AccueilÉducation et construction des rapports sociaux de sexe dans l’espace caribéen (XVIIIe-XXIe siècle)

Éducation et construction des rapports sociaux de sexe dans l’espace caribéen (XVIIIe-XXIe siècle)

Education and the construction of sexual social relations in the Caribbean space (18th-21st century)

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Publié le lundi 03 avril 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Ce colloque pluridisciplinaire propose une réflexion sur la construction historique des rapports sociaux de sexe et la manière dont les sphères éducatives, conçues dans leur acception la plus large, ont organisé – ou lutté contre – la hiérarchisation des sexes au sein des sociétés caribéennes (XVIIIe-XXIsiècle). En posant la question sous cet angle, nous aimerions comprendre non seulement comment, mais aussi pourquoi, les rapports entre les sexes sont construits ainsi, appréhender plus précisément leur fonctionnement actuel grâce à un éclairage porté sur leur évolution, et interroger la singularité de ces rapports dans les sociétés caribéennes.

Annonce

Colloque pluridisciplinaire, DPLSH, Université des Antilles, Campus du Camp Jacob, Guadeloupe, 14 et 15 novembre 2017, Laboratoire AIHP-Géode

Argumentaire 

L’objet de ce colloque est de réfléchir à la construction des rapports sociaux de sexe dans le domaine de l’éducation, et plus largement de la socialisation, dans les sociétés caribéennes (XVIII-XXIe siècles). Il invite à interroger la construction et les représentations des rôles sexués au sein des sphères éducatives, conçues dans leur acception la plus large, c’est-à-dire aussi bien dans des espaces institutionnalisés que dans des espaces qui en restent à la marge.

Les travaux des chercheurs français ont longtemps utilisé les catégories de classe et de race pour étudier les sociétés esclavagistes et post-esclavagistes, en ignorant ou en omettant de prendre en compte le genre comme catégorie d’analyse. Pourtant les récentes recherches, notamment dans le domaine de la sociologie (Dunezat, 2009 ; Dorlin, 2009 ; Kergoat, 2009) ont montré comment la race, la classe et le genre engendrent des rapports sociaux qui sont étroitement liés, et ne peuvent être compris séparément. Certains auteurs (Collins 2000 ; Yuval-Davis 2006) invitent à complexifier les niveaux d’analyse, en étant également attentifs aux articulations entre ces niveaux.

Le cœur de la problématique de ce colloque sera la construction historique des rapports sociaux de sexe et la manière dont les sphères éducatives ont organisé -ou lutté contre - la hiérarchisation des sexes au sein des sociétés caribéennes. En posant la question sous cet angle, nous aimerions comprendre non seulement comment, mais aussi pourquoi, les rapports entre les sexes sont construits ainsi, appréhender plus précisément leur fonctionnement actuel grâce à un éclairage porté sur leur évolution, et interroger la singularité de ces rapports dans les sociétés caribéennes. Singularité qui n’empêche vraisemblablement pas l’existence de caractéristiques propres à un espace culturel ou à un contexte colonial.

Pour prendre en compte les continuités et les ruptures des structures sociales héritées de l’esclavage et de la colonisation, il conviendra d’analyser les discours et pratiques liés à l’éducation des différentes composantes des sociétés caribéennes à partir du XVIIIe siècle. Que sait-on de la manière dont se faisait alors la socialisation de genre (aux normes, aux pratiques et aux comportements), en ville et à la campagne, parmi les « habitants », les libres de couleur et parmi la population servile, dans ce siècle où l’enseignement et même l’instruction religieuse des esclaves semblent avoir été plus que rudimentaires ? Que sait-on de l’éducation par le biais des nourrices, des contremaîtres, des matrones, des précepteurs, des maitres d’apprentissage, etc.? Après l’abolition de l’esclavage, l’école laïque a été pendant longtemps considérée comme le tremplin du changement social et comme un instrument de régénération de la société. Cependant, a-t-il existé des espaces éducatifs ayant d’autres vocations ? Les pratiques éducatives ont-elles intégré l’hétérogénéité des sociétés post-esclavagistes, en tenant compte des migrations africaines, indiennes et asiatiques des XIXe et XXe siècles ?

La question « éducative » sera comprise de façon large, à la fois comme conformation du corps, instruction de l’esprit et éducation des mœurs, englobant la conduite de la vie et les qualités sociales : pourront donc être envisagées les définitions des rôles sexués à l’intérieur de pratiques de socialisation diverses, impliquant des représentations, explicites ou non, de la « masculinité » ou de la « féminité » dans le champ social.

On interrogera aussi la manière dont les systèmes de pouvoir et les institutions éducatives sont impliqués dans la production et la reproduction des différences (ou « inégalités », si l’on suit l’approche ouverte par Bourdieu et Passeron en 1970) de classe, de « race » et de genre. Nous intéressant plus particulièrement aux sphères éducatives en tant que lieux de socialisation, de construction et d’apprentissage des rôles sexués, nous accorderons d’abord notre attention aux sphères éducatives qui relèvent du champ institutionnel déjà balisé par la recherche sur les processus d’assimilation en contexte colonial : l’Eglise, l’école et l’armée, bien que l’expérience sociale particulière de l’assimilation vécue respectivement et sans doute différemment par les hommes et par les femmes ait rarement été interrogée. Il faudra donc revisiter les lieux communs, s’interroger sur la manière dont les groupes sociaux de sexe ont été et sont représentés par et dans les institutions éducatives et gérés en termes d’inclusion/exclusion.

