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Hériter, partager la littérature

Heritage, sharing literature

N°22 de la revue « TRANS »

Transalpina journal issue 22

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Publié le mardi 25 avril 2017 par Céline Guilleux

Résumé

À la suite de ces remarques de Derrida, de nombreuses études récentes (comme Lire dans la gueule du loup d’Hélène Merlin-Kajman, ou encore le XXVIIIe forum philo « Hériter, et après ? » organisé par le journal Le Monde au Mans en novembre 2016), mettent l’accent sur les liens qu’entretiennent la littérature et la transmission, sur ce qu’il est possible de partager de la littérature, sur ce que le partage fait à la littérature, et sur la place de l’héritage dans la culture contemporaine.

Annonce

« L’héritage, c’est ce que je ne peux m’approprier, ce qui me revient et dont j’ai la responsabilité, qui m’est échu en partage, mais sur quoi je n’ai pas de droit absolu. J’hérite de quelque chose que je dois aussi transmettre : que cela choque ou non, il n’y a pas de droit de propriété sur l’héritage. Je suis toujours le locataire d’un héritage. Son dépositaire, son témoin ou son relais. » (Jacques Derrida, Echographies de la télévision, p. 124-125).

Argumentaire

À la suite de ces remarques de Derrida, de nombreuses études récentes (comme Lire dans la gueule du loup d’Hélène Merlin-Kajman, ou encore le 28e forum philo « Hériter, et après ? » organisé par le journal Le Monde au Mans en novembre 2016), mettent l’accent sur les liens qu’entretiennent la littérature et la transmission, sur ce qu’il est possible de partager de la littérature, sur ce que le partage fait à la littérature, et sur la place de l’héritage dans la culture contemporaine. L’accent est souvent mis sur le caractère problématique de la transmission aujourd’hui, qui demande de penser sa dimension incomplète, menacée peut-être, à l’heure des mutations importantes que nous connaissons aujourd’hui. Se questionner sur la place de l’héritage et de la transmission en littérature est une manière de mettre l’accent sur les modalités et les outils de lecture que nous utilisons pour actualiser le passé, pour nous y rapporter. Héritages, transmissions et partages de la littérature n’existent que par les actes qui les mettent en œuvre et qu’il semble important de déplier, d’expliciter pour bien en saisir les enjeux contemporains, théoriques et idéologiques. Quels sont les partages de la littérature dont nous sommes actuellement les témoins ou les acteurs ? Quelles manières de transmettre la littérature semble-t-il important d’étudier aujourd’hui, et quelles sont les implications politiques qu’elles pourraient porter au moment où certains font de la littérature une « zone à défendre » ?

Plusieurs pistes peuvent être déjà tracées pour orienter la réflexion :

L’héritage des écrivains

En littérature, l’héritage est une question particulièrement complexe, qui se pose tout d’abord aux écrivains eux-mêmes. Comment l’héritage se construit-il précisément en littérature, non seulement selon les termes de l’influence, dans le cadre de courants ou d’écoles littéraires, mais dans les œuvres elles-mêmes ? On pourrait par exemple faire ici appel à l’étude des récits de filiation que Laurent Demanze mène dans Encres orphelines, pour comprendre comment se construisent certaines postures d’écriture, insistant sur les difficultés de la transmission, et articulant deux dimensions de l’héritage, le poids du passé familial et celui de l’histoire littéraire. L’héritage est parfois inscrit au cœur du récit lui-même : « Le conteur » de Walter Benjamin peut nous aider à comprendre de quelle manière le narrateur apparaît comme le passeur d’une histoire, le transmetteur d’une expérience vécue, le porteur de bons conseils. Comment cette figure du conteur est-elle reprise dans une littérature qui se pose la question de la possibilité de sa transmission ? De quoi, comment, pourquoi héritent les écrivains, et en quoi ces héritages viennent-ils en particulier informer les écritures contemporaines ? Comment le refus d’hériter joue-t-il dans la construction de postures d’écriture de la rupture, de la nouveauté ? Quel est le rôle des revues, des éditeurs, des manifestes dans la construction de ces héritages et de ces partages littéraires ?

