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La face cachée des cartes

The hidden face of maps

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Publié le mardi 11 avril 2017 par Céline Guilleux

Résumé

L’UMR Gouvernance, risque, environnement, développement (UPVM3 / IRD), et plus précisément l’axe 4, transversal, « Modélisation et représentations spatiales pour l’aide à la décision en aménagement » propose un colloque international « La face cachée des cartes » les 18 et 19 décembre 2017, à Montpellier.

Annonce

Argumentaire

 « La face cachée des cartes » c’est tenter de mettre au grand jour l’incroyable nombre de réflexions, gestes et opérations « dissimulés », « non dits », véritables « boîtes noires », pourtant nécessaires à la réalisation de toute carte géographique.

 Cet approfondissement sera articulé autour de trois thèmes majeurs :

  • La face cachée de la conception, afin, non seulement de préciser la démarche, mais surtout d’approfondir la réflexion autour de la « face cachée » de toute construction cartographique : carte statique ou dynamique, objet hybride entre réalités physiques et visions humaines, « artefact » ou « acteur » (Akrich et al. 2006) ;
  • Le sens caché des cartes, conscient ou inconscient : axe structuré autour des différents processus (choix, traitement et modélisation des données, types de projection, échelles, variables visuelles....) menant à la production cartographique, en exposant et interrogeant les limites, les choix, conscients ou non, qui peuvent mener à des représentations erronées ou tendancieuses. Afin d'éviter les redondances avec ce qui a déjà été étudié (notamment Monmonnier, 1991), une analyse critique des nouvelles données (crowdsourcing...) et des nouveaux types de représentation (géoportails, googlemaps, punaises...) pourra être proposée ;
  • Des cartes au service de finalités cachées : les cartographes sous influence ? Cet axe, davantage orienté vers les applications, avec la contribution de cas d'études exposant des exemples de biais cartographiques dans des domaines variés à forts enjeux (écologie, foresterie, risques, transports, santé...), pourrait permettre d'enrichir ce questionnement sur des aspects plus appliqués.

La thématique de « La face cachée des cartes » n’a guère été abordée si ce n’est par le biais des « mensonges » (Monmonier, 1991), de la propagande (Bord, 2003) ou du pouvoir des cartes (Harley, 1995). Mais il s’agit ici d’aller plus loin dans la réflexion. La carte est d’abord un objet à voir (Bertin, 1967), un instrument de communication (Jacob, 1992), une interprétation du monde qui témoigne de (des) vision(s) de son (ses) auteur(s), mais nombre d’opérations et de gestes participent à sa réalisation. Cette succession d’ajustements et de bricolages est bien souvent de l’ordre du « caché », volontairement ou non, c’est-à-dire de boîtes noires qui sont indispensables, certes, inévitables dans les étapes de la construction avec des choix multiples à opérer, mais qui restent encore peu explorées. C’est cette « partie cachée » de la représentation cartographique que l’on se propose de mettre à jour, d’expliciter et d’interroger. Il s’agira de mettre en lumière et contextualiser les choix cartographiques, conscients ou non, revendiqués, assumés ou occultés. A l’heure où le rôle des cartes ne cesse de croître dans un monde de communication et d’échanges instantanés, une approche critique de la cartographie et de ses usages, à travers ses acteurs, leurs relations passées et actuelles, le poids des héritages, peut s’avérer utile. Les inévitables distorsions entre réalités, faits géographiques et les cartes réalisées pour rendre compte de ces faits peuvent-elles être analysées comme des opérations de « traduction » et les cartes comme des « artefacts », voire comme des « acteurs » dans le sens donné à ces termes par Akrich, Callon, Latour  (2006) ?

Ces distorsions, matérialisées et territorialisées dans les cartes, peuvent répondre à des objectifs précis qui orientent alors les choix cartographiques en amont de la réalisation des cartes. Elles peuvent être liées à des contraintes techniques et matérielles ou se construire peu à peu en fonction des jeux d’acteurs et des contextes scientifiques, politiques, sociétaux. Mais ces distorsions, liées aux choix cartographiques, peuvent également en retour influencer les représentations que les différents acteurs (scientifiques, gestionnaires, élus, décideurs, grands organismes internationaux, ONG, opinions publiques…) se font du monde ou de tel ou tel phénomène cartographié. En cela, elles peuvent être amenées à peser sur des décisions scientifiques, politiques, sociétales ; accélérer ou ralentir des prises de conscience, faciliter ou non des processus d’instrumentalisation…

