AccueilLoyauté politique et trahison au XXIe siècle : quelle actualité ?

Loyauté politique et trahison au XXIe siècle : quelle actualité ?

Political loyalty and betrayal in the 21st century - the current state of affairs?

85e congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas)

85th congress of the Association francophone pour le savoir (Acfas)

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Publié le mardi 25 avril 2017 par João Fernandes

Résumé

Le couple loyauté / trahison n'apparaît guère dans le vocabulaire actuel. Les débats politiques et les discussions théoriques sur le « vivre ensemble » s'appuient davantage aujourd'hui sur les idées d'appartenance et de communauté, de pluralisme et de tolérance, d'identité et de reconnaissance. Le retrait de la loyauté et de la trahison politiques est-il avéré, ou s'agit-il d'une question de point de vue, qu'un changement de perspective pourrait infirmer ? Telle est notre interrogation.

Annonce

Argumentaire

Le couple loyauté/trahison, sauf exception, n’apparaît guère dans le vocabulaire politique actuel. Les débats politiques et les discussions théoriques sur le ‘vivre ensemble’ et l’obligation politique se sont en effet davantage appuyés, dans la deuxième moitié du 20e siècle, sur les idées d’appartenance et de communauté, de pluralisme et de tolérance, d’identité et de reconnaissance. Dans les sociétés libérales démocratiques, la relation à l’État et au gouvernement est davantage celle de la revendication et de la critique que celle de l’allégeance et de l’engagement : la loyauté est en quelque sorte minimale ou distanciée (simple respect des lois) et non maximale ou constitutive (identification du loyal à son objet). Les exceptions apparaissent, justement, quand l’identité culturelle ou la sécurité nationale sont concernées ou menacées, comme lors des compétitions sportives internationales, à propos des mouvements migratoires ou des déploiements militaires. S’il peut encore être question de loyauté et de trahison en dehors des phénomènes de ce genre, c’est à plus petite échelle, au niveau des partis politiques par exemple (‘retourner sa veste’ : on parlera de traîtrise), ou dans les organisations de la société civile (loyauté envers l’employeur, difficile en ces temps de ‘flexibilité’). On ne retrouve ainsi un usage important de la loyauté et de son contraire que dans le monde professionnel (Clancy 1998, Begin et Centeno 2015) et, quand il subsiste en politique, il est souvent associé au patriotisme et aux valeurs de droite (MacIntyre 1984, Drunckman 2004). Si son étude ne disparaît pas pour autant, comme en témoignent, après Hirschmann 1970, les travaux de Keller 2007, Laroche 2010, Klenig 2014 sur la loyauté, et de Schehr 2010, Giraud 2010 sur la trahison, elle demeure en retrait dans les sciences humaines et sociales. L’atténuation de la loyauté et de la trahison politiques est-elle avérée, ou s’agit-il d’une question de point de vue, qu’un changement de perspective pourrait infirmer ? Telle est notre interrogation.

La loyauté fait lien et la trahison le défait, mais cette dernière est davantage que la rupture d’une promesse, une tricherie, une manipulation ou une dissimulation (bien qu’elle les implique parfois). En français, leial et loial apparaissent dès le 12e siècle, et deviennent au 16e loyal dans sa graphie actuelle. Sa signification est d’emblée double : a) juridique : est loyal ce qui est conforme aux lois en vigueur (proche du légal, legalitas) ; b) morale : est loyal ce qui est fidèle aux engagements pris et aux lois de l’honneur (proche de intégrité, droiture). La loyauté apparaît comme un intermédiaire historique entre le serment médiéval (féauté, liée au statut) et la légitimité moderne (droits et loi, appuyés sur un contrat). Dans cette évolution, la loyauté se rattache de plus en plus aux caractéristiques impersonnelles des institutions, et de moins en moins aux rapports entre des personnes et des groupes.

De même, la trahison envers l’État-Nation n’est en général plus clairement perçue. La question plus spécifique de la haute trahison enseigne combien le concept est ambigu et propice à polémique, comme le montre l’affaire Snowden aux États-Unis : si la haute trahison est reconnue comme une adhésion voulue à la cause ennemie (Fletcher 1996), elle est davantage qu’un manquement à une relation qui exigeait de la loyauté, et l’un des problèmes qui se posent est alors d’en préciser la nature afin de pouvoir en mesurer les effets. Quels sont les fondements de la loyauté due à la Nation (Henri 2015) ? La trahison et la traîtrise ordinaires ne sont-elles que l’envers de la loyauté minimale d’aujourd’hui, à savoir un simple désengagement, un retrait, une défection (Schehr 2016), un ‘exit’ (Hirschman 1970), ou sont-ils l’équivalent d’une attaque contre le fondement même de l’entité politique ? La loyauté maximale et exclusive peut-elle être exigée par l’État ? Peut-on révoquer la citoyenneté de gens reconnus coupables de terrorisme, d’espionnage ou de signalement (whistleblowing), alors que, dans ce dernier cas, on protège plutôt les fonctionnaires qui s’y livrent ?

L’objectif de notre colloque d’une journée consistera donc à recouvrer ou retrouver les usages, la pertinence et les limites de la loyauté politique aujourd’hui, et de permettre d’offrir une synthèse sur le concept de la trahison dans la variété de ses manifestations. Le colloque entend interroger la consistance conceptuelle de ces notions, afin de dépasser une simple approche événementielle et descriptive des rapports sociaux et des modes d’engagement étatique. Il accueillera les études de cas et les approches comparatives (par ex. de spécialistes de la chose militaire), mais toujours dans le but d’une théorisation adaptée aux difficultés de ses usages actuels. Nous espérons ainsi circonscrire la portée du concept de loyauté en philosophie politique ainsi qu’en sciences humaines et sociales, et déboucher sur la délimitation (ou l’élargissement) du paradigme de la trahison. Nous pourrons ainsi mieux rendre compte de leur complexité et mieux mesurer leur actualité aujourd’hui.