Mais l’intérêt de ce colloque sera également de proposer un éclairage nouveau sur les espaces d’encadrement moins institutionnels que la sphère de l’enseignement proprement dit : nous envisagerons ici les sphères éducatives élargies qui recouvrent les associations de secours mutuels, les associations sportives, le scoutisme, et les espaces de socialisation non institutionnalisés recouvrant pourtant des pratiques sociales largement partagées, tels que les espaces de la musique et de la danse, les espaces de jeux et les espaces de politisation (confréries, loges maçonniques, syndicats, partis politiques, etc.).

Partant du postulat que les rapports sociaux de sexe sont socialement et historiquement construits, l’approche pluridisciplinaire permettra d’examiner les outils propres à chaque discipline (histoire, histoire de l’art, sociologie, sciences de l’éducation, lettres, etc.) pour penser la complexité des intersections entre race, classe et sexe (Kimberlé Crenshaw, 1989 ; Patricia Hill Collins, 2000) et relire, au regard des différentes approches disciplinaires, les notions de genre et de rapports sociaux de sexe. En considérant la chronologie différenciée de leur usage, ce que ces notions révèlent des rapports de pouvoir historiquement et socialement construits, des mécanismes de production, d’intériorisation et de normalisation des différences.

Pour mener à bien cette réflexion, quelques axes de recherche seront privilégiés, sans être limitatifs :

  • La singularité de l’espace caribéen et des sociétés esclavagistes et post-esclavagistes : quelle est la part respective des héritages culturels et des apports exogènes dans l’élaboration des modèles éducatifs entrainant une hiérarchisation des sexes ? Comment se reflètent-ils dans l’éducation au sein des familles ?
  • Une réflexion sur le concept d’intersectionnalité : cette notion, actuellement au cœur des études en sciences sociales (à la suite de Crenshaw, 1989), pourra être l’objet d’investigations que nous souhaiterions critiques, dans la mesure où elle peut permettre d’approfondir l’imbrication des différents types de rapports sociaux de domination (genre, classe et race notamment) et ses limites (Kergoat, 2009). Comment analyser l’articulation entre classe, race et sexe du point de vue de la situation objective des groupes considérés et des subjectivités des membres de ces groupes ?
  • Les pratiques et politiques éducatives institutionnelles : séparation des classes et des cursus, éducation religieuse, finalités des formations, la question de la mixité.
  • La question des représentations sexuées, de la nature et du rôle respectifs des hommes et des femmes qui sous-tendent ou sont véhiculées par les institutions, les pratiques, les schèmes et les modèles éducatifs. Quelles sont les incidences de ces représentations dans des domaines comme ceux de la sexualité, de la famille ou du travail ? On pourra interroger aussi bien, par exemple, les modalités de la socialisation féminine construisant le modèle de la femme « potomitan » que les représentations et les questions soulevées à propos de la « féminisation » de l’enseignement et de la « marginalisation » masculine (d’Errol Miller à la Jamaïque à Sylvie Ayral dans l’Hexagone).
  • Les espaces en marge des institutions, notamment ceux où prévalent ou ont longtemps prévalu l’oralité : contes, chants, musiques traditionnelles, mais aussi R&B, Rap et Slam. Quelles approches du genre y sont proposées, et sont-ils des lieux d’alternative dans la construction des rapports sociaux de sexe ?
  • Les espaces institutionnels religieux, traditionnels ou « alternatifs ». Quelles représentations et valeurs sont proposées par les mouvements charismatiques, les diverses églises protestantes, les communautés rastafari, etc. ?
  • Les expériences ou espaces de contestation des inégalités et discriminations entre les sexes dans l’enseignement (Théâtre-Forum, formation des enseignants, etc.). Peut-on trouver dans l’histoire caribéenne des exemples de contestation, même « partielle », des normes de genre (comme des actions de « promotion » de l’enseignement pour les filles) ?

Modalités de participation 

Les propositions de communications (3500-4000 signes, espaces compris) doivent être adressées en français,

au plus tard le 15 juillet 2017,

accompagnées d’un bref CV (maximum 2 pages) à Clara PALMISTE : colloque.dplsh2017@gmail.com

La date limite de notification d’acceptation des résumés est fixée au 31 juillet 2017. Nous envisageons la publication des actes du colloque.

Conseil scientifique

  • Pascale BARTHELEMY, Maitresse de Conférences en histoire contemporaine, ENS de Lyon
  • Nadine LEFAUCHEUR, Sociologue, ancienne chargée de recherche au CNRS, Université des Antilles
  • Dominique ROGERS, Maitre de Conférences en histoire moderne, Université des Antilles, Martinique
  • Rebecca ROGERS, Professeure d'histoire de l’éducation, Université Paris Descartes
  • Jean-Pierre SAINTON, Professeur d'histoire contemporaine, Université des Antilles, DPLSH, Guadeloupe
  • Michelle ZANCARINI-FOURNEL, Professeure émérite d'histoire contemporaine, Université Claude Bernard-Lyon-I ; codirectrice de la revue Clio, Femmes, Genre, Histoire de 1995 à 2010 et actuellement membre du comité de rédaction

Lieux

  • Université des Antilles, Campus du Camp Jacob, DPLSH, Amphithéâtre Gerty Archimède
    Saint-Claude, Guadeloupe (97120)

Dates

  • samedi 15 juillet 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • histoire, education, rapports sociaux de sexe, race, classe, intersectionalité, genre, espace caribéen

Contacts

  • Clara Palmiste
    courriel : colloque [dot] dplsh2017 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Clara Palmiste
    courriel : colloque [dot] dplsh2017 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Éducation et construction des rapports sociaux de sexe dans l’espace caribéen (XVIIIe-XXIe siècle) », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 03 avril 2017, http://calenda.org/400957