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L’image consommée : excès, limites et transformations

The consumed image: excess, limits and transformations

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Publié le mercredi 10 mai 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Dans l’introduction de son essai Le destin des images (2003), Jacques Rancière analyse les significations et transformations contemporaines des images, en se demandant s’il « n’y a pas, sous le même nom d’image, plusieurs fonctions dont l’ajustement problématique constitue le travail de l’art ? ». Face à l’hétérogénéité et la prolifération des formes visuelles qui ne peuvent être quantifiées ou étudiées dans leur totalité, la question du « comment » s’impose.

The organisation committee of the Arts and Medias Symposium of the University of Montreal cordially invites museum professionals and researchers to participate in its fifth symposium to be held on November 16-17, 2017. This year the chosen theme is The consumed image: excess, limits and transformations.

Annonce

Le comité organisateur du Colloque arts et médias de l'Université de Montréal souhaite inviter cordialement les professionnels des institutions muséales et des centres de recherches à participer à la cinquième édition de son colloque annuel qui aura lieu les 16 et 17 novembre 2017 sous le thème L’image consommée : excès, limites et transformations. 

Argumentaire

Dans l’introduction de son essai Le destin des images (2003), Jacques Rancière analyse les significations et transformations contemporaines des images, en se demandant s’il « n’y a pas, sous le même nom d’image, plusieurs fonctions dont l’ajustement problématique constitue le travail de l’art ? ». Face à l’hétérogénéité et la prolifération des formes visuelles qui ne peuvent être quantifiées ou étudiées dans leur totalité, la question du « comment » s’impose. De quelle(s) manières nous approprions-nous les images que nous regardons ? Quels types de rapports ou de réponses artistiques sont générés ? Dans le sillage de cette réflexion, la cinquième édition du Colloque arts et médias de l’Université de Montréal invite ses participants à se questionner sur les liens qui se nouent entre les images de l’art et les pratiques de consommation qui les caractérisent, dans les domaines de l’histoire de l’art, des études cinématographiques et du jeu vidéo.

D'une manière générale, la consommation d'un bien ou d'un service entraîne inévitablement sa transformation ou sa destruction. On ne saurait toutefois en réduire si facilement la définition, puisque la consommation se présente aujourd’hui sous plusieurs formes, qu’elle soit sous-jacente, conflictuelle ou excessive. Ceci est évident, par exemple, au regard de l'accumulation de publicités, des pratiques cinéphiliques extrêmes, des stratégies de réappropriation des jeux vidéo, ou encore des défis liés à l’archivistique ou aux dispositifs numériques.

D’ailleurs, l’évocation du mot consommation est souvent liée à l’apparition de la culture de masse des années 1950 et, par le fait même, aux théoriciens qui l’ont étudiée, notamment ceux de l’École de Francfort. D’un côté, Walter Benjamin explore la thèse selon laquelle l’arrivée des nouvelles technologies de reproduction réduit l’aura des œuvres au profit d’une exposition constante à l’image en série. De l’autre, Theodor Adorno et Max Horkheimer se penchent sur le concept d’industrie culturelle (Kulturindustrie) et sur l’art comme acteur de premier plan dans l’émancipation des luttes et des mouvements sociaux. Adorno et Horkheimer statuent que l’esprit ne peut survivre lorsque la culture est considérée comme un bien et destinée à la consommation. 

La consommation ne s’applique toutefois pas qu’aux objets de la culture populaire et de masse, elle travaille aussi l’histoire sociale de l’art, ses différents marchés et ses réseaux de distribution. Comment comprendre la consommation au sein d’une économie de dons (Mauss, 1925) ou pour la propagation pré-moderne d’une culture de l’imprimé? Si la consommation fait partie intégrante de la modernité, comment saisir la consommation visuelle avant et après cette modernité? Lors de ce colloque, nous souhaitons interroger les ruptures et les continuités des histoires de la consommation à la lumière des études médiatiques, cinématographiques et de l’histoire de l’art, pour mieux observer comment elles sont indissociables d’une histoire du regard en pleine mutation.

Il nous importe également de discerner comment les règles de la consommation gouvernent le corps social et quels rôles jouent les médias dans l’établissement de limites définies en ce qui a trait à la culture visuelle. L’aspect social de la consommation est donc à sonder afin d’étudier comment celle-ci opère lorsqu’elle devient système de contrôle et créatrice de communautés. Quels discours sociaux ou médiatiques sont intrinsèquement liés à la consommation des images? Et quels sont les moyens médiaux, artistiques, poïétiques pour mettre en scène la consommation?

