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Pragmatisme et religion

Pragmatism and relgion

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Publié le jeudi 30 mars 2017 par João Fernandes

Résumé

Né à la fin du XIXe siècle dans le contexte du développement des sciences de l’évolution, le pragmatisme est à la fois un prolongement des courants empiristes mais aussi une révolte contre leurs tendances positivistes et agnostiques. Bien que pensant l’humain comme une partie de la nature, son refus des distinctions tranchées entre croyance et savoir, fait et valeur, phénomène ou chose en soi, le fait apparaitre comme une méthode d’inspiration scientifique particulièrement adaptée à la réflexion sur le doute ou la croyance tout en gardant une ouverture vers les questions métaphysiques, et ceci bien qu’il ne cesse de penser l’humain comme une partie intégrale de la nature. L’objectif de ce dossier thématique de la revue ThéoRèmes est d’interroger les apports des différents pragmatismes à l’étude philosophique et empirique du religieux.

Annonce

Argumentaire

Né à la fin du XIXème siècle dans le contexte du développement des sciences de l’évolution, le pragmatisme est à la fois un prolongement des courants empiristes mais aussi une révolte contre leurs tendances positivistes et agnostiques. Bien que pensant l’humain comme une partie de la nature, son refus des distinctions tranchées entre croyance et savoir, fait et valeur, phénomène ou chose en soi, le fait apparaitre comme une méthode d’inspiration scientifique particulièrement adaptée à la réflexion sur le doute ou la croyance tout en gardant une ouverture vers les questions métaphysiques, et ceci bien qu’il ne cesse de penser l’humain comme une partie intégrale de la nature.

Ainsi, les philosophes pragmatistes classiques américains (C.S. Peirce, W. James et J. Dewey), en dépit du fait qu’ils ne proposent pas, en matière de religion, de doctrine unifiée, ont chacun développé une approche plus ou moins empiriste de la religion à partir d’une épistémologie d’inspiration évolutionniste, acceptant une orientation méthodologique commune visant à retrouver le sens des croyances en les rapportant aux pratiques. En montrant que la survie est le test intellectuel de la croyance, ils ont, chacun à leur manière, tenté de réconcilier la nouvelle science de l’évolution avec une attitude religieuse définitivement débarrassée des oripeaux de la théologie naturelle.

Mais John Dewey, le dernier des trois pragmatistes classiques, s’inscrit bien plus que ses prédécesseurs dans une dynamique séculière, qui sera reprise par des penseurs pragmatistes contemporains tel que Richard Rorty. Ce dernier trouve chez Dewey une philosophie de la religion beaucoup plus en accord avec la forme d’humanisme séculier et propose de substituer à la foi jugée rétrograde en un Dieu transcendant, la foi en l’humanité. Il ne s’agit plus, comme c’était le cas pour James, de se demander dans quelle mesure la religion dit quelque chose de vrai, mais de voir dans quelle mesure les actions des croyants satisfont ou frustrent les besoins des autres êtres humains. Toute obligation envers la vérité ne dérive donc plus que de nos obligations envers les croyances des autres, et nullement envers quelque chose de non-humain. Le seul espace qui puisse alors encore être celui de la croyance religieuse est l’espace privé du croyant et la foi devient un analogue de l’amour ou de l’espoir.

C’est dans cette mesure que le pragmatisme se veut particulièrement pertinent pour penser notre contemporanéité religieuse ou séculière. Plus précisément, une compréhension de la religion comme phénomène ne peut faire l’impasse d’une étude des croyances et pratiques des occidentaux modernes ou post-modernes qui désormais choisissent plus librement ce en quoi ils croient, en fonction de leur trajectoire personnelle. Le pluralisme des valeurs, la subjectivation des croyances et l’expérience religieuse comme référent pour penser l’authenticité du religieux ont suscité un regain d’intérêt pour les travaux de James ou Dewey, de la part des philosophes comme des sociologues et des anthropologues. L’approche résolument empirique des Formes multiples de l’expérience religieuse à la manière d’une enquête de terrain a permis d’associer des concepts proprement philosophiques (et même d’en créer) à une description, compréhension et explication – et non une évaluation – du vécu individuel de la religion. Ces travaux font écho aux phénomènes contemporains tels que le « bricolage religieux » ou « les religions à la carte » (Roger Bastide, Claude Lévis-Strauss, Michel de Certeau et André Mary notamment) sur fond d’un religieux éclaté (Danièle Hervieu-Léger) et de la « nébuleuse mystique-ésotérique » (Françoise Champion), autant d’études qui insistent sur la valeur d’utilité de la croyance religieuse pour le bien-être moral de l’individu. Si les pères de la sociologie comme Weber et Durkheim ont ouvert le champ pour penser les rapports entre société moderne et religion, le champ privilégié de l’étude pragmatique qu’est l’individu et sa liberté d’action dans le monde ont permis de penser le religieux séculier et individualisé, en particulier à la suite des travaux de G. H. Mead, philosophe pragmatiste et ami de Dewey, également psychologue et sociologue béhavioriste, s’inscrivant dans la lignée de la seconde École de Chicago dominée par l’interactionnisme symbolique..

Le numéro de ThéoRèmes sera donc ouvert aussi bien aux études sur les approches non naturalistes de Peirce et de James qu’aux approches naturalistes et radicalement séculières d’autres pragmatistes car ce dossier spécial de ThéoRèmes souhaite donc mesurer les riches apports du pragmatisme à la pensée du religieux ainsi que ses limites.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Nous invitons les auteur-e-s intéressé-e-s par ce projet à prendre contact, avant fin avril, avec la rédaction pour proposer un projet d’article à l’adresse suivante : theoremes@revues.org.

 ThéoRèmes

ThéoRèmes est une revue académique hébergée par revues.org qui traite du religieux dans tous ces aspects et selon une diversité d’approches aussi bien philosophiques que scientifiques. Toutes les publications sont examinées anonymement par des experts extérieurs à la revue et validées par le comité scientifique. Pour de plus amples informations, il suffit de consulter le site de la revue: http://theoremes.revues.org/.

 Direction scientifique

Numéro sous la direction de Romain Mollard avec l’équipe de ThéoRèmes

Dates

  • vendredi 28 avril 2017

Mots-clés

  • pragmatisme, religion, Peirce, James, Rorty, Dewey

Contacts

  • Yann Schmitt
    courriel : theoremes [at] revues [dot] org

URLS de référence

Source de l'information

  • Yann Schmitt
    courriel : theoremes [at] revues [dot] org

Pour citer cette annonce

« Pragmatisme et religion », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 30 mars 2017, http://calenda.org/400712