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Diplomaties plurielles

Plural diplomacies

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Publié le jeudi 15 juin 2017 par Céline Guilleux

Résumé

L’ambition de ce colloque est de présenter et d'analyser les évolutions des différentes formes de diplomatie : nouvelles formes de diplomatie régalienne (diplomatie 2.0), d’État ou supranationale, nouveaux acteurs, nouveaux territoires de l’action diplomatique, nouveaux champs et pratiques (économiques, stratégiques, d'entreprises, parlementaires, sportive, publique, etc.). Les présentations et les échanges feront l’objet d’une valorisation, sous forme en particulier de publications, et pourront également permettre la mise en place d’une recherche collective. Le colloque aura lieu le 25 octobre à Banska Bystrica (Slovaquie) et les propositions (résumés) sont à adresser avant le 25 septembre 2017.

Annonce

25-26 octobre 2017, Banska Bystrica (Slovaquie)

Argumentaire

Selon Satow, la diplomatie « est l’application de l’intelligence et du tact à la conduite des relations officielles entre les gouvernements des États indépendants, ou la conduite des affaires entre les États par des moyens pacifiques » (1979 [1917], p. 1). Une définition qui correspond bien au monde d’après le XIXe siècle, quand les États westphaliens d’Europe gouvernaient les relations internationales, ainsi qu’à celui du siècle suivant, lorsque la prépondérance européenne s’est affaiblie puis qu’un axe euro- atlantique s’est imposé. Les États ont alors perdu progressivement leur position d’acteur clé. En effet, des institutions et des organisations internationales et supranationales ont pris de plus en plus d’importance et le monde n’est plus uniquement centré sur la puissance des États, mais sur un réseau dense d’interdépendance.

De nouveaux acteurs sont ainsi apparus dans le système international, en particulier des acteurs non étatiques. Le champ de la diplomatie s’est donc diversifié : les activités diplomatiques ne concernent plus seulement les États, et à l’intérieur des États, plus uniquement le personnel diplomatique. Des pratiques et des objectifs qui peuvent être qualifiés de diplomatiques sont désormais installés au sein des organisations multinationales, des entreprises, des parlements, etc. La diplomatie singulière ne se laissait pas surprendre. C’était une diplomatie du possible, du temps sinon long au moins calibré en décennies, d’une réalité construite par l’articulation entre information, négociation, représentation et coordination, d’une anticipation sans réaction intempestive ou commentaire, une affaire de professionnels qui tentaient de surmonter impressions, sentiments, préjugés.

Dans une logique de globalisation, tout est ou devient diplomatie, la diplomatie est évolutive, dynamique : économique, culturelle, climatique, touristique, sportive, spatiale, culinaire, de la recherche, religieuse, numérique, de la santé, etc. En août 2014, la 23e conférence des Ambassadeurs de France, à Paris, a eu pour thème « L’action extérieure de la France : une diplomatie globale ». Une diplomatie globale parce que les Ambassadeurs sont compétents pour tous les aspects ? Ou bien parce qu’ils doivent compter avec d’autres acteurs ? Mais si, pour les acteurs historiques, réguliers, tout est diplomatie, alors la cohérence est difficile à construire. Cette diplomatie plurielle (Cornago, 2013) serait alors fragmentée, diluée, soumise à l’actualité, mais, et peut-être surtout, qui devrait composer avec d’autres diplomaties, également plurielles.

Diplomatie parlementaire : les parlementaires de tous pays, dans l’exercice de leurs fonctions, sont amenés à nouer des contacts à l’étranger, s’intéressent de plus en plus aux réseaux, au transnational, au régional. Il s’agit de développer des relations bilatérales, soit en lien avec la diplomatie gouvernementale, soit en dehors de cette dernière. L’Union interparlementaire organise d’ailleurs des conférences annuelles et des groupes de travail. L’expression diplomatieparlementaireest désormais revendiquée par de nombreux acteurs : diplomatie exploratoire, d’influence, relais de normes et de valeurs. Des dialogues, échanges d’idées et d’expériences entre parlements sont organisés, en particulier au sein de l’Europe, dans une démarche régionale. Ainsi, de nouvelles assemblées interparlementaires ont été installées (Euronest, assemblée parlementaire du Partenariat oriental, fondée en 2009), doit-on les qualifier de réplique des modèles anciens ou bien de diplomaties nouvelles ? Au-delà, les parlementaires représentant les citoyens installés à l’étranger, quand le dispositif existe (comme en France), ont un rôle de facto diplomatique.

L’articulation entre la diplomatie parlementaire et la diplomatie d’État reste un aspect fondamental : l’initiative diplomatique parlementaire peut tout aussi bien entraver l’action des diplomates d’État comme y contribuer, les relations entre les membres des cabinets ministériels et les parlementaires peuvent être ambiguës. Il peut s’agir, dans certaines circonstances, d’une diplomatie substitutive, mais aussi, par exemple dans le cas de parlementaires eux- mêmes liés à des milieux d’affaires, d’une forme de promotion d’intérêts économiques. Diplomatie de recours ou de contournement, diplomatie parlementaire, ou diplomatie des parlementaires, la nuance est importante et mérite d’être analysée.

