformistes, sont nés des mouvements (groupes) politiques qui se considèrent comme étant un prolongement de cet héritage réformiste et qu’ils essaient, dans un effort de se constituer une légitimité, de le mobiliser  et de se l’approprier.

Annonce

Tunis, 18-19-20 Mai 2017

Dans le cadre de ses activités, le Centre Arabe des Recherches et de l’Etude des Politiques. Tunis organise en partenariat avec l’Institut MagDe un colloque scientifique international sur : « La réforme religieuse, la démocratie chrétienne et l’islam politique. Comparaisons, débat et prospection »

L’Argumentaire

Cette année coïncide avec le cinquième centenaire du mouvement religieux réformateur (octobre 1517-octobre 2017) initié en Europe par le théologien allemand Martin Luther et qui avait eu progressivement un important impact en dehors de son pays d’origine. Pourtant, quelques siècles après, ces reformes accompagnées par de multiples changements, restent d’une grande actualité, inspirant les uns et les autres d’autant qu’elles se sont fondées sur la réduction de la prédominance du droit canonique ainsi que sur la différenciation-dissociation de la sphère du sacré de celle du profane et se sont attelées à mettre fin à l’intercession, à l’instrumentalisation et à l’hégémonie. Autant de champs investis par l’Eglise des siècles durant.

 Nul doute ne persiste quant à considérer que ces réformes reposant sur une nouvelle approche, celle de Sola fides, ou le salut par la foi seule, ont constitué une véritable révolution religieuse qui a pu se soustraire de l’impasse théologique scolastique et de la logique commerciale de l’église pour l’achat de l’absolution et du salut. Une révolution déclenchée par Luther et tout un groupe de précurseurs théologiens réformistes tels Jean Calvin, Huldreich Zwingli, qui au prix d‘un fort tribut de souffrances (la guerre de trente ans 1618/1648) a fait entrer, à des rythmes différents, les sociétés occidentales dans le siècle des lumières et de la modernité politique. 

Ces réformes contribueront à la naissance d’une éthique sociale prônant la dignité humaine, la tolérance, l’égalité, la responsabilité, la liberté de la conscience. Naissance coïncidant avec les grandes transformations que connaitra l’Europe avec l’industrialisation et l’urbanisation massive et qui poseront avec acuité la question sociale. C’est dans ce contexte, qui s’est procuré difficilement sa légitimité croissante, que sont nés les partis de la démocratie chrétienne parmi les cercles protestants et catholiques, (en Italie, en France, en Allemagne, en Autriche, en Suisse…) et qui participeront activement dans la vie politique.

Malgré les différences contextuelles majeures entre les deux espaces européen et arabe, la réforme religieuse demeure une revendication grandissante en « Terre d’Islam », quand bien même quelques voix appellent à un post-réformisme et à relativiser cette reforme au vu de ses entrées multiples surtout si l’on conjugue d’autres facteurs importants tels que le poids de l’Etat national, l’impact du modèle de développement politico-économique et culturel, la question de l’éducation, la loi...Etc.

Le monde arabo-musulman a connu lui aussi d’importantes expériences initiées par des mouvements réformateurs (Khaireddine, Mouhamed Abda, Rachid Ridha, Chekib Arslan, Jameleddine al-afghani…) et ce depuis la fin du 18ème siècle. Efforts, qui durant un peu plus de deux siècles, se sont déployés à présenter des visons et des réformes proclamant le retour aux sources et appelant, diversement, à s’adapter à la modernité. Il y avait aussi d’autres projets de réforme qui se ressourçaient eux essentiellement dans la culture et les valeurs occidentales. Pourtant, deux siècles après, on peut affirmer que ce qui a été réalise sur ce plan reste assez mince et très limité. Mieux encore, d’aucuns affirment que l’on assiste à une régression par rapport à l’époque citée. Régression d’autant plus renforcée qu’elle s’accompagne d’un confessionnalisme recroquevillé, d’un repli identitaire, d’un esprit confessionnel jusqu’au-boutiste accusant l’« autre » d’apostasie et d’abjuration.

