AccueilLes subalternes, peuvent-elles/ils (parler) être écouté-e-s ?

Les subalternes, peuvent-elles/ils (parler) être écouté-e-s ?

Listening to the underling - FIRA research group study day

Journée d'étude - Groupe de recherche FIRA

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Publié le vendredi 02 juin 2017 par Anastasia Giardinelli

Résumé

En s’appuyant sur les travaux des séminaires du groupe de recherche FIRA (MSH Paris Nord) de 2015 à 2017  ̶  axés sur la décolonisation de toutes perspectives de connaissance euro-centrées ̶  nous nous proposons dans cette journée d’étude de continuer à réfléchir et à élargir nos recherches vers une géopolitique des connaissances. Il s’agit de saisir le projet d’actualisation du lieu d’énonciation, des récits historiques et culturels, de la pensée et de la production du savoir. Dans ce sens, le défi du tournant de la décolonialité s’inscrit sur la critique et la reconstitution des espaces interstitiels du cadre conceptuel hybride des différences coloniales.

Annonce

Argumentaire

En s’appuyant sur les travaux des séminaires du groupe de recherche FIRA (MSH Paris Nord) de 2015 à axés sur la décolonisation de toutes perspectives de  connaissance euro-centrées nous nous proposons  dans cette  journée d’étude  de  continuer  à  réfléchir et à élargir nos recherches vers une géopolitique des connaissances(E. Dussel). Il s’agit de saisir le projet d’actualisation du lieu d’énonciation, des récit historique et cultures,  de  la  pensée  et de la production du savoir. Dans ce sens, le défi du tournant de la  décolonialité  s’inscrit  sur la critique et la reconstitution des  espaces  interstitiels du cadre conceptuel hybride des différences coloniales(W. Mignolo). Repenser le catégorie de domination n’implique pas seulement  la  formulation  d’un  contre-discours, il s’agit plutôt de créer la possibilité d’un nouveau registre de l’expérience  vécue  et  du savoir  situécomme pratique de l’objectivité subalterne/objectivité  incarnée (D. ara ay) à  partir  des terrains de  recherche. Le terrain, conçu com  un horizon  de  sens (E.  Husser dévoile des  nouveaux  discours  qui  cherchent  à dépasser  la  structure  dialectique  faussée  du  discours dominant.  Dans le flux  des  cultures  et  des  sociétés contemporaines,  globalisées  et  de  masse, définies  comme  paradoxales  (S.  Hall), émergen  de  nouveaux cadres  théoriques  et  de  nouvelles  méthodologies  qui défient les  structures socio-économique  et  politique dominantes, ainsi  que  les  prérogatives  à  caractère normatif  de l’académie.  Des pratique en sciences sociales  telles  les  récits de terrain, les récits biographiques, les observations participantes, les auto-ethnographies,  les performances queer, les enactementartistiques  ou  encore  les études  des  citoyennetés multiples et des sexualités divergentes au cadre hétéronormatif permettent alors de re-situer/repositionner et de questionnerles catégorisations réductionnistes  et/ou  binaires  (L.  Tuhiwai Smith;  J.  Butler;  D. Haraway; S. Hall; A. Honneth; W. Mignolo). En suivant l’avertissement de Audre Lorde : «the master tools will never dismantle the masters’ house », cette  journée d’étude se propose d’identifier et d’explorer  les  contre-discours  capables  de basculer, traverser et  pervertir les  centres et  les  bords du discours impérialiste en proposant un savoir nomade etcontingent (A.C. Hostert;  W.  Mignolo; A. Quijano;  E. Dussel). En somme, ceci est une tentative de dépasser l’état de zombification(A. Mbembe) postcolonial en se demandant non seulement si le subalterne peut  parler  (G.C.Spivak),  mais  aussi  comment  et  surtout qui  veut et peut l’écouter (L.Tuhi ai  Smith) ? Autrement  dit,  nous  nous  proposons de  nous demander  non seulement si le subalterne peut parler mais aussi  s’il  arrive à interpeller concrètement les destinataires de son discours, c’est  à  dire, qui  est-il  prêt à l’écouter ?