En particulier au début des années 2000, l’émergence de nouvelles pratiques numériques a bouleversé la consommation des images artistiques. Alors que la circulation réglée des œuvres d’art permettait d’en préserver le contrôle, la nouvelle circulation des images favorise leur appropriation en dehors d’un cadre juridique ou commercial. Parallèlement, au tournant du 21e siècle, l’art, le cinéma mais aussi le jeu vidéo et la télévision se sont imposés comme des objets inédits de consommation. Ils ont permis de légitimer les expressions de la culture populaire, contribuant ainsi au renouvellement et à l’hybridation des formes culturelles. « La culture du partage est une nouvelle revanche des foules sur la consommation », affirme André Gunthert (2013). Le consommateur devient-il ainsi producteur d’œuvres? La réception serait-elle progressivement remplacée par les détournements? Ou ces techniques de réappropriation se révèlent-elles une nouvelle façon de recevoir l’art?

Enfin, il est nécessaire d’étudier ce que les études postcoloniales, féministes et queer nous apprennent sur les rapports qui se tissent entre consommation et pouvoir. Quand est-ce que « voir » devient consommer? Comment le regard consommateur engendre-t-il un pouvoir politique (dans les paysages ou l’art orientaliste, par exemple)?

Considérant les multiples avenues de réflexion possibles autour du thème, les communications proposées pourront s’inscrire dans l’un de ces trois axes, sans y être pour autant limitées :

1) Pratiques de consommation des images

Postures et théories du spectateur, réception et commission des œuvres, art réglementé et règles de consommation, copies, cinéphilie, corps altérés ou modifiés par l’art, vol d’identité et espionnage, rapatriement des biens culturels, braconnage culturel, avenir des plateformes numériques, développement d’iconographies.

2) Surconsommation

Pathologies en art, surplus d’images, hyperphagie des images, binge watching, pratiques superstitieuses, idolâtrie, spectacle et magie, carnavalesque.

3) Déchets et rejets

Pratiques limites, censure, décloisonnement des arts, images interdites, controversées, parasites ou indigestes, art jetable, art pauvre, art du superflu, art du réemploi (images ou œuvres manipulées ou transformées), circulation des images (errance et partage), mash up, décontextualisation de l’objet, culture jamming.

Conditions de soumission

Nous invitons les étudiantes et étudiants des cycles supérieurs ainsi que les professeurs, chercheurs et professionnels de musées, de tous les horizons disciplinaires, à soumettre une proposition de communication (environ 300 mots

avant le vendredi 26 mai 2017.

Pour nous transmettre votre proposition, vous devez remplir le formulaire prévu à cet effet et nous le retourner à colloqueharudem@gmail.com. Veuillez noter que les communications pourront par la suite être publiées dans les actes du colloque.

Pour toute question concernant le colloque, vous pouvez nous écrire à la même adresse.

Comité scientifique

Les propositions seront évaluées de manière anonyme par un comité scientifique qui se rencontrera au mois de juin 2017

Les membres de ce comité sont :

  • Suzanne Paquet, professeure agrégée, Université de Montréal
  • Marta Boni, professeure adjointe, Université de Montréal
  • Anne-Marie Auger, doctorat en études cinématographiques, Université de Montréal
  • Alice Michaud-Lapointe, doctorat en études cinématographiques, Université de Montréal
  • Marina Merlo, doctorat en études cinématographiques, Université de Montréal
  • Candice Houtekier, maîtrise en histoire de l’art, Université de Montréal
  • Émilie Poirier, maîtrise en histoire de l’art, Université de Montréal

Argument

In the introduction to his essay The Future of the Image (2007), Jacques Rancière analyzes the contemporary meanings and transformations of images, wondering if “the term ‘image’ [might not] contain several functions whose problematic alignment precisely constitutes the labour of art?”. Faced with the heterogeneity and proliferation of visual forms that cannot be quantified or studied in their totality, the question of “how” becomes imperative: in what ways do we appropriate the images we are looking at? What types of relationships or artistic responses are generated? In the wake of this reflection, the fifth edition of the Arts and Medias Symposium of the University of Montreal invites its participants to question the links between art images and the consumption practices that characterize them in the fields of art history, film and video game studies.

