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Photographier le chantier (transformation, inachèvement et altération)

Photographing construction work - transformation, incompletion and alteration

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Publié le lundi 20 février 2017 par Céline Guilleux

Résumé

L'étymologie du mot chantier renvoie au latin « canterius » qui désigne un support servant au maintien d’un objet, en vue de son stockage ou de son travail par un ouvrier. Depuis, ce mot fait également écho aux matières premières, bois, roche et minerai ; il désigne les lieux où elles sont entreposées, à partir desquels leur extraction est réalisée. Son acception contemporaine la plus fréquente permet de dénommer le terrain à l’intérieur duquel démolitions, réparations et constructions sont en cours de réalisation, mais aussi la séquence, d’ordinaire transitoire, durant laquelle une configuration matérielle succède à une autre. 

Annonce

Date et lieu

17 octobre 2017 et du 18 octobre 2018 Saint-Étienne

Argumentaire

L'étymologie du mot chantier renvoie au latin « canterius » qui désigne un support servant au maintien d’un objet, en vue de son stockage ou de son travail par un ouvrier. Depuis, ce mot fait également écho aux matières premières, bois, roche et minerai ; il désigne les lieux où elles sont entreposées, à partir desquels leur extraction est réalisée. Son acception contemporaine la plus fréquente permet de dénommer le terrain à l’intérieur duquel démolitions, réparations et constructions sont en cours de réalisation, mais aussi la séquence, d’ordinaire transitoire, durant laquelle une configuration matérielle succède à une autre. Mettre en chantier signifie également amorcer un ouvrage. Si ses temporalités peuvent varier, comme ses formes, sa taille ou l’envergure des moyens déployés, ces variables ne font pas oublier que le chantier, est a priori, orienté vers sa fin. Cependant, ce sens usuel ne doit pas effacer la polysémie du mot et la polymorphie des sites qu'il peut qualifier. Une carrière, une mine, des configurations instables et désordonnées peuvent être assimilées au chantier. La pluralité de ses formes, de ses significations et de ses apparences transitoires en font un objet dynamique qui suscite de nombreux questionnements photographiques.

Avec l'urbanisation croissante du XIXe et XXe siècles, le chantier semble être devenu un objet récurrent d'étude, d'illustration et de documentation photographique. Ce lieu de préparation, de transformations, cumulant matériaux bruts et formes inconstantes, continue à fasciner nombre d'artistes contemporains pour qui il est un « élément ordinaire de notre paysage urbain, mais aussi [...] une réalité complexe, ambivalente et entropique »1.

Avec ces deux journées d'études, il s'agira d'interroger la richesse symbolique et la récurrence visuelle des motifs qui émanent du chantier et d'apprécier la dimension documentaire des photographies qui l'ont pour objet. Des commandes photographiques attribuées à Auguste- Hippolyte Collard à celles dont Henri Salesse s'est chargé, des relevés topographiques de Lewis Baltz à ceux quasi parallèles de Fabrice Ney, de l'Hotel Palenque de Robert Smithson aux Desert Cities inabouties d'Aglaia Konrad, des scènes de travaux de Stéphane Couturier à celles sur lesquelles Joel Meyerowitz s'est porté, une multiplicité d’œuvres photographiques peuvent être sollicitées. Nous suggérons de les questionner autour de quatre thématiques.

1 Cf. Exposition Poétique du chantier présentée au Musée-Château d'Annecy en 2009 et 2010.

1. Donner à voir les devenirs

Selon ses diverses significations, le chantier est à la fois lieu et temporalité. Il s’étend au sein d’un périmètre, participe d’une entreprise dont il constitue l'amorce et dont le terme est prévisible. Il traduit une volonté d'appropriation foncière ou de reconquête d’un secteur qui fut un temps investi, mais qui depuis est considéré comme obsolète, ne répondant plus aux nécessités actuelles. Il articule ce qui a été, ce qui est projeté et ce qui est effectivement en devenir. La photographie a régulièrement été appelée à documenter le chantier, et notamment à mettre en images les transformations qu'il occasionne. Les enjeux idéologiques, urbains et sociétaux au cœur de la construction, qu'elle ait lieu à une échelle architecturale ou urbanistique, poussent à réfléchir au rôle et au statut de ces images. Leurs significations historiques, leur précision topographique, leur visée méthodologique ou encore leur dimension promotionnelle ou critique incitent à questionner leur qualité documentaire. Une part de ces problématiques sont visibles au travers des Archives sur la rénovation urbaine d'Adel Tincelin, des commandes photographiques sur la reconstruction, des clichés de Louis-Emile Durandelle sur l'édification de l’Opéra Garnier et de la Tour Eiffel.

