AccueilFormer à l’aménagement et l’urbanisme : enjeux épistémologiques et pédagogiques

Former à l’aménagement et l’urbanisme : enjeux épistémologiques et pédagogiques

Training in city planning - epistemological and pedagogical issues

Revue « Territoire en mouvement »

Territoire en mouvement journal

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Publié le mardi 14 février 2017 par João Fernandes

Résumé

Trente après la création des associations européenne et française réunissant les écoles d’aménagement et d’urbanisme, ce numéro de la revue Territoire en mouvement propose d’appréhender la diversité des enjeux épistémologiques et pédagogiques de la formation aux métiers de l’aménagement et de l’urbanisme. Cette proposition s’inscrit à la suite de débats internationaux, notamment ceux accueillis dans le Journal of Planning Education and Research ou Planning Educationou encore à la suite du colloque Champ libre ? L’aménagement et l’urbanisme à l’épreuve des cadres théoriquesdont une partie des échanges a porté sur l’enseignement.

Annonce

Argumentaire

Dans ce numéro, les articles pourront, par exemple, s’inscrire dans l’un des trois axes suivants : perspectives historiques, perspectives théoriques et épistémologiques et perspectives pédagogiques

  • Axe 1. Perspectives historiques

Par rapport à la géographie, l’enseignement de l’aménagement et de l’urbanisme est relativement récent. En Grande-Bretagne, l’Université de Liverpool met en place le premier Institut universitaire dédié aux questions d’aménagement en 1909. Du côté de la France, le vote de la loi Cornudet instaure les premiers plans d’urbanisme et entraîne la création d’un Institut des Hautes études urbaines en 1919. Rattaché à la Sorbonne, celui-ci devient en 1924 l’Institut d’Urbanisme de l’Université de Paris (IUUP). Rattaché en 1972, à l’Université nouvelle Paris XII – Val-de-Marne, l’Institut d’Urbanisme de Paris (IUP) va dominer pendant plusieurs décennies la formation des urbanistes français. De l’autre côté de l’Atlantique, aux États-Unis, le premier programme universitaire dédié au City and Regional Planning est créé à l’Université de Harvard en 1923. Le Massachusetts Institute of Technology suit en 1932. Et, en 1941, c’est au tour de l’Université de Washington à Seattle, en 1945 à Columbia University à New York et à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign, non loin de Chicago.

Le boom économique et démographique que connaît le monde occidental dans les années 1960 entraîne un important mouvement d’urbanisation. De nouveaux instituts se créent pour former les professionnels du développement urbain qui vont donner forme à ce processus. On constate alors un mouvement de décentralisation de ces institutions universitaires. En France, après les événements de mai 1968, la loi Faure va ouvrir le paysage universitaire en favorisant l’autonomie des universités. La suppression des anciennes facultés permet le développement de l’interdisciplinarité avec comme conséquence l’émergence de nouvelles formations et institutions.

En 1969, se créent : à Aix-en-Provence, l’Institut d’Aménagement Régional (IAR), devenu ensuite Institut d’Urbanisme et d’Aménagement Régional (IUAR) ; à Tours, un Centre d'Études Supérieures d'Aménagement (CESA), devenu un département de PolyTech Tours ; et à Grenoble, l’UER d'urbanisation et d'aménagement (devenu Institut d’Urbanisme de Grenoble). En 1971, un Institut d’Aménagement des Territoires, d’Environnement et d’Urbanisme (IATEUR) est créé dans l’Université de Reims...

En région parisienne, l’année universitaire 1968-1969 voit la création du « Département d’urbanisme du Centre Universitaire Expérimental de Vincennes », qui devient ensuite l’Institut Français d’Urbanisme (IFU), rattaché à l’Université Paris-Est Marne la Vallée, et d’un cycle d’urbanisme (aujourd’hui Master) à Sciences-Po Paris. A partir de 1986, des Magistères en aménagement sont créés dans les universités (Paris 1, Paris 4, Tours…). En 2015, l’Institut Français d’Urbanisme fusionne avec l’Institut d’Urbanisme de Paris (IUP, Université Paris XII), pour devenir l’École d’Urbanisme de Paris (EUP).

