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Retournements de tendances

Turnarounds, turnarounds everywhere!

La gestion publique à l’épreuve des tourments de l’opinion

Public management in times of political changeovers and volatile public opinions

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Publié le mercredi 29 mars 2017 par João Fernandes

Résumé

Le séminaire est l'espace d'expression francophone au sein de la plus grande société académique européenne d'administration et de management publics (Groupe européen pour l'administration publique, GEAP-EGPA). Il interroge cette année l'impact sur la gestion publique francophone des moments de rupture et des idées radicales s'imposant dans l'espace public. Quel lot de changements apporte aux organisations publiques ce flot accéléré des événements ? Qu'est-ce que cela nous apprend sur la confiance des citoyens, la bonne gouvernance et la prestation des services publics ? Quelles relations aux citoyens pour les administrations et leurs managers ? En quoi les réponses des administrations du monde francophone et du modèle napoléonien sont-elles spécifiques ? Devons-nous réinterroger nos recherches et nos modèles, chercher des points d'inflexion et des interprétations nouvelles ?

Annonce

Argumentaire

« Puissiez-vous vivre des temps intéressants », dirait la malédiction chinoise. Au travers d’évènements politiques considérables et inattendus – culminant dans l’élection de
Donald Trump comme Président des Etats-Unis d’Amérique – le vote sanction a investi l’espace politique. Les populismes se manifestent dans l’espace francophone, européen et international. L’issue imprévisible des référendums – Brexit, aéroport de Notre-Dame- des-Landes, constitution italienne – souligne la brèche ouverte dans la confiance entre les citoyens et les Etats. Au-delà des processus de la démocratie représentative, ce sont toutes les institutions (étatiques et politiques, mais aussi médiatiques, judiciaires, religieuses, médicales, sociales...) qui semblent faire l’objet d’une méfiance croissante, voire d’un rejet qui s’étend aussi aux élites qui les représentent ou y travaillent. Dans une époque « post-vérité », la place de l’expertise institutionnelle s’érode au profit de discours émotionnels et normatifs « anti-système ».

La méfiance et la sanction se doublent en outre de sentiments de peur et de repli communautaire voire identitaire, débouchant sur une demande de sécurité et l’augmentation d’un conservatisme sociétal[1]. Cette tendance semble curieusement associée à une individualisation croissante – comme si les citoyens reprenaient maintenant à leur compte la formule de Margareth Thatcher : « There is no such thing as society », tout en en tirant des conséquences diverses.

Au-delà des Etats et en plus longue période, il faut pointer la mondialisation dont les conditions économiques sont également citées comme facteur de délégitimation des institutions et de capture des ressources (Lorenzi, 2012). L’extension des logiques de marché aux services publics a des effets ambivalents dans l’opinion des usagers (Baumstark, 2006). Les nouveaux modes de communication électroniques ne sont pas seulement catalyseurs des autres tendances mais ont aussi des effets propres qui contribuent à éroder l’autorité et la légitimité des gouvernements (sites internet d’information ou d’opinion ; Wikileaks ; Bitcoin ; médias sociaux).

Ainsi constate-t-on l'émergence de programmes de gouvernement empreints de radicalisme. Tour à tour, on propose de redimensionner l'Etat (privatisations, réduction des moyens et des prestations, réforme de la sécurité sociale), de relancer la défonctionnarisation, de renforcer l'autorité de l'Etat et de mettre au régime les collectivités locales tandis qu'au plan européen la Commission semble prête à se remettre en question voire à admettre le retour de certaines compétences au niveau national.

Les généralisations menant à un déterminisme historique mondial sont tentantes. Pourtant, les études d’opinion comparatives en longue période, si elles font apparaître une érosion progressive de la confiance dans les institutions et plus récemment une inquiétude générale face à l’immigration, montrent aussi la diversité des préoccupations dans différents pays (Eurobaromètre, Commission Européenne, 2016). De plus, la vision présentée ci-dessus est tendancieuse : si certaines évolutions sont essentiellement délétères, d’autres peuvent aussi présenter des aspects positifs.

Quo vadis administratio

Ces conditions ont nécessairement des impacts majeurs sur l'administration et les organisations publiques, mais lesquels ? S’il est trop tôt pour analyser les effets des évènements récents, les tendances plus lourdes sont déjà prégnantes depuis plusieurs années, et se confrontent à des contextes locaux hétérogènes. Depuis leur début progressif à la fin des années 1980, les diverses modalités de réforme des administrations francophones ne se résument pas à une Nouvelle Gestion Publique uniforme (NPM anglo-saxonne), dont l'époque est de toute manière désormais jugée close (Dunleavy, Margetts, Bastow, & Tinkler, 2006; Pollitt, 2014). Néanmoins, toutes les tendances de réformes sont concernées par les évènements symboliques de l'année 2016, que la modernisation seule ne semble pouvoir contenir.

