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L'État en scènes

The State on stage

Théâtres, opéras, salles de spectacles du XVIe au XIXe siècle. Aspects historiques, politiques et juridiques

Theatres and operas from the 16th-19th centuries. Historical, political and legal aspects

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Publié le mercredi 07 juin 2017 par João Fernandes

Résumé

L'objectif du colloque est de réfléchir sur les salles de spectacles construites à l'initiative de l'État, afin de déterminer les spécificités entourant leur construction, leur embellissement, leur fonctionnement, leur police, leur programmation, etc. Le souhait des organisateurs est de mobiliser autour de ce thème des chercheurs de tous les champs disciplinaires qui peuvent s'y intéresser, juristes, politistes, historiens du droit, historiens des lettres, historiens de l'art, sociologues, etc. 

Annonce

Argumentaire

Le Pouvoir entretient une relation particulière avec le monde des spectacles. Souvent, les princes se sont mis en scène au travers de protocoles minutieux réglant et rythmant leur existence quotidienne et la vie officielle de leurs cours. Parfois, ils ont eux-mêmes été les acteurs de spectacles dans lesquels ils ont joué des rôles taillés sur mesure. Louis XIV, passionné de danse, a exprimé cet art spectaculaire de la scénographie royale, qu’il a cultivé tout au long de son règne et jusqu’à sa mort, dernier acte d’une vie de représentation dont il a orchestré les moindres détails. Louis XV, plus discret et plus réservé, n’apprécie guère cette vie de représentation mais il aime la comédie, les ballets et l’opéra. À Versailles, on lui doit la construction en 1770 de l’opéra royal pour servir de cadre au spectacle du mariage de l’héritier du Trône avec Marie-Antoinette d’Autriche. La jeune dauphine, devenue reine, fréquente assidûment l’opéra de Paris avant de donner aux spectacles royaux une autre dimension, plus intime et plus privée, à l’image d’une royauté fatiguée par une étiquette pesante, trop rigide et inadaptée au siècle des Lumières. À l’abri de son petit théâtre de Trianon, la reine se fait comédienne et joue pour et avec quelques courtisans triés sur le volet. Louis XVI, pourtant, a voulu respecter la pompe royale en donnant le dernier grand spectacle de la monarchie à l’occasion des États-Généraux, réunis avec un faste éblouissant dans le cadre suranné de la salle des Menus-Plaisirs, aménagée pour la circonstance. Quel curieux hasard que de voir la royauté jeter ses derniers feux à l’endroit même où elle rangeait les précieux décors de ses spectacles de cour !

Mais les spectacles ne se jouent pas seulement dans les résidences royales. Dès le XVIe siècle, les princes comprennent l’utilité politique des spectacles et des pièces de théâtre, qui peuvent servir à montrer leur puissance et à assurer leur propagande. Ils en mesurent l’utilité pédagogique, pour l’éducation des jeunes gens et la transmission de certaines valeurs morales ou civiques. Ils saisissent l’utilité sociale de ces divertissements, très appréciés et recherchés au sein des couches les plus aisées de la population. Les troupes de comédiens se multiplient alors. D’abord itinérantes, elles ont tendance à se fixer au XVIIe siècle dans les grandes villes, où elles trouvent la protection du souverain, de son représentant ou d’un puissant personnage qui les favorise, les subventionne et les entretient. Dès lors, les pouvoirs publics incitent à la construction de salles permanentes destinées à les accueillir, à recevoir un public plus nombreux et à satisfaire une demande toujours plus forte. C’est aussi un moyen de contrôler des saltimbanques dont la liberté de ton, parfois, fait trembler le pouvoir. À Paris, l’institution de la Comédie-Française par Louis XIV témoigne de cette volonté d’encadrer le monde des comédiens. L’impulsion est alors donnée et, au XVIIIe siècle, les théâtres publics fleurissent partout, encouragés par le gouvernement royal et les autorités municipales. Les grandes cités du royaume voudront leur salle de spectacle, considérée comme un signe visible de leur puissance politique, de leur vitalité économique et de leur attrait culturel. Les théâtres sont insérés dans des programmes architecturaux ambitieux, destinés à embellir les villes, à les faire entrer dans la modernité et à montrer leur fidélité au régime. Ce processus culturel s’adapte-t-il aux régimes qui se succèdent à partir de la Révolution ? L’Empire, voire la République, craignent-ils ou encouragent-ils les spectacles ?

La construction des salles de spectacles déroge-t-elle aux règles communément observées dans le domaine des travaux publics ? Le pouvoir a-t-il suscité et encouragé une politique de construction à l’échelle du pays ? Les théâtres ont-ils été insérés dans des programmes d’embellissement officiels au même titre que les places ? Comment cette politique, si elle existe, a-t-elle été financée ?

