AccueilHistoire, historicités en didactique des langues

*  *  *

Publié le mardi 30 mai 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Première rencontre du projet CLIODIL, cette journée réunira des chercheurs, des enseignants-chercheurs et des doctorants issus d’horizons disciplinaires différents (linguistique, sociolinguistique, didactique des langues, histoire, sciences de l’éducation) autour des notions d’histoire et d’historicité en didactique des langues.

Annonce

Argumentaire

Le paradoxe de l’histoire en FLES et en didactique des langues : une présence invisible

La question de l’histoire traverse le domaine du français langue étrangère (FLE), mais elle n’a pour autant donné lieu passim qu’à des traitements marginaux (Chiss, 2015 ; Spaëth, 2014 ; Coste, 1994). Pourtant, c’est d’abord pour établir une rupture avec une certaine histoire de la diffusion et de l’enseignement du français, notamment marquée par l’impérialisme, que le FLE apparait, dans les années 1960, comme une nouvelle discipline (Porcher, 1987). Son assise idéologique et politique se recompose alors, peut-être jusqu’à en effacer les traces, principalement sous l’effet d’une nouvelle construction épistémologique. En effet, dans les années 1970, la tutelle de la linguistique, associée aux recherches sur l’apprentissage, a pour effet de centrer le FLE sur les conditions méthodologiques et technologiques de l’enseignement/apprentissage. Dans ce champ en construction, l’histoire des méthodologies de l’enseignement des langues (Puren, 1988) jouera un rôle important dans sa reconnaissance. Mais la version vulgarisée de cette histoire justifiera pour une part l’évolutionnisme méthodologique et figera pour longtemps l’ensemble des représentations concernant le rôle de l’histoire dans la discipline, l’éloignant ainsi assez radicalement de la problématique de l’historicité.

Le tournant du FLE vers la didactique des langues s’opère dans les années 90 sous l’impulsion fournie par la sociolinguistique. Le travail autour de la diversité, de la variation, du plurilinguisme et le focus porté sur les interactions dans la classe vont permettre de rattacher la didactique des langues aux problématiques sociétales les plus contemporaines, tout en affirmant sa place au sein des sciences du langage. La didactique des langues est aux prises avec les urgences sociales et éducatives (intégration des migrants, réussite scolaire en français, etc.). De plus, la reconnaissance et une certaine forme d’institutionnalisation des différents contextes d’enseignement/apprentissage du français la pousse à la diversification interne (FLS, FLI, FOU). L’histoire n’a pas sa place, c’est la variété synchronique des contextes qui s’impose.

Pour autant, la question de l’histoire ressurgit régulièrement car le FLE n’a jamais cessé de regarder du côté de l’épistémologie et de l’anthropologie culturelle. C’est par le biais des notions d’altérité et de diversité que l’histoire est réintroduite dans la discipline en l’infléchissant du côté de l’historicité, au moins sur trois plans complémentaires :

  • au niveau des sujets, envisagés selon deux perspectives parfois divergentes, le sujet en tant qu’acteur historique, en interaction avec différents contextes sociaux, économiques, politiques et culturels qui le façonnent et qu’il contribue à construire, et le sujet narrateur de son propre passé, (biographie langagière, mise en discours des expériences singulières d’apprentissage des langues ou de vie dans les langues, constructions identitaires)
  • au niveau des institutions (l’Alliance française, le MAE)
  • au niveau des contextes (politiques éducatives, cultures éducatives et politiques linguistiques nationales et internationales)

Dans les formations de master, la question de l’histoire n'apparaît en tant que telle que dans l’enseignement de l’histoire des méthodologies, mais elle est présente, en creux, dans les cours traitant de politique linguistique, de francophonie, mais aussi dans les cours sur les questions de médiations interculturelles.

Dans la recherche, quelques thèses ou HDR ont explicitement porté sur cette problématique de l’histoire en FLE  (Spaëth, 1997 et 2007 ; Cortier, 1998 ;  Besse, 2000 ; Puren, 2004). Mais il est intéressant de noter qu’actuellement dans de nombreuses thèses qui portent sur l’enseignement du français, les tentatives pour introduire l’histoire sont fréquentes et s’opèrent de deux manières. La première est interne, c’est-à-dire, contextualisée. Elle propose une histoire du français et de son enseignement ; la seconde est externe, et au contraire, de type universalisant. Elle renvoie à l’histoire des méthodologies d’enseignement des langues. Les deux approches constituent le plus souvent des apories et ne peuvent être portées au crédit d’une analyse historique. Le rôle dévolu à l’histoire ainsi conçue est, au mieux, celui  d’un « décor » narratif dont l’énonciation reste floue et qui fait obstacle à la connaissance historique. Il ne s’agit pas de replacer l’analyse dans un contexte historique auquel la situation étudiée serait intrinsèquement liée afin de faire émerger une problématique, mais plutôt de satisfaire à une exigence non formulée dont le sens n’apparaît pas de façon évidente au chercheur plus ou moins débutant.

Cette déconnexion, apparemment objective, est neutralisante, dans la mesure où elle évite à l’auteur d’entrer de plain-pied dans les questionnements politiques et idéologiques que soulève son sujet de recherche. Ainsi, pour rassurante qu’elle puisse être, elle s’avère problématique. Cette démarche naturalisante limite la portée de recherches qui, par manque de contextualisation, perdent une partie de leur valeur heuristique dès lors qu’on tente de les comparer ou de les transférer. Elle empêche de penser les individus comme les groupes, qu’ils soient enseignants ou apprenants, au-delà de leurs dimensions sociales, cognitives ou affectives, dans une complexité qui prendrait en compte leur construction historique.