Deux axes sont proposés :

Axe 1 - Invertir, subvertir : dévoilement de la dialectique faussée du registre dominant

Quels outils analytiques des pratiques sociales sont-ils  capables  de  déstabiliser  et  déconstruire  la restauration   dialectique   des   hiérarchies   et   des   récits   dominants : delinking (W. Mignolo) ; disidentification (J. E. Munoz) ; subjectivation (M. Foucault); Desubjectivation (G.  Agamben) ; savoir situé (Haraway) ; codage/décodage (S. Hall) ? Quel rôle pour le chercheur : peut-on être chercheur-e et militant-e ? Quelles sont les implications académiques/politiques  et/ou  personnelles  de  cet  engagement ?  A  quel  point  et  dans  quelles conditions est-il envisageable/permis aux chercheur-e-s de parler à la place des subalternes ? Car, laisser parler, écouter et entendre, consiste tout d’abord à ne pas parler à la place des autres.

Quelles  sont  les  limites,  les  tensions  et  les  conditions  symboliques  et  matérielles  de  la prise de parole des subalternes ?  Les subalternes,  sont-elles/ils  vraiment  écouté-e-s  et  entendu-e - s ? Qu’en est- il  de la capacité  d’agir  et  de  la  puissance  d’agir  de  l’expression  autonome  des  subalternes ?

Quels  risques  pour  cette  prise  de  parole  (violence,  répression,  etc.) :  quelle  cadre  de  légitimité réelle  au  niveau  des  représentations,  de  la  reconnaissance  et  du  leadership  (dirigeant,  intellectuel, etc.) ;  quelle  performativité  capable  de  déconstruire  les  épistémologies  et  les  pratiques  sociales, culturelles  et  politiques  déterminées  par  la  performativité  normative  des  régimes  dominants  et impérialistes ?

Axe 2 – Pratiques discursives et colonialité(s) du pouvoir, du savoir et de l’être

Identification multi-située des espaces  de superposition, d’intersection et de transversalité  des pratiques discursives décoloniales dans l'analyse des catégories de genre, de sexe, de sexualité, de race, de classe sociale, d’ethnicité et de citoyenneté à l’intérieur des groupes sociaux subalternisés.

Quels registres sont-ils possibles pour les pensées et les savoirs frontaliers/borders des expériences vécues dissidentes capables  effectivement de déplacer la matrice coloniale  en  [re]situant  et  en transformant la colonialité du pouvoir, du savoir et de l’être?

Critique appuyée sur des liens étroits entre les pratiques genrées et le system  patriarcal  afin de repérer les cadres normatifs déterminés par les idéologies patriarcales de contrôle et de domination capitaliste euro-centrée/impérialiste dans le contexte   décolonial. Critique de la perspective moderne [inter]subjective du « sujet » (raison/âme/esprit) et du « Corps » (object) comme territoire de domination capitaliste d’une part, et de résistance et de lutte d’autre part. Comment développer une conscience discursive éthique, émancipatrice, trans-moderne et responsable du vivre ensemble global-local (glocal) à la fois créative et pédagogique ?

Dans un contexte de transformation des relations de pouvoir et de crise civilisatrice, quels discours et  contre-discours  peuvent-ils  être  identifiés,  construits  ou  déconstruits  vis-à-vis  des  pouvoirs hégémoniques ? Quelle  généalogie  hégémonique,  anti-hégémonique  ou  contre-hégémonique  dans l’espace-temps culturel, territoriale et sociopolitique dans la construction de nouvelles rationalités souhaitables et opérationnelles ?

Programme

9h25 – Réception des intervenants

Introduction/Mot de bienvenue :

9h40 - Lenita Perrier (EHESS, FIRA) / Maica Gugolati (EHESS-Imaf, FIRA)

9h50/12h50 – Invertir, subvertir : dévoilement de la dialectique faussée du registre dominant

Modératrice : Marion Bottero (Univ. Paris X Nanterre, FIRA)

Intervenants :

9h50/10h15 – Melissa Thackway (Sciences-Po Paris, INALCO)

« Revisiter les archives : mémoires décoloniales dans les cinémas d’Afrique »

10h15/10h40 – Natalia Starostina (Young Harris College)

« Race in Post-Soviet Space and the Absence of Subaltern Voices in Contemporary Russia »

10h40/11h05 – Roberta Pacelli (IUAV – DPPAC, EHESS/CADIS)

