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Pratiques collaboratives et de co-création : enjeux contemporains

Artistic collaborations : contemporary issues

Revue « déméter »

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Publié le lundi 27 février 2017 par Anastasia Giardinelli

Résumé

La revue électronique déméter a pour objectif de mettre en regard les différentes formes d'expressions artistiques contemporaines à travers des articles à caractère philosophique, esthétique, historique ou anthropologique. Elle publie des articles scientifiques sur l'art d'aujourd'hui dans la perspective de favoriser le dialogue, l'échange ou la confrontation entre l'architecture, les arts plastiques, le cinéma, la danse, la musique, la poésie, le théâtre mais aussi les disciplines philosophiques et scientifiques. Ce numéro vise à proposer des analyses renouvelées des pratiques artistiques collaboratives et des œuvres de co-création contemporaines. Il recherche également des contributions d’artistes (entretiens, écrits) manifestant des positions claires et singulières sur le fait de travailler à plusieurs. 

Annonce

Argumentaire

Si travailler ou créer à plusieurs n'est pas un phénomène nouveau dans les champs artistiques et architecturaux, on observe cependant qu’en tant qu’objet de réflexion, la question de la collaboration (dite aussi de co-création ou de coopération) reste toujours à (re)définir, compte tenu notamment de l’émergence de modes d’exercices innovants. On envisagera cette question comme cadre possible d’exploration dans les différents domaines de l’architecture et de l’art contemporain (musique, danse, théâtre, cinéma, arts plastiques, etc.), de même que comme objet de recherche transdisciplinaire (musique et architecture, cinéma et arts plastiques, théâtre et danse, etc.). On examinera également les pratiques artistiques contemporaines, nombreuses, qui se présentent aujourd'hui sous des modalités dites « participatives ».

On s’intéressera particulièrement aux différents paradigmes du travail collaboratif. Le musicien, l’artiste, l’acteur, l’architecte conçoivent leurs projets de manière dialogique avec un certain nombre d’associés, d’équipiers, de conseillers, constituant un ferment opératoire dans le travail de conception : selon les cas, la collaboration est plus ou moins pluridisciplinaire, et la pluridisciplinarité plus ou moins féconde. On observera ainsi les pratiques collaboratives monodisciplinaires et pluridisciplinaires, s’élaborant, se répétant, se renouvelant, s’inventant d’un projet à un autre en fonction des situations et des contextes : collaborer au sein d’un atelier, collaborer en équipe, collaborer au sein d’un collectif, d’un couple, d’une association, d’une troupe, d’un orchestre, collaborer au sein d’une confédération, collaborer par l’écrit, collaborer par l’action, collaborer pour concourir, collaborer pour expérimenter. Les pratiques collaboratives s’élaborent selon des formes multiples qu’il conviendra de définir. On interrogera notamment les échanges ou croisements de pratiques pouvant éclairer la question de l’émergence de modèles de collaboration.

Axes thématiques proposés

Axe 1 : déplacer les perspectives et interroger les enjeux des nouvelles pratiques collaboratives

Aujourd'hui, en particulier dans les pays anglo-saxons, dans le champ des arts plastiques et visuels, les pratiques artistiques de co-création, de coopération ou de collaboration sont bien souvent analysées à la lumière de postulats qui en orientent l'interprétation, l'un des plus courants étant qu'elles détiendraient un potentiel émancipateur permettant l'émergence de sujets autonomes, ou encore qu'elles agiraient dans une sphère pensée a priori critique ou politique. Ces approches ont suscité diverses discussions, telles celles menées par Claire Bishop (2006), Véronique Goudinoux (2015) ou encore Marie Preston (2016). Ce numéro de déméter, quant à lui, se propose de déplacer les perspectives et d'interroger les enjeux au cœur de ces œuvres ou de ces pratiques en les interrogeant à l'aune d'autres prismes. A titre d'exemple, et en s'appuyant sur des analyses précises d'œuvres ou de pratiques à plusieurs, les contributions pourraient examiner les modalités concrètes des pratiques à plusieurs (leurs éventuels protocoles de création), les nouvelles économies collaboratives en regard des conceptions contemporaines du travail, le choix de certains de travailler dans l'espace public, les nouvelles formes de sociabilité inventées par les artistes, les relations complexes instaurées par certains collectifs d'artistes entre institutions artistiques publiques et lieux privés, la dimension plastique et esthétique des travaux proposés, les spécificités des pratiques artistiques collaboratives hors des scènes artistiques occidentales ou encore la part relativement importante prise dans ce cadre par les artistes femmes travaillant en collectif, en duo ou en couple.