Comment fonctionnent les salles de spectacle ? Sont-elles dotées de règlements de police particuliers ? Quelle est la technique juridique utilisée pour leur exploitation ? Qui les dirige ? Comment sont-elles financées ? L’État intervient-il dans le fonctionnement des salles privées ? Cherche-t-il à les contrôler ? Comment les surveille-t-il ?

La nature du régime politique influence-t-elle le contenu des divertissements ? Les salles participent-elles de la propagande ? Comment s’y exerce la censure royale ? Le gouvernement intervient-il dans le choix des spectacles ? Quel est le pouvoir d’intervention des autorités de police dans ce domaine ? Qui fréquente les salles ? Sont-elles seulement réservées aux élites ?

Programme

 — Mercredi 14 juin —

Prologue

 – 10h00-10h30 – Accueil par Monsieur le président de l’Université de Picardie (sous réserve) Mots d’ouverture du directeur du CEPRISCA

Acte I La construction des salles

Matinée

Présidence de Philippe Sénéchal, Professeur d’histoire de l’art à Université de Picardie

  • 10h30-10h50 Les échafauds de mystères, constructions théâtrales monumentales et éphémères (France, 1480-1550), Marie Bouhaïk-Gironès (CNRS-Université de la Sorbonne)
  • 10h50-11h10 Un intendant urbaniste sous les feux de la rampe : Bruno d’Agay et la construction de la salle de spectacles d’Amiens au XVIIIe siècle, Anne-Sophie Condette-Marcant (Université de Paris II - Panthéon-Assas) :
  • 11h10-11h30 La construction du théâtre de Rennes au XVIIIe siècle, Robert Carvais (CNRS-Université de Paris X)

 11h30-12h00 – Discussions

 12h00-14h00 – Déjeuner

Après-midi

Présidence d’Hervé Leuwers, Professeur d’histoire moderne, Université de Lille-III

  • 14h00-14h20 Le théâtre au XVIIIe siècle : débats d’architectes autour d’un projet culturel et civique, Marie-Luce Pujalte-Fraysse (Université de Poitiers)
  • 14h20-14h40 Les projets de Comédie-Italienne de 1772, Yvon Plouzennec (Université de Poitiers)
  • 14h40-15h00 Reconstruire après l’incendie. Modèles, normes, contraintes et enjeux des nouveaux projets de (re)construction de salles de spectacles en province entre Révolution et Empire, Cyril Triolaire (Université de Clermont-Ferrand)

15h00-15h30 – Discussions

15h30-16h00 - Pause

  • 16h00-16h20 La reconstruction de l’opéra de Paris au XVIIIe siècle (1763-1770), Alexandra Michaud (Université de Lorraine)
  • 16h20-16h40 Le théâtre de Strasbourg aux XVIIIe et XIXe siècles, genèse d’une construction, Véronique Umbrecht (Université de Strasbourg)
  • 16h40-17h10 Loi et théâtre : règlementation et cadre bâti des spectacles au XIXe siècle, Maribel Casas (École Nationale Supérieure d’architecture de Versailles - Université de Paris-Saclay)

17h10-17h30 – Discussions

18h00-19h00 – Visite de la cathédrale d’Amiens par un guide conférencier d’Amiens-Métropole

— Jeudi 15 juin —

Acte II Le fonctionnement des salles

9h30 – Accueil des participants

Matinée

Présidence d’Anthony Mergey, Professeur d’histoire du droit à l’Université de Paris II (Panthéon-Assas)

  • 10h00-10h20 Pourquoi des machines ? Mécanismes et représentations de l’absolutisme louis-quatorzien (1662-1673), Anthony Saudrais (Université Rennes 2)
  • 10h20-10h40 Le théâtre de Cour à Versailles au XVIIIe siècle, Raphaël Masson (Château de Versailles)
  • 10h40-11h00 Régie et entreprise à l’Opéra de Paris : la construction empirique de deux modes de gestion, durant de siècle des Lumières, Franck Monnier (Université de Versailles-Saint-Quentin)

11h00-11h30 – Discussions

11h30-12h00 – Pause

  • 12h00-12h20 Privilèges des spectacles et contrôle des établissements artistiques au XVIIIe siècle, Adeline Karcher (Université de Metz)
  • 12h20-12h40 Le teatro di San Carlo et la monarchie des Deux-Siciles. Politique, gestion et stratégie sociale (1734-1738), Pablo Vázquez Gestal (Université de Paris-Sorbonne-CNRS)

12h40-13h00 – Discussions

13h00-14h30 – Déjeuner

Après-midi

Présidence de Mathieu Da Vinha, Directeur scientifique du Centre de recherche du château de Versailles

  • 14h30-14h50 Un théâtre aux multiples portes : la salle de spectacle de Mâcon dans le dernier tiers de l’Ancien Régime, Georges Escoffier (IEP de Lyon)
  • 14h50-15h10 Les Comédiens Français et l’administration des Menus Plaisirs au XVIIIe siècle : un nouveau regard grâce à l’apport des archives, Dominique Lauvernier (Ecole Pratique des Hautes Etudes)
  • 15h10-15h30 La liste civile et les théâtres royaux et impériaux, Damien Salles (Université de Poitiers)