Diplomatie économique : avec le libre- échange, en particulier à l’intérieur de l’Union européenne, par exemple, et les politiques de dérégulation, beaucoup d’États ont perdu une partie de leurs moyens d’action diplomatique mais aussi douaniers ou encore des mesures de rétorsion unilatérales, interdites par les mécanismes de règlement multilatéral des conflits de l’OMC.

Dans le même temps, les liens entre les entreprises et les États se sont distendus, les États restant centrés, ce qui est logique, sur des dimensions nationales (y compris au sein de l’Union européenne), et les entreprises évoluant dans un cadre mondial, au point où le transnational peut induire des positionnements stratégiques presque « a-nationaux ». En effet, la nationalité des entreprises, dans le sens en particulier de la défense des intérêts nationaux par les entreprises, est de plus difficile à identifier (Rouet, 2012). Des structures de groupes, des réseaux d’influence, des systèmes d’alliance s’affranchissent des frontières et des nationalités ; ils ne s’inscrivent pas dans le cadre juridique, fiscal diplomatique et économique d’un seul État, voire échappent ou tentent d’échapper à tout État. Les marchés sont interconnectés mondialement, les flux sont transfrontaliers, les masses monétaires sont en partie émises hors des États concernés.

La diplomatie économique a donc beaucoup évolué : l’autorité internationale s’est en partie déplacée et de nouveaux centres de décision de la diplomatie économique sont apparus avec des organisations supranationales (FMI, OMC) ou des instances de concertation (G7). En ce qui concerne l’Union européenne, les États membres, candidats ou partenaires ont développé des activités diplomatiques impliquant la plupart des services gouvernementaux pendant qu’une grande partie du contenu de la diplomatie économique, en direction des pays tiers, a été transférée aux services communautaires (politique commerciale, politique des transports, contrôle de la concurrence, pour certains États politique monétaire). Les États restent évidemment des acteurs essentiels d’une diplomatie économique d’autant plus intensifiée que l’économie est désormais multipolaire, dans un contexte d’ouverture et de globalisation des marchés.

L’économie est ainsi devenue une préoccupation centrale des activités diplomatiques qui ne se limitent plus à la recherche de débouchés ou à la mise en œuvre de stratégies d’exportation et d’investissement. Il ne s’agit plus de systématiser la participation de chefs d’entreprise à des visites à l’étranger de chefs d’État et de gouvernement, dont l’efficacité devrait d’ailleurs être relativisée, mais bien de constater l’intégration de l’économique au diplomatique :  l’économie  n’est plus un accessoire de la diplomatie politique, mais est devenue un objet de diplomatie, comme d’ailleurs le culturel ou le sport. Le multilatéralisme est devenu un cadre ordinaire des relations internationales, en particulier en matière économique, ce qui implique des méthodes nouvelles et l’implication d’autres acteurs que ceux des services diplomatiques.

Diplomatie d’entreprise  : les entreprises aussi ont intégré des activités diplomatiques. Elles interviennent dans le champ politique et peuvent ainsi contrôler et influencer à la fois leurs salariés et leurs consommateurs. Pour Gomez, la diplomatie stratégique « peut être définie comme la capacité politique ou relationnelle qu’une entité (entreprise, organisation, groupe d’entreprises) utilise pour mobiliser ses réseaux internes et externes dans le but de développeret sauvegarder ses actifs stratégiques » (2014, p. 2). La diplomatie stratégique permet, notamment, aux entreprises d’établir, de maintenir et d’approfondir des relations avec les responsables gouvernementaux étrangers, de jouer un rôle proactif et de tenter d’influencer les règles ou normes gouvernementales, et de déterminer comment répondre le plus efficacement possible - dans le cadre des choix stratégiques - aux attentes sociales, éthiques, environnementales des sociétés concernées (Attarça, 2002). Il s’agit aussi d’anticiper et de gérer les problèmes, les conflits internationaux et les situations de crise, en organisant une communication adaptée et en mettant en place des activités et dispositifs (Wartick & Wood, 1998). Plus précisément, la diplomatie d’entreprise (corporate diplomacy) permet de positionner l’organisation autant dans les débats d’idées que dans les réalités internationales politiques et des marchés.

Les entreprises doivent établir et maintenir des relations avec les éléments externes, en prenant en compte leurs parties prenantes, dans des contextes politiques, culturels, sociaux, idéologiques qu’il s’agit de prendre en compte (Heinisz, 2014). Les principes de la diplomatie d’entreprise peuvent s’appliquer à tous types d’entreprises, multinationales ou non. Les questions de la gestion des enjeux externes, de la gestion des relations avec les parties prenantes ou celle de la gestion de la légitimité se posent également pour les entreprises d’envergure nationale. Bien entendu, ces enjeux sont plus cruciaux et plus complexes pour une entreprise multinationale (multiplicité des environnements sociaux et politiques, imbrication d’enjeux locaux et d’enjeux transnationaux, nécessité d’une vision globale, etc.).

