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La production de la ville hypermobile : conflictualités et relations

The production of the hypermobile city: conflicts and relations

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Publié le vendredi 16 juin 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Pour ce numéro de Nouvelles perspectives en sciences sociales, nous invitons les auteur(e)s à problématiser l’« hypermobilité » et l’« accélération du social ». Avec une volonté d’ouverture et de croisement disciplinaires, ce numéro thématique souhaite participer à l’appréhension et à l’étude des enjeux contemporains, en tentant de mobiliser des approches systémiques, complexes et relationnelles.

Annonce

Nouvelles perspectives en sciences sociales

Volume 13, n° 2, sortie en mai 2018. 

Argumentaire

L’accélération des rythmes qui régissent le social est devenue paradigmatique pour l’étude de la ville1. Or, le risque est grand de laisser triompher l’« idéologie mobilitaire » et de l’accepter comme régime universel2. En effet, depuis les années 1970, bien des pays industrialisés ont traversé une reconfiguration de leurs modes de domination spatiaux et temporels. Suivant l’effritement des mesures sociales de l’État Providence, l’éclosion d’un marché des choix individuels est portée par les nouveaux transports rapides (autoroutes, trains à grande vitesse, trafics aériens), par les technologies de l’information qui effritent les frontières spatio-temporelles d’avant, notamment entre lieux privés et lieux de travail. L’on éprouve une transformation constante des règles du travail et de l’emploi, une augmentation des tâches, des précarités et « possibilités » de carrière, une coprésence virtuelle (par les médias sociaux) et physique des individus. En somme, face à cette défaite des stabilités et à la valorisation d’individus sans attaches, l’idéologie mobilitaire provoque les anciens cadres de la construction du social. 

Cependant, la production de l’urbain, qui autorise, incite, contraint ou encore interdit le déploiement des activités humaines, demeure toujours aussi décisive. Elle établit une réalité matérielle, qu’elle soit architecturale, urbanistique ou paysagère, ainsi que les modalités opérationnelles de concrétisation/réalisation de celle-ci, toutes deux fondées sur des idéologies, des discours et des valeurs3. Par exemple, la poursuite de mesures d’austérités de type néolibéral livre l’individu à ses propres moyens devant les balises changeantes de la gouvernance du temps social. Si le capital qu’il est possible d’optimiser pour affirmer une position spatiale et sociale devient primordial4, force est de reconnaître que le déploiement des activités humaines est largement circonscrit; idéologie et capital mobilitaires sont tous deux profondément inégalitaires. L’accès aux transports, aux technologies ou encore aux espaces urbains convoités demeure partiel, nombreux sont ceux et celles qui en sont exclus. La gentrification et la touristification des lieux forment, au regard de ces enjeux, des défis sociaux et spatiaux considérables. De même, il n’est pas toujours aisé de maîtriser les outils d’une intégration sociale sans tomber dans le surtravail, rémunéré ou domestique. Est-il, enfin, encore possible de rester dans une position stable dans la ville quant à l’habitation, aux pratiques culturelles, aux lieux iconiques des quartiers?

Cette production de l’urbain, que l’on y adhère, que l’on s’y oppose ou que l’on « fasse avec », se traduit par différentes expériences urbaines, luttes politiques, pratiques économiques, désaffiliations sociales, mobilités ou encore créations artistiques, pour ne nommer que celles-là. Leurs agencements sont traversés par diverses dynamiques de conflits et de connivences. À ce titre, il n’est pas risqué d’avancer que l’idéologie néolibérale tente de gommer deux dimensions de notre habiter : d’un côté elle vise à réduire l’espace à un statut de surface, de « déjà-là » passif, et de l’autre en supprimant les faits de distances, elle ambitionne de gommer la durée par une connectivité instantanée. 

Les questions qui émergent de ces considérations sont interdisciplinaires, relevant à la fois des sciences humaines, comme la science politique, la géographie, la sociologie, la philosophie, des sciences de l’action, comme l’urbanisme et l’aménagement, l’architecture, les arts visuels, la communication, etc. Qu’est-ce qu’habiter face à la tyrannie de l’instant5? De quelles manières les dimensions spatiales et temporelles — dans leur complexité, leurs oppositions, leurs relations —, s’articulent-elles dans les différentes formes de luttes face à l’institution d’un « bon » déploiement des activités humaines? Quelles valeurs sont données aux notions de proximité et d’éloignement? Les notions d’appartenance, d’appropriation, d’ancrage, d’enracinement ou d’identité font-elles encore sens? Comment, enfin, les notions de résistance, de mémoire, d’engagement, révèlent-elles les contradictions d’un objet dynamique et de sa production ?