15h30-16h00 - Discussions

16h00-16h30 - Pause

  • 16h30-16h50 La mise en pratique de la réglementation des théâtres des petites villes de province au XIXe siècle à travers l’exemple des théâtres du Sud-Ouest, Christine Carrère-Saucède (Université de Toulouse)
  • 16h50-17h10 ’’Si on faisait respecter le cahier des charges, il n’y aurait pas de direction possible !’’ : entre prérogatives administratives et contrôle parlementaire, le fonctionnement des théâtres subventionnés par l’État au XIXe siècle, Sylvain Nicolle (Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / Paris-Saclay)

17h10-17h30 - Discussions

20h30 - Orphée et Eurydice de Glück, par la « Troup'Universitaire » et le « Chœur » de l’Université de Picardie  (Grands Amphithéâtres Condorcet et Montesquieu de la Faculté de droit et de science politique)

— Vendredi 16 juin —

Acte III La programmation des salles

 9h00 – Accueil des participants

 Matinée

Présidence de Cédric Glineur, Professeur d’histoire du droit à l’Université de Picardie-Jules-Verne

  • 9h30-9h50 L’amphithéâtre du Swan : un éclairage sur les logiques économiques et politiques des spectacles publiques londoniens à la fin du XVIe siècle, Olivier Spina (Université Lumière Lyon 2)
  •  9h50-10h10 Entre service du roi et privilèges d’entreprise, l’État royal et la naissance d’une politique publique du théâtre (France, XVIIIesiècle), Pauline Lemaigre-Gaffier (Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines)
  • 10h10-10h30 Célébrer Louis XVI sur scène, entre culture du scandale et conquête de l’opinion publique, Aurore Chery (Université de Lyon)

10h30-11h00 – Discussions

11h00-11h30 – Pause

  • 11h30-11h50 La physiocratie sur les planches : combat d’idées et conquête des esprits dans le théâtre européen du XVIIIe siècle, Thérence Carvalho (Université de Rennes 1)
  • 11h50-12h10 La police des spectacles à Toulouse au siècle des Lumières (1736-1790), Jean-Luc Laffon (Université de Perpignan)
  • 12h10-12h30 Politique théâtrale ou politique sociale ? C’est là la question. Les subventions sous le règne du roi Othon, Konstantza Georgakaki (Université Nationale et Capodistrienne d’Athènes)

12h30-13h00 – Discussions

13h00-14h30 – Déjeuner

Après-midi

Présidence de Robert Carvais, Directeur de recherche au C.N.R.S.

  • 14h30-14h50 L’Académie royale de musique sous l’Ancien Régime : quelques éléments d’un système politique, Solveig Serre (CNRS / Centre d’études supérieures de la Renaissance et Centre de musique baroque de Versailles)
  • 14h50-15h10 Le respect par les artistes de leurs engagements entre liberté artistique et affirmation politique (Ancien Régime et Révolution Française), Jahiel Ruffier-Méray (Université de Toulon)
  • 15h10-15h30 La question du répertoire au théâtre du Châtelet et au théâtre de Dijon dans le dernier tiers du XIXe siècle, Sylvie Roques (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales / CNRS)

15h30-16h00 – Discussions

16h00-16h30 - Pause

  • 16h30-16h50 Madame Raucourt et le théâtre français en Italie, Elisa Baccini (Université de Padoue)
  • 16h50-17h10 Madrid era un espectáculo : évolution de la sphère théâtrale madrilène entre les premiers Bourbons d’Espagne et le règne de Joseph Bonaparte (1740-1813), Adrian Fernandez Almoguera (Université de la Sorbonne)
  • 17h10-17h30 Sur l’affaiblissement de la censure à la fin du XIXe siècle : comment la censure participa malgré elle à l’essor de formes spectaculaires innovantes, Roxane Sauvage (Université de la Sorbonne)
  • 17h30-17h50 Du théâtre considéré comme une expérience de pensée juridique : adapter le droit, construire la démocratie, Céline Husson-Rochcongar (Université de Picardie-Jules-Verne)

17h50-18h10 – Discussions

18h10-18h30 – Pause

Acte IV Tombée de rideau

Conclusions du colloque par Jean-Claude Yon, Professeur d’Histoire, Université de Versailles-Saint-Quentin

Lieux

  • Logis du Roy - Square Jules Bocquet
    Amiens, France (80)

Dates

  • mercredi 14 juin 2017
  • jeudi 15 juin 2017
  • vendredi 16 juin 2017

Mots-clés

  • théâtre, opéra, histoire du droit, histoire

Contacts

  • Cédric Glineur
    courriel : cedricglineur [at] msn [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Cédric Glineur
    courriel : cedricglineur [at] msn [dot] com

Pour citer cette annonce

« L'État en scènes », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 07 juin 2017, http://calenda.org/407146