S’agit-il vraiment de diplomatie d’entreprise ou bien de « stratégie diplomatique » des entreprises ? Pour de nombreux auteurs, une fonction diplomatique s’intègre désormais au sein des entreprises, en particulier avec l’implication de nouveaux professionnels, les « diplomates d’entreprise » (Henisz, 2014), relais, facilitateurs (Saner et al., 2000), ou encore pivots (Dahan et al., 2014) entre l’entreprise et les sociétés civiles. Dans ce changement de paradigme, l’entreprise, consciente des enjeux sociaux et politiques internationaux sur ses activités, adopte une démarche proactive et, au moins formellement, positive, de ses relations externes, quitte à développer une attitude transnationale, voire a-nationale, en organisant elle-même une activité diplomatique.

Si l’on parle aujourd’hui de diplomaties plurielles, c’est aussi parce qu’elles sont culturelles, musicales ou encore, fait notable, sportives, comme en témoigne la place occupée par les instances internationales du sport dans les questions diplomatiques.

Diplomatie du sport : le sport, dans une logique mondiale, a des impacts multiples : social, politique, culturel, économique, identitaire. Composante du soft power, le sport constitue un des leviers politiques les plus importants pour le rayonnement international d’un État, mais aussi dans le cadre d’une médiation, d’une négociation dans un contexte difficile. Pour certains États, les compétitions sportives mondiales sont des occasions d’exister, pour d’autres, d’affirmer leur puissance ou de tenter de faire évoluer leur image, utilisant alors la neutralité supposée du sport. Le sport est donc à la fois un vecteur de développement, de promotion, une vitrine, un facteur d’unité. À ce titre, il s’inscrit dans une nouvelle forme de diplomatie : la diplomatie sportive.

Dans le contexte actuel de ces diplomaties plurielles, il est intéressant de se demander : d’une part, comment elles fonctionnent, s’articulent entre elles, interagissent (ou pas) et d’autre part, quelle est la place, désormais, de la diplomatie « classique », régalienne, en tant que moyen classique de réalisation de la politique étrangère d’un État, quelles transformations profondes ce type de diplomatie réalise pour pouvoir répondre à la globalisation, que représente sa base actuelle, son contenu, ses objectifs, ses moyens et ses fonctions.

Ce colloque est organisé en partenariat par le Think Tank EuropaNova, le laboratoire de recherche en management LAREQUOI de l’Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines, le Laboratoire de recherche sur les politiques bulgares de la Nouvelle Université Bulgare,le Centre d’Études Européennes de l’Université Ioan Cuza de Iasi et le Département des relations internationales et de la diplomatie de la Faculté des sciences politiques et des relations internationales, Université Matej Bel de Banska Bystrica, où a été organisé en 2001 et 2013 deux colloques « Diplomatie dans le monde globalisé ».

Modalités de soumission

Langues du colloque

  • Communication : Anglais, Français
  • Contributions écrites : Anglais, Français

Les propositions de contributions (titre, résumé de la proposition – 150 mots –, 4 à 6 mots-clés, présentation personnelle de l’auteur ou des auteurs) sont à adresser avant

le 25 septembre 2017,

simultanément à Radovan Gura, radovan.gura@umb.sk & Gilles Rouet, gilles.rouet@uvsq.fr

Les auteurs retenus devront adresser leur texte avant le 18 décembre 2017 (20 à 40 000 caractères).

Une publication sera ensuite réalisée.

Comité scientifique

  • Julien Arnoult, CERSA
  • Mourad Attarça, ISM, Larequoi, UVSQ
  • Elise Bernard, Europanova
  • Hervé Chomienne, ISM, Larequoi, UVSQ
  • Thierry Côme, Université de Reims-Champagne-Ardenne
  • Antoniy Galabov, Nouvelle université bulgare, Sofia
  • Radovan Gura, UMB
  • Jana Marasova, UMB
  • Gabriela Carmen Pascariu, Université de Iasi
  • Stela Raytcheva, ISM, Larequoi, UVSQ
  • Gilles Rouet, ISM, Larequoi, UVSQ
  • Maria Rostekova, UMB
  • Philippe Very, EDHEC

Lieux

  • Faculté des Sciences Politiques et des Relations Internationales - 1 Kuzmányho
    Banská Bystrica, République slovaque (974 01)

Dates

  • lundi 25 septembre 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • diplomatie, entreprise, stratégie, communication, négociation, parlement

Contacts

  • Gilles Rouet
    courriel : gilles [dot] rouet [at] uvsq [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Gilles Rouet
    courriel : gilles [dot] rouet [at] uvsq [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Diplomaties plurielles », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 15 juin 2017, http://calenda.org/408753