Dans le sillage de ces efforts réformistes, sont nés des mouvements (groupes) politiques qui se considèrent comme étant un prolongement de cet héritage réformiste et qu’ils essaient, dans un effort de se constituer une légitimité, de le mobiliser et de se l’approprier. Alors que la question du religieux/politique dans la civilisation islamique ait toujours été victime d’un épuisant imaginaire qui perturbait l’organisation politique des collectivités nationales ; l’islam politique dans ses diverses formes et expressions ne cesse de s’affirmer comme étant une réalité indéniable. Réalité qui s’affirme encore plus suite aux soulèvements et révolutions arabes, avec l’arrivée au pouvoir, par les urnes, de quelques partis islamistes tels les frères musulmans en Egypte, le mouvement nahdha en Tunisie, ou d’autres en Turquie, au Maroc et au sud-est asiatique. Autant d’événements majeurs qui remettent en question, encore une fois, le rapport problématique et complexe entre le religieux et le politique alors que toute la région passe par des changements structurels et géopolitiques profonds. Complexité aggravée d’autant plus que le dualisme religion-pouvoir, la réconciliation des partis islamistes avec la démocratie, avec l’Etat civil et les droits de l’homme, restent de vraies sources de souci et de tension.

Pour toutes ces raisons le besoin est vital de procéder à l’analyse et à l’étude comparée des développements des partis de l’islam politique dans le monde arabo-musulman et ceux des partis de la démocratie chrétienne dans le monde occidental, et ce dans leurs contextes historiques tout en posant la question de développement-modernisation de l’action politique sous deux angles. Le premier celui de la réforme religieuse et le second a trait à la saisie des changements et évolutions des pratiques politiques des fideles croyants[1]. Toutefois, ce colloque ne se restreindra pas à une comparaison historique de la réforme menée dans les deux religions. Il faut qu’il y ait un effort plus profond destiné à saisir l’évolution de la réforme et d’en découvrir les impacts actuels sur l’action politique et sociale et surtout connaitre son impact dynamique sur le processus démocratique en général.

Axes thématiques

À cette fin, seront soulevés les trois axes thématiques suivants :

Premier axe : la réforme religieuse

Quels étaient les principes de base des reformes religieuses que l’Europe a connues et quels étaient les impacts sur les rapports entre le pouvoir politique et l’Eglise ? Quels en étaient les facteurs favorables durant les différentes phases (nouveaux modes de production, Etat/nation, processus de laïcité, etc.) ? Ces reformes, malgré leur importance, ne seraient-elles pas un retour au fondamentalisme chrétien ? Quels échos et impacts auraient-elles au niveau des projets de reforme religieuse dans le monde musulman ? Comment ces conditions contribueraient-elles à l’apparition de la démocratie chrétienne ?

Deuxième axe : la démocratie chrétienne

Quelles étaient les conditions historiques, sociétales et théoriques qui ont contribué à l’apparition et à la formation des partis de la démocratie chrétienne ? Quelles sont les bases de leur légitimité (référentiel, prestation, rapports actuels avec l’Eglise…) ? Quelles attitudes avaient ces partis concernant la question religieuse (sont-ils le bras laïque de l’Eglise ou de purs partis politiques) ? Comment ces partis ont-ils participé à l’ancrage et à la consolidation des valeurs de la démocratie et du libéralisme et réussir à nouer des pactes avec la gauche et avec la droite ? Quelles étaient leurs contributions à l’enrichissement des idées et du paysage politiques ? Mais aussi quelles étaient les crises et les désenchantements de leurs parcours ? Créer de tels partis ne présuppose-t-il pas la mention de la laïcité dans la constitution ? Comment ces partis ont-ils réussi leur adaptation à une réalité laïque ? Quelles étaient leurs réponses face à la mondialisation et aux contraintes de l’Etat civil ? Les partis islamistes peuvent-ils s’en inspirer ?

Troisième axe : l’islam politique

Quels sont les niveaux de comparaison possibles entre les partis de la démocratie chrétienne et ceux de l’islam politique (les valeurs, l’approche analytique et interprétative, le référentiel et l’arrière-fond religieux) ? y-a-t-il contraste et opposition entre naissance de partis islamistes et les valeurs de la modernité politique (l’Etat civil, la citoyenneté responsable, le multipartisme, la libre adhésion aux idées et croyances…) ? Les partis de l’islam politique peuvent-ils adopter une « laïcité croyante » et adhérer pleinement à l’action politique dont les substrats solides sont l’Etat de citoyens et la démocratie ? Comment comprendre l’appréhension, l’inquiétude et l’hésitation qu’éprouvent les « partis religieux » dans le monde arabe, en face de la laïcité ? Quelles sont les chances que les partis islamistes s’inscrivent dans une dynamique de réforme religieuse interagissant avec les sciences religieuses-légales (les principes de la jurisprudence, de l’interprétation et de l’exégèse les finalités sociales de la loi islamique) en vue de la création d’une plate forme intellectuelle à même de créer une nouvelle pensée politique ? Si tel est le cas, quelles places et priorités seraient accordées aux valeurs de la liberté, l’égalité, la responsabilité, la citoyenneté ? Peut-on parler d’un islam démocrate ?...Etc.