Au-delà de leurs états à priori provisoires, de leurs configurations intermédiaires, les chantiers sont par ailleurs empreints de mobilité : déplacements de matériaux, allées et venues des engins, mouvements des ouvriers... L’animation des travaux se joint aux changements morphologiques et invite à anticiper ce qui, sur place, est susceptible d’advenir. Photographier le chantier, c’est aussi s’attacher à un monde dont le mouvement favorise la réalisation de visées projectives et la concrétisation de nouvelles configurations spatiales.

2. Le chantier, au-delà du lieu et du temps de la construction

Selon son acception la plus courante, le chantier serait animé par une temporalité porteuse d'inconstance, d'une plasticité conférant à l'instabilité. Dès lors qu'il s'étendrait au sein d'un périmètre, clairement délimité, qu'il serait caractérisé par des états matériels successifs, il serait aisé de le distinguer en tant qu'entité singulière, de ne pas le confondre avec les lieux dont la forme est achevée et dont les usages sont consolidés.

Or, il est des configurations sociétales et des contextes localisés, où l'étroite relation entre le chantier et le fait d'entreprendre, de faire émerger, et de transformer, tend à se distendre. L’état d'inachèvement se prolonge. Le calendrier des travaux est segmenté et leur aboutissement n'est plus clairement envisagé. La réalisation du projet dépend moins d'un programme prédéterminé que de mobilisations irrégulières. La séparation des espaces en chantier, et de ceux à l'intérieur desquels aucune transformation n'est engagée, va même jusqu'à s'estomper. Le chantier ne désigne plus alors le terrain en travaux et la séquence d'une mutation en cours ; il traduit l'existence d'une géographie davantage marquée qu'elle ne l'avait été par l'incertitude et la précarité. La morphologie des lieux, à terminer mais plus vraiment en chantier, semble alors montrer que, pour les acteurs concernés, il était plus important d'ouvrir un potentiel que de prolonger la situation antérieure.

La présence des travaux suspendus, des constructions à reprendre et de dépôts pérennes n'est d'ailleurs pas si rare dans la photographie paysagère, en particulier lorsqu'elle s’intéresse à la promotion immobilière, aux politiques d'équipement et d'aménagement du territoire. Les aléas de la planification, les cycles erratiques de l'économie de la construction, et une tolérance à l’inachèvement traversent de multiples séries photographiques réalisées dans l'Espagne de la crise immobilière, dans l’Égypte des villes satellites, dans la Grèce d'avant la crise, et ce, bien au-delà du bassin méditerranéen. Mettre et laisser en chantier relèvent de pratiques culturelles plurielles qu'il s'agira d'interroger, au moyen de la photographie.

3. Les anatomies du chantier (2018) :

Même si le chantier possède des caractéristiques, des formes différentes et des objectifs variés, des éléments sémiologiques récurrents apparaissent et posent la question des signes inhérents à ce lieu. Celui-ci tend ainsi à se caractériser par une anatomie singulière pouvant le rendre instantanément reconnaissable. L'individu au travail en est un élément important. Le photographe adopte alors différentes attitudes, cherchant parfois à mettre en avant la présence anthropique au sein d’un milieu principalement minéral. August Sanders choisit de représenter les ouvriers accompagnés de leurs instruments, mais sans que leurs activités sur le chantier soient directement perceptibles. D’autres comme Lewis Hine, établiront plus directement des liens entre les anatomies humaines et mécaniques, au sein du chantier. Différentes esthétiques sont en mesure d’émerger. La figure du travailleur peut totalement disparaître au profit des appareillages et des structures présentes. Le chantier représente non seulement un lieu de mutations, mais aussi une trame plus ou moins complexes, constitués de véhicules, matériaux, échafaudages. En outre, il possède déjà ses propres codes : signalétiques particulières, uniformes, couleurs réglementaires, etc. Ces éléments peuvent en faire un lieu à même d’être théâtralisé comme dans l’œuvre de Stéphane Couturier : alternance des vides et des pleins, juxtapositions des teintes et des matériaux, planéités des façades, traces laissées au sol par les engins. La multiplicité des motifs que contiennent ces sites, et leur intégration au sein des images, amènent à envisager une esthétique photographique du « corps » du chantier.