Traduction et héritage

Les traducteurs apparaissent également comme des passeurs et comme des créateurs de transmission et le cas précis de certaines traductions comme exemples de constructions d’héritage ou de transmission peuvent sûrement nous aider à comprendre la manière dont on peut hériter de ce qui nous est étranger, comment se construit un héritage en littérature, et comment à travers lui, quelque chose de l’expérience, que la littérature pourrait étudier ou nommer, est transmis. Ainsi, comment la question de la transmission vient-elle se mêler à celle de la traduction ? Dans quelle mesure la traduction de la littérature peut-elle être comprise comme une transmission de la langue en tant que patrimoine ou partage des langues ? Comment penser l’héritage non pas comme un repli identitaire, mais en rapport avec le monde transculturel, polyglotte, dans lequel nous évoluons ?

Histoire littéraire, théorie et héritage

L’histoire de la littérature, avec les notions de courants, d’école ou de tradition littéraire, s’est construite autour de l’étude de filiations et d’héritages problématiques, revendiqués, masqués ou rejetés. L’étude de ces héritages, la découverte de liens entre des auteurs ou des œuvres vient régulièrement modifier nos perceptions de l’histoire littéraire. Mais l’accent mis sur la question de la transmission semble pouvoir venir souligner une modification plus profonde du travail même de l’histoire littéraire, de ses outils et de ses méthodes. À la suite de la « transitionnalité » qu’Hélène Merlin-Kajman propose d’emprunter à la psychanalyse, quels outils conceptuels permettent de penser cette place de la transmission dans la littérature ? Par exemple, peut-on penser l’intertextualité comme une notion qui viendrait déplacer notre manière de comprendre le processus de l’héritage ? Quels pourraient être les liens entre les théories de la réception et la notion de transmission ? Comment se construisent les rapports entre héritage et patrimoine, et comment ces rapports parviennent-ils à dessiner certaines organisations du champ littéraire, à faire comprendre les trajectoires de certains écrivains ? « C’est à partir de leur façon d’inventer leur propre liberté, c’est-à-dire de perpétuer, ou de transformer, ou de refuser, ou d’augmenter, ou de renier, ou d’oublier, ou de trahir leur héritage littéraire (et linguistique) national qu’on pourra comprendre tout le trajet des écrivains et leur projet littéraire même, la direction, la trajectoire qu’ils emprunteront pour devenir ce qu’ils sont » (Pascale Casanova, La République mondiale des Lettres, p. 71).

L’enseignement et transmissions littéraires

Ces réflexions pourraient aussi nous conduire à nous interroger sur la place particulière de l’enseignement en littérature aujourd’hui, sur les liens qu’entretiennent littérature et enseignement. Il serait possible de contribuer ainsi à divers débats de société qui portent sur les manières d’enseigner actuellement la littérature. Les questions de l’héritage, du lien entre les générations, de la transmission des savoirs que porte la littérature, sont placées au centre de la réflexion sur la littérature et au centre des enjeux de son enseignement : si l’on veut encore s’obstiner à penser la littérature non pas comme un patrimoine clos, mais comme un champ vivant, actif, en mouvement, cela tient peut-être aussi aux pratiques de transmission qui informent sa réception. Par ailleurs, nous pourrions être amenés à nous interroger sur les différentes façons dont la littérature représente sa propre transmission. Comment sont représentés les professeurs en littérature, et comment portent-ils avec eux une certaine idée de la transmission indispensable au partage des textes littéraires ?

Modalités de soumission

Ce sujet n’est exclusif d’aucune période ni d’aucun genre : il exige en revanche une approche comparatiste. Les propositions de communication (3000 signes), accompagnées d’une brève bibliographie et d’une courte présentation du rédacteur doivent être envoyées

avant le 28 avril 2017

en fichier .DOC ou .RTF à l’adresse lgcrevue@gmail.com. Les articles retenus seront à envoyer pour le 30 juin 2017. Nous rappelons que la revue de littérature générale et comparée TRANS- accepte les articles rédigés en français, anglais et espagnol.

