AccueilMigrations et exils des architectes, des urbanistes, des paysagistes à l’ère contemporaine

Migrations et exils des architectes, des urbanistes, des paysagistes à l’ère contemporaine

Architects, city planners and landscape designers in exile in the contemporary age

Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère

Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère

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Publié le mercredi 07 juin 2017 par João Fernandes

Résumé

À l’échelle des grands bouleversements tels que ceux connus par le monde au XXe siècle, la migration de l’architecte, de l’urbaniste, du ou de la paysagiste peut apparaître comme un épiphénomène. Pourtant, le nombre et la diversité de ces trajectoires révèlent sans aucun doute de riches enseignements à propos de la circulation des idées, des techniques et des savoir-faire à l’ère contemporaine. Qu’ils relèvent de la migration économique, de l’exil politique, de l’exode ou de l’évasion, ces « voyages subis » témoignent d’une histoire culturelle de ces différentes figures professionnelles qui nécessite d’être prise en considération.

Annonce

Argumentaire

À l’échelle des grands bouleversements tels que ceux connus par le monde au XXe siècle, la migration de l’architecte, de l’urbaniste, du ou de la paysagiste peut apparaître comme un épiphénomène. Pourtant, le nombre et la diversité de ces trajectoires révèlent sans aucun doute de riches enseignements à propos de la circulation des idées, des techniques et des savoir-faire à l’ère contemporaine. Qu’ils relèvent de la migration économique, de l’exil politique, de l’exode ou de l’évasion, ces « voyages subis » témoignent d’une histoire culturelle de ces différentes figures professionnelles qui nécessite d’être prise en considération.

Sur le thème de l’exil et de la migration des intellectuels, la littérature scientifique – et les manifestations qui s’y rattachent – est abondante1, mais le cas des architectes, urbanistes et paysagistes nécessiterait des enquêtes approfondies. À notre connaissance, les seules recherches qui étudient cette question précise s’intéressent principalement à la fuite des protagonistes lors de la montée des totalitarismes à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Les remarquables travaux de Nicolaï Bernd sur le cas des architectes allemands2 fuyant le nazisme nous sont accessibles en allemand. Charlotte Benton a suivi les expériences des architectes exilés en Grande-Bretagne après 1930 et leur difficile intégration3. On peut également noter quelques publications (en espagnol) autour des opposants à l’Espagne franquiste et exilés en Amérique latine4.

Or, s’il l’on s’est interrogé sur les transferts culturels conséquents aux exils de l’entre-deux-guerres et de la Seconde Guerre mondiale5, une géographie des flux migratoires Nord-Sud/Est-Ouest/Amériques-Europe aux XXe et XXIe siècles reste encore à définir. Pour ce faire, on pourrait s’appuyer sur quelques parcours emblématiques mais aussi interroger, sous l’angle de l’histoire, de la géographie, des sciences humaines ou de la philosophie, ces phénomènes. Ce numéro thématique se propose d’interroger ces phénomènes de migration depuis l’analyse de leurs causes jusqu’à leurs conséquences à l’échelle individuelle, collective, nationale et internationale, et ce dans les dimensions d’ordre personnel, professionnel ou théorique.

Pourquoi partir ?

Tout d’abord, les raisons qui poussent ces professionnels de l’espace bâti, urbain ou paysager à partir sont à étudier : l’affirmation intellectuelle de la discipline et/ou l’engagement politique sont autant à prendre en compte que l’appartenance à une minorité menacée voire persécutée. La situation économique constitue également un motif décisif pour le départ : tout comme les crises politiques ou les situations d’urgence, la carence de structure de formation ou l’absence de débouché professionnel peut conduire à la fuite des cerveaux, lourde de conséquences pour les pays désertés. L’expérience vécue est une autre voie de développement : comment le déracinement et le choc culturel sont-ils vécus par les architectes, les urbanistes, les paysagistes ? Une fois partis, ceux-ci entretiennent-ils toujours un lien avec leur pays d’origine ? De quelle nature ?

La situation d’exil peut supposer des réorientations professionnelles. Quelles formes prennent-elles ? On sait que le design et la production théorique sont des domaines particulièrement investis par ces professionnels en situation d’exil6. L’historiographie pourrait ici nous aider à mieux analyser ces inflexions, tantôt considérées comme des pis-aller, tantôt comme des épisodes particulièrement intenses dans l’histoire.

Accueillir

Quelles sont les obstacles et les possibilités qui se présentent aux architectes, urbanistes, paysagistes une fois arrivés dans le(s) pays d’accueil ? Face à ce phénomène d’immigration, quelles sont les politiques développées, qu’elles soient destinées ou non à faciliter un support (économique, juridique, administratif) ? Quelle est la part des institutions (musées, écoles d’architecture, instituts d’urbanisme, etc.) dans cette problématique ?