Parallèlement à la structuration des formations se sont mis en place des réseaux et organisations professionnelles. Dans la plupart des pays européens, des associations nationales ont émergé dans l’entre-deux guerres (1911, SFU en France ; 1914, RTPI au Royaume Uni ; 1923 TUP en Pologne…). Une association Internationale des Urbanistes (aujourd’hui ISOCARP) existe depuis 1965 et réunit essentiellement des membres individuels. Depuis 1969, l’Association of Collegiate Schools of Planning (ACSP) rassemble l’ensemble des acteurs universitaires américains. En France, l'Association pour la Promotion de l'Enseignement et de la Recherche en Aménagement et Urbanisme (APERAU) est créée en 1984. Elle réunit alors les six institutions offrant des formations en urbanisme et aménagement sur une base pluridisciplinaire. De même qu’en Amérique du Nord, un des objectifs est de « répondre à des critiques formulées dans les milieux professionnels sur la qualité de la formation en urbanisme et aménagement » (site web APERAU). En 1985, un Conseil Européen des Urbanistes (ECTP-CEU) est créé pour fédérer les organisations professionnelles. En 1987, l’Association of European Schools of Planning (AESOP) voit le jour avec l’ambition de réunir en réseau les écoles européennes.

Par ailleurs, dans le contexte universitaire français, la reconnaissance du champ disciplinaire passe aussi par le Conseil National des Universités (CNU), organisé en sections. Une section (24ème) dédiée à l’« aménagement de l’espace, urbanisme » est établie dans les années 1980. C’est un lieu de débat sur le corpus scientifique du champ notamment lorsqu’il s’agit de délivrer les qualifications aux fonctions de Maître de conférences ou Professeur des Universités.

Depuis leur origine, les formations en urbanisme sont caractérisées par des liens étroits avec le monde professionnel et ses représentants. Ceci a des conséquences importantes sur la construction du champ.

Nous attendons en particulier des contributions en lien avec les sujets suivants :

- L’histoire des structures d’enseignement ;

- L’histoire des organisations universitaires (CNU, APERAU, AESOP...) ;

- L’histoire et liens avec les organisations professionnelles (SFU, CFDU, OPQU,...).

  • Axe 2. Perspectives théoriques et épistémologiques

Discipline née au vingtième siècle, « l’urbanisme et les études urbaines se sont constitués de façon totalement différente des savoirs disciplinaires comme la géographie, alors même qu’ils ont en commun (comme l’architecture) le rapport à l’espace. » (Scherrer, 2010 : 187). Par conséquent, l’urbanisme correspond ainsi à une grande ouverture pluridisciplinaire, ce qui conduit Daniel Pinson à le présenter comme une discipline indisciplinée (Pinson, 2003) ou comme la rencontre de plusieurs traditions disciplinaires qui se retrouveraient autour des logiques de connaissance et de projets : « la connaissance des territoires et l’invention de projets font sans doute partie de cette identité qui le distingue à la fois de la tradition analytique de la géographie et des autres sciences sociales et humaines (campées sur une connaissance du monde réel qui ne prend que rarement le risque de la prospective) et de la tradition artistique ou technique de l’architecture et du génie civil (la première ramène l’humain à la personne de celui qui crée une œuvre d’art, le second le réduit à la performance technique de celui qui invente un ouvrage d’art) » (Pinson, 2004: 9).

Dans la seconde moitié du vingtième siècle, l’urbanisme-aménagement voit d’une part, la mise en place de corpus théoriques « propres » (ex. planning theory) et d’autre part, des remises en cause profondes des premières bases jetées dans l’entre-deux-guerres, comme l’urbanisme fonctionnaliste. Cela entraîne des glissements rapides et des dialogues interdisciplinaires nouveaux ou renouvelés (science politique, économie…). Les changements géopolitiques amènent l’émergence d’échelles d’intervention élargies (européenne, continentale, mondiale) et de nouveaux acteurs (Union européenne, Nations Unies…). Ces derniers assignent à l’aménagement de nouveaux objectifs (compétitivité territoriale, changement climatique, transition énergétique…), de nouvelles notions (durabilité,  résilience…) ou encore de nouveaux outils (‘smart city’) qui appellent des réponses théoriques et épistémologiques.

Nous attendons en particulier des contributions en lien avec les sujets suivants :

- La structuration scientifique du champ ;

- Les corpus scientifiques, notamment le champ des théories de la planification ;

- La construction des savoirs entre théorie et pratique ;

- Les enjeux de l’interdisciplinarité et du rapport aux disciplines voisines (géographie, architecture, études urbaines…) ;

- Les évolutions liées au développement de la ville numérique.