En effet, la confiance des citoyens, la bonne gouvernance et la qualité des services prestés entretiennent des relations assez distendues. Il n’est par exemple pas évident que la qualité des services explique significativement la confiance (Van de Walle & Bouckaert, 2003), et des « tendances lourdes » internationales peuvent être moins significatives que des variations conjoncturelles locales et les facteurs de proximité géographiques et culturels (Christensen & Laegreid, 2005; Bovens & Wille, 2008). Les réponses des organisations publiques face à un contexte difficile sont donc une question complexe qui peut s’observer dans une diversité de dimensions et dans l'évolution des modèles. Plus précisément, on doit évidemment interroger l’évolution des moyens, des prestations, des modes de production, de la gestion de la performance. Concomitamment, on ne peut écarter les questions de gouvernance, de participation et d’implication, ou de structure institutionnelle.

Dans le prolongement du programme de recherche du séminaire francophone entamé en 2015, la question de l’adaptation et de l’originalité des pratiques d’administration continue à se poser dans cette période de rupture. On doit interroger le déterminisme fallacieux de « tendances mondiales » qui seraient contredites par les pratiques locales, ou dont il ne resterait que des discours mobilisés de manière opportuniste en fonction d’intérêts locaux.

Nous invitons chercheurs et praticiens à avoir une lecture critique des évolutions globales et des retournements de tendance, à surprendre les mutations des services publics des pays francophones et napoléoniens dans ce nouveau contexte, à réinterpréter les conséquences de la crise économique et des élections dans une perspective de moyen et long terme.

Les descriptions, comme les tests d'hypothèses, les travaux empiriques comme les réflexions de fond, l'exploration de l'existant comme la prospective sont également bienvenues. En particulier, les démarches comparatives ou celles mettant en lumière l’originalité des expériences de terrain ou des conceptions et doctrines administratives et gestionnaires, seront bienvenues[2]. Si les thématiques sont connues, nos recherches et nos expériences peuvent être relues d'un œil nouveau :

  1. Avec le retour en force des idées libérales, comment se réinventent les services publics sociaux et tutélaires ? Dans quelle mesure la gestion austéritaire peut-elle maintenir les niveaux des prestations ? Comment évoluent les collaborations, mutualisations, réseaux, fusions impulsées dans ce contexte ?
  2. Comment les administrations et les politiques résolvent-ils la tension entre le cosmopolitisme (appuyé par les administrés personnes morales) et la demande des électeurs de redévelopper l'espace public local, au plus proche du citoyen ?
  3. L'envie d'autorité et de primauté du politique va-t-elle remettre en question l'équilibre des pouvoirs à l'interface politique-administrative ? Cela va-t-il renforcer ou affaiblir le modèle administratif néo-wébérien ? L'héritage des réformes précédentes (contractualisation interne, management des performances) maintiendrait-il ses usages ou les verra-t-il évoluer sous les pressions croissantes du politique ?
  4. Là où les fonctionnaires et les managers publics se sont lancés dans une discussion directe avec les citoyens (co-design, co-production, co-évaluation), l'austérité et la primauté du politique vont-elles y marquer un coup d'arrêt ? Comment l'habilitation des agents et des cadres publics, de même que celle des citoyens, évolue-t-elle face à un Etat en quête d'autorité ?
  5. Quelle culture nouvelle du service public émerge actuellement ? Qui des valeurs d'efficience, de légalité, d'efficacité, de démocratie administrative, va dominer la fin de la décennie ? Dans ce contexte, la loyauté des fonctionnaires et des managers publics restera-t-elle une valeur instrumentale, ou faut-il s'attendre à des oppositions plus ou moins publiques ?
  6. Faut-il parler d'une époque post-factuelle (post-vérité) ? La place de l'expertise administrative est-elle remise en question face aux discours émotionnels et normatifs ? Quel est désormais l'usage et la place de la compétence administrative dans les affaires publiques ? Comment évoluent les lieux institutionnels traditionnels de la validation des décisions collectives ?
  7. Comment évoluent les missions et les capacités des administrations européennes ? La coopération administrative internationale (inter-gouvernementalité, supranationalisme, coopération décentralisée) décline-t-elle du fait des recentrages locaux ?
  8. Comment la réorientation des discours des institutions internationales (Banque Mondiale, FMI) transforme-t-elle l'administration publique des pays en voie de développement ? Quels nouveaux modèles et quelles hybridations sont à l'œuvre en Afrique francophone et ailleurs ?