Les réseaux amicaux, politiques, professionnels, culturels, ou diplomatiques qui peuvent guider ces professionnels vers un pays d’accueil et/ou favoriser leur insertion seraient également à analyser. Des formes de communauté (politique, culturelle, voire identitaire, ethnique) ont-elles été observées ? Quels sont les impacts sur la culture architecturale, urbaine ou paysagère du pays d’accueil ? Dans quelles circonstances l’immigration des architectes, urbanistes ou paysagistes est-elle perçue comme une richesse ou comme un facteur de déséquilibre ?

Revenir de l’exil

Les situations d’exil peuvent être temporaires. Comment le retour au pays natal est-il envisageable ? Peut-il prendre la forme d’une « reconquête » ? Cette décision peut être accueillie avec bonheur ou rencontrer des résistances de la part des compatriotes. Le statut d’exilé et/ou de rescapé est également un facteur important dans la poursuite d’une oeuvre et d’une carrière. Les mouvements de solidarité tissés entre confrères et les cas de cooptation sont fréquents et mériteraient d’être aussi étudiés.

Cet appel à articles s’adresse aux communautés scientifiques des écoles d’architecture mais aussi à celles des universités françaises et internationales ; les contributions de chercheurs en histoire, histoire de l’art, géographie, philosophie et sciences humaines sont les bienvenues. Il se donne ainsi pour objectif de recueillir un ensemble de travaux qui rendent compte de la diversité des situations liées à l’exil et la migration touchant les acteurs liés à la conception de l’espace architectural, urbain et paysager. Les approches nouvelles, les études ouvrant des perspectives stimulantes et les corpus originaux seront privilégiés.

Notes

1 Pierre Gras (dir.), Exils-créations, quels passages ? : actes du colloque [Villeurbanne, 13 octobre 2008], Paris : L'Harmattan, 2009. Jean-Pierre Morel, Wolfgang Asholt, Georges-Arthur Goldschmidt (dir.), Dans le dehors du monde : exils d'écrivains et d'artistes au XXe siècle : actes du Colloque de Cerisy, 14-21 août 2006. Paris : Presses Sorbonne nouvelle, 2010. Rachel Dickson, Sarah MacDougall, Forced Journeys : artists in exile in Britain c.1933-45 : Ben Uri gallery, the London Jewish museum of art, 21 January - 19 April 2009. London : Ben Uri gallery, the London Jewish museum of art, 2009.

2 Nicolai Bernd, Moderne und Exil : Deutschsprachige Architekten in der Türkei, 1925-1955. Berlin : Verlag für Bauwesen, 1998.

Nicolai Bernd (dir.), Architektur und Exil : Kulturtransfer und architektonische Emigration 1930 bis 1950. Trier : Porta Alba, 2003.

3 Charlotte Benton, David Elliott, Elaine Harwood, A Different World: Emigrés architects in Britain, 1928-1956, Londres, RIBA, Heinz gallery, 1995.

4 Juan José Martín Frechilla, Carlos Sambricio (dir.), Arquitectura española del exilio. Madrid : Lampreave, 2014.

Juan Ignacio del Cueto Ruiz-Funes, Arquitectos españoles exiliados en México. México : Bonilla Artigas Editores ; UNAM-Facultad de Arquitectura, 2014.

5 Jean-Louis Cohen, Architecture en uniforme : projeter et construire pour la Seconde Guerre mondiale, Montréal : CCA, 2011.

6 Voir à ce sujet les cas de Marcel Gropius et Marcel Breuer, invités par l’entrepreneur Jack Pritchard, fondateur de l’entreprise de fabrication de meubles en contreplaqué Isokon, à développer une ligne de meubles. Andrea Hummel, « Jack Pritchard, refugees from Nazism and Isokon Design », in Andrew Chandler, Katarzyna Stoklosa, Jutta Vinzent, Exile and Patronage : Cross Cultural Negotiations Beyond the Third Reich, Berlin, Münster, Lit, 2007, pp. 23-32.

Modalités de transmission des articles

Les articles seront envoyés par mail avant le 1er septembre 2017

au secrétariat de rédaction des Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère

secretariat-craup@culture.gouv.fr

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  •  Une notice biobibliographique entre 5 à 10 lignes (nom et prénom du ou des auteur(s), statut professionnel et/ou titres, rattachement institutionnel éventuel, thèmes de recherche, dernières publications, adresse électronique).
  •  2 résumés respectivement en français et en anglais.
  •  5 mots clefs en français et 5 mots clefs en anglais.