Autant de questions et de problématiques que ce colloque va débattre, analyser et élucider en faisant appel aux approches multidisciplinaires à même de découvrir l’étendue des changements et la complexité de la question de la réforme religieuse.

Comité scientifique

  • Anaya Ezzedine : Professeur à l’Université de Sapienza de Rome, et à l’Université l’Orientale de Napoli, spécialiste des études islamiques et des religions comparées.
  • Ben Abdejjalil Moncef : Professeur de civilisation arabe, doyen de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse – Université de Sousse.
  • Kchaou Mounir : Professeur d’enseignement supérieur et chercheur en philosophie à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis – Université de Tunis.
  • Ennaifer Hmida : Professeur et chercheur à l’Université Zitouna, spécialiste de l’Islam et de la pensée islamique.
  • Bouhlel Mohamed : Professeur de civilisation arabe à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse – Université de Sousse.
  • Allani Habib : Professeur et chercheur en histoire islamique – Directeur du Centre des Etudes Islamiques du Kairouan, Université de Kairouan.
  • Maatoug Faraj : Maître de conférence et historien chercheur à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis – Université de Tunis.
  • Mabrouk Mehdi : Maître de conférence et sociologue chercheur à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis – Université de Tunis.
  • Ayari Adel : Maître assistant, sociologue et chercheur en sociologie des entreprises.
  • Drissi Mehrez : Docteur en sciences de l’éducation et expert en orientation universitaire.

Dates 

  • Date du colloque : 18-19-20 Mai 2017 à Tunis
  • Date limite de l’envoi des résumés : 28 Février 2017

  • Notification des résultats des évaluations : 07 Mars 2017
  • Date limite de soumission du texte final (full paper) : 30 Avril 2017

Conditions de participation

Remplir la fiche d’inscription ci-jointe ou disponible sur www.carep.tn

Envoi des projets de communication :

  • Remplir la fiche de participation (disponible sur www.carep.tn)
  • Envoi des résumés :

Envoi des résumés : La soumission de résumé doit comporter : un titre, un résumé de 500 à 700 mots, incluant la problématique soulevée, la méthodologie de recherche et les principales idées, 05 mots clés, une bibliographie sommaire. Tout en respectant les conditions scientifiques de la rédaction, de la saisie des notes de bas de page et de la bibliographie, (consulter : www.carep.tn ou www.dohainstitute.org)

  • Le texte final (full paper) : de 5000 à 7000 au maximum Pour le résumé et le texte final :
  • Caractère de l’écriture : Times New Roman 12 pour le français et l’anglais, et Sakkal Majalla 14 pour l’arabe.
  • Langues du colloque : Arabe – Français - Anglais. 
  • Ne pouvant être accepté tout article déjà publié ou ayant participé à un autre événement scientifique.

Les soumissions doivent être envoyées à l’adresse électronique suivante : actscientific@carep.tn

Informations générales

1- Le Centre Arabe des Recherches et de l’Etude des Politiques (CAREP) prendra en charge :

  • transfert hôtel-aéroport-hôtel,
  • hébergement en pension complète pour 3 nuitées pour les participants résidant à l’étranger.
  • hébergement en pension complète pour 2 nuitées pour les participants résidant en Tunisie.
  • En cas de nécessité le CAREP offrira un billet d’avion électronique aller-retour pour les participants résidant à l’étranger.

2- Tous les extras (téléphone, boissons, nuitée supplémentaire etc.) sont à la charge du participant.

Publication

Les travaux de ce colloque seront publiés ultérieurement.

Pour toute information, veuillez contacter :actscientific@carep.tn

Ou

(00216) 23 470 863 / (00216) 70 147 384

Notes

[1] Olivier ROY (2005), la laïcité face à l’Islam, Stock.

Lieux

  • 10 rue Tanit Notredame
    Tunis, Tunisie (1082)

Dates

  • mardi 28 février 2017

Mots-clés

  • réforme religieuse, démocratie chrétienne, Islam, politique

Contacts

  • Henda Ghribi
    courriel : carep [dot] tn [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Henda Ghribi
    courriel : carep [dot] tn [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La réforme religieuse, la démocratie chrétienne et l’islam politique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 07 février 2017, http://calenda.org/393656