À partir de ce bref aperçu, on comprend l’importance d’affirmer une position sur l’histoire en/pour la didactique des langues. Les enjeux réflexifs sont de taille : renforcement de l’assise épistémologique ; développement de la recherche pluri- et interdisciplinaire. Les enjeux éthiques le sont plus encore pour un domaine fortement engagé dans l’action sociale, influencé par une modélisation institutionnelle (aux conséquences très concrètes sur la conception des régimes d’historicité et les idéologies circulantes dans la recherche). Enfin, la didactique des langues participe par son objet - la diffusion des langues - aux processus de mondialisation et de globalisation linguistiques et notamment de reconfigurations culturelles et identitaires. Elle peut donc rejoindre les questionnements posés par des auteurs comme Appadurai (2001) ou Subrahmanyam (2007), en tant qu’elle interroge les dynamiques de circulation des langues et de déplacement des centres et périphéries à l’échelle mondiale.

Programme

  • 8h30 Accueil
  • 9h - 9h15 Ouverture : Valérie Spaëth (DILTEC, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)
  • 9h15 - 10h45 Conférence « Prendre langue. L'anthropologie historique des situations de contact (Europe-Insulinde, XVIe-XXe siècle) » Romain Bertrand (CERI, Sciences-Po)

10h15 - 11h15 Table ronde 1 « Pourquoi faire de l’histoire en/pour la didactique des langues ? »

  • Valérie Spaëth (DILTEC, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3),
  • Isabelle Cros (DILTEC, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3),
  • Emmanuelle Huver (Dynadiv, Université François Rabelais - Tours).

11h15 - 11h30 Pause-café

11h30 - 12h30 Table ronde 2 « Quelle histoire (histoire des méthodologies, de la didactique des langues, de l’enseignement du français, des représentations, etc.) ? »

  • Jean-Louis Chiss (DILTEC, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3),
  • Alice Burrows (DILTEC, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3),
  • Henri Besse (ENS de Lyon),
  • Marie-France Bishop (EMA, Université de Cergy-Pontoise).

13h - 14h15 Repas

  • 14h15 - 15h15 Conférence « Pour une histoire sociale des langues à l'époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle): historiographies, pratiques, perspectives » Ulrike Krampl (CeTHiS, Université François Rabelais – Tours)

15h15 - 16h15 Table ronde 3 « Histoire des savoirs et relations aux disciplines »

  • Dan Savatovsky (HTL, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3),
  • Muriel Jorge (HTL, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3),
  • Bernard Schneuwly (ERHISE et GRAFE, Université de Genève).

16h15 - 16h30 Pause-café

16h30 - 17h30 Clôture Atelier bilan, conclusion et calendrier de travail

Références

Appadurai Arjun (2001) [1996], Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, Paris : Payot.

Besse Henri (2000), Propositions pour une méthodologie des méthodes de langues, Doctorat d’état, Université Paris 8, 2 vol.

Chiss Jean-Louis (2015), « Complexité, contextualisation, historicité : questions pour la didactique du français langue étrangère et des langues », in Jean-Marc Defays et al. (dir.), Transversalités. 20 ans de FLES: faits et gestes de la didactique du français langue étrangère et seconde de 1995 à 2015,  Vol. 1, Fernelmont, Belgique : EME, pp. 79-86.

Cortier Claude (1998), Institution de l'Alliance française et émergence de la francophonie. Politiques linguistiques et éducatives (1880-1914), Thèse de doctorat, Université Lyon 2.

Coste Daniel (dir.) (1994), Vingt ans dans l'évolution de la didactique des langues. 1968-1988, Paris : Didier.

Porcher Louis (1987), Champ de signes. État de la diffusion du français langue étrangère, Paris : Didier.

Puren Christian (1988), Histoire des méthodologies de l'enseignement des langues, Paris : Nathan-CLE International.

Puren Laurent (2004), L’école française face à l’enfant alloglotte. Contribution à une étude des politiques linguistiques éducatives mises en œuvre à l’égard des minorités linguistiques scolarisées dans le système éducatif français du XIXe siècle à nos jours, Thèse de doctorat, Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3.

Spaëth Valérie (1997), Généalogie de la didactique du français langue étrangère. L'enjeu africain, Agence de la francophonie, col. « Langues et développement », Paris : Didier Érudition.

— (2007), Théories, politiques et pratiques de la langue. L’enseignement du français : des colonies au français langue seconde (XIXème-XXème siècles), synthèse HDR, Université Sorbonne nouvelle-Paris 3.

— (2014), « Pour l’histoire en didactique du FLES », in Jose Aguilar, Cédric Brudermann et Malory Leclère (dir.), Langues, cultures et pratiques en contexte : interrogations didactiques, Paris : Riveneuve éditions, pp. 227-246.

Subrahmanyam Sanjay (2007), « Par-delà l’incommensurabilité : pour une histoire connectée des empires aux temps modernes », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 54-4 bis, pp. 34-53.

Lieux

  • Sorbonne, 3e étage, salle M - 46 rue Saint-Jacques
    Paris, France (75005)

Dates

  • lundi 12 juin 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • didactique des langues, histoire, historicité

Contacts

  • Valérie Spaëth
    courriel : valerie [dot] spaeth [at] univ-paris3 [dot] fr

Source de l'information

  • Muriel Jorge
    courriel : muriel [dot] jorge [at] univ-paris3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Histoire, historicités en didactique des langues », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 30 mai 2017, http://calenda.org/405666