Comité scientifique

Directrice de la publication : Yen-Mai TRAN-GERVAT, maître de conférences en littérature comparée, université Sorbonne Nouvelle - Paris 3

  • Philippe DAROS, professeur de littérature comparée, directeur de l’Ecole Doctorale 120 de Littérature Générale et Comparée, université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
  • Joaquin MANZI, maître de conférences en littératures et cinémas de l’Amérique Latine, université Paris Sorbonne.
  • Nathalie PIEGAY-GROS, professeur de lettres modernes, université Paris 7
  • Tiphaine SAMOYAULT, professeur de littérature comparée, université Paris 3

Comité de Rédaction

  • Marine AUBRY MORICI, doctorante contractuelle au département des Études Italiennes de l'Université Sorbonne Nouvelle- Paris 3. Ses recherches portent sur la littérature italienne contemporaine.
  • Ninon CHAVOZ, ancienne élève de l’ENS Paris et agrégée de lettres modernes, est doctorante contractuelle en littérature francophone et chargée de cours à l'Université Sorbonne Nouvelle- Paris 3.
  • Manuel ESPOSITO, doctorant contractuel au département de Littérature Générale et Comparée de l'Université Sorbonne Nouvelle- Paris 3. Ses recherches portent sur les rapports entre science et littérature.
  • Christian GALDÓN GASCO, doctorant contractuel en littérature latino-américaine au Laboratoire d'études romanes à l'Université Paris 8.
  • Louiza KADARI, ancienne allocataire-monitrice, université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
  • Marion OTT, étudiante en M2 recherche en littérature générale et comparée à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.
  • Amanda MURPHY, doctorante et chargée de cours en Littérature générale et comparée à l'Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, et Lectrice d'anglais à l'Université Paris 1-Sorbonne Panthéon.
  • Nessrine NACCACH, Doctorante en Littérature Générale et Comparée à l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.
  • Ivan SALINAS ESCOBAR, Docteur en littérature générale et comparée (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3), chargé de cours à Paris Sorbonne et Paris 13 Villetaneuse.
  • Sana M'SELMI, doctorante à l’Université Sorbonne-Nouvelle Paris 3.
  • Fanfan TIAN, étudiante en M2 recherche en littérature générale et comparée à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.
  • Victor Toubert, doctorant contractuel au département de Littérature comparée à l'université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.
  • Francesca TUMIA, docteur à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 où elle est actuellement chargée de cours au département de LLFL.

Comité de lecture

  • Marine AUBRY MORICI, doctorante contractuelle au département des Études Italiennes de l'Université Sorbonne Nouvelle- Paris 3.
  • Ninon CHAVOZ, doctorante contractuelle en littérature francophone et chargée de cours à l'Université Sorbonne Nouvelle- Paris 3.
  • Phillipe DAROS, professeur des Universités en littérature comparée, université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.
  • Manuel ESPOSITO, doctorant contractuel au département de Littérature Générale et Comparée de l'Université Sorbonne Nouvelle- Paris 3.
  • Christian GALDÓN GASCO, doctorant contractuel en littérature latino-américaine au Laboratoire d'études romanes à l'Université Paris 8.
  • Louiza KADARI, allocataire-monitrice, université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
  • Sana M'SELMI, doctorante à l’Université Sorbonne-Nouvelle Paris 3.
  • Fiona MC INTOSH VARJABEDIAN, professeur des universités, Lille 3
  • Amanda MURPHY, doctorante et chargée de cours en Littérature générale et comparée à l'Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, et Lectrice d'anglais à l'Université Paris 1-Sorbonne Panthéon.
  • Nessrine NACCACH, Doctorante en Littérature Générale et Comparée à l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.
  • Florence OLIVIER, professeur des Universités en littérature comparée, université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.
  • Marion OTT, étudiante en M2 recherche en littérature générale et comparée à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.
  • Ivan SALINAS ESCOBAR, docteur à l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
  • Fanfan TIAN, étudiante en M2 recherche en littérature générale et comparée à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.
  • Victor Toubert, doctorant contractuel au département de Littérature comparée à l'université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.
  • Yen-Mai TRAN-GERVAT, maître de conférences en littérature comparée, université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.
  • Francesca TUMIA, docteur à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 où elle est actuellement chargée de cours au département de LLFL.

Catégories

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • vendredi 28 avril 2017

Mots-clés

  • littérature, transmission, héritage

URLS de référence

Source de l'information

  • Nessrine Naccach
    courriel : naccachnessrine [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Hériter, partager la littérature », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 25 avril 2017, http://calenda.org/402935