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1/ Règles générales

Italique : mots en langues étrangères par rapport à la langue utilisée, donc op. cit., ibid., cf., a priori, a posteriori…

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4/ Références bibliographiques

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Pour un ouvrage : Prénom Nom, Titre, Ville d’édition, Maison d’édition (Collection), année de publication, page.

Pour un ouvrage collectif : Prénom Nom et Prénom Nom (dir./coord./éds./etc.), Titre, Ville d’édition, Maison d’édition, année de publication, page, ou Prénom Nom et al., Titre, Ville d’édition, Maison d’édition, année de publication, page.

Pour un chapitre d’un ouvrage collectif : Prénom Nom, Titre, dans Prénom Nom et Prénom Nom (dir./coord./éds./etc.), Titre, Ville d’édition, Maison d’édition, année de publication, page.

Pour un article de revue : Prénom Nom, « Titre de l’article », Titre de la revue, vol./n°, date, Ville d’édition, Maison d’édition, année de publication, page.

Pour une référence électronique : Prénom Nom, « Titre de l’article », Titre de la revue, vol./n°, date, [en ligne] [url], consulté le [date].

5/ Illustrations, graphiques et tableaux

Les photographies et illustrations accompagnant le texte devront être numérisées en haute définition (300 dpi) dans les formats Jpg ou Tiff. Les fichiers texte seront distincts des fichiers graphiques.

Les tableaux sont considérés comme des figures et doivent faire l’objet des mêmes consignes en matière d’intitulé de fichier, d’appel de figure, de format d’image (jpg ou tif), de taille d’image et de lisibilité.

L’auteur doit vérifier que les images/figures dont il n’est pas l’auteur sont libre de droits. Dans le cas contraire, il doit faire la demande auprès du propriétaire de l’image/figure avant de la soumettre à la revue.

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− La légende et les crédits (source, copyright, etc.) doivent être placés sous l’illustration, sur deux lignes distinctes.

Ligne éditoriale

Inscrits dans les champs de la recherche architecturale, urbaine et paysagère, les Cahiers se sont développés à l'origine dans les laboratoires des écoles d'architecture à partir des années 1970. La revue initie aujourd’hui une nouvelle formule en ligne : revue scientifique internationale, elle s’adresse aux communautés de recherche concernées par les transformations spatiales intentionnelles, quelles que soient les échelles. Les Cahiers visent à répondre aux intérêts et questionnements actuels, mais aussi à les renouveler, et ainsi ouvrir de nouvelles voies de recherche. Trois pôles de questionnement sont plus directement visés : l’un concerne spécifiquement le registre des théories, de manière à développer les échanges et les controverses entre théories du design, du planning, de l’architecture et du paysage. Un second pôle renvoie à la matérialité de la ville, aux savoir-faire constructifs impliqués dans la transformation spatiale, mais aussi à la dimension matérielle des phénomènes de transfert et de mobilisation, régulièrement analysés dans d’autres revues sous des angles a-spatiaux. Enfin, le troisième pôle interroge le projet et sa conception, qui occupe une place toute particulière dans les sciences et pratiques de l’espace (rôles performatifs des projets, théories de la pratique). Ces trois pôles appellent à des travaux pluridisciplinaires, préoccupés de tracer des explications approfondies des transformations des environnements construits à l’âge de l’anthropocène. La production scientifique attendue renvoie aux critères usuels d’évaluation en double aveugle par les pairs. Elle sera particulièrement attentive à l’enjeu des images et du visuel dans un domaine où l’iconique peut tenir lieu de discours.

Dossiers thématiques

Les Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère en ligne publient deux ou trois fois par an un dossier thématique composé d’une dizaine d’articles en français et en anglais, autour d’un thème prédéfini et problématisé.

Un appel à article est diffusé pour chaque dossier thématique. Les propositions d’articles peuvent être rédigées en français ou en anglais. Leur évaluation se fait en double aveugle.

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Débats et controverses : jeunes chercheurs/doctorat, débats et controverses

Les propositions d’articles peuvent être rédigées en français ou en anglais. Leur évaluation se fait en double aveugle.

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  • Aude Clavel

Catégories

Dates

  • vendredi 01 septembre 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • migration, exil, architecte, urbaniste, paysagiste, ère contemporaine

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Source de l'information

  • Aude Clavel
    courriel : audeclavel [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Migrations et exils des architectes, des urbanistes, des paysagistes à l’ère contemporaine », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 07 juin 2017, http://calenda.org/407087