Pour ce numéro de Nouvelles perspectives en sciences sociales, nous invitons les auteur(e)s à problématiser l’« hypermobilité » et l’« accélération du social ». Avec une volonté d’ouverture et de croisement disciplinaires, ce numéro thématique souhaite participer à l’appréhension et à l’étude des enjeux contemporains, en tentant de mobiliser des approches systémiques, complexes6 et relationnelles7. Car, ce sont les dynamiques et processus relationnels, individuels et/ou collectifs qui permettent d’appréhender et de produire un monde « partagé »; exprimée par les relations différenciées au sein de la ville, de quartiers, d’espaces publics, virtuels ou domestiques, de transports, d’habitations, d’entreprises, de communautés culturelles, de groupes sociaux, etc. C’est l’appréhension et la construction de ce monde urbain qu’il s’agit d’étudier. Nous invitons les auteur(e)s à aborder celles-ci non seulement à partir des axes ci-dessous, mais aussi à travers leurs croisements :

1. Embourgeoisement, touristification, patrimonialisation et habitus urbains : les diverses temporalités qui font la ville, leurs conflictualités, leurs relations. Qui sont les individus « hypermobiles », « mobiles », « immobiles »? Comment certains usages traditionnels et types de rapports à un lieu en viennent-ils à céder le pas à de nouvelles pratiques? Quelles résistances, quelles dynamiques, quelles complexités ?

2. Médiatisation, outils numériques, réalité augmentée : institutionnalisation d’un imaginaire de la mobilité. Quelle différentiation des usages et des relations? Quelles sont les nouvelles tendances impliquées par certains médias? Comment les médias sociaux sont-ils instrumentalisés dans l’expérience quotidienne du travail, du couple ou du loisir dans la ville?

3. « Accélération du social », villes intelligentes, villes durables : quelles villes de demain? Quelles sont les dynamiques et conflictualités qui surgissent à l’intérieur des divers quartiers, villes et nations à l’heure de la ville intelligente? Que signifient l’informatisation et l’automatisation des villes? Quelle est la trajectoire de fond de la ville moderne? Quelles sont ses implications en matière d’inégalités sociales?

Soumission des articles

Les auteur(e)s intéressé(e)s par cette problématique annonceront leur projet à Georges-Henry Laffont et à David Champagne aux adresses suivantes : <georges-henry.laffont@univ-tours.fr> et <david.champagne@alumni.ubc.ca>, en mettant Claude Vautier en copie : < claude.vautier@ut-capitole.fr>. Les articles seront expédiés aux mêmes adresses

au plus tard le 31 août 2017.

Ceux qui traverseront avec succès le processus d’évaluation par les pairs seront publiés dans le volume 13, n° 2 de la revue, en mai 2018.

Consignes aux auteur(e)s

Merci de vous référer au guide de NPSS http://npssrevue.ca/guide/Nous acceptons les articles allant de 6 000 à 15 000 mots environ incluant bibliographie, résumé, annexes et notes de bas de page.

Coordinateurs du numéro

  • Georges-Henry Laffont, Maître assistant associé, École nationale supérieure d’architecture de Saint-Étienne. Chercheur associé, UMR 7324 CITERES, Université François-Rabelais de Tours.
  • David Champagne, Étudiant au Doctorat. Département de Sociologie, University of British Columbia, Canada

Références

1 Hartmut Rosa, Accélération, une critique sociale du temps, Paris, La Découverte, 2010.

2 Bernard Mincke et Christophe Montulet, « L’idéologie mobilitaire », Politique, n° 64, 2010.

3 Matthieu Adam et Georges-Henry Laffont, « Une approche de la ville en train de se faire », Npss, Volume 10, n° 1, 2015, p. 193-235; David Harvey, Géographie de la domination, Paris, Les prairies ordinaires, 2008; Henri Lefebvre, La production de l’espace, Paris, Anthropos, 1974.

4 Michel Lussault, De la lutte des classes à la lutte des places, Paris, Grasset, 2009.

5 Paul Virilio, « La tyrannie de l’instant », L’humanité, 22 Février 2002.

6 Au sens où Edgar Morin a défini et abondamment illustré ce terme, notamment dans les six tomes de La méthode, Paris, Seuil, resp. 1977, 1980, 1986, 1991, 2001, 2004.

7 Le terme relationnel peut être entendu de deux façons principales : il peut s’agir, classiquement, de « flux d’échanges entre des éléments », ou encore d’une « liaison ou reliance intime de plusieurs éléments » sans cette idée de flux allant de l’un vers l’autre (notion de « champ relationnel » ou de « filet de relations »). Voir Norbert Élias, La société des individus, Paris, Fayard, 1991 [1987], p. 72. Les deux acceptions sont considérées comme légitimes.

Lieux

  • 6303 NW Marine Drive
    Vancouver, Canada (V6T 1Z1)

Dates

  • jeudi 31 août 2017

Mots-clés

  • ville, accélération, études urbaines, transport, technologie, communauté, espace public, conflict, relation

Contacts

  • Georges-Henry Laffont
    courriel : denis [dot] martouzet [at] univ-tours [dot] fr
  • David Champagne
    courriel : david [dot] champagne [at] alumni [dot] ubc [dot] ca

Source de l'information

  • David Champagne
    courriel : david [dot] champagne [at] alumni [dot] ubc [dot] ca

Pour citer cette annonce

« La production de la ville hypermobile : conflictualités et relations », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 16 juin 2017, http://calenda.org/408903