  • Axe 3. Perspectives pédagogiques

La structuration de formations en aménagement correspond d’abord à l’apprentissage de pratiques professionnelles qui sont en lien avec la demande sociale (Scherrer, 2010). Franck Scherrer note la tension qui peut exister entre l’assujettissement à l’action et le refus de l’utilitarisme (Scherrer, 2010 : 187). L’enseignement de l’aménagement et de l’urbanisme permet donc la rencontre entre des savoirs professionnels construits autour de la pratique du projet, et de savoirs universitaires organisés autour des objets que sont la ville et l’action collective.

La dimension pluridisciplinaire et le rapport à l’action vont créer les conditions d’une grande diversité de pratiques pédagogiques marquées par l’organisation d’ateliers qui mettent les étudiants en situation de réponse à une commande professionnelle (réelle ou fictive), la réalisation de stage en milieu professionnelle ou encore la réalisation de mémoires dont les objectifs peuvent souvent s’éloigner des canons traditionnels du monde universitaire.

Nous attendons en particulier des contributions en lien avec les sujets suivants :

- Le rôle des théories dans l’enseignement de l’aménagement, notamment par l’usage de corpus particuliers ou de travaux marquants ;

- La pratique de l’interdisciplinarité ;

- La place et les liens avec la pratique professionnelle, notamment le rôle des ateliers sur commande, des stages en milieu professionnel ou encore de formations en alternance ;

- Les objets d’enseignement, notamment leurs articulations et les évolutions dans le temps ;

- L’enseignement de l'aménagement et de l’urbanisme en dehors de l’enseignement supérieur, notamment dans le secondaire dans le cadre des enseignements de géographie ;

- L’internationalisation des formations.

Informations aux auteurs

Un article publié dans la revue Territoire en Mouvement ne dépasse pas 50 000 signes (espaces compris) et est rédigé selon le respect des consignes de la note aux auteurs de la revue (http://tem.revues.org/1379). Les modalités d’envoi des différents formats de fichiers doivent aussi être respectés (se conformer aux informations de la note aux auteurs : http://tem.revues.org/1379). Les articles sont évalués en double aveugle.

Pour information, la revue Territoire en Mouvement comprend une rubrique Pré-publication qui propose au fil de l’eau, des articles acceptés pour publication par le comité de rédaction, dans l'attente de leur insertion dans un numéro thématique selon la programmation de la revue et l'avancement des travaux du comité de rédaction pour finaliser la publication des numéros thématiques.

La revue Territoire en Mouvement est notamment indexée dans SCOPUS et le DOAJ, référencée par le HCERES pour le domaine géographie, aménagement-urbanisme et architecture.

Contacts

Les articles doivent être envoyés à Nicolas Douay (nicolas.douay@gmail.com) et Maryvonne Prévot (prevot.maryvonne@neuf.fr

au plus tard le lundi 22 mai 2017.

Les articles peuvent être rédigés en français ou en anglais.

Calendrier

  • Date limite pour l’envoi des articles : 22 mai 2017
  • Date de publication prévisionnelle : 2018

Responsables du numéro

  • Nicolas DOUAY, Maître de Conférences HDR en Urbanisme, Université Paris-Diderot, UMR 8504 Géographie-Cités
  • Anna GEPPERT, Professeur des Universités en Urbanisme, Université Paris-Sorbonne, UMR 8185ENeC
  • Caroline LEININGER-FRÉZAL, Maître de Conférences en Géographie, Agrégée de Géographie, Université Paris-Diderot, Laboratoire de Didactique André Revuz EA 4434
  • Maryvonne PRÉVOT, Maître de Conférences HDR en Urbanisme, Agrégée d’Histoire, Université de Lille, TVES EA4477

Lieux

  • Université de Lille
    Lille, France (59655 CEDEX)

Dates

  • lundi 22 mai 2017

Mots-clés

  • aménagement, urbanisme, enseignement, épistémologie, histoire, théorie

Contacts

  • Nicolas Douay
    courriel : nicolas [dot] douay [at] gmail [dot] com
  • Maryvonne Prevot
    courriel : prevot [dot] maryvonne [at] neuf [dot] fr

Source de l'information

  • Philippe Deboudt
    courriel : philippe [dot] deboudt [at] univ-lille1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Former à l’aménagement et l’urbanisme : enjeux épistémologiques et pédagogiques », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 14 février 2017, http://calenda.org/394149