Proposition de communication

Nous invitons les chercheurs et les praticiens à nous communiquer par le biais du site Internet du congrès un résumé de deux pages maximum en respectant les intitulés suivants :

  • Titre de la communication
  • Les thèmes ou mots clés
  • La problématique soulevée
  • Un résumé des méthodes de recherche et/ou approche empirique utilisée
  • Les résultats avancés
  • Les références sélectives
  • Le nom des auteurs, le nom des Universités ou organisations et les coordonnées (Adresse, E-mail, N° téléphone)

Dates clé

  • Délai pour la soumission en ligne des propositions : 27 avril 2017

  • Délai pour la décision et la sélection par les co-directeurs : 8 mai 2017
  • Délai pour la soumission de la communication complète : 1er août 2017

Pour plus d’informations

  • Pr. Jan MATTIJS, Solvay Brussels School - E.M., Université Libre de Bruxelles, jmattijs@ulb.ac.be
  • Dr. Emil TURC, Institut de Management Public et Gouvernance Territoriale, Université d’Aix-Marseille, emil.turc@univ-amu.fr

Pour toutes informations complémentaires, consultez le site de la Conférence :

http://www.egpa-conference2017.org/

Comité Scientifique

  • Annie BARTOLI, professeur, Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines, France.
  • Véronique CHANUT, professeur, Université Panthéon-Assas, Paris, France.
  • Yves EMERY, professeur, IDHEAP, Lausanne, Suisse.
  • Robert FOUCHET, professeur, Université d’Aix-Marseille, Aix-en-Provence, France.
  • Marcel GUENOUN, directeur de la recherche, Institut de la Gestion Publique et du Développement Economique, Paris, France.
  • Bachir MAZOUZ, professeur, ENAP, Québec, Canada.
  • Martial PASQUIER, professeur, IDHEAP, Lausanne, Suisse.
  • Marius PROFIROIU, professeur, Académie des Etudes Economiques, Bucarest, Roumanie.
  • Benoît RIGAUD, PhD, chargé de recherche, ENAP, Québec, Canada.

Coordonnateurs

  • Jan MATTIJS, professeur, Université Libre de Bruxelles, Belgique.
  • Emil TURC, Maître de Conférences, Université d’Aix-Marseille, Aix-en-Provence, France. 

Références

  • Baumstark, L.-J. (2006). Le citoyen et l’usager face à l’introduction de la concurrence dans les services publics. Politiques et management public, 24(3), 57‑75. https://doi.org/10.3406/pomap.2006.2333
  • Bovens, M., & Wille, A. (2008). Deciphering the Dutch drop: ten explanations for decreasing political trust in The Netherlands. International Review of Administrative Sciences, 74(2), 283‑305. https://doi.org/10.1177/0020852308091135
  • Christensen, T., & Laegreid, P. (2005). Trust in Government The Relative Importance of Service Satisfaction, Political Factors, and Demography. Public Performance & Management Review, 28(4), 487‑511. https://doi.org/10.1080/15309576.2005.11051848
  • Commission Européenne. (2016). L’opinion publique dans l’Union européenne - Eurobaromètre Standard 86 (Officiel No. 86). Bruxelles: Commission européenne. Consulté à l’adresse http://ec.europa.eu/COMMFrontOffice/publicopinion/index.cfm/General/index
  • Dunleavy, P., Margetts, H., Bastow, S., & Tinkler, J. (2006). New Public Management Is Dead: Long Live Digital-Era Governance. Journal of Public Administration Research and Theory: J-PART, 16(3), 467‑494.
  • Lorenzi, J.-H. (2012). Qui capture l’État ? Presses Universitaires de France.
  • Pollitt, C. (2014). Vers un Monde Nouveau : des Vérités qui Dérangent pour l’Administration Publique de l’anglosphère. Présenté à Conférence Braibant de l’IISA 2014, Ifrane, Maroc: Institut International des Sciences Administratives. Consulté à l’adresse http://www.iias-iisa.org/major-meetings/braibant-lectures/conference-2014-christopher-pollitt/
  • RTBF Info, & Bilterijs, M. (2017, janvier 8). 61% des Belges craignent le chaos. Découvrez notre grande étude « Noir, Jaune, Blues ». RTBF..be. Bruxelles. Consulté à l’adresse http://www.rtbf.be/info/societe/detail_noir-jaune-blues-2017-notre-grande-enquete-sur-l-etat-d-esprit-des-belges?id=9497218
  • Van de Walle, S., & Bouckaert, G. (2003). Comparing measures of citizen trust and user satisfaction as indicators of ‘good governance’: Difficulties in linking trust and satisfaction indicators. International Review of Administrative Sciences, 69(3), 329‑344.
  • Wilkin, L. (2016). INTRODUCTION. DES OUTILS NUMÉRIQUES POUR AMÉLIORER LE FONCTIONNEMENT DE L’ÉTAT : SOLUTIONS OU PROBLÈMES ? Pyramides. Revue du Centre d’études et de recherches en administration publique, (26/27), 7‑24.
  • Wilson, W. (1887). The study of administration. Political Science Quarterly, 2(2), 197‑222.

[1] (RTBF Info & Bilterijs, 2017).

[2] Nous renvoyons à l’appel à communication de 2016 pour une discussion des démarches comparatives et de traduction, qui reste pleinement d’actualité.

Lieux

  • Milan, Italie

Dates

  • jeudi 27 avril 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • administration publique, gestion, francophonie, culture administrative, politique publique, public management

Contacts

  • Jan Mattijs
    courriel : jan [dot] mattijs [at] ulb [dot] ac [dot] be

Source de l'information

  • Jan Mattijs
    courriel : jan [dot] mattijs [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Retournements de tendances », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 29 mars 2017, http://calenda.org/400484