Axe 2 : analyser les collectifs contemporains pour en saisir les enjeux esthétiques

Toute création scénique et précisément théâtrale est le fruit d’un travail collectif, ce dont témoigne l’association historique du mot théâtre à celui de « troupe » : on parle volontiers de « troupe de théâtre » pour évoquer une large palette allant de l’Illustre théâtre de Molière, à la « famille » de Jean-Luc Lagarce, qui oppose la famille choisie à la famille biologique. Le théâtre est peuplé de ces vocables qui redéfinissent les « affinités électives », pour reprendre les mots de Goethe. Les mouvements libertaires et contestataires issus de la révolte de mai 68 réactualiseront l’idée même de création communautaire. On verra fleurir de part et d’autre de l’atlantique, et un peu partout en Europe des expériences collectives associées aux idéaux sociaux-politiques en vogue. Ces communautés artistiques renouvellent non seulement les modes de création et les esthétiques, mais aussi leurs propres modes de vie quotidienne autour d’une cause commune dont la création scénique n’est que la partie visible. En France, le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine, créé en 1964, reste une des figures mythiques, encore aujourd’hui en activité. Car il s’agit bien de mythes, véhiculés par leur propre histoire autant que par celle de l’histoire du théâtre qui se plaît à voir dans ces expériences un âge d’or du théâtre occidental. Ces principes de travail collaboratifs produisent beaucoup de préjugés ou de fantasmes qu’il convient de regarder avec un esprit critique qui peine à se réaliser tant l’attraction empathique qu’ils produisent est forte.Néanmoins, depuis quelques années, on assiste à une nouvelle explosion de jeunes collectifs dans le paysage théâtral. De plus en plus d’artistes de la scène s’affichent comme « collectifs » et imposent par là un renouvellement du théâtre. Ce mouvement n’a pas échappé à la presse spécialisée ni aux universitaires qui ont dédié nombre d’articles, numéros de revues et publications sur le sujet.

Observer les modes de fonctionnement de ces collectifs, à partir d’hypothèses et à la recherche d’autres, permettra de mieux comprendre ce phénomène actuel.On peut s’intéresser aux supports administratifs qui structurent les collectifs, car cette donnée n’est pas étrangère à l’esthétique. (Le modèle communément adopté de la loi 1901, est-il le plus adapté à l’horizontalité recherchée, par exemple ?) Il conviendrait de mettre les réalités de ces collectifs en regard de leurs aspirations. Mais il importe dans le cadre de cette étude d’observer les esthétiques produites par ces nouveaux collectifs. En quoi les formes et les genres s’en trouvent-ils questionnés ou remis en cause ? En quoi l’occupation du plateau en est-elle modifiée ? le rapport au public et la réception transformés ? Le travail en collectif modifie-t-il le résultat ? Comment ces équipes d’acteurs souvent d’âges égaux s’emparent-elles du théâtre ? Quels modes de jeu cela génère-t-il ?

Dans d’autres cas, la mobilisation de partenaires inédits (notamment scientifiques) et l’alchimie des composantes technologiques avec celles de la tradition, s’accordent autour d’un projet artistique. Comment cette alchimie humaine et technologique révèle-t-elle une nouvelle forme d’inscription du théâtre dans les champs culturels actuels ? Que projette-t-on, de part et d’autre de la salle et du plateau sur ces collectifs ? Quelles sont les attentes ? Les « horizons d’attentes » pour reprendre la formule de Hans Robert Jauss ? Quelle en est la finalité ? Pour quelle cause ? En quoi, ces collectifs de la troisième génération de femmes et hommes de théâtre, sont-ils révélateurs d’une nouvelle époque théâtrale ? L’objectif est de décrire et d’analyser ces collectifs actuels à travers leurs créations pour en saisir les enjeux esthétiques.

Axe 3 : co-responsabilité, co-conception, co-innovation, la question de l’auctorialité

Œuvrer à plusieurs (Véronique Goudinoux, 2015) pose la question de l'œuvre, dans les différents domaines de l’art. Les notions de co-responsabilité, de co-conception, de co-innovation sont bien sûr à prendre en compte du point de vue du cadre juridique de l’œuvre, du projet (Jean-Jacques Terrin, 2014). Mais la question se pose avant tout du point de vue esthétique. On peut à ce propos convoquer la notion d’œuvre ouverte d’Umberto Eco, tout à fait adaptée à la réflexion sur les pratiques collaboratives architecturales et urbaines contemporaines, dans le prolongement des domaines artistiques abordés par Eco à l’époque de la publication de L’œuvre ouverte (1962). En quoi l’artiste, mais aussi l’habitant, l’usager, l’interprète, le consommateur, le spectateur collaborent-ils, participent-ils à « l’œuvre » ? Quels types de responsabilité(s) ont-ils dans le projet ? Se pose ici la question de l’auctorialité, bien connue dans le domaine du cinéma ou de la musique (de certaines musiques du moins).

