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Environmental justice - work in progress, Vertigo journal

Les nouveaux chantiers de la justice environnementale

Revue « Vertigo »

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Published on Wednesday, April 19, 2017 by João Fernandes

Summary

Dans un contexte global où l’amplification des inégalités sociales comme les dégradations environnementales occupent une part croissante des débats et des agendas politiques, le problème des relations et intersections entre les unes et les autres recueille un intérêt grandissant. La montée de ces préoccupations a pour conséquence la démultiplication des terminologies pour désigner les inégalités socio-environnementales et les enjeux de justice qui y sont associés. Elle a également pour corollaire la diffusion de la notion de justice environnementale, qui, tel un « mot valise » recouvre des acceptions différentes selon les pays, les acteurs et les problématiques. Cet appel aux textes de VertigO vise à regrouper des articles sur Les nouveaux chantiers de la justice environnementale.

Announcement

Argumentaire

Dans un contexte global où l’amplification des inégalités sociales comme les dégradations environnementales occupent une part croissante des débats et des agendas politiques, le problème des relations et intersections entre les unes et les autres recueille un intérêt grandissant. La montée de ces préoccupations a pour conséquence la démultiplication des terminologies pour désigner les inégalités socio-environnementales et les enjeux de justice qui y sont associés. Elle a également pour corollaire la diffusion de la notion de justice environnementale, qui, tel un « mot valise » recouvre des acceptions différentes selon les pays, les acteurs et les problématiques. Cette notion puise son origine dans des mouvements de type grass roots américains, qui dénonçaient dès la fin des années 1970 le recouvrement des discriminations sociales et des dégradations environnementales subies par des minorités pauvres et/ou de couleur. De nombreux travaux scientifiques et débats accompagnent le développement de ce courant jusqu’à aujourd’hui en s’interrogeant également sur sa portée heuristique.

Dans son acception initiale, la justice environnementale ne concerne que le contexte des États-Unis et la mouvance des droits civiques qui l’ont vue naître, ce qui justifie qu’on restreigne essentiellement son emploi aux situations de surexposition aux risques toxiques et industriels de groupes déjà discriminés, tels que : résidents pauvres ; travailleurs noirs, hispaniques, asiatiques ; peuples indigènes, dont la santé est affectée de manière disproportionnée (Bullard, 2001). C’est sur cette conception précise, centrée sur des enjeux de justice distributive, que s’est structuré un premier champ de recherche dédié (Holifield, 2001) qui a contribué à faire entrer la justice environnementale dans certaines lois fédérales américaines à partir des années 1990. Pour d’autres auteurs, y compris celles et ceux qui ont mené le mouvement tel qu’il a évolué dès ces mêmes années, la justice environnementale fonctionne comme un cadre, plus large, intégrateur de différentes formes de préjudices environnementaux et de problématiques sociales et politiques associées (Les Principes du Sommet environnemental des Peuples de couleur, 1991 ; Taylor, 2000 ; Bullard 2001). Elle recouvrirait alors des dimensions plurielles : de justice distributive certes, mais aussi procédurale, ou encore liée à des enjeux de reconnaissance, de capabilités (Schlosberg, 2007). Dans cette perspective, la justice environnementale pourrait faire sens non seulement pour les minorités des pays de Nord, mais aussi pour la majorité des populations pauvres et de couleur de par le monde, luttant pour protéger leurs ressources naturelles et leurs terres (Martinez-Alier, 2008).

Ces débats n’ont pas produit de consensus sur ce que devait être la justice environnementale. En outre, la démultiplication des contextes, des mouvements, des politiques, des interprétations de la justice environnementale témoigne aussi bien de l’existence de « justices » ou d’ « injustices particulières », plurielles, que de la généralisation de ces questions, voire même l’expression d’un besoin de justice universelle, pour les hommes, et pour la nature. Justice alimentaire, justice climatique, justice écologique constituent de nouveaux champs de mobilisation et de recherche qui prolongent et renouvèlent celui de la justice environnementale, tandis que se développent d’autres approches telles que l’écoféminisme, l’intersectionnalité, le postcolonialisme, qui tendent à produire des analyses convergentes. Partant de « cette actualité » de la justice environnementale, ce numéro thématique invite les contributeurs de différents champs disciplinaires qui mobilisent cette entrée ou ces théories à présenter leurs travaux empiriques et leurs réflexions.

Questionnements soumis à réflexion  (non exclusifs)

Évolution du concept de justice environnementale

Quel langage commun ou divergent (Perrot, 2002) mobilise les acteurs qui s’emparent de cette (ces) notion(s) ? Observe-t-on un consensus autour des normes de justice, des langages de justice, ou des rencontres contradictoires, voire de fortes controverses, sur la façon dont s’éprouvent les injustices et sur leurs remèdes possibles (Fraser, 2010) ? Comment ces différents acteurs contribuent-ils à l’évolution du concept de justice environnementale ?