« Des caves aux rues : un cas de construction de citoyenneté dans la banlieue de Naples »  

11h05/11h30 – Virginie Dutoya (CNRS/Sciences Po, Centre Emile Durkheim)

« Produire des savoirs queer : les enjeux de la recherche sur les ‘non-hétérosexuels’ en Inde »

11h30/11h45 - Pause café

11h45/12h10 – Norman Ajari (Univ. Toulouse Jean Jaurés)

« Conjoncture philosophique et politique décoloniale en France aujourd’hui »

12h10 – Discutantes : Rachele Borghi (Univ. Paris IV) / Pauline Vermeren (Univ. Paris 7 Diderot )

Débat

13h/14h - Déjeuner

14h/17h30 – Pratiques discursives, décolonialité(s) et subalternité(s)

Modératrice : Francesca Di Legge (Univ. Paris VIII, FIRA)

Intervenants

14h/14h25 – Anne Castaing (CNRS/THALIM) et Elena Langlais (Univ. de Nantes)

« Penser les subalternités : des Subaltern Studies aux animalités »

14h25/14h50 – Marta Pappalardo (CRH / UMR CNRS 7218 LAVUE)

« ‘Orientalisme métropolitain’ : la construction des discours sur la ville, entre production urbaine et subalternité interne »

14h50/15h15 – Veronica Gonzalez-Gonzalez (SNI-CONACYT/EHESS)

« L’expérience des peuples autochtones au sein des Nations Unies : Portée et limites de la construction d’une voix dissidente à travers les institutions dominantes »

15h15/15h40 – Roque U. Hernandez (EHESS/CERMA, Univ. Autônoma de Madrid)

« Des Sistemas de cargos au 69 Assemblée Générale des Nations Unis (ONU). Les expériences vécues de femmes autochtones, une perspective décoloniale de la diplomatie internationale »

15h40/15h55 - Pause café

15h55/16h20 – Florence Boyer (Chorégraphe Cie Artmayage)

« La danse maloya : parole des subalternes ? » (performance/danse)

16h20/17h30

Discutant-e-s : Valérie Ganem (Univ. Paris 13) / Norman Ajari (Univ. Toulouse Jean Jaurés)

Débat de clôture

Organisateurs

  • Marion BOTTERO (Paris  X,  FIRA);
  • Francesca DI LEGGE (Paris  8,  FIRA) ;
  • Maica GUGOLATI (EHESS/IMAF,   FIRA) ;
  • Roque Urbieta HERNANDEZ (EHESS/CERMA);
  • Henrique NARDI (UFRGS/Brésil,  IRIS-EHESS,  FIRA); 
  • Lenita PERRIER (EHESS,  FIRA);
  • Oscar QUINTERO (Universidad Nacional de Colombia, IRD-URMIS, FIRA).

Comité Scientifique

  • Rachele BORGHI (Sorbonne, Paris IV);
  • Marion BOTTERO (Université Paris X, FIRA),
  • Philippe COLIN (Université  de  Limoges);
  • Pascale GRUSON (EHESS/CEMS, FIRA);
  • Sébastien LEFÈVRE (Université Gaston Berger Saint Louis/Sénégal);
  • Henrique NARDI (UFRGS/Brésil, IRIS-EHESS, FIRA) ;
  • João Pacheco de OLIVEIRA (Museu Nacional, UFRJ, Brésil,  FIRA) ; 
  • Lenita PERRIER (EHESS,  FIRA), 
  • Oscar QUINTERO (Universidad  Nacional  de  Colombia,  IRD-URMIS,  FIRA); 
  • Lionel SAPORITI (Université de Strasbourg, FIRA).

Lieux

  • Métro ligne 12, Front Populaire RER B, La Plaine-Stade de France - 20, avenue George Sand - 93210 La Plaine Saint-Denis, salle 414
    Paris, France (93210)

Dates

  • jeudi 15 juin 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • décolonialité, race, genre, subvertir, contre-hégemonie, contre-discours, subalternité

Contacts

  • Lenita Perrier
    courriel : leniperrier [at] yahoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Lenita Perrier
    courriel : leniperrier [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les subalternes, peuvent-elles/ils (parler) être écouté-e-s ? », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 02 juin 2017, http://calenda.org/406890