Voir www.acfas.ca/evenements/congres/programme/85/400/410/c pour les résumés

Programme

Lundi 8 mai 2017

Université McGill (Montréal)

Pavillon Burnside Hall (805 rue Sherbrooke Ouest), salle 1205

Conférence inaugurale :

  • 9h00 Sébastien SCHEHR (Université de Savoie Mont-Blanc), Métamorphoses de la loyauté, actualité de la trahison

9h45 Pause

1. Penser la loyauté et la trahison

  • 10h15 Vanessa HENRI (Université McGill), L’obligation de loyauté comme fondement du crime de trahison dans la théorie du contrat social : quelle légitimité ?
  • 10h50 André DUHAMEL (Université de Sherbrooke), Trahir le ‘vivre-ensemble’ ?
  • 11h25 Jean-Cassien BILLIER (Université Paris IV - Sorbonne), La loyauté et les limites de la justice

12h00 - 13h45 Dîner

2. Capital intellectuel, loyauté et résilience

  • 13h45 Jean-Philippe CARON (Société canadienne des postes - ENAP), Capital intellectuel, loyauté et résilience : trilogie de la croissance transformationnelle dans les organisations apprenantes de demain

14h25 Pause

3. Loyauté et trahison aujourd’hui : le cas du Moyen-Orient

  • 14h35 Sami AOUN (Université de Sherbrooke), La loyauté citoyenne dans les sociétés pluricommunautaires au Proche-Orient. L’État survivrait-il à l’autoritarisme ?

15h00 Pause

  • 15h25 Wael SALEH (Université de Montréal), La loyauté à l’État au prisme de la religiosité (al-tadayyun) dans la pensée arabo-musulmane actuelle
  • 16h00 Sylvana Al Baba DOUAIHY (Université de Sherbrooke), De la loyauté dans les récits de la guerre libanaise

Références

  • Bégin, L. et J. Centeno (dir.) 2015, Les loyautés multiples. Mal-être au travail et enjeux éthiques, Nota Bene.
  • Druckman, Daniel 2004, “Nationalism, Patriotism, and Group Loyalty: A Social Psychological Perspective”, Mershon International Studies Review, 38 no 1: 43-68.
  • Dufour, F. G. 2001, Patriotisme constitutionnel et nationalisme. Sur Jürgen Habermas, Liber.
  • Fletcher, George 1993, De la loyauté, trad. E. Franck, Éditions de l’université de Bruxelles, 1996.
  • Giraud, Claude 2010, De la trahison - contribution à une sociologie de l'engagement, Harmattan.
  • Healy, Mary 2013, “The Ties of Loyalty”, Ethics and Education, 8 no 1: 89-100.
  • Henri, Vanessa 2015, Duty of Allegiance. The Legitimacy of Disloyalty as a Rationale for Treason Law in the Social Contract Paradigm, Lambert Academic Publishing.
  • Hirschman, Albert 1970, Exit, voice, loyalty. Défection et prise de parole, traduit de l’anglais par C. Desseyrias, Bruxelles, Éditions de l’université de Bruxelles/Fayard, 1995.
  • Keller, Simon 2007, The Limits of Loyalty, Cambridge, Cambridge University Press.
  • Kleinig, J. 2014, On Loyalty and Loyalties: The Contours of a Problematic Virtue, Oxford University Press.
  • Laroche, Josepha (dir.), 2010, La loyauté dans les relations internationales, Harmattan.
  • Levinson, S., J. Parker & P. Woodruff (eds.) 2013, Loyalty, New York University Press.
  • MacIntyre, Alasdair, 1984, Is Patriotism a Virtue ?, Lindley Lectures.
  • Schehr, S. et C. Javeau (dir.) 2010, La trahison. De l’adultère au crime politique, Berg International.
  • Schehr, S. 2016, « La trahison : une perspective sociohistorique sur la transgression en politique », Parlement[s], Revue d'histoire politique, no 23 (2016), 135-149.
  • Soles, David 1993, “Four Concepts of Loyalty”, International Journal of Applied Philosophy, 8 no 1 4: 3-50.
  • Zvi Baron, Ilan 2009, “Dual Loyalty”, Canadian Journal of Political Science, 42 no 4: 1025–1044.

Lieux

  • Université McGill, Pavillon Burnside Hall, salle 1205 - 805 rue Sherbrooke Ouest
    Montréal, Canada (H3A2T5)

Dates

  • lundi 08 mai 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • loyauté, trahison, politique, justice, vivre-ensemble, Proche-Orient, religiosité, guerre, résilience

Contacts

  • André Duhamel
    courriel : andre [dot] duhamel [at] usherbrooke [dot] ca
  • Sylvana Al Baba Douaihy
    courriel : sylvana [dot] al [dot] baba [dot] douaihy [at] usherbrooke [dot] ca

Source de l'information

  • André Duhamel
    courriel : andre [dot] duhamel [at] usherbrooke [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Loyauté politique et trahison au XXIe siècle : quelle actualité ? », Colloque, Calenda, Publié le mardi 25 avril 2017, http://calenda.org/402927