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Corps, espace, pouvoir

Bodies, space and power

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Publié le lundi 20 février 2017 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Quels rapports de pouvoir articulent le corps et l’espace ? Comment le corps est-il façonné par le pouvoir ? Comment le pouvoir sur l’espace se répercute-t-il sur les pratiques corporelles ? Cette journée d’études interdisciplinaires (géographie, histoire, STAPS, sociologie, et plus généralement Sciences humaines et sociales) interrogera les liens qui peuvent unir corps, espace et pouvoir. Elle sera l’occasion de faire un bilan sur ces questions et, peut-être, de pousser plus loin les questionnements à travers plusieurs études de cas.

Annonce

Argument

D’un côté, le « tournant spatial » à l’œuvre dans les sciences sociales dote l’espace d’une dimension culturelle : il n’est plus une surface neutre mais l’étendue perçue par les hommes et construite par eux (G. Di Méo). Par un autre côté, le corps a perdu son caractère d’évidence naturelle : la psychanalyse le révèle morcelé, l’histoire et la géographie font la chronique de ses usages, l’anthropologie ou la sociologie celle de sa disparition, disséminé dans ses différentes constructions. L’un et l’autre ne sont plus nature mais culture selon un mouvement beaucoup plus vaste qui les unifie en un champ proprement humain où ne règnent plus les forces naturelles, mais le pouvoir. Corps, espace, pouvoir donc : l’articulation s’impose et, en faisant varier la notion dominante, le trio se reconfigure selon trois axes.

Le corps dans l’espace du pouvoir. Alors que dans les régimes modernes le pouvoir semble devoir se désincarner (Cl. Lefort), on assiste depuis plusieurs années à une résurgence des interrogations autour des phénomènes charismatiques, de la question du chef et de son apparence ou encore des symboles de l’autorité. Ce mystère de l’incarnation suppose d’être interrogé selon deux versants, celui d’une incorporation d’un pouvoir déjà-là (intériorisation des normes, apparence codifiée par les insignes) et celui d’une expression neuve du pouvoir par le biais d’une présentation de soi innovante (gestes, paroles, attitudes). Nous souhaiterions néanmoins redoubler cette interrogation par une perspective collective, tant les récents mouvements de rassemblement ou d’occupation de l’espace reformulent le fonctionnement classique des manifestations. Affirmant essentiellement le droit à apparaître (J. Butler), ils doivent nous conduire à ressaisir, dans des contextes ou des situations peu familiers, la mise en visibilité des corps habituellement masqués et disqualifiés dans les rassemblements collectifs, ainsi que les effets symboliques de tels rassemblements sur l’espace.

Le corps comme espace du pouvoir. Par ailleurs, le corps lui-même est un espace sur lequel vient mordre le pouvoir. Cette dimension sera étudiée sous l’angle de la domination et de l’émancipation. Domination : le corps est soumis à un certain nombre de marquages à fonction symbolique ou utilitaire (scarifications, tatouages et autres blessures ou bien signes distinguant les esclaves, les bagnards ou toute autre population marginalisée) dans les sociétés, traditionnelles et modernes, qui organisent et signalent la discipline des corps soumis au pouvoir. Nous souhaiterions également observer son émancipation: ces sévices peuvent aussi servir à affirmer un pouvoir plus grand encore que celui imposé depuis l’extérieur par les autres. Cet homme qui subit sans bruit les pires tortures, ce philosophe qui crache sa langue au tyran, cet autre qui se retire dans sa citadelle intérieure devant la mort imminente, cet artiste ou ce sportif qui fait de son corps une arme  ; à divers degrés, tous affirment, en se réappropriant leur corps, leur pleine souveraineté qu’on a qualifié différemment selon les époques, ataraxie ou tranquillité précédemment, esthétique de l’existence (M. Foucault) ou désœuvrement (G. Agamben) plus récemment.

Pouvoir sur l’espace, pouvoir sur les corps. On voudrait enfin interroger en deux temps le rapport entre façonnement de l’espace et façonnement des corps. Il s’agira en effet d’éclairer la productivité du pouvoir sur l’espace en tant qu’elle constitue à la fois une discipline pour les corps et une ressource pour les acteurs. D’abord, plutôt que d’étudier certains lieux du pouvoir (la prison, l’asile, le camp) comme paradigmes d’analyse sociale, on voudrait surtout déplacer le débat en s’intéressant aux formes de production des corps permises par la production de l’espace, en s’intéressant aux contraintes (frontières, filtrages, check-points) ou aux pratiques imposées par la forme de l’environnement (modulor, espace défendable). Malgré tout, le corps comme l’espace interagissent selon des négociations permanentes on voudrait faire ressortir les dérobades auxquelles l’espace se prête, l’ironie, l’évitement, ou encore les « pratiques microbiennes » (M. de Certeau) qui permettent aux acteurs sinon de déjouer toujours les dispositifs de domination, du moins de faire avec.

Modalités de soummission

Les intervenants seront invités à s’exprimer et à présenter des cas susceptibles de nourrir l’une ou l’autre thématique pendant quinze minutes, suivies d’une dizaine de minutes de questions et d’échanges.

Un résumé d’une page au maximum de la communication proposée est à envoyer

avant le 20 avril 2017

  • Une notification d’acceptation ou de refus des propositions sera délivrée le 1er juin 2017.
  • La journée se déroulera sur le vendredi 20 octobre sur le campus de Champ sur Marne.

Comité scientifique et d'organisation

  • Vincent Azoulay (professeur d'histoire antique)
  • Louis Baldasseroni (doctorant)
  • Antoine Chabod (doctorant)
  • Hugo Chausserie-Laprée (doctorant)
  • Cécile Collinet (professeur de sociologie)
  • Paul Cournarie (doctorant)
  • Thierry Guillope (doctorant)
  • Romain Gustiaux (doctorant)
  • Paul Leucat (doctorant histoire contemporaine)
  • Coralie Lessard (doctorant)
  • Corine Maitte (professeur d'histoire moderne)
  • Maxime Martignon (doctorant)
  • Loic Vadelorge (professeur d'histoire contemporaine)
  • Serge Weber (professeur de géographie)

Lieux

  • Bois de l'Etang - 5 boulevard Descartes
    Champs-sur-Marne, France (77)

Dates

  • jeudi 20 avril 2017

Mots-clés

  • corps, domination, pouvoir, espace, charisme, évitement, émancipation, manifestation, visibilité

Contacts

  • Maxime Martignon
    courriel : maxime [dot] martignon [at] hotmail [dot] fr
  • Louis Baldasseroni
    courriel : louis [dot] baldasseroni [at] univ-paris-est [dot] fr
  • Coralie Lessard
    courriel : coralie [dot] lessard [at] live [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Maxime Martignon
    courriel : maxime [dot] martignon [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Corps, espace, pouvoir », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 20 février 2017, http://calenda.org/395157