Broadly speaking, consumption of a good or service inevitably leads to its transformation or destruction. However, this is an oversimplification. Today, consumption translates itself in many forms: direct or underlying, conflicting or excessive. This is prominent, for example, in the accumulation of advertisements, extreme cinephilic practices, the reappropriation strategies of video games, or the challenges linked to the archivist and digital devices.

Moreover, the evocation of the word consumption is often linked to the appearance of mass culture in the 1950s and, consequently, to the theorists who studied it, namely those of the Frankfurt School. On the one hand, Walter Benjamin explores the idea that the arrival of new reproductive technologies reduces the aura of works, favoring instead a constant exposure to the serial image. On the other hand, Theodor Adorno and Max Horkheimer focus on the concept of culture industry (Kulturindustrie) and on art as a leading actor in emancipation and social movements. Adorno and Horkheimer state that the spirit cannot survive when culture is considered as a good and is destined for consumption.

Consumption, however, does not only apply to objects of mass and popular culture, but also to the social history of art, its various markets and its distribution networks. How should we understand, for example, consumption within a gift economy (Mauss, 1925) or the pre-modern propagation of print culture? If consumption is an integral part of modernity, how should we consider visual consumption before and after this modernity? During this symposium, we want to examine the breaks and continuities of consumer histories in the light of media studies, film studies and art history, in order to determine how they are inseparable from a changing history of the gaze.

In addition to this historiographic study, it is also important for us to discern how rules of consumption govern the social body and what role media play in defining boundaries with respect to visual culture. We therefore wish to investigate the social aspect of consumption to study how consumption operates when it becomes both a system of control and a way to create communities. What social or media discourses are intrinsically linked to the consumption of images? And what are the medial, artistic, and poetic means of staging consumption?

In the early 2000s, the emergence of new digital practices upsets the consumption of art images. While the regulated circulation of works preserved a certain control over them, the new circulation of images facilitates their appropriation outside a legal or commercial framework. At the turn of the 21st century, art, cinema but also video games and television were imposed as hitherto unseen objects of consumption. They have helped legitimize expressions of popular culture, thus contributing to the renewal and hybridization of cultural forms. “The culture of sharing is a new revenge of the crowds on consumption,” claims André Gunthert (2013). As a result, does the consumer become a producer of works? Will reception be gradually replaced by hijacking? Or do these techniques of reappropriation reveal a new way of receiving art?

Finally, it is necessary to study what postcolonial, feminist and queer studies tell us about the relations between consumption and power. When does looking become a form of consumption? How does the consumer’s gaze engender political power (in landscapes or orientalist art, for example)?

Considering these avenues for reflection around this year’s theme, topics may include, but are not limited to the following:

  1. Consumption practices of images: theories of the spectator, the reception and the commission of works, regulated art and rules of consumption, copies, cinephilia, bodies altered or modified by art, identity theft and espionage, the repatriation of cultural property, cultural poaching, the future of digital platforms, the development of iconographies.
  2. Overconsumption: pathologies in art, images of excess, hyperphagia of images, binge watching, superstitious practices, idolatry, spectacle and magic, the carnivalesque.
  3. Waste and refuse: borderline practices, censorship, mixing of the arts, prohibited, controversial, parasite or indigestible images, disposable art, poor art, superfluous art, art of reuse (recycled images, manipulated or transformed works), the circulation of images (wandering and sharing), mash up, objects out of context, culture jamming.

Submission guidelines

Graduate students and professors, researchers and museum professionals from all disciplinary backgrounds are invited to submit a paper proposal (approximately 300 words)

by Friday, May 26th 2017.

To submit your proposal, please fill out the form provided and send it back to colloqueharudem@gmail.com. Please note that there is a possibility for papers to be published in the conference proceedings. If you have any questions about the conference, you can write to us at the address above.

Lieux

  • Pavillon Lionel-Groulx - 3150 Rue Jean-Brillant
    Montréal, Canada (H3T 1N8)

Dates

  • vendredi 26 mai 2017

Mots-clés

  • consommation, art, consumption

Contacts

  • Marie-Pier Blain
    courriel : colloqueharudem [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Marie-Pier Blain
    courriel : colloqueharudem [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« L’image consommée : excès, limites et transformations », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 10 mai 2017, http://calenda.org/404132