4. Les sols altérés du chantier (2018) :

Il existe une critique photographique du chantier, moins portée par les promesses d'un patrimoine immobilier émergent, que par des formes de scepticisme vis-à-vis des altérations qu'il tend à générer. Le chantier comme phénomène esthétique, à partir duquel sont développées des œuvres axées sur l'animation des travaux, leurs états intermédiaires et les dispositifs techniques mobilisés, laisse alors place à la représentation d'un ensemble de bouleversements. Tas, excavations, fondations et constructions n'annoncent plus l’avènement d'une nouvelle topographie; leurs significations sont potentiellement retournées. Photographiés, les sols apparaissent détériorés, les terrains chamboulés, les phénomènes d'érosion amplifiés, les substrats ayant perdu en fertilité. Le chantier n'est plus le lieu de fabrication d'un cadre de vie projeté ; des dommages y sont provoqués et des situations de déséquilibre créées. En dehors des périmètres en travaux, d'autres protubérances, arasements, cavités et surfaces dénudées peuvent même être assimilés au chantier, sans qu'ils ne correspondent à un état transitoire ou à une activité de construction. Résidus de mines, de carrières, restes de démolition, dépôts bruts et disséminés participent alors à la représentation d'un désordre, qu'il soit écologique, territorial ou social. Ce désordre tend par ailleurs à renvoyer à une perte d'habitabilité.

Les résidus d'extraction qui jalonnent Park City de Lewis Baltz, les chantiers de déforestation que Robert Adams et Frank Golkhe ont documentés, les habitations démolies dont Edith Roux fait état dans Les dépossédés, voire les monticules qui traversent WB de Sophie Ristelhueber et les logements sens dessus dessous de Jean-Louis Garnell, renvoient à cette synonymie partielle entre l'idée de chantier et celles de désordre et de chamboulement. Dès lors qu'il est appréhendé comme un lieu d'entassements, et un vecteur de lésions, le chantier peut s'affirmer comme un des motifs structurants d'une photographie qui questionnerait moins les compositions paysagères que les fragilités de nos environnements.

Envoi des propositions

Les propositions de communication sont attendues jusqu'au 10 avril 2017

et sont à envoyer à Jordi Ballesta, à l'adresse : jordi.ballesta@laposte.net. Elles comporteront un titre et un résumé de 2000 signes maximum, accompagnés d'une courte bio-bibliographie. Ces deux journées donneront lieu à la publication d'un livre en 2019.

Comité d'organisation

  • Jordi Ballesta (CIEREC – Université Jean Monnet)
  • Kevin Boudot (CIEREC – Université Jean Monnet)
  • Anne-Céline Callens (CIEREC – Université Jean Monnet
  • Pauline Jurado Barroso (CIEREC – Université Jean Monnet)

Comité scientifique

  • Jordi Ballesta (CIEREC – Université Jean Monnet)
  • Anne-Céline Callens (CIEREC – Université Jean Monnet)
  • Pauline Jurado Barroso (CIEREC – Université Jean Monnet)
  • Sonia Keravel (ENSP - Versailles)
  • Patricia Limido (Université Rennes 2)
  • Danièle Méaux (CIEREC – Université Jean Monnet)
  • Anne de Mondenard (Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France) Luc Pecquet (ENSA – Saint-Etienne)
  • Olga Smith (Humboldt University)

Lieux

  • Université Jean-Monnet
    Saint-Étienne, France (42)

Dates

  • lundi 10 avril 2017

Mots-clés

  • photographie, chantier, construction

Contacts

  • Anne-Céline Callens
    courriel : ac [dot] callens [at] laposte [dot] net

Source de l'information

  • Anne-Céline Callens
    courriel : ac [dot] callens [at] laposte [dot] net

Pour citer cette annonce

« Photographier le chantier (transformation, inachèvement et altération) », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 20 février 2017, http://calenda.org/396200