Dans le domaine de l’architecture, toute création est également le fruit d’un travail collectif. Le principe de la collaboration constitue une condition intrinsèque du métier d’architecte. En tant que groupement (loi MOP de 1985), la « maîtrise d’œuvre » prend en compte dans le travail de conception diverses disciplines, divers intervenants (architecte, paysagiste, économiste, ingénieur, technicien, acousticien, scénographe, designer, artiste, etc.). L’ambition des architectes de fonder de nouveaux types de structures, de se développer en collectifs, voire même en réseaux, semble apparaître sous des formes multiples en ce début du XXIème siècle. La jeune génération d’architectes n’exprime plus aujourd’hui les mêmes besoins de renouvellement que celle des années 1960 quant aux modes traditionnels de fonctionnement en « agence » ou en « atelier » ; les réflexions sur le travail en équipe menées en France au sein de structures coopératives — comme par exemple celle de l’AUA dans contexte du début des années 1960 — participaient cependant déjà à l’idée d’inventer de nouveaux modes de collaboration (Georges Loiseau, revue Forum, 1962). Associations et structures coopératives se multiplient actuellement sur le territoire français, mais aussi sur un territoire international, avec notamment des regroupements d’architectes, de paysagistes, de techniciens, d’écrivains et d’artistes qui semblent pourtant toujours œuvrer en parallèle, en conservant leurs identités disciplinaires. On peut constater que « l’avènement du transmedia et du collaboratif y compris dans les pratiques “savantes” (création multimedia, pratiques théâtrales contemporaines, etc.) » (Pôle des arts urbains, 2015) donne davantage de visibilité à l’action collective. Faire à plusieurs, collaborer « en chœur », est-ce pour autant signifier la démythification de l’auteur ?

Numéro thématique de la revue électronique déméter, la revue du Centre d’Étude des Arts Contemporains (CEAC) de l'Université de Lille - Sciences Humaines et Sociales.

http://demeter.revue.univ-lille3.fr/lodel9/

Modalités de soumission

Les articles et entretiens seront publiés dans le numéro thématique Collaborations entre artistes de la revue déméter et sont limités à 20 000 signes.

Les contributions pourront éventuellement faire l’objet d’une collaboration (article à plusieurs auteurs). Elles peuvent prendre la forme d’entretiens.

Les droits de reproduction sont à la charge de l'auteur. Ils doivent être accompagnés d'une légende et, s'il s'agit d'une photographie, d'un copyright.

Merci d’envoyer une proposition sous la forme d’un résumé de 2500 signes maximum et un court CV (comprenant une adresse postale)

avant le 30 avril 2017 

  • Première réponse aux auteurs concernant les propositions sous forme de résumé : 20 mai 2017
  • Réception des textes : 15 juillet 2017
  • Les documents sont à adresser à Véronique Goudinoux : veronique.goudinoux@univ-lille3.fr

Comité d'organisation

  • Séverine Bridoux-Michel (ENSAPL / LACTH)
  • Véronique Goudinoux (Université Lille 3 CEAC 35 87)
  • Véronique Perruchon (Université Lille 3 CEAC 35 87)
  • Nathalie Stefanov (Esä Nord-Pas-de-Calais)
  • Natacha Yahi (Université Lille 3 CEAC 35 87) 

Comité scientifique

  • Valérie Boudier, (Université Lille 3 CEAC 35 87)
  • Séverine Bridoux-Michel (ENSAPL / LACTH)
  • Francis Courtot (Université Lille 3 CEAC 35 87)
  • Anne Creissels (Université Lille 3 CEAC 35 87)
  • Véronique Goudinoux (Université Lille 3 CEAC 35 87)
  • Philippe Michel (Université Paris 8 / EA 1572)
  • Véronique Perruchon (Université Lille 3 CEAC 35 87)
  • Marie Preston (Université Paris 8 / EA 4010)
  • Nathalie Stefanov (Esä Nord-Pas-de-Calais)
  • Natacha Yahi, (Université Lille 3 CEAC 35 87)

Dates

  • dimanche 30 avril 2017

Mots-clés

  • collaborations, co-créations, coopérations, arts plastiques, architecture, théâtre, musique, danse

Contacts

  • Véronique Goudinoux
    courriel : veronique [dot] goudinoux [at] univ-lille3 [dot] fr

Source de l'information

  • Véronique Goudinoux
    courriel : veronique [dot] goudinoux [at] univ-lille3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Pratiques collaboratives et de co-création : enjeux contemporains », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 27 février 2017, http://calenda.org/397259