Au-delà de la carte « traditionnelle » (sur supports papier ou numérique), on souhaite intégrer à la réflexion les représentations visuelles utilisées aujourd’hui couramment : Géoportails, images satellites avec Google par exemple, Système d’Information Géographique, etc. On peut ainsi interroger le développement de nouveaux outils ou interfaces cartographiques liés à de nouveaux usages (cartographies en temps réel pour gestionnaires de crise, cartographies inédites de certains territoires vécus, perçus…).  Les nouvelles formes de cartes sont à relier aux nouvelles formes d’échanges (mondialisés, en temps réel, etc.) entre ceux qui les font, ceux qui les lisent et les voient, ceux qui les utilisent. Quelle articulation entre ces nouveaux outils, ces nouvelles pratiques et des difficultés anciennes toujours d’actualité, comme le passage d’une échelle à une autre, l’intégration et la structuration des données-source et des métadonnées, la qualité des données, la gestion de l’incertitude ?

Modalités de participation

L’appel à participation propose de fournir des résumés longs de communication ou des résumés d’intentions de posters, 

pour le 29 mai 2017.

La soumission se fait en ligne sur le site de la rencontre : https://cartocachee2017.sciencesconf.org

Les actes de la rencontre seront publiés dans le numéro 236 - juin 2018 - de la revue Cartes et Géomatique du Comité Français de Cartographie : http://lecfc.fr/.

Comité scientifique

  • Jean-Paul Bord, Professeur, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Laurent Chapelon, Professeur, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Régis Darques, Chargé de recherche CNRS, UMR ARTDev
  • Christophe Evrard, Maître de conférences, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Monique Gherardi, Ingénieure, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Jean-François Girres, Maître de conférences, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Adrien Lammoglia, Maître de conférences, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Marjorie Le Bars, Chargée de recherche, IRD
  • Frédéric Leone, Professeur, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Nancy de Richemond, Professeur, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Georges Serpantié, Chargé de recherche, IRD

Comité d’organisation

  • Jean-Paul Bord, Professeur, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Jean-Philippe Cherel, Ingénieur, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Stéphanie Defossez, Maître de conférences, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Christophe Evrard, Maître de conférences, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Monique Gherardi, Ingénieure, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Farah Kanj, Doctorante, Université libanaise de Beyrouth, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Sara Kermiche, Doctorante, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED
  • Chloé Yvroux, ATER, Université Paul-Valéry Montpellier 3, UMR GRED

Références

Akrich Madeleine, Callon Michel, Latour Bruno, « Sociologie de la traduction », Ed. Mines-ParisTech, 2006, 304 p.

Bailly Antoine et Gould Peter, textes édités par, « Le pouvoir des cartes – Brian Harley et la cartographie », Paris : Economica, 1995, 120p.

Bertin Jacques, « Sémiologie graphique : les diagrammes, les réseaux, les cartes », Paris/La Haye, Éd. Gauthier-Villars/Mouton, 1967, 431p.  (La Sémiologie graphique a été écrite en 1965, publiée en 1967, rééditée en 1973, 3e édition en 1999, Paris, Les réimpressions des Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 444 p. Ouvrage traduit en allemand, 1974, en anglais, 1983).

Bord Jean-Paul, « Cartographie, géographie et propagande. De quelques cas dans l'Europe de l'après-guerre », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 4/2003 (no 80), p. 15-24.

Jacob Christian, « L’empire des cartes – Approche théorique de la cartographie à travers l’histoire », Paris : Albin Michel, 1992, 537p.

Monmonier Mark, « Comment faire mentir les cartes – Du mauvais usage de la géographie », University of Chicago Press, 1991 [Traduction française Paris : Flammarion, 1993, 233p.]

Lieux

  • Université Paul-Valéry, site Saint Charles, Auditorium - Rue du Professeur Henri Serre
    Montpellier, France (34)

Dates

  • lundi 29 mai 2017

Mots-clés

  • cartographie, conception cartographique

Contacts

  • Monique Gherardi
    courriel : monique [dot] gherardi [at] univ-montp3 [dot] fr
  • Jean-Paul Bord
    courriel : j-p-bord [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Monique Gherardi
    courriel : monique [dot] gherardi [at] univ-montp3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La face cachée des cartes », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 11 avril 2017, http://calenda.org/401751