Quels principes de justice dominent, s’articulent ou s’affrontent, à des échelles différentes, selon les mouvements sociaux ou encore les politiques publiques mises en œuvre, pour arbitrer, ou hiérarchiser différents enjeux ?

Comment les nouveaux terrains et les nouvelles déclinaisons de la justice environnementale (alimentaire, climatique, écologique) amènent-ils à repenser la « nature » et le périmètre des « communautés de justice » redéfinies à leur aune ? Sont-elles locales, voire indigènes, ou plus globales,  ou les deux à la fois ? Sont-elles humaines et/ou non humaines ? Intégrant tant le vivant que les générations à venir. Participent-elles au brouillage des frontières, qu’elles soient géographiques (nationales, mais aussi rurales/urbaines, Nord et Sud etc.) ou épistémologiques (nature / culture ou humanité / animal, végétal, planète) ou au contraire, à leur réaffirmation ?

Comment les recherches de terrain permettent d’abonder ces différents questionnements ? Ou encore comment contribuent-elles à caractériser les inégalités et injustices environnementales, à quelles échelles ou et pour quelles problématiques environnementales ? À titre d’exemple quels liens établissent-elles entre pauvreté et manque d’accès à une nourriture saine, ou indice de verdissement ?

Échelles

L’extension géographique et les préoccupations croissantes en termes de changements globaux sont cause et conséquence d’une démultiplication scalaire : les mouvements de justice environnementale sont aujourd’hui locaux et globaux, comme le montre le mouvement Justice climatique (Agyeman et al. 2016 ; Schlosberg, 2013). Quelles sont alors les limites géographiques de cette extension et les articulations entre les mouvements internationaux, locaux, et les niveaux intermédiaires ?

Acteurs

La circulation de la justice environnementale pose la question des acteurs et vecteurs de cette dynamique. Comment se constituent des réseaux de justice environnementale ? Quel est le rôle des nouvelles techniques de l’information et de la communication ? Quels sont les acteurs/actrices de la société civile qui se mobilisent et selon quelles modalités et formes éventuelles d'autonomisation (empowerment) ? À côté, voire au sein même, des organisations de la société civile, quel est le rôle des chercheurs/res « engagé/es » ? Quel est le rôle d’acteurs a priori éloignés des préoccupations de justice sociale, comme les entreprises, ou les bailleurs de fonds aux Nords, comme aux Suds ? Quels effets ont ces interventions d’acteurs dans des programmes ou politiques relatifs à la justice environnementale – dans ses différentes acceptions ou sur l'évolution du concept ?

Nouveaux débats sur la quantification ?

Que penser alors de la diffusion du langage du chiffre et de la cartographie. Ne voit-on pas s’élaborer une sorte de « lingua franca » de la justice environnementale, qui s’appuie sur le chiffre (l’inventaire et le chiffrage des dégradations environnementales, de la pauvreté ou des discriminations sociales, l’évaluation des compensations), et la cartographie (participative ou non) des territoires, populations, et ressources qui subissent l’impact, ou encore sur des registres d’argumentation et des principes de justice communs ? Alors même que les approches distributives et quantitatives de la justice sociale ou environnementale ont fait l’objet de vives critiques (Young, 1990 ; Fraser, 2000 ; Schlosberg, 2007) comment comprendre le succès actuel du langage du chiffre ? Comment, en outre, ce succès réactive les débats sur l’articulation entre les approches statistiques spatialisées et l’analyse des processus socio-historiques de production des inégalités environnementales (Pulido, 2000, Holifield, 2001), avec quelles traductions dans les travaux empiriques ?

Les recherches de terrain sur la justice environnementale peuvent apporter des éclairages sur des questions plus globales : qu’est-ce que la justice, l’environnement, le ou la politique. Elles peuvent aussi, à l’inverse, suggérer que l’entrée par la justice environnementale masque d’autres problématiques. Pour paraphraser Sen (2000) « égalité de quoi ? », les injustices sont-elles infinies, comment bien en discerner l’enjeu central ?

Nature des propositions et calendrier

Les propositions peuvent émaner de chercheurs et de praticiens, avec naturellement la possibilité de textes cosignés. Les textes soumis devront être innovateurs et apporter une contribution au corpus scientifique existant.

Échéancier

  • 15 juin 2017 : date limite pour l’envoi d’une proposition d’un maximum de titre, résumé de 600 mots comprenant, outre le titre provisoire et 5 mots-clés, la mention d’un référentiel théorique, l’esquisse d’une problématique ; l’explicitation d’un cadre méthodologique et d’un terrain ou d’un corpus ainsi que l’évocation des résultats (escomptés) ;

  • 15 juillet 2017 : avis aux auteurs quant à l’acceptation ou refus de leur proposition ;
  • 15 novembre 2017 : date limite pour l’envoi d’un texte complet respectant les conditions éditoriales précisées sur le site de la revue à l’adresse suivante : http://vertigo.revues.org ;
  • Évaluation du texte par un comité de lecture — réponse définitive de la revue en janvier et février 2018 avec grille d’évaluation des évaluateurs ;
  • février et mars 2018 : réception des textes révisés ;
  • mai 2018 : mise en ligne du numéro.

Sauf pour les dates du 15 juin et du 15 novembre, l’échéancier est fourni à titre indicatif.

Soumission des propositions

Les propositions et manuscrits (avec résumé, texte complet, figures, tables et bibliographie) doivent être soumis par courrier électronique à l’adresse suivante : redacteur.adjoint@editionsvertigo.org. La soumission doit être bien identifiée au nom du dossier : « Entre controverses environnementales et projets d’aménagement : le paysage à l’épreuve des sens ».

Pour soumettre un texte, prière de consulter les politiques de publication de la revue disponibles à l’adresse suivante : http://vertigo.revues.org

Lors de la soumission, les auteurs doivent fournir leur nom et les coordonnées de trois réviseurs potentiels pour leur article. La revue se réserve le droit de choisir ou non les réviseurs proposés.

Vous pouvez aussi nous faire parvenir en tout temps des propositions de textes pour les différentes sections de la revue. La revue accepte la soumission de textes scientifiques en tout temps.

Rédactrices associées

  • Valérie Deldrève (Irstea, France)
  • Nathalie Lewis (Université du Québec à Rimouski, Canada)
  • Sophie Moreau (Université Paris-Est Marne-la-Vallée, France)
  • Kristin Reynolds (The New School, États-Unis).

Bibliographie

  • Agyeman, J., D. Schlosberg, L. Craven et C Matthews, 2016, Trends and Directions in Environmental Justice: From Inequity to Everyday Life, Community, and Just Sustainabilities. Annual Review of Environment and Resources41(1), 321.
  • Bullard, R.D., 2001, Environmental Justice in the 21st Century: Race Still Matters. Phylon, vol. 49, n° 3/4, p. 151-171.
  • Fraser, N., 2000, Rethinking Recognition », New Left Review, 3, May-June 2010, p 107-120.
  • Fraser, N., 2010, Scales of Justice, Columbia University Press, 2010.
  • Holifield, R., 2001, Defining Environmental Justice and Environmental Racism. Urban Geography, vol. 22, n° 1, p. 78-90.
  • Martinez-Alier, J., 2008, Conflits écologiques et langage de valorisation. Ecologie et politique, vol. 35, n° 1, p. 97-107.
  • Perrot, D., 2002, « Mondialiser le non-sens », in Rist, Gilbert (dir.), Les mots du pouvoir. Sens et non-sens de la rhétorique internationale, Nouveaux Cahiers de l’IUED, p.42 à 66.
  • Principles of environmental justice [Les Principes du Sommet environnemental des Peuples de couleur, 1991, [En ligne] URL : http://www.ejnet.org/ej/principles.html, consulté le 9 février 2017
  • Schlosberg, D., 2013, Theorising environmental justice: the expanding sphere of a discourse. Environmental Politics, vol. 22, n° 1, p. 37-55.
  • Schlosberg, D., 2007, Defining environmental justice. Theories, Movements, and Nature. Oxford,University Press, Oxford, 238 p.
  • Sen, A., 2012, Repenser l’inégalité, collection Point économie, Paris : Points Économie, 318p.
  • Taylor, D.E., 2000, The Rise of Environmental Justice Paradigm. Injustice framing and the Social Construction of Environmental Discourses. American Behavioral Scientist, vol. 43, n° 4, p. 508-580.
  • Young, M.I, 1990, Justice and the politics of difference, Princeton University Press

Date(s)

  • Thursday, June 15, 2017

Keywords

  • justice, environnement, inégalités, injustices

Contact(s)

  • Eric Duchemin
    courriel : eric [dot] duchemin [at] editionsvertigo [dot] ca

Information source

  • Eric Duchemin
    courriel : eric [dot] duchemin [at] editionsvertigo [dot] ca

To cite this announcement

« Environmental justice - work in progress, Vertigo journal », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, April 19